Bénin/Présidentielle2026 : le dauphin, l'urne et le silence
Le 12 avril 2026, le Bénin vote avec deux candidats. Dix ans après l'arrivée de Talon, son dauphin brigue la présidence. Les populations attendent un bilan social. La rédaction | 7 avril 2026 Dix ans de Talon, quel bilan ? Patrice Talon quitte le pouvoir après dix ans. Sur le plan macroéconomique, le PIB a progressé de 3,3 % en 2016 à 7,5 % en 2024, avec des projections à 7 % pour 2026 selon le FMI. La dette publique est contenue à 52,4 % du PIB, l'inflation à 2,2 %. Le porte-parole du gouvernement, Wilfried Léandre Houngbédji, a cité l'accès à l'eau potable, passé de 42 % en 2016 à 85 % aujourd'hui, ainsi que la disponibilité de l'électricité "presque partout dans le pays". Ces chiffres ont leur réalité. Ils ont aussi leur revers. En dépit du rythme soutenu des réformes, le manque d'inclusivité de la croissance constitue un nœud du problème. Durant les quinze dernières années, le taux de pauvreté national ne semble pas avoir véritablement reculé. Il s'établissait à 38,5 % en 2019, avec une augmentation dans le Nord et dans le Sud-Ouest. L'ambition du programme d'actions du gouvernement du président sortant Patrice Talon (PAG 2), ne va pas au-delà d'une possible réduction de 2 % de ce taux à l'horizon 2026. Le sous-emploi touche 72 % de la population active, selon le sociologue Joël Tchogbé. Les dépenses de santé comptent pour 0,6 % du PIB, avec une tendance baissière. Les politiques en matière d'éducation et les dépenses n'augmentent pas au même rythme que la population. Cinquante-cinq pour cent des citoyens du Bénin sont des enfants, selon le rapport 2024 de l'UNICEF. Le porte-parole Houngbédji l'a reconnu lui-même sur France 24 : "Il reste à déterminer comment faire pour que cette croissance améliore la qualité de vie des Béninois, plutôt que de revenir en arrière." Cette phrase résume dix ans de gouvernance. La croissance a existé. La redistribution, moins. Wadagni, comptable de Talon Romuald Wadagni est l'actuel ministre de l'Économie et des Finances de Patrice Talon. Il est l'un de ses plus fidèles collaborateurs depuis son élection en 2016, bientôt dix ans à la tête du ministère des Finances. Désigné à l'unanimité par le Bloc Républicain et l'Union Progressiste le Renouveau, les deux seuls partis siégeant à l'Assemblée nationale, il se présente officiellement sous le slogan "Plus loin, ensemble". La fiction de l'indépendance est transparente. Sous sa supervision, le Bénin a émis en février 2024 un emprunt souverain de 750 millions de dollars à un taux de 7,96 %, propulsant le pays au rang de troisième meilleur crédit africain en dollar. En juillet 2024, il annonçait sa candidature à la présidence de la Banque africaine de développement, avant de se retirer en janvier 2025, "son patron lui ayant certainement soufflé qu'il comptait sur lui pour lui succéder". En face, Paul Hounkpè, président des Forces Cauris pour un Bénin Émergent (FCBE), se pose en candidat du changement. Lors d'un meeting à Cotonou, il a lancé : "Le match n'est pas terminé. Ce n'est pas un match amical. C'est un match sérieux." Mais sa base est étroite. Le parti Les Démocrates de Boni Yayi, principal parti d'opposition, est hors-jeu pour cette présidentielle faute de parrainages. Il ne dispose plus ni de députés ni de maires. Il ne devrait pas non plus pouvoir participer à celle de 2033. La Cour constitutionnelle n'a validé que deux tickets sur les cinq déposés. Elle a rejeté les recours du parti Les Démocrates, qui n'aura finalement aucun candidat pour cette élection. La campagne officielle, ouverte le 27 mars par le président de la CENA, Sacca Lafia, s'est tenue dans un "contexte tendu" après la tentative de coup d'État de décembre 2025. Wadagni : le programme et ses angles morts Le 21 mars 2026 à Cotonou, Wadagni a présenté son projet de société devant les responsables politiques, cadres et militants. Quatre piliers structurent l'offre : réduction de la pauvreté, développement régional, perspectives pour la jeunesse et garantie des libertés individuelles. Il annonce la création de six pôles de développement régionaux structurés autour de l'agriculture, de l'industrie, de l'innovation et du tourisme. Les annonces sociales sont les plus concrètes. Wadagni s'engage à mettre fin aux paiements préalables dans les cas d'urgences vitales : "Il n'y aura plus, au Bénin, de décès lié au fait qu'on attend de payer." Il annonce la construction d'un centre hospitalier international à Parakou. Son programme prévoit un carnet de santé digital pour chaque Béninois, la généralisation de la télémédecine, et la création d'un SAMU social pour les personnes en grande précarité. Aux agriculteurs de Bembèrèkè, il a promis l'accès aux intrants, au financement et aux débouchés, ajoutant une ferme de 20 000 hectares à Parakou pour "créer des emplois et renforcer la capacité d'exportation". Les angles morts sont réels. Wadagni