Seuls les anges ont des ailes, de Howard Hawks. Filmer la musique ?
Il y a ce dĂ©but Ă©blouissant de beautĂ©, ce port la nuit, suintant dans une atmosphĂšre tropicale ; du studio pourtant. TrĂšs vite, Jean Arthur entend de la musique dâune guinguette. PremiĂšre scĂšne de musique ahurissante de qualitĂ© : les musiciens, le rythme, les trognes tout fonctionne comme un premier Ă©lixir de vĂ©ritĂ©. Un premier pas dans le film.
La sĂ©quence commence loin du piano. Carry Grant et son ami sont touchant ; on a envie dâĂȘtre lĂ , avec eux. Alors que le plan dure, Jean Arthur sâimpose contre Carry et prend possession du piano. Elle joue vraiment, et elle joue vraiment bien.
Câest presque un plan sĂ©quence, la premiĂšre coupe intervient trĂšs tard, la camĂ©ra, un peu haute, est placĂ©e de maniĂšre Ă voir trĂšs lisiblement les touches du piano. Lâeffet de rĂ©el est si fort quâon rentre une deuxiĂšme fois dans le film. Les outils sont les plus purs : un seul plan, pas de montage, de bons acteurs. Câest Ă ce moment que le spectateur vient vĂ©ritablement sâassoir dans ce bouge, les acteurs nâen sont plus. Ils vous ont rejoint dans ce cabaret du bout du monde.
La musique filmer ainsi, devient comme un moment ordalique, un test divin avec lequel on ne peut tricher.
Ă la fin de cette deuxiĂšme scĂšne de musique je me suis demandĂ© sâil nây avait pas une inversion : sâil ne sâagissait pas de filmer la musique, mais au contraire, dans ce cas, câest la musique qui donne sa substance au film.