You’re asking too much money!
Quartier en pleine effervescence et très à la mode? Mais oui, Saint-Henri suit petit à petit le chemin déjà parcouru par un autre quartier ouvrier de Montréal. La force qui pousse les choses? La spéculation et l’avidité; les conséquences? Plusieurs, bonnes pour quelques-uns et loin de l’être pour la plupart de résidents, les petits commerçants et les jeunes entrepreneurs.
Les prix élevés des propriétés et l’augmentation excessive des loyers résidentiels et commerciaux provoqués principalement par les agents spéculateurs, soit les agents immobiliers et les sociétés dédiées aux transactions immobilières, ne favorisent que le surendettement des nouvelles familles qui déménagent dans le quartier, le déplacement des résidents  moins fortunés et le ralentissement de la revitalisation durable des artères commerciales, notamment de la rue Notre-Dame Ouest.
Il y a quelques semaines sur la rue Du couvent le message « Acheté » est apparu sur l’annonce de vente d’un cottage. Avant de dĂ©mĂ©nager dans le quartier, j’ai visitĂ© cet ancien duplex. Des rĂ©sidents traditionnels du quartier y habitaient, une couple au premier Ă©tage et son fils et sa blonde au deuxième. Le prix demandĂ© initialement?  449 000$. Environ quatre mois après avoir Ă©tĂ© mis sur le marchĂ©, le duplex a Ă©tĂ© achetĂ© par les Placements PCF de GaspĂ© inc. pour 400 000$. Peu de temps après, la propriĂ©tĂ© a Ă©tĂ© transformĂ©e en cottage et renouvelĂ©e en entier (voir les photos avant et aprĂ©s). Le nouveau prix de vente frĂ´lait le million de dollars. Le dernier prix affichĂ© par l’agent immobilier Ă©tait 879 000$. Ainsi, la propriĂ©tĂ© s’est probablement vendue Ă plus du double du prix d’achat. Â
La spĂ©culation immobilière vise Ă attirer des mĂ©nages plus nantis et par consĂ©quent repousser les mĂ©nages Ă bas revenu vers la banlieue. Le cas de la famille propriĂ©taire du duplex reprĂ©sente un exemple de ce phĂ©nomène puisqu’elle a dĂ©mĂ©nagĂ© dans la rive nord. Du cĂ´tĂ© du marchĂ© locatif commercial, les loyers abusifs nuisent aux petits commerçants et aux jeunes entrepreneurs ainsi qu’aux rĂ©sidents Ă bas revenu, car ils n’auront plus les moyens de s’offrir les services disponibles Ă proximitĂ©. Â
Certains continueront à croire naïvement au principe de l’offre et la demande et fermeront leurs yeux devant les dérapages propres au libre marché. De leur part, la ville et l’arrondissement continueront à ignorer la problématique ou à mettre en place des mesures timides pour protéger les commerçants, les nouveaux acheteurs et les locataires.
La spĂ©culation immobilière, omniprĂ©sente dans le quartier, ne contribue pas Ă sa revitalisation durable. L’intĂ©rĂŞt des spĂ©culateurs, et probablement de certaines nouvelles familles qui dĂ©mĂ©nagent dans le quartier, c’est de faire de Saint-Henri un deuxième plateau, ce qui serait dommage, car de cette façon on manquerait la chance de faire de notre quartier un espace de vie unique, mixte et avec une identitĂ© propre.Â