La fidĂ©litĂ© nâest pas une chose banale, ni son antonyme. Comment se produisent-ils ? Par influence, qui peut ĂȘtre dĂ©finie comme culture, sociĂ©tĂ©, valeurs personnelles, valeurs familiales, gĂ©nĂ©ration, Ă©poque, circonstances, substances, foi, pressions, mentalitĂ© et dâinnombrables autres raisons (ou des excuses). Taeko Tomioka, poĂšte-auteure, dĂ©crit une femme mariĂ©e, volontairement sans enfant, Kyoko, qui entretient une liaison avec une certaine dĂ©sinvolture et dont le cercle dâamies fait de mĂȘme ou rĂ©agit de maniĂšre singuliĂšre Ă lâidĂ©e gĂ©nĂ©rale dâinfidĂ©litĂ©. Singulier en cela, par rapport Ă une dĂ©cision qui semble ĂȘtre, du moins selon mon point de vue occidental, divergente du mariage ou de lâunion entre deux personnes. NâĂ©tant pas trĂšs au courant de la culture japonaise et de son contexte des annĂ©es 1980, je ne jugerai ni nâanalyserai le choix de Kyoko. Je vais plutĂŽt me concentrer sur sa perspective non conformiste et distincte, qui semble faire Ă©cho aux sentiments de lâauteure, en tant que fĂ©ministe remarquable.
 Lâune des choses les plus remarquables Ă propos de ce roman est la maniĂšre dont Kyoko sâintĂ©resse Ă elle-mĂȘme ; Ă Katsumi (sa partenaire amoureuse) ; Ă Kumiko (sa meilleure amie) ; Ă Yoko (sa voisine) ; Ă Amiko (une nouvelle amie) ; et Ă quelques autres personnages, avec des interactions et des rĂ©flexions dĂ©taillĂ©es, mais, bien quâelle soit mariĂ©e, elle fait rĂ©fĂ©rence Ă son mari sans Ă©motion, ne le nommant jamais et ne rĂ©vĂ©lant pas grande chose Ă son sujet, si ce nâest les seul fait dâĂȘtre son mari. Cela correspond quelque peu Ă ses deux autres relations intimes (comme sexuelles) dans le livre. Tout dâabord, son amoureuse : Nous nâapprenons pas le nom de Katsumi, et elle lâappelle « lâhomme » ou « le grand», jusquâĂ ce quâelle se sĂ©pare de lui et que Kumiko le dĂ©couvre pour elle (et le lecteur). Nous ne savons grande chose de lui jusquâĂ ce que lâaffaire se termine, car il est lui-mĂȘme rĂ©ticent. DeuxiĂšmement : un homme quâelle invite dâĂȘtre son amant sans rĂ©sultat : Il reste sans nom, aussi appelĂ© avec dĂ©sinvolture « lâhomme aux cheveux-bouclĂ©s ».
Kyoko sollicite des informations auprĂšs de « lâhomme » mais en vain, car il maintient le silence ou Ă©mousse ses efforts. Elle communique principalement avec humour, ce qui est censĂ© dĂ©sarmer et se livrer Ă une batterie ludique. Il est plus souvent apprĂ©ciĂ© par ces amis. Cela semble mĂȘme fonctionner avec « lâhomme aux cheveux-boucles », mais elle a une vision tellement vive, avec la seule « apparence » de son mari dans le livre, quâelle fait un demi-tour et abandonne son idĂ©e de « mal » soi-disant. Je pense que son manque de rĂ©vĂ©lation concernant son mari et sa recherche (et son Ă©chec) dâobtenir des informations de la part des autres hommes sont symboliques de sa nonchalance et sa justification simultanĂ©es.
Le roman prĂ©sente un dĂ©veloppement souterrain constant, alors que les personnages visitent et discutent de sites oĂč la planification urbaine massive est en train dâĂȘtre mise Ă jour et enterre souvent les ruines dâune Ă©poque rĂ©volue. Ce thĂšme de lâancien remplacĂ© par (ou Ă©crasĂ© sous) le nouveau est un contraste entre lâidĂ©e excitante dâobtenir un style de vie moderne et capitaliste et le chagrin de voir Ă quel point nous fermons la porte du passĂ© avec insistance et avec aviditĂ©.
Parce que ce livre est une traduction, il est difficile de savoir comment offrir une critique. Lâauteure a-t-elle imaginĂ© un lecteur dĂ©connectĂ© du Japon ? Les actions de Kyoko sont-elles censĂ©es ĂȘtre aussi peu conventionnelles quâelles en ont lâair? Il me semble dâavoir des liens universels avec elle, de maniĂšre Ă ce que les femmes de toutes cultures soient en partie sĆurs, tout en ressentant une grande distance sur le plan culturel. Je comprends tout en posant des questions si je comprends.
Son trope de vagues mâĂ©chappe, bien que pĂ©nĂ©trant le roman, peut-ĂȘtre parce que câest un mĂ©taphore trĂšs personnel. En ce moment mĂȘme, cela me fait penser Ă lâexpression « faire des vagues » dans le sens de politiques perturbatrices. Ce nâest pas comme si les mariages brisĂ©s, les familles monoparentales, lâabsence dâenfants choisie et les rapport sexuels non mariĂ©s Ă©taient quelque chose de nouveau sous le soleil. Mais ils semblent avoir tous Ă©tĂ© inhabituels dans Ă peu prĂšs toutes les cultures. Avec la rĂ©volution sexuelle quasi mondiale Ă la fin du XXe siĂšcle, elles semblent maintenant ĂȘtre des faits. Câest paradoxal que ces sujets non conventionnels soient passĂ©s dâun tabou et en silence Ă des sujets ordinaires et, par consĂ©quent, Ă nouveau indicibles. En rĂ©alitĂ©, il faut rappeler que lâinfidĂ©litĂ© nâest quelque chose de banal ni son antonyme. Sâil lâun ou lâautre Ă©tait vraiment commun, cela dĂ©truirait lâun ou lâautre. Par consĂ©quent, puisque les deux persistent, ils doivent tous les deux ĂȘtre atypiques, Ă la fois dans formes positives et nĂ©gatives du mot. Le roman de Tomioka sâappelle Building Waves (le voilĂ , jâai appelĂ© son nom enfin !) et ses constructions littĂ©rales et figuratives nous parlent des choix dâune femme parmi les choix de lâhumanitĂ©, plein de crĂȘtes et de creux. En hausse et en baisse, mais nĂ©anmoins connectĂ©.















