Il existe une forme de silence que seuls les corps connaissent.
oĂč chaque battement du cĆur semble porter une attente impossible Ă nommer.
Le désir naßt souvent là .
Pas dans le regard de quelquâun.
Mais dans cette fracture discrĂšte entre ce que lâon est et ce que lâon voudrait sentir contre soi.
Alors le corps commence Ă changer.
Le souffle devient plus profond,
comme sâil cherchait davantage dâair pour supporter la chaleur qui monte lentement dans la poitrine.
Les pensées perdent leur ordre.
sâattachent Ă des images simples :
un parfum laissé dans la mémoire comme une brûlure élégante.
Le manque descend dans le ventre.
Il sâinstalle dans les muscles,
MĂȘme les vĂȘtements semblent trop prĂ©sents sur la peau.
MĂȘme la nuit paraĂźt plus longue,
comme si le temps prenait plaisir Ă Ă©tirer lâattente jusquâĂ la rendre presque douloureuse.
Le dĂ©sir nâest jamais uniquement sexuel.
Le sexe nâest que sa langue la plus directe.
le dĂ©sir est une faim dâexistence.
Une maniĂšre de vouloir ĂȘtre traversĂ©e entiĂšrement par une prĂ©sence,
de sentir quelquâun briser le mur invisible entre la pensĂ©e et la chair.
Câest pour cela quâil fatigue autant.
Parce quâil transforme chaque dĂ©tail en tension.
Une voix peut suffire à dérégler une journée entiÚre.
Un souvenir peut réchauffer le corps comme une main absente.
Un simple regard peut laisser une trace plus profonde quâune blessure.
Le dĂ©sir rend lâĂȘtre humain vulnĂ©rable Ă tout.
Aux possibilitĂ©s qui nâexistent peut-ĂȘtre mĂȘme pas.
il y a quelque chose de magnifique dans cette souffrance.
le corps cesse de mentir.
la faim dâĂȘtre touchĂ©e,
lâenvie de disparaĂźtre quelques secondes dans quelquâun dâautre,
ce besoin presque animal dâabandonner le contrĂŽle pour ressentir enfin quelque chose de total.
Alors les nuits deviennent étranges.
mais lâesprit continue de chercher une chaleur.
Le drap contre la peau ressemble Ă une imitation cruelle.
Le cĆur frappe plus fort sans raison visible.
Chaque pensée semble avoir une température.
Le dĂ©sir transforme mĂȘme le calme en torture douce.
On devient attentive Ă tout :
aux mots capables dâouvrir des tempĂȘtes sous une apparence immobile.
Et plus cette sensation grandit,
plus le monde paraßt étroit.
Comme si aucune distraction ne pouvait réellement étouffer cette fiÚvre discrÚte qui circule sous la peau.
Alors on comprend quelque chose dâessentiel :
Le dĂ©sir nâest pas seulement lâenvie dâun corps.
Câest lâenvie dâĂȘtre bouleversĂ©e.
DâĂȘtre regardĂ©e au point dâoublier toutes les distances intĂ©rieures.
DâĂȘtre ressentie si intensĂ©ment que le vide cesse enfin dâexister pendant quelques instants.
Et dans cette brûlure silencieuse,
lâĂȘtre humain dĂ©couvre peut-ĂȘtre sa vĂ©ritĂ© la plus honnĂȘte :
nous passons notre vie Ă chercher des raisons de penser,
cherchent surtout des raisons de trembler.