a passé dix ans à piloter les finances d'un pays dont le taux de pauvreté n'a pas reculé et dont les dépenses de santé sont en baisse. Ce sont précisément les urgences vitales impayées dont il promet désormais de venir à bout. Sur la gouvernance, il a reconnu implicitement des erreurs passées, promettant de les "rectifier dans le dialogue", formulation qui ne lève pas les zones d'ombre laissées par le rétrécissement de l'espace civique durant le second mandat de Talon. Sa méthode de campagne revendique des "engagements réalisables et mesurables", mais la question centrale reste sans réponse : comment la continuité d'une politique produirait-elle des résultats différents de ceux des dix dernières années ? Une démocratie sous contrôle Le Bénin fut dans les années 1990 la référence africaine de transition démocratique. Sa Conférence nationale de 1990 a inspiré le continent entier. Trente-cinq ans plus tard, ce modèle est devenu introuvable. Depuis 2018, le droit de grève est interdit dans de nombreux secteurs jugés "vitaux", de la santé au transport aérien. Entre 2016 et 2021, le nombre de prisonniers a doublé, passant de 7 000 à plus de 14 000. Des quartiers entiers de Cotonou ont été détruits au nom de la "libération des espaces publics", touchant en priorité les femmes des classes populaires impliquées dans le commerce informel. Depuis mars 2024, un candidat à la présidence doit recueillir les parrainages d'au moins 15 % du total des 109 députés et 77 maires du pays. Ce seuil est infranchissable pour toute opposition sans représentation parlementaire, ce qui est la situation des Démocrates depuis janvier 2026. La tentative de coup d'État du 7 décembre 2025 a conduit à des arrestations visant des figures de l'opposition, dont l'ancien ministre Candide Azannaï et l'activiste Kémi Séba, soupçonnés d'implication dans la déstabilisation. Talon assume une part de cette régression. Il parle de "démocratie au service du développement", adaptée aux "réalités du Bénin", et assure "qu'à la fin, le Bénin en sortira grand vainqueur". L'Afrique face au même miroir Le cas béninois illustre une tendance continentale documentée : l'autoritarisme compétitif, des élections formellement pluralistes dont les règles structurelles éliminent toute opposition crédible avant le jour du vote. Au Rwanda, Paul Kagame a été réélu en 2024 avec 99 % des voix. Au Togo, Faure Gnassingbé gouverne depuis 2005. Le Sénégal a démontré en 2024 qu'une alternance pacifique reste possible avec l'élection de Bassirou Diomaye Faye. Elle demeure l'exception. La CEDEAO a déployé une Mission d'observation électorale de 15 experts, conduite par l'ancien président ghanéen Akufo-Addo, avec pour objectif de suivre "toutes les étapes clés du processus électoral avant, pendant et après le scrutin". Cette même CEDEAO, qui a su sanctionner les coups d'État au Mali, au Burkina Faso et au Niger, ne s'est pas prononcée sur les mécanismes de parrainage qui ont écarté l'opposition béninoise. Sur le plan des partenaires institutionnels, Wadagni est un visage rassurant. Le Bénin a bénéficié sous son pilotage d'un financement du FMI équivalent à 400 % de son quota, bien au-dessus de la moyenne africaine de 125 %. Les créanciers font confiance à la continuité. Les populations rurales du Nord et les jeunes diplômés sous-employés des villes, eux, attendent autre chose. Après Talon, quelle page ? Le Bénin du 12 avril 2026 vote avec deux candidats, dont l'un porte l'héritage direct du président sortant. C'est un fait, pas un jugement. Dix ans de croissance à 6-7 % n'ont pas réduit le taux de pauvreté. Le sous-emploi touche 72 % des actifs. Les dépenses de santé sont en recul. L'opposition la plus structurée est hors-jeu jusqu'en 2033. Ces données proviennent du FMI, de la Banque mondiale, de l'UNICEF et de chercheurs indépendants. Wadagni incarne la compétence technique et la continuité. Hounkpè incarne une aspiration au changement sans les moyens institutionnels de la porter. Les Béninois sont à 55 % des enfants. Ils vivront avec le prochain septennat. La projection est simple : sans réforme structurelle du modèle de redistribution, la croissance continuera de produire des statistiques sans produire de justice sociale. L'appel est pour les candidats : un bilan social complet, chiffré, contradictoire, avant le vote. Suivez l'évolution de cette situation sur DB News, votre source d'information fiable sur l'actualité africaine et du monde. DBNews Sources : - Wikipedia (Élection présidentielle béninoise de 2026) - Jeune Afrique (février 2026), Afrikmag (mars-avril 2026) - AllAfrica (mars 2026), NEEMA Media (mars 2026) - The Conversation (2025), Radio-Canada (novembre 2025) - Les 4 Vérités (avril 2026) - Autrequotidien.bj (2026) - Banque mondiale (2019) - FMI (2024-2026) - UNICEF (rapport 2024 Bénin), Anadolu Agency (novembre 2025) © DB News 2026 — Tous droits réservés Read the full article










