P O S T H A R D (2017)
texte sur le travail de Louis-Cyprien Rials publié dans Bad To The Bone #11
Il y a plein de maniĂšres dâavoir la Foi. Les Dieux - seuls - ne comptent pas, câest ce quâen font les hommes.
Mon premier Ă©change avec Louis-Cyprien est peut-ĂȘtre ce que jâavais toujours attendu dâun artiste : une correspondance, le vouvoiement, un langage Ă©laborĂ©, une missive de guerre. Suis-je devenue marraine ? Peut-ĂȘtre. En tous cas, je lâaime. Ce mec est une aventure et Ă prĂ©sent un frĂšre.
Nous sommes en juillet 2015, Louis vient de recevoir lâe-mail lui annonçant sa nomination Ă la seconde bourse Emerige. Il est en Irak. Finalement, un retour sâimpose Ă celui qui ne pensait pas revenir. Rien nâa de sens.
En stop, Ă moto, en train, en bus, en voiture, Louis traverse les contrĂ©es oĂč personne ne veut aller, que personne ne veut voir. Il enquĂȘte, explore des territoires interdits dâaccĂšs. A la rencontre de lâhumain, il se fond dans les paysages, au milieu de terres sacrĂ©es brĂ»lant de la cupiditĂ© des hommes. Il filme, au fil des villages dĂ©truits, il vit chez lâhabitant et partage le pain avec lâennemi de chacun.
Louis ne montre rien de la dĂ©solation et de la guerre, il nous laisse face au vide Ă©ternel et Ă la romantique absence de la nature, tandis quâil cartographie, parcourt, et enquĂȘte sur les flous politiques et Ă©conomiques qui se cachent derriĂšre nos conflits.
Ses piĂšces sont issues de la roche, de la terre, de lâeau et du ciel, dans des zones gĂ©ographiques en suspens ; des territoires non reconnus internationalement ou des zones tarkovskiennes quâil considĂšre commes des parcs naturels involontaires.
NO GO ZONE NO MANâS LAND son oeuvre est une disparition de lâhumanitĂ©.
Lorsquâil part, jâai toujours peur. Je le serre dans mes bras comme pour une derniĂšre fois. La prise de risque fait partie de son idĂ©e de la vie, pas de son processus artistique.
Il entretient une correspondance SMS avec quelques-uns, et nous informe de ses pĂ©ripĂ©ties. Douces nuits, Ă©popĂ©e avec des chats sauvages, cuites avec des flics, courses avec les gamins des rues, mĂąchoire dĂ©montĂ©e, la gueule en vrac Ă lâhĂŽpital.
Louis parle vite. Beaucoup. Enormément. Imaginez tant de choses à dire, à raconter, à crier au monde, à hurler.
Les cartes postales rĂ©vĂšlent lâenvers du dĂ©cor. Comme si ce support le libĂ©rait. Le petit format papier, populaire et coutumier, devient alors le meilleur moyen brut dâexpĂ©dier toute cette violence emmagasinĂ©e Ă ses âcon-gĂ©nĂšresâ. Elles sont aussi le reflet dâun humour sarcastique entre deux amis au travers de sa collaboration graphique avec Ivan ÄapicÌ.
Louis-Cyprien supporterait encore moins de ne pas affronter, parfois, lâhorreur, que de ne pas comprendre lâorigine de sa douleur.











