Le dernier arrĂȘtïœNi-ki
⊠Fandom : Enhypen
⊠Personnages : Ni-ki et narratrice
⊠Genres : Horreur, surnaturel, thriller psychologique
⊠Nombre de mots : 2k
⊠TW : Angoisse, isolement, rĂ©alitĂ© altĂ©rĂ©e, perte dâun ĂȘtre cher
⊠RĂ©sumĂ© : Une jeune femme prend le mĂ©tro comme Ă son habitude lorsque soudain, un arrĂȘt brutal plonge le wagon dans le noir. Lorsquâelle retrouve la lumiĂšre, tous les passagers ont disparu. En sortant, elle dĂ©couvre une ville Ă©trange, floue et irrĂ©elle. Elle y retrouve Ni-ki, un ami proche, mais quelque chose en lui semble diffĂ©rent, mĂ©lancolique.
⊠Note de l'autrice : L'idĂ©e de cette histoire m'est venue un jour oĂč le mĂ©tro que je prends habituellement a eu un arrĂȘt d'urgence, plongeant les passagers dans l'obscuritĂ© totale pendant quelques instants. Ce moment suspendu, Ă la fois angoissant et fascinant, m'a rappelĂ© une lĂ©gende urbaine japonaise autour dâune station de mĂ©tro fantĂŽme : Kisaragi Station.
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Le mĂ©tro gronde sous terre, ses vibrations secouant doucement les passagers qui sâaccrochent aux barres mĂ©talliques. Jâai mes Ă©couteurs sur les oreilles, la musique couvrant le son mĂ©canique du train. Câest mon quotidien, une routine invariable, oĂč chaque station est un point fixe, une habitude rassurante. Les lumiĂšres artificielles dĂ©filent Ă travers les fenĂȘtres, projetant leur lueur blafarde sur les visages fatiguĂ©s. Une autre journĂ©e qui commence, sans surprise, sans Ă©clat. Mais soudain, tout bascule. Un choc brutal me projette presque en avant. Le mĂ©tro sâarrĂȘte, si brusquement que les passagers autour de moi Ă©mettent des exclamations de surprise, certains tombent, sâaccrochent aux siĂšges. Puis, sans prĂ©venir, les lumiĂšres se mettent Ă clignoter furieusement avant de sâĂ©teindre complĂštement. Le noir mâenveloppe. Jâentends des cris, des murmures paniquĂ©s. Une voix Ă©touffĂ©e quelque part appelle quelquâun, mais le son est comme aspirĂ© par lâobscuritĂ©. Le silence tombe, lourd, oppressant, et mon cĆur sâaccĂ©lĂšre, battant la chamade dans ce nĂ©ant.
Quand les lumiĂšres se rallument, tout est diffĂ©rent. Autour de moi, il nây a plus personne. Le wagon est vide. Je me redresse lentement, mes mains tremblantes agrippĂ©es Ă la barre devant moi. Les siĂšges dĂ©sertĂ©s, les fenĂȘtres plongĂ©es dans un noir dâencre... Je me sens soudain trĂšs petite dans cet espace immense et dĂ©shumanisĂ©. Je fais quelques pas, mes chaussures crissant lĂ©gĂšrement sur le sol.
â Est-ce quâil y a quelquâun ?
Mais aucune rĂ©ponse ne vient, juste le bourdonnement lĂ©ger des lampes au-dessus de ma tĂȘte. Je me dirige vers les portes, poussĂ©e par une curiositĂ© irrĂ©sistible et une peur que je ne peux pas ignorer. Celle-ci sâouvre automatiquement devant moi et je me retrouve dans une station qui mâest inconnue.
