BILAL - A NEW BREED OF HERO (2015) Impossible dâavoir entendu parler de BILAL, film dâanimation 3D arabe, sorti Ă Dubai fin 2015: en effet, le long-mĂ©trage a mis sept ans Ă voir le jour -une durĂ©e justifiĂ©e par la longue documentation studieuse pour le crĂ©er ainsi quâaux dĂ©tails apportĂ©s Ă celui-ci-, jusquâĂ ce que son rĂ©alisateur Ayman Jamal fonde lui-mĂȘme Barajoun Entertainment en 2013 afin de lui donner vie. Une persistance rare, qui paye: vĂ©ritable chef-dâoeuvre unique, le travail que reprĂ©sente BILAL est incontestablement une rĂ©ussite totale. Loin de PIXAR, loin de DISNEY, on y trouve une approcher relativement soignĂ©e, que lâon devine dĂ»e Ă un challenge constant: le rĂ©sultat est superbe -pour un film de 2015 auquel nous nâavons accĂšs que TROIS ANS plus tard-, diffusant une sagesse sensĂ©e et un message trĂšs fort. Enfant, Bilal et sa sĆur sont victimes du meurtre de leur mĂšre -une ouverture rĂ©solument adulte-, et deviennent les esclaves de Umayyah Ibn Khalaf, un souverain conservateur rĂ©gnant sur le Hedjaz, la rĂ©fgion ouest de la pĂ©ninsule arabique. Cette action placĂ©e en 600 av. J-C diffuse cette saveur orientale typique du monde arabe, avec ses lumiĂšres chatoyantes, son atmosphĂšre dĂ©sertique, et son charme naturel -malgrĂ© le contexte de lâesclavagisme, au centre du rĂ©cit-: BILAL le sait, et profite de tout ce qui Ă trait Ă cette culture pour la sublimer, des tentures magnifiques aux couleurs vives en passant par ces visages bourrĂ©s dâĂ©motion. Loin des PIXAR/DISNEY caricaturaux -voire racistes- au possible, BILAL sâidentifie, ne reniant pas certains schĂ©mas âphysiquesâ -quelques traits sont accentuĂ©s, comme les nez bosselĂ©s et les grands yeux, mais pas assez pour en devenir gĂ©nĂ©riques: ce film dâanimation dâexception dĂ©tient une chara-design lĂ©gitime, et une direction artistique plus que cohĂ©rente. Lâhistoire de Bilal, puissante, va nous apprendre ce quâest un vrai hĂ©ros, loin du guerrier nourrissant les rĂȘves de cet enfant devenu esclave: il sera ici dĂ©fini par la libertĂ© du corps et de lâĂąme, inaccessible portail imaginaire pour tout esclave de cette Ă©poque. Lâaspect paĂŻen semble pointĂ© du doigt, avec de Hedjaz dominĂ© par des marchands sans scrupules et un cruel seigneur: il faut verser des piĂšces aux idoles et les vĂ©nĂ©rer, ces multiples statuettes aux effigies divines diverses et variĂ©es, sans oublier de conserver cette voie quoi quâil en coĂ»te. BILAL profite de ce fait Ă©tabli -scĂ©naristiquement- pour chambouler cette dĂ©mence en introduisant le âroi des marchandsâ, Abu Bakr, que Bilal rencontrera une fois adulte: germes de la libertĂ©, ses Ă©changes avec le vieil homme lui ouvriront lâesprit, convaincu par un islam menĂ© par un dieu unique, Allah, car ce dernier ne prĂŽnant pas lâesclavagisme mais lâĂ©galitĂ© et la libertĂ© de lâHomme. BILAL a le bon goĂ»t de ne pas utiliser lâĂ©pique pour rien: les visions mĂ©taphoriques seront reprĂ©sentĂ©es par de magnifiques sĂ©quences Ă©loquentes -ces gĂ©ants de sable crachant du feu-, pour devenir rĂ©elles afin de servir un vĂ©ritable propos -la bataille finale-. Mais le vĂ©ritable sens de BILAL rĂ©side dans ce combat intĂ©rieur, cette Ă©volution spirituelle -non religieuse et non sectaire, lâIslam servant de moteur dĂ©cisif pour notre hĂ©ros- qui dĂ©passe le stade de lâimaginaire pour que Bilal passe Ă lâacte, vers sa quĂȘte dâhomme libre. Une scĂ©nario mature, auquel rien nâest laissĂ© au hasard: parfois trĂšs dures, certaines scĂšnes sont Ă dĂ©conseiller aux plus jeunes -la torture publique avec ce gros rocher, par exemple-. Ne vous laissez pas berner par lâaspect âdessin animĂ© en CGIâ, BILAL nâest pas pour les enfants: en parlant de rendu visuel, lâensemble est vraiment beau, mĂȘme si on dĂ©note -rarement!- une animation un peu âbrusqueâ lors des mouvements de chute au sol. Hormis ce dĂ©tail, BILAL dispose dâune synchro labiale correcte -en anglais en V.O.-, dâun doublage au top, dâune musique gĂ©niale - le compositeur Atli Ărvarsson sâen donne Ă cĆur joie: lâislandais avait signĂ© le sublime OST de THE EAGLE (2011)- saisissant parfaitement lâatmosphĂšre arabisante du film, et surtout dâune narration surprenante, aux antipodes de ce que lâon peut attendre de son poster cinĂ©ma. BILAL nâest pas qâun âfilm dâanimation en 3D de plusâ, mais bel et bien un grand rĂ©cit, inspirĂ© lui-mĂȘme de la vie du vrai Bilal, Bilal Ibn Rabah -580-640 av. J-C-, lâun -si ce nâest le premier- Muezzin de lâHistoire Ă lancer lâappel de la priĂšre. IcĂŽnique, lâhomme enseignait de son temps lâimportance de lâĂ©galitĂ© raciale, de la paix, et lâidĂ©e de rester soudĂ©s, ensemble, afin de combattre toute forme de discrimination. Ce film est son histoire. Adewale Akinnuoye-Agbaje SAVEUR DâORIENT /20












