Chic la mer est plastique !
Une bourrasque de colère s’abat sur moi quand je me promène sur un littoral jonché des débris de cette matière plastique, pas si fantastique. Un amas de brosses à dents, gilets de sauvetage, cotons-tiges, pailles, flacons, bouteilles, bouchons, et autres fragments devenus des vagues de plastique, s’échouent sur nos plages. Ces marées multicolores issues de notre civilisation du jetable illustrent assez hideusement, osons l’écrire, notre société confortablement vautrée dans le gaspillage. On me dit que 634 tonnes de déchets en plastique sont déversées en mer chaque seconde dans le monde ? Alain Souchon chante « pardon pour cette flotte de plastique bleu qui part en mer pour des millénaires ». Pardon pour cette tare plastique.
Entendons-nous le cri du plastique abandonné dans la nature ? Entendez-vous le cantique du polytéréphtalate d’éthylène que l’on nomme PET ? On pourrait croire que le pétrole transformé en objets abandonnés de notre quotidien consumériste veut retourner dans la chaleur des entrailles de ses profondeurs d’antan.
Foin de lyrisme et passons à l’action. En mars 2003, en Corse eut lieu, suite à la campagne du Festiventu, « Halte aux sacs plastique », un référendum qui a permis de proposer le sac réutilisable dans les grandes surfaces de l’île. 17 000 corses l’ont décidé et le premier août 2003, le sac plastique à usage unique se fit rare dans la grande distribution insulaire et dans le maquis. L’exemple se propagea immédiatement sur le continent. Mais il aura fallu attendre 2016 pour que la loi Ségolène Royal sur les sacs plastique, que je qualifierais d’avancée imparfaite, soit votée. Néanmoins, il reste encore tant à faire pour bannir ces satanés sacs plastique, icônes de notre société de consommation.
Si, actuellement, il semble difficile pour nos gouvernants nationaux d’évoquer un changement de constitution pour la Corse, proposons alors, sans rancune… une nouvelle action environnementale qui, de nouveau, espérons-le influencera les acteurs politiques et économiques continentaux.
J’aime à rappeler qu’en Chine vers moins de 500 ans avant Jésus Christ, on disait que ceux qui sont aptes à commander mais qui sont incapables de préserver les forêts, les rivières et les marais avec respect ne sont pas dignes de prendre le pouvoir.
C’est valable pour tous les pays du monde.
Il est opportun de faire une nouvelle proposition qui, comme les sacs plastique, partirait de Corse : et si nous instaurions un système de consigne pour les bouteilles en plastique ?
Profitons donc de cette tribune pour lancer la consigne des bouteilles en plastique en Corse. En ramenant dans les commerces nos bouteilles en PET, soit toutes les bouteilles d’eau minérale et de sodas constituées de cette matière plastique courante, nous pourrons imiter les pays du Nord de l’Europe qui les consignent déjà avec succès.
Ainsi, l’Allemagne a mis en place, depuis 2003, un système de consigne pour les contenants, qu’ils soient recyclables ou non. Cette caution, le « PFAND » s’applique ainsi à la bière, l’eau minérale ou les boissons gazeuses sans alcool mais pas aux jus de fruits, au lait, au vin ou au spiritueux. La plupart des distributeurs collectent ces bouteilles pour favoriser leur recyclage.
En France, une bouteille en PET sur deux est recyclée. C’est insuffisant.
En Corse, la plupart sont enfouies, trop peu sont recyclées. Un nombre effrayant d’entre elles s’en vont nager ou patauger dans les bas-côtés.
L’appel lancé ici, dans cette tribune, concerne la grande distribution, EcoEmballage devenu CITEO, la Collectivité Territoriale de Corse, le Syvadec et tous les acteurs associatifs, institutionnels et privés qui voudront s’engager pour concrétiser cette proposition (de consigne).
Rapporter nos bouteilles en plastique dans les commerces et récupérer en échange un bon d’achat sera incitatif. Collecter davantage de bouteilles permettra d’envoyer en recyclage une matière plastique qui ne sera plus gaspillée. Car le PET est recyclable à l’infini.
Ce travail de recyclage peut se faire en Corse et serait créateur d’emploi. Ainsi les minéraliers corses qui fabriquent leurs propres bouteilles pourront utiliser du PET recyclé. Passer du jetable au durable est l’un des principes essentiels de l’économie circulaire. Cette économie du moindre impact sur l’environnement et le climat doit s’imposer en Corse. Il en est grand temps.
Un plus grand tonnage de plastique sera alors recyclé et vendu aux industriels, et un pourcentage financier de cette ressource augmentée pourrait aller à une association d’enfants malades. Car, nous connaissons trop de familles qui souffrent et éprouvent des difficultés pour faire soigner leurs enfants sur le continent, trop souvent. Qui, pourra alors supporter une bouteille errante ou flottante ? La consigne des bouteilles en plastique en Corse n’est pas une utopie non réalisable mais une action écologique et solidaire.
Si nous le décidons, c’est parfaitement possible.
Oui à la consigne des bouteilles en plastique en Corse et ailleurs !
Aux actes, citoyens !
Serge Orru
Publié dans In Corsica, mars 2018