Lâautre cĂŽtĂ© est un monde que je ne connais pas. Ou du moins, pas tout Ă fait. La ville est lĂ , mais elle semble floue, comme une peinture Ă moitiĂ© effacĂ©e. Les rues sont vides, les bĂątiments sâĂ©lĂšvent, grandioses et menaçants, leurs contours ondulant lĂ©gĂšrement, comme dans un rĂȘve. Le ciel est dâun gris Ă©trange, un mĂ©lange dâaube et de crĂ©puscule, sans soleil, sans lune. Une lumiĂšre diffuse Ă©claire tout, sans jamais vraiment chasser les ombres. Les murs des bĂątiments sont ornĂ©s de motifs Ă©tranges, et lâĂ©cho de mes pas rĂ©sonne comme une mĂ©lodie oubliĂ©e. LâatmosphĂšre est chargĂ©e dâune Ă©nergie singuliĂšre, une sensation Ă la fois familiĂšre et terrifiante. Je scrute lâhorizon, espĂ©rant voir un signe, quelque chose qui mâexpliquerait oĂč je suis. Je devrais avoir peur. Tout dans ce moment me crie de faire demi-tour, dâattendre que la rĂ©alitĂ© se rĂ©installe. Mais il y a quelque chose dâirrĂ©sistible dans cette lumiĂšre, une curiositĂ© qui me pousse Ă avancer. Je marche, le cĆur battant, cherchant un signe, quelque chose de familier. Et puis, je le vois. Assis sur un banc, au bout dâune ruelle Ă©troite. Il semble tellement rĂ©el, et pourtant, il y a quelque chose dâĂ©trange en lui. Ses yeux, dâhabitude pĂ©tillants de vie, sont maintenant sombres, presque insondables.
â Ni-ki ! jâappelle, en courant vers lui.
Il tourne la tĂȘte, et son regard se pose sur moi, mais je ne vois pas la chaleur et lâamitiĂ© que jâai toujours connues. Il y a une distance, une sorte de mĂ©lancolie dans son expression. Je mâarrĂȘte devant lui, haletante, et il me regarde de ses grands yeux sombres, une expression douce, mais indĂ©chiffrable sur le visage.
â Quâest-ce quâil se passe ici ? Est-ce que je suis en train de rĂȘver ? je demande, tentant
de reprendre mon souffle.
Il hausse les Ă©paules, un lĂ©ger sourire aux lĂšvres. Il sâavance, et je sens mon cĆur se serrer. Il a toujours Ă©tĂ© celui qui mâapportait du rĂ©confort, celui qui me faisait rire. Mais maintenant, il semble comme un Ă©tranger, perdu dans une rĂ©alitĂ© qui mâĂ©chappe.
Sa main se tend dans ma direction et jâhĂ©site, quelques secondes, avant de lier nos doigts entre eux.
Nous marchons ensemble, et le monde autour de nous change au grĂ© de nos pas. Des scĂšnes de notre vie se dessinent, flottant comme des souvenirs projetĂ©s. Je vois la forĂȘt oĂč nous avons marchĂ©, un jour dâĂ©tĂ©, le soleil perçant Ă travers les branches, sa main tendue vers moi pour mâaider Ă franchir un ruisseau. Je revois cette soirĂ©e dans mon appartement, des pizzas sur la table, nos rires rĂ©sonnant contre les murs alors que nous nous moquions des personnages dâune sĂ©rie stupide. Des simples moments de bonheur.
âTu te souviens de ça ? je demande, pointant du doigt lâimage de nous deux, assis sur le
canapé, riant aux éclats.
Il acquiesce, ses yeux rivés sur le souvenir, une amertume que je ne comprends pas dans son regard.
â Oui, murmure-t-il, câĂ©tait une excellente soirĂ©e.
Sa voix est douce, mais il y a quelque chose de triste, une profondeur qui me fait frissonner. Les souvenirs continuent de se matĂ©rialiser autour de nous, flous mais si vivants, et je suis happĂ©e par cette sensation Ă©trange, cette nostalgie qui mâenvahit de plus en plus. Pourquoi tout me donne lâimpression que chaque seconde peut ĂȘtre la derniĂšre ? Je lĂšve les yeux vers lui, le cherchant du regard comme pour trouver un sens Ă tout ça, mais il lâĂ©vite soigneusement. Une certaine peur commence Ă naĂźtre dans mon esprit, comme si je sentais au fond de moi quâil y a quelque chose que je devrais comprendre, une vĂ©ritĂ© enfouie derriĂšre ce calme irrĂ©el.
â Pourquoi est-ce que tout semble siâŠ
Je cherche le mot, mais il mâĂ©chappe.
â Pourquoi suis-je ici, Ni-ki ?
