Après sa toilette, Olnij prit son temps pour se recoiffer, se rhabiller, remettre tous ses accessoires et se préparer à sortir. Eil n’en avait guère envie, mais savait que si eil ne se rendait pas à la Maison des Cinq la plus proche, sa journée serait entachée par un manque impossible à combler autrement. Eil pouvait faire ses offrandes à l’autel que Seloe gardait dans leur chambre, bien sûr, mais ce n’était pas pareil. Enfin, eil remit sa wuny à son bras. Sur le lien de celle-ci, juste au-dessus du disque de coquille, eil épingla l’insigne de l’Air que Seloe lui avait donné en échange de son propre gage de confiance lorsqu’eils s’étaient fiancés. Eils n’étaient pas encore certains, alors, que leur relation durerait, ni de ce qu’elle serait, et loin d’imaginer jusqu’où eils iraient ensemble. Eil s’attarda sur le pentagone émaillé, orné des deux cercles et trois points de la Marque, argenté sur fond bleu clair. Un bleu qui contrastait avec l’ambre doré de la simple épingle que Seloe portait à sa propre wuny. Du bout des doigts, Olnij traça les bords lisses du sigle, et toucha un à un les trois points en léger relief, du centre vers l’extérieur – comme si, eil aussi, eil pouvait s’échapper de sa situation amère et se libérer. C’était une pensée qui revenait de plus en plus souvent. D’abord à chaque fois qu’une tentative pour le soigner de ses blessures mentales avait échoué, puis tous les jours ces dernières neuvaines, maintenant qu’eils avaient épuisé toutes leurs options. La frustration continuait de grandir, et avec elle la tension augmentait. Leur chambre ne les accueillait plus tous les deux que lorsqu’eils dormaient. Chaque fois qu’eils partageaient un moment tendre, Olnij finissait par pleurer, et Seloe faisait de son mieux pour le consoler, sans jamais réussir tout à fait. Eils n’avaient pas de solution, et la situation empirait. Olnij voyait venir avec angoisse le jour où eils ne pourraient plus se supporter l’un l’autre. Eil serra dans sa main son amulette et l’insigne : sa décision était prise. Eil devait partir, pour ne plus se sentir prisonnier et oppressé par le quotidien, en ces lieux qui lui rappelaient qu’eil ne pourrait plus jamais y être à l’aise. Partir, espérer que Seloe lui pardonnerait, et le rejoindrait bientôt.












