13-05-2003 // Sumday
Putain, 16 ans!
« Câest pas un peu triste comme chanson? », « câest pas de la musique », « ah mais je savais pas que tâaimais Nada Surf! »⊠Fou comme jâai pu me faire tailler des costards par mes conquĂȘtes pour le simple fait dâĂ©couter Grandaddy. Et me vexer comme un pou, en rĂ©torquant « Grandaddy a une complexitĂ© intrinsĂšque quâun sentiment humain aussi simple que la tristesse ne peut rĂ©sumer Ă elle seule » ou un truc nul dans le genre. Il faut dire que, depuis des gĂ©nĂ©rations dans la famille, on touche pas Ă Jason Lytle et sa bande de pĂ©pĂ©s romantiques.
Je pourrais tartiner des pages pour essayer dâanalyser pourquoi jâaime autant ce groupe (lâaide dâun long sofa rouge et dâun docteur aguerri en psychiatrie pourrait ĂȘtre de rigueur). Une bonne partie de la rĂ©ponse doit se trouver dans le cĂŽtĂ© loser magnifique que dĂ©gage le leader des « Grands-pĂšres ». DĂ©jĂ , un mec qui veut faire carriĂšre dans la musique et qui choisi un nom aussi moisi... avouez que ça a de quoi faire rire! Donc oui, jâassume dâĂ©couter une musique pour semi-dĂ©pressifs, cul-cul la praline, avec au mic une voix de chochotte. AprĂšs toutes ces annĂ©es de bashing, jâai trouvĂ© lâargument choc pour me dĂ©fendre des ignares de la zik sensible - car ils sont plus nombreux quâon croit: Ă savoir quâon peut composer une musique en apparence ringarde en Ă©tant en mĂȘme temps totalement dans le coup. Tâas quâĂ rechercher « Jason Lytle » sur Gougeul pour voir:Â
VoilĂ . Grand-pĂšre en chef, malgrĂ© sa dĂ©gaine de bucheron attardĂ© et sa casquette grasse Ă force dâoublier de changer lâhuile de la friteuse, a cassĂ© lâinternet. Le mec a beau sentir la pinĂšde et la viande de cerf fumĂ©e, il est dĂ©jĂ Ă la version 5.6.20 alors que toi et ton iPhone X dernier cri ĂȘtes bloquĂ©s Ă la 5.3.29. RecalĂ© pour visiter le site de notre Jason du turfu. Nah! (Bon les fans inconditionnels aussi apparemment⊠snif!)
Maintenant que ce point est rĂ©glĂ©, passons au skeud qui nous intĂ©resse aujourdâhui, âSumdayâ, jeu de mot vraisemblable entre someday (un jour, tu seras grand mon fils) et summer day (jour dâĂ©tĂ©). Ce troisiĂšme opus du groupe succĂšde Ă lâalbum âThe sophtware slumpâ sorti 3 ans plus tĂŽt. Peu ou prou le temps Ă©coulĂ© entre les 2 premiers albums. Vachement carrĂ© pour des rednecks les gars! En sâarrĂȘtant rapidement sur la pochette, pas dâerreur, on retrouve tout lâunivers onirique et lâamour pour la nature si chers au groupe. Sans plus attendre, poussons la galette dans le mange-disque. Grandaddy nâayant jamais Ă©tĂ© un maestro des artworks, pas la peine de trop sây attarder...
Le premier morceau, Ă©galement premier single de âSumdayâ, câest âNow itâs onâ. Sample bancal introductif rappelant le « tube » - en gros, parce quâil a Ă©tĂ© utilisĂ© sur la BO du film de zombies 28 jours plus tard (la scĂšne oĂč les hĂ©ros font nâimp dans le supermarchĂ©) - du premier album des Grandaâ âA.M. 180â, grattes en avant, envolĂ©e aĂ©rienne sur le refrain⊠Gros cĂąlin aux oreilles des fans de la premiĂšre heure, quoi. Titre prĂ©monitoire aussi, car Ă sa sortie âNow itâs onâ a eu lâhonneur de passer sur les ondes FM! De carriĂšre de Grandaddy, ça sâĂ©tait jamais produit. Du moins au pays du « quipu », oĂč il me semble que Câest Lenoir sur Inter a Ă©tĂ© la seule Ă©mission Ă sâintĂ©resser au groupe. En tĂ©moigne cette vieille reprise de la chanson âFun fun funâ des Beach Boys, qui se bonifie avec le temps comme un vieux bourbon (non Jason, pas comme ta 8.6):
Certes, le premier morceau de « Un jour dâĂ©tĂ© tu seras grand mon fils » a tout du morceau feel good dont rĂȘve le programmateur radio moyen, sans compter quâon est dans la saison oĂč lâĂ©tĂ© raboule gentiment sa fraise. Quand on connaĂźt le rĂ©pertoire habituel des Grandaâ, on peut dâailleurs sâĂ©tonner que le titre cherche autant Ă filer la patate. CotĂ© paroles, que lâon pourrait rĂ©sumer à « sors tes doigts du cul plutĂŽt que macĂ©rer chez toi dans ton jus », lĂ aussi, on est Ă des centaines de kilomĂštres du registre de Grandaddy.
[ShĂ©rif et monteur de âSumdayâ pour arrondir ses fins de mois]: « Damned, vous avez vu ce pull Ă gerber au fond Ă gauche derriĂšre Jason, faut absolument quâon lâĂ©dite au montage »
Perso, je prĂ©fĂšre cent fois âPull the curtainsâ - oĂč Jason chante que lâhumanitĂ© ne peut rien contre les journĂ©es de merde Ă part aller se coucher, jâadmire ce sens de la philosophie - morceau contemporain de âSumdayâ qui sortira sur une compile ultĂ©rieure, parce quâelle sonne beaucoup plus « grandadiesque » dans mes oreilles.
