09-05-05 // Team Sleep
Putain, 15 ans!
Quand on y pense Chino Moreno câest un peu le Didier Raoult du nĂ©o-mĂ©tal. Le gars quâon rangerait volontiers dans une case, style « skater latino diabĂ©tique avec une gamme de vocalise allant du soprano mielleux au cri porcin » â (Raoult Ă©tant comme chacun sait « toubib sosie de Patrick SĂ©bastien ayant subi une greffe capillaire de Françis Lalanne »... mais qui, profitant que tout le monde avait le dos tournĂ©, nous concoctait un filtre aux pouvoirs chamaniques. Le temps dira si Didouille nous a roulĂ©s dans la farine comme les gros gnocchis shootĂ©s Ă BFM que nous sommes. Avec sieur Moreno en tout cas, pas dâentourloupe: on en a (presque) toujours pour son argent.
La premiĂšre trahison du vocaliste aux Deftones sâappelle donc Team Sleep, soit un des noms de groupe les plus ridicules sur Terre: « LâĂ©quipe du sommeil ». Nan mais franchement les gars... Le side-project dĂ©barque en plein tumulte pour le quintet de Sacramento, qui porte dâailleurs aussi un nom peu heureux une fois traduit dans la langue de MoliĂšre. Alors quâaux States, comme souvent, ça pĂšte!
[Chino, tirant sur un gros splif]: -« Venez les gars, on sâappelle âsons coolsâ »
[Les autres, assis sur leurs skate-boards, tirant sur un gros splif]: -« MMmmmmhhh⊠Fucking A!! »
Bref, Chino Moreno nâexcelle pas dans le naming de groupes: aprĂšs Team Sleep, on aura droit à « Croix » puis « Paumes/palmiers »... Oh merde. Mais revenons Ă la musique, que diable, parce quâaprĂšs tout, on sâen fout du nom du bousin, tant que le flacon est bon. AprĂšs un 3Ăšme album qui aura sidĂ©rĂ© sa fan base et attirĂ© lâattention dâun paquet de nouvelles gourdines, les Deftones sont soucieux Ă lâidĂ©e de retrouver une signature sonore passĂ©e par la moulinette âWhite Ponyâ. En effet, Ă lâĂ©coute de son successeur Ă©ponyme qui sort en 2003, beaucoup dâaficionados dont je fais partie ont cet arriĂšre-goĂ»t du « je te mĂ©lange un peu dâancien, un peu de neuf, une patte de lapin radioactif, quelques postillons de crapaud, et BOUM! alors ça te plait mon disque hein, HEIIIINNN?! ».
La rĂ©ception critique est dâautant plus contrastĂ©e que quelques mois plus tĂŽt, Chino a sorti un instru de derriĂšre les fagots avec la « brigade du sommeil » (ayaye ça pique Ă chaque fois)â paru sur lâexcellente BO de Matrix Reloaded, pour ceux qui sâen rappellent. Il nâen faut pas plus pour que la DeftonosphĂšre parte en quenouilles. âThe Passportalâ dĂ©clenche les prophĂ©ties les plus folles : les pontes du nĂ©o-mĂ©tal de Sacramento est muerto, câest sĂ»r, Moreno plaque le mĂ©tal pour lâĂ©lectro, et dâautres sornettes... Une deuxiĂšme dĂ©mo, âDeath by Planeâ, quâon a pu tĂ©lĂ©charger sur eMule entendre ça et lĂ , continue de brouiller les pistes, ce slow acoustique nâaurait pas rougi Ă figurer en piste bonus de âWhite Ponyâ. Au final ni lâun ni lâautre ne figureront sur le premier album des Team Sleep. Disque quâil faudra au passage attendre 3 ans de plus. Nah!
ArrivĂ© mi-2005, le side-project du leader des Deftones a eu le temps de peaufiner son identitĂ© musicale. Et lâattente se rĂ©vĂšle vite de bon aloi: ça ne part plus autant dans tous les sens. Lâalbum Ă©ponyme de 53 minutes regorge de surprises, dâarrangements au cordeau, de fausses pistes pour mieux se perdre dans lâunivers Team Sleepien, et globalement dâune palette Ă©motionnelle plus riche que tout ce quâon a pu entendre des Deftones.
