LâĂ©quilibre comme chemin de vie ?
La diffĂ©rence nâest pas ce quâelle semble ĂȘtre. Jâai choisi trĂšs tĂŽt de rechercher lâĂ©quilibre, mais Ă©tait-ce vraiment un choix ? Einstein aurait dit : âLa vie câest comme la bicyclette, il faut avancer pour ne pas perdre lâĂ©quilibreâ. Ainsi je ne pourrais pas dire que câest bon, que maintenant je suis Ă©quilibrĂ©e, au contraire câest un effort permanent. Mais câest aussi une source de plaisir et de griserie : qui sait marcher sur une bordure, cherche bientĂŽt Ă marcher sur la falaise. Ma falaise est partout autour de moi maintenant, mais la corniche sâĂ©largit tout de mĂȘme. Lâessentiel câest le paysage, lâĂ©tendue tout autour, la hauteur aussi, vaincre le vertige. Et pouvoir porter son regard, loin. Depuis trois ans jâapprends lâĂ©quilibre sans filet et en combat aussi. Jâai choisi dâĂ©voluer en travaillant avec ceux qui me sont le plus diffĂ©rents. Les diffĂ©rences se complĂštent, et la diffĂ©rence mâa toujours semblĂ©e riche de possibilitĂ© dâĂ©quilibre. Adolescente, jâĂ©tais introvertie, fantasque mais complexĂ©e, et je cherchais mes satisfactions dans la musique et la lecture. Autodidacte, je refusais intĂ©rieurement Ă mes enseignants la capacitĂ© de mâavoir appris quelque chose, persuadĂ©e que tout Ă©tait dĂ©jĂ lĂ , en attente dâĂȘtre mis Ă jour. Tout au plus je leur accordais cette capacitĂ©-lĂ . Au fond, câest certainement pour cela que la vie mâa fait devenir Ă mon tour enseignante. De prime abord, câĂ©tait parce que jâavais atteint un niveau suffisant de maĂźtrise de deux matiĂšres : lâhistoire, et le français. Les opportunitĂ©s mâont alors portĂ©es Ă retourner lĂ -mĂȘme oĂč je ne pensais pas enseigner : dans un cycle dâorientation, habitĂ© par ces jeunes dont beaucoup ont, je le pense, prĂ©cisĂ©ment la mĂȘme prĂ©tention que jâavais aussi, de maniĂšre plus ou moins consciente. Pendant quelques annĂ©es, jâai laissĂ© de cĂŽtĂ© ma posture adolescente, et enseignĂ© en ayant lâimpression de transmettre, de donner un savoir, de le verser, de planter des graines, de les arroser. Je ne pense pas que lâimage soit mauvaise, mais elle a ses limites, et elle peut conduire Ă abandonner des Ă©lĂšves. En effet, que faire avec ceux qui ne tendent pas la main, nâont pas soif de connaissance, dont la terre en apparence est stĂ©rile ? Ceux qui refusent dâapprendre en fait, ... mais un peu comme moi je refusais aussi ? A prĂ©sent jâessaie de mettre Ă jour les capacitĂ©s, cachĂ©es ou non, tout dâabord en observant les Ă©lĂšves, en les Ă©coutant, en saisissant leurs caractĂ©ristiques et leur maniĂšres de grandir. Jâai beaucoup aimĂ© le film de Kheiron âLes mauvaises herbesâ, et je le rejoins quand il fait sienne la rĂ©flexion de Victor Hugo : âIl n'y a ni mauvaises herbes, ni mauvais hommes. Il n'y a que de mauvais cultivateurs car on ne naĂźt pas dĂ©linquant, on le devient. Or, les «cultivateurs» ne sont pas seulement les parents: aprĂšs les neuf mois de grossesse, un enfant appartient Ă tout le monde. Ă mes yeux, les «cultivateurs», c'est la sociĂ©tĂ© toute entiĂšreâ. Je suis une cultivatrice parmi dâautres, avec mes stratĂ©gies, mes ambitions, mes convictions et mes imperfections, toutes sujettes au changement. Ce qui ne change pas, câest cette volontĂ© dâĂ©quilibre, et la conscience quâil faut avancer pour le garder.Â
