Fort heureusement, âSumdayâ nâa rien Ă voir avec une tentative de sĂ©duction des foules mainstream. Et on en a la confirmation rapidement, dĂšs le second titre en fait: âIâm on standbyâ remet les pendules Ă lâheure avec ses vocals bien pleurnichards Ă souhait, son rythme trainant qui ouvre la voie Ă un mĂ©li-mĂ©lo de guitares et dâarpĂšges Ă©lectroniques dont seuls nos papis tristounes ont le secret.
Sur la compile âExcerpts from the diary of Todd Zillaâ , sortie en 2005, on trouve lâexact antagoniste de âNow itâs onâ, âPull the curtainsâ, LA chanson remĂšde aux journĂ©es de merde
Lâalbum vogue ensuite sereinement entre chansons Ă fort degrĂ© mĂ©lancolique (âLost on yer merry wayâ, âYeah is what we hadâ) et dâautres oĂč le bidouillage de sons transporte la voix de Jason dans dâautres dimensions (âThe group who couldnât sayâ, et encore plus lâexcellent âStray dog and the chocolate shakeâ). Jâenterrerais bien âSaddest vacant lot in all the worldâ sous le tas de purin perso, mais ça nâengage que moi.
Vient ensuite le dernier tiers de âSumdayâ oĂč, en bon fan de Grandaddy, on se met Ă entamer la danse de la pluie et prier tous les dieux de la Terre pour que ce soit pas un carnage. Car, comme ton papounet qui a tuĂ© des allemands pendant la guerre, les Grandaâ sont perfectibles, et il en va souvent ainsi de leurs fins dâalbum. âUnder the western freewayâ Ă©tait interminable, âThe sophtware slumpâ jouait Ă la douche Ă©cossaise (une pĂ©pite, un Ă©tron, etc.)⊠On pouvait donc lĂ©gitimement se demander Ă quelle sauce âSumdayâ allait nous assaisonner sur le grill. La barbecue peut-ĂȘtre, vu que câest la deuxiĂšme spĂ©cialitĂ© des pĂ©pĂ©s de Modesto, Californie?
La piste 10 âO.K. with my decayâ est un clash intĂ©ressant entre ce que le groupe fait de mieux et son pendant obscur, quand ça tourne au flonflon et Ă la meringue bien dĂ©gueulante de sucre (ou plutĂŽt la barbe-Ă -papi... huhuhu, vous lâavez??). En positif: Ă nouveau la personnalitĂ© loser magnifique de Jason, un accompagnement clavier-piano dans le mille, des samples savamment dosĂ©s. Et du cĂŽtĂ© de Palpatine, on a un break de bien une minute avec des « doudidou-toutoutoutitoutoutou » qui servent Ă pas grand chose si ce nâest meubler... Mais câest la force du jedi qui lâemporte quand la voix de Jason, comme sortie dâune redescente de drogue aux Bisounours, reprend les rĂȘnes. La transition qui prĂ©cĂšde la onziĂšme piste nâest pas sans rappeler celles qui rythmait Ă merveille âThe sophtware slumpâ. âThe warming sunâ, superbe ballade lo-fi qui Ă©voque lâamour perdue dâune donzelle, confirme lâembellie.
Jason Lytle, icĂŽne du « rien Ă branler de comment je mâhabille » : T-shirt noir sous chemise de bucheron lâĂ©tĂ©, T-shirt gris sous chemise de bucheron ET veste sans manche avec liserĂ© bucheron lâhiver
Quant Ă âThe final push to the sumâ, si on la compare au reste de lâalbum, elle Ă©voque un peu trop lâexercice forcĂ©, avec le titre qui va bien pour rappeler que oui, lâĂ©tĂ© est presque lĂ ... et que, au fait, le titre de lâalbum câest âSumdayâ [clin dâĆil des deux Ćils]. Sans oublier la conclusion qui sâĂ©ternise façon disque rayĂ©. MĂȘme Jason marmonne un truc Ă ce moment qui, depuis mon oreille mal entraĂźnĂ©e au langage redneck, ressemble Ă : « Stop the record right now », soit en traduction approximative « Hey Burtsh (Ndr: chez les rednecks il est coutume de sâappeler par le nom de famille, mĂȘme entre copains de tente), appuie sur câtabernacâ de bouton [Stop] sinon jâmâen va taper sur ta femme et manger ta part de cĂŽtes de porc grillĂ©e». Titre dispensable donc, mĂȘme sâil nâenlĂšve rien au fait que âSumdayâ est globalement un trĂšs bon album.
Bref, en cette date anniversaire, je ne saurais que trop recommander la réécoute du 3e EP des Grandaâ, un bonbon acidulĂ© au timing parfait puisque les beaux jours sont lĂ , et quâon a enfin lattĂ© cet enfoirĂ© dâhiver (Ă moins quâon ait pĂ©tĂ© le climat au point quâil nây ait plus de saisonsâŠ). Attention juste Ă pas trop le (le bonbon, pas le Jason) laisser fondre en bouche, au risque de se mettre Ă porter des pulls moches et ne plus jurer que par lâart du barbecue en tongs-chaussettes. Aujourdâhui je nâai plus peur de le dire: « I love U @Jasonlytle <3»
. . . . . Bonus âsĂ©quence gĂ©nanteâ : tu mâcrois pas que Jason Lytle est un gros badasse? mate un peu ce clip insoutenable avec de la maltraitance animale dedans:
Francis Skeud B-)
La note complĂštement arbitraire de HBD pour âSumdayâ: 8/10