Il dĂ©tourne les yeux, et le dĂ©cor change Ă nouveau. Nous sommes sur un toit, le vent soufflant et emportant avec lui les feuilles mortes qui virevoltent autour de nous. Je me souviens de ce jour â nous avions passĂ© lâaprĂšs-midi sur ce toit, Ă parler de nos rĂȘves, de nos secrets, Ă regarder la ville sâĂ©tendre Ă nos pieds. Mais ici, dans ce monde Ă©trange, tout semble amplifiĂ©. Les couleurs sont plus vives, les Ă©motions plus intenses, presque douloureuses.
â Parfois, dit-il, sa voix portĂ©e par le vent, il y a des choses quâil faut accepter, mĂȘme si
on ne les comprend pas tout de suite.
Je fronce les sourcils, cherchant Ă saisir ce quâil essaie de me dire. Il me regarde alors, ses yeux brillants dâune tristesse indĂ©chiffrable, et il tend la main.
Je la saisis, et une chaleur douce mâenvahit. Nous dansons, lĂ , au milieu de ce toit fantomatique, sans musique, juste le bruissement des feuilles dans les arbres et le battement irrĂ©gulier de mon cĆur. Ses bras mâentourent, et je ferme les yeux, laissant la chaleur de sa prĂ©sence mâenvelopper, un instant hors du temps. Ses doigts finissent par se resserrer un peu autour des miens, sa main froide pressant contre la mienne. Câest si Ă©trange, ce contraste. Lui qui, habituellement, est toujours plein dâĂ©nergie, lĂ , il semble sâeffacer, comme une ombre. Il relĂšve la tĂȘte, son visage prenant une expression douce mais empreinte de ce trouble insaisissable.
â Je suis content que tu sois lĂ .
Ses paroles me troublent profondĂ©ment. Il y a quelque chose dans sa voix, une forme de rĂ©signation qui me fait comprendre quâil y a plus que ce quâil laisse paraĂźtre. Nous reprenons notre route, et je remarque que nos souvenirs sâestompent peu Ă peu, remplacĂ©s par des fragments de paysages incertains, de ruelles silencieuses et de lieux inconnus. Ă chaque pas, lâatmosphĂšre semble se faire plus lourde, plus oppressante, comme si le temps lui-mĂȘme ralentissait. Il me regarde cette fois avec une intensitĂ© qui me fige, avant de murmurer, presque trop bas pour que je lâentende :
Mes doigts se serrent instinctivement autour de sa main, refusant de lĂącher prise, refusant de croire quâil puisse y avoir quelque chose dâinĂ©luctable ici. Puis, je le sens se dĂ©tacher, doucement, comme un rĂȘve qui sâĂ©vanouit au rĂ©veil. Jâouvre les yeux en sursaut dans le mĂ©tro, la lumiĂšre crue des nĂ©ons m'aveuglant un instant. Le brouhaha du train, les grincements des rails, tout semble Ă©trangement familier. Je prends une grande inspiration et rĂ©alise que ma main est posĂ©e sur celle de Ni-ki, assis Ă cĂŽtĂ© de moi, un sourire tranquille sur le visage. Je me tourne pour lâobserver alors quâil me semble perdu dans ses pensĂ©es, sa tĂȘte se balançant au rythme de la musique quâil Ă©coute. Sa prĂ©sence devrait me rassurer, mais pourtant, un sentiment, pesant, continue de courir dans mon esprit. Je sais que ce nâĂ©tait quâun rĂȘve, mais il reste en moi comme une brume tenace, une sensation qui refuse de disparaĂźtre. Ses doigts, sous ma main, sont tiĂšdes, bien rĂ©els cette fois, mais je nâarrive pas Ă chasser la trace de cette froideur qui sâĂ©tait imprimĂ©e dans ma mĂ©moire. Il pivote enfin la tĂȘte dans ma direction, son casque dorĂ©navant autour de son cou, et mâadresse un sourire amusĂ©.
â Ăa va ? me demande-t-il sans doute Ă cause de mon regard insistant, on dirait que tâas
â Oui⊠enfin, non. Ce nâest rien. Jâai juste fait un rĂȘve Ă©trange. je termine en secouant la tĂȘte, tentant de rire pour dissiper le malaise qui commence Ă sâinstaller.
Ni-ki se penche vers moi, et je peux lire lâamusement dans ses iris foncĂ©s.
â Du genre ? Tâas rĂȘvĂ© de moi, câest ça ?
Sa voix prend une intonation malicieuse, et je vois son sourire sâĂ©tirer.
â Allez, avoue. Tu te languis de moi jusque dans tes rĂȘves maintenant ?
Je sens mes joues sâĂ©chauffer et je secoue vivement la tĂȘte pour le faire cesser.
â Ce⊠nâest pas ce que tu crois, je balbutie, tentant de minimiser. CâĂ©tait diffĂ©rent.
Il Ă©carquille lĂ©gĂšrement les yeux, feignant une expression dâincrĂ©dulitĂ© exagĂ©rĂ©e.
â Oh, diffĂ©rent comment ? Genre, romantique ? Tragique ?
Son visage sâapproche du mien, lâair faussement sĂ©rieux.
â Ou bien, Ă©tait-ce un rĂȘve oĂč tu me dĂ©clares ton amour Ă©ternel avant de tâenfuir dans le
Je me mordille la lĂšvre, cherchant quoi rĂ©pondre, mes mains moites de gĂȘne.
â Rien de tout ça, dâaccord ? CâĂ©taitâŠ
Je cherche Ă dĂ©tourner la conversation, mais il Ă©clate de rire, ravi de ma rĂ©action, et me pince gentiment lâĂ©paule.
â Relax, dit-il en riant, ses doigts toujours entremĂȘlĂ©s aux miens. Je te taquine.
Un sourire naĂźt malgrĂ© moi, mĂȘme si je dĂ©tourne un peu les yeux pour Ă©chapper Ă son regard perçant. Sa main serre la mienne avec chaleur, et je sens mon cĆur se calmer, mĂȘme si quelque chose continue de me hanter.
La voix du conducteur annonce notre prochaine station, puis soudain, un flash de lumiĂšre intense envahit le wagon. Un bruit assourdissant secoue le mĂ©tro, un grondement puissant qui rĂ©sonne dans mes os. Le train tremble, et tout se passe en une fraction de seconde. Jâentends des cris, je sens le sol se dĂ©rober sous mes pieds, et tout autour de moi se transforme en un chaos terrifiant. Le souffle dâune explosion Ă©branle la rame, le monde autour de nous devenant un tourbillon de poussiĂšre et de dĂ©bris, et je perds pied, me sentant aspirĂ©e par un vide abyssal. Dans le tumulte, je mâaccroche dĂ©sespĂ©rĂ©ment Ă la main de Ni-ki, le seul repĂšre, le seul ancrage que jâai dans ce monde qui sâeffondre autour de moi. Je tente de murmurer son nom, mais ma voix se brise dans le bruit assourdissant. Alors que le train sâimmobilise enfin, le silence sâinstalle progressivement, lourd et oppressant. Autour de nous, des dĂ©bris jonchent le sol, et la lumiĂšre faiblit. Dans ce calme Ă©trange, je ressens la chaleur de sa main⊠ou plutĂŽt, je sens cette chaleur sâĂ©teindre. Je tourne lentement la tĂȘte vers lui, mon cĆur sâarrĂȘtant presque en voyant son visage, calme, paisible. Il me regarde sans me regarder, ses yeux empreints de cette mĂȘme mĂ©lancolie qui mâavait troublĂ©e plus tĂŽt. Et lĂ , je comprends. Ma gorge se serre alors que je ressens lâabsence de chaleur Ă travers son Ă©piderme, cette sensation glaciale qui remonte le long de mon bras.
â Ni-ki⊠je murmure, une larme roulant sur ma joue.
Mais il ne répond pas. Ses yeux restant fixés sur moi, empreints d'une tendresse infinie, comme un dernier adieu silencieux.
â„ Les histoires ne sâachĂšvent jamais vraiment, elles restent suspendues entre les pages et les cĆurs qui les lisent⊠Merci dâavoir voyagĂ© avec moi áŠ
© schizophrenic-writer 2025.