Le verdict est tombé hier soir : nous resterons confinés jusqu’au 11 mai... Encore un mois, au moins, à nous ébattre dans nos murs, donc, encore un mois faire en sorte que le temps perdu nous fasse gagner en sagesse et en équilibre. Pendant ce mois nous allons continuer à entendre la litanie des décomptes de décès, nous allons devoir subir les débats sans fin sur l’efficacité des traitements, sur la responsabilité politique des ceux qui ont sacrifié le bien commun au profit de la haute finance et des enrichissements particuliers... Il va falloir s’installer dans cette vie de séquestrés, de prisonniers innocents, de contraintes imposés par notre seule volonté, acceptant ce destin sartrien d’embarqués responsables. Et malgré les cas isolés, les francs-tireurs de la bêtise, soulignera-t-on un jour assez la discipline de ce peuple frondeur, la cohésion et la conscience solidaire de ces Français qu’on aime à dire indisciplinés et réfractaires ? Lorsque je peux échanger avec les uns ou les autres, ce n’est pas la peur qui guide la plupart des comportements, ce n’est pas la crainte de la répression ou de la maladie elle-même, mais le respect de ce qui doit être le bien commun et qui commence par la contrainte consentie. Ce sens aigu de la responsabilité individuel me rend assez fier, je dois dire, d’appartenir à ce peuple qui a mis la fraternité au fronton de ses édifices publics. Depuis longtemps, cette “valeur” semblait bien négligée au profit du dévoiement de la première et de l’incantation perpétuelle à la deuxième. Il aura fallu que des milliers de vie s’évaporent ou soient menacées pour que le sentiment fraternel, quoi qu’en disent les grincheux et les éternels pisse-vinaigre, se manifeste avec force et éclat dans cet effacement de chacun devant le bien commun et dans l’abnégation des professionnels de santé et de tous ceux qui sont au contact direct du danger. Ces quelques lignes peuvent sembler bien naïves et relever d’un sentiment bêtement béat, mais si le message qu’elles véhiculent sonne faux aux oreilles de certains, il est en tout cas un des éléments qui me soutiennent dans ces moments particuliers et gonfle ma poitrine d’un fol espoir pour l’avenir. Ce fléau aura en tout cas permis d’obtenir le précieux grain dont on fait le pain de l’espérance et la semence d’une société plus fraternelle. Il faut y croire !