La fausse piste, on se la prend dâemblĂ©e en pleine poire, avec le morceau dâouverture âAtaraxiaâ. Comme un pied de nez Ă toutes les rumeurs qui pouvaient entourer Ă lâĂ©poque Team Sleep. Bien quâataraxie peut signifier zĂ©nitude, ce dernier est tout sauf zen. Le tempo rapide nous laisse croire Ă une version moins Ă©nervĂ©e et plus aĂ©rienne des Deftones, avec peut-ĂȘtre des arrangements Ă©lectroniques un peu plus prĂ©sents. On peut voir lâharmonica qui accompagne les premiĂšres notes de guitare comme un clin dâĆil au quatriĂšme album des Deftones, qui remettra cet instrument incongru au goĂ»t du jour sur le morceau âDeathblowâ.Â
DĂšs la deuxiĂšme piste, cependant, lâemballement initial est stoppĂ© en plein vol. âEverâ, qui a Ă©tĂ© Ă lâĂ©poque promu comme single, est a posteriori un des morceaux les moins intĂ©ressants du disque. Parce que beaucoup moins « risquĂ© » que le reste de lâalbum. Le principal truc qui surprend pour les connaisseurs des Deftones, et ce nâest pas le cas sur âEverâ, vient de la voix de Chino Moreno. On lâentend sur lâexcellent âPrinceton Reviewâ, le vocaliste sait adopter une tessiture bien plus fĂ©minine. Un peu plus loin, âOur Ride To The Rectoryâ rĂ©cidive avec des refrains suraigus, quasiment susurrĂ©s Ă nos oreilles. âElizabethâ emmĂšne Chino au summum du travestissement vocal. DĂ©stabilisant quand on connait le registre habituellement doux-agressif du Chi, mais on apprend Ă lâapprĂ©cier tant cela apporte un supplĂ©ment mystique au disque.
âFormantâ, un joyau dâinstru qui- allez savoir pourquoi- ne sera pas retenu sur lâalbum dĂ©finitif de Team Sleep
Lâautre nouveautĂ© quâon dĂ©couvre avec Team Sleep, ce sont les samples. Des gongs dâĂ©glise introductifs de âYour Skull Is Redâ, rĂ©utilisĂ©s et dĂ©formĂ©s pour boucler le morceau façon machine temporelle bizarre, les scratchs stratĂ©giquement placĂ©s de âTomb of Legiaâ, les blips de console rĂ©tro sur âKing Diamondâ... lâalbum foisonne de ce genre de dĂ©tails qui donne lâimpression dâavoir entre les mains du travail dâorfĂšvre. MĂȘme lâemplacement des pistes instrus semble pas dĂ» au hasard: les quelques notes de guitare de âDelorianâ faisant parfaitement Ă©cho Ă celles du morceau suivant âOur Ride To The Rectoryâ, le mutant âStaring At The Queenâ qui dĂ©marre dans un fatras de percus, et sâamortit sur les prĂ©mices dâaccords du nostalgique âEver Since WWIâ.
Le premier, et finalement vĂ©ritable unique album de Team Sleep, puisquâil nây aura pour suite quâun live avec 2-3 anciens morceaux revampĂ©s, mĂ©rite dâĂȘtre considĂ©rĂ© comme une Ćuvre totale. Et pas seulement celui dâun side-project fait pour tromper lâennui du chanteur dâun groupe en crise. Team Sleep nâest pas non plus un super-groupe. Le groupe tient Ă deux copains qui ont rĂ©pĂ©tĂ© ensemble de longues annĂ©es avant de se dire quâils tenaient un truc. Ăa tient Ă©videmment grandement Ă lâobsession de Chino Moreno pour lâexpĂ©rimentation qui ne peut tenir dans la seule nĂ©buleuse nĂ©o-mĂ©tal. On notera dâailleurs quâil avait invitĂ© le zĂ©bulon Mike Patton pour les premiers enregistrements de Team Sleep. Le projet aura aussi permis au leader des Deftones dâaffirmer sa deuxiĂšme passion dans la vie: le skate les femmes. Il y a sa voix mĂ©tamorphosĂ©e, mais aussi des incursions de voix fĂ©minines, sur du trĂšs bon duo hip-hop (âKing Diamondâ, encore un clin dâoeil aux Deftones, Ă©poque âAround the Furâ et le morceau âMXâ?), en lead (âTomb of Legiaâ) ou incrustĂ© en arriĂšre-plan sur le chaud et sexy âParis Armâ. Comme si le Chino avait trouvĂ© un espace de libertĂ© suffisant pour rendre hommage au genre et au corps fĂ©minins. Plus que les pochettes de disque des Deftones avec des meufs Ă poil, en tout cas.
AprĂšs un pareil album, et un deuxiĂšme disque qui nâen Ă©tait pas vraiment un, on prie en tout cas pour que lâĂ©quipe du sommeil ne tire pas dĂ©finitivement le rideau.
Francis Skeud B-)
La note complĂštement arbitraire de HBD pour âTeam Sleepâ: 8.5/10















