Review Manga #2 : Kingdom
Créé par le mangaka Yasuhisa Hara en 2006, âKingdomâ est un manga long, avec ses 54 volumes, toujours en cours actuellement au Japon. En France, câest lâĂ©diteur Meian qui a obtenu la licence en 2018 ; lâĂ©diteur semble dâailleurs bien dĂ©cidĂ© Ă rattraper son retard, le manga comptant dĂ©jĂ 18 volumes en France, alors que le premier volume nâa Ă©tĂ© publiĂ© quâen septembre dernier. Pour cet Ă©diteur qui nâa quâun nombre relativement restreint de licences (on leur doit tout de mĂȘme âEgregorâ et âThe Swordsmanâ, parmi dâautres), âKingdomâ est un vĂ©ritable dĂ©fi Ă©ditorial, mais aussi lâobjet dâun vrai travail de passionnĂ©. Un abonnement spĂ©cial a mĂȘme Ă©tĂ© mis en place, permettant dâobtenir les tomes de la sĂ©rie Ă lâavance, qui sâaccompagnent alors de quelques goodies.
âKingdomâ est effectivement une Ćuvre assez populaire, avec une fanbase qui Ă©tait dĂ©jĂ bien implantĂ©e sur nos frontiĂšres avant mĂȘme la parution française. Le manga a en effet bien fait parler de lui. Les volumes du manga ayant Ă©tĂ© Ă plusieurs reprises prĂ©sents dans le top Oricon japonais, âKingdomâ a eu droit Ă une adaptation en animĂ© rĂ©alisĂ©e par le Studio Pierrot, comptant deux saisons datant de 2012 et 2013, ainsi quâĂ une adaptation cinĂ©matographique. Je fais cette review Ă partir des dix premiers tomes de la sĂ©rie, les ayant lus ces deux derniĂšres semaines.
âKingdomâ narre les aventures de Shin, jeune esclave, en pleine Chine mĂ©diĂ©vale. Il vit au service dâune famille dont il exĂšcre le chef de famille, mais est heureux grĂące Ă la prĂ©sence de Hyou, son meilleur ami, avec qui il sâentraĂźne au maniement de lâĂ©pĂ©e par le biais de duels quotidiens. Leur rĂȘve commun est celui de devenir le meilleur gĂ©nĂ©ral sous les cieux de toute la terre de Chine, malgrĂ© leur situation sociale pour le moins difficile. Un jour, les deux garçons aussi proches que des frĂšres se voient ĂȘtre forcĂ©s de se sĂ©parer ; et au mĂȘme moment, un coup dâĂ©tat a lieu au palais impĂ©rial. Lâempereur actuel Ei Sei, trop jeune pour accĂ©der au commandement direct de lâĂtat de Qin, doit fuir. Câest sa rencontre avec Shin qui est le point de dĂ©part de la vĂ©ritable aventure de âKingdomâ, dans laquelle ils sont amenĂ©s Ă sâassocier pour que Ei Sei puisse survivre Ă ses opposants politiques et reprendre le pouvoir.
MalgrĂ© sa classification en tant que seinen, le manga reprend nombre de codes gĂ©nĂ©ralement associĂ©s aux shonen, notamment avec son personnage principal Shin dont le rĂȘve est de devenir le plus fort gĂ©nĂ©ral de Chine. Il se retrouve vite ami avec quelques camarades qui vont fonder sa petite Ă©quipe, comme lâempereur Ei Sei et le petit garçon aux Ă©tranges habits KaryĂŽ Ten. Sa force est dĂ©mesurĂ©e et irrĂ©aliste, comme celle de la plupart des personnages du manga ; il semble capable de terrasser Ă lui seul une grande partie des rangs ennemis pendant une vĂ©ritable guerre, mais est toujours mis au challenge par de plus grandes forces que lui, quâil doit apprendre Ă surpasser. Soit, somme toute, des codes assez typiques du genre shonen. Cependant, cela permet Ă la fois de mettre en place le dynamisme de la sĂ©rie et de rendre les personnages principaux tout Ă fait attachants ; mĂȘme Shin, qui rĂ©pond dans une large mesure au motif du protagoniste criant tout le temps et Ă lâĂ©go dĂ©mesurĂ©, devient attachant dans sa dĂ©termination sans faille et grĂące Ă son amitiĂ© avec les autres personnages.
âKingdomâ a aussi une bonne narration, qui permet Ă ses personnages dâĂ©voluer chacun de son cĂŽtĂ© sans se concentrer toujours uniquement sur Shin. Chacun Ă sa personnalitĂ© et ses soucis propres, quâils doivent rