Bonjour Ă tous !
Aujourdâhui, je vous propose de dĂ©couvrir le roman de Aloysius Wilde paru aux Ă©ditions Chaka : Souiller, Expier, RenaĂźtre.
Résumé :
25 % des mĂ©dicaments modernes sont issus des forĂȘts tropicales, mais moins de 1 % des espĂšces vĂ©gĂ©tales amazoniennes ont Ă©tĂ© Ă©tudiĂ©es.
Le gĂ©ant pharmaceutique Omnipharm dĂ©cide de partir Ă la conquĂȘte de cet eldorado scientifique. Le chef de mission, un mĂ©decin brillant, manipulateur et sans scrupules, est prĂȘt Ă tout pour rĂ©ussir. MĂȘme Ă la violence. MĂȘme Ă la torture.
Mais les choses ne se passeront pas comme prévu.
Entre New York et lâAmazonie, les destins sâentrechoquent dans une spirale vengeresse oĂč les frontiĂšres entre victime et bourreau sâeffacent.
Un Ă©co-thriller psychologique intense sur la corruption du pouvoir, le prix de lâambition et lâimpossible quĂȘte de rĂ©demption.
Mon avis :
Il y a des romans quâon referme en respirant un peu plus fort quâavant de les ouvrir. Celui-ci en fait partie.
On commence par une scĂšne Ă 3h34 du matin. Un craquement dans le noir, un souffle quâon retient, la certitude glaçante que quelquâun est entrĂ©. Et puis plus rien, lâauteure nous laisse lĂ , en apnĂ©e, avant de nous embarquer ailleurs, trĂšs loin, dans la touffeur de lâAmazonie, chez un peuple qui vit encore au rythme de ses rites et de ses interdits. On sait quâon reviendra Ă cette nuit-lĂ . On ne sait pas encore Ă quel prix.
Ce qui frappe dâabord, câest le grand Ă©cart : dâun cĂŽtĂ© la jungle, ses odeurs de terre et de sĂšve, un village oĂč chaque geste a un sens ancestral ; de lâautre, les tours de verre de Manhattan, les conseils dâadministration, lâargent qui circule par centaines de millions pour aller chercher, au fond dâune forĂȘt quâon croit vierge, ce que la science ne sait pas encore fabriquer. Deux mondes qui nâauraient jamais dĂ» se croiser et qui vont pourtant sâemboĂźter avec une prĂ©cision presque chirurgicale.
Il y a NaĂŻa, chasseuse mise au ban des siens, qui porte en elle une blessure que la communautĂ© ne lui pardonne pas. Il y a Alan, brillant, charmant, terriblement sĂ»r de lui, de ceux dont on se mĂ©fie trop tard. Il y a Lena, quâon croit dâabord simple tĂ©moin de cette histoire, et qui se rĂ©vĂšle beaucoup plus que ça. Autant de personnages quâon croit cerner au premier chapitre, et qui, cent pages plus loin, nous Ă©chappent complĂštement.
La grande force du roman, câest son dispositif : certaines scĂšnes, on les vit deux fois. Une premiĂšre fois de lâintĂ©rieur, avec lâinnocence ou la sincĂ©ritĂ© de celle qui les traverse. Une seconde fois par les yeux de lâautre et ce quâon croyait une rencontre devient un calcul, ce quâon croyait un hasard devient une stratĂ©gie. Câest dĂ©rangeant, et câest diablement efficace : impossible de rester simple spectateur, on est constamment renvoyĂ© Ă sa propre naĂŻvetĂ© de lecteur.
LâĂ©criture, elle, ne sâembarrasse pas de pudeur. Elle est frontale, parfois crue, jamais complaisante pour autant : chaque scĂšne violente ou intime a un poids, une fonction, elle nous dit quelque chose sur lâemprise, sur la maniĂšre dont un ĂȘtre peut en dominer un autre sans quâon voie jamais le piĂšge se refermer. On y croise aussi, en toile de fond, des questions bien rĂ©elles, Ă qui appartient le savoir dâun peuple, jusquâoĂč va la cupiditĂ© dâune entreprise, ce que la psychiatrie peut ou non expliquer dâun homme.
Et le titre, justement, rĂ©sume tout sans rien dĂ©voiler : souiller, expier, renaĂźtre. Trois mouvements, trois promesses. Le roman tient parole sur chacune dâelles, mais pas forcĂ©ment dans lâordre, ni de la façon dont on lâimagine. La derniĂšre scĂšne, en particulier, est de celles quâon relit deux fois avant de refermer le livre, incertain de ce quâon vient de comprendre.
Ce nâest pas un roman qui rassure. Câest un roman qui travaille au corps, qui sâimmisce, et qui ne vous lĂąche pas la main une fois la derniĂšre page tournĂ©e.
(Ă rĂ©server aux lecteurs qui nâont pas peur du noir.)
Voici trois extraits, trois rapports au monde, trois façons dâĂȘtre predateur ou proie.
Je ne suis plus NaĂŻa. Je suis une pierre. Je suis une racine.
Elle utilisait mon cor...