Baïnes : Propres au littoral aquitain, les baïnes, ou “petites bassines”, ressemblent à des piscines naturelles réparties le long de la plage. A marée montante et descendante, le fort courant qu’elles génèrent constitue un danger mortel pour les baigneurs.
Personne ne sait ce qui se passe derrière les volets verts. Ça chauffe en huis clos et ouvrir la porte sur le secret déclencherait une explosion immédiate. Une sorte de backdraft, phénomène d’embrasement que les pompiers redoutent plus que tout.
[...] Biarritz, source de consolation, beauté brutale de l’océan gris-vert, la surface infiniment mouvante, au pied du phare. Des flaques de mousse vert tendre creusent le rocher plat, des arbustes aux feuilles grasses bordent les tapis d’herbes longues comme des crinières où des fleurs minuscules essaiment leurs couleurs pâles. Rien de vif pour ne pas déranger l’océan. Rien de trop visible, qui puisse le rendre jaloux.
Je vois la colère d’Oleg partout, hypnotisée par les gerbes d’écume, qui recouvrent la pierre sombre, laissent poser leurs armes d’ange avant de se retirer. Et recommencer dans le ressac assourdissant.
[...] On parle des baïnes, ces courants puissants qui se forment le long de la côte Aquitaine, et inspirent la créature monstrueuse de son film. Pris dans une baïne, il est impossible de remonter le courant, on s’épuise, on est de toute façon entraîné vers le large. Pour avoir une chance de s’en sortir, il faut se laisser entraîner, attendre de regagner le sable, on ne sait pas quand, on ne sait pas à quel endroit. Garder confiance, malgré la dérive.
[...] La violence d’Oleg, c’est un cauchemar. Je dois tendre les bras et repousser de mes mains la peur, la honte, toute cette masse invisible, aussi lourde qu’un container de plomb. C’est un film d’épouvante en noir et blanc, où je me débats pour ne pas être jetée entièrement nue dans le jardin, où je retiens de toutes mes forces mon peignoir sur moi, où je m’accroche à la rampe pour gagner du temps, et le supplier de ne pas me faire cette humiliation. Un film noir, avec le son métallique de ses baffes qui résonnent dans ma tête, bien après la bagarre, comme des coups de fouet.
[...] Depuis qu’il va mieux, quelque chose se grippe en moi dès que je sens la violence affleurer. J’ai peur tout le temps. J’évite de rencontrer Mathilde au détour d’une pensée. Je n’ai plus de peau. Un rictus, un geste vif, un mot de travers me font sursauter comme les éclairs avant la foudre. Je connais par cœur les signes avant-coureurs d’une crise de folie, et je n’ai plus la force de croire à notre amour.
“Tu as raison Oleg, nous deux, ça ne va plus.”
Je sais déjà que, s’il faut, je l’aiderai à nous quitter. Malgré la culpabilité d’avoir une nouvelle fois échoué à fonder une famille. Malgré la tristesse vertigineuse de le perdre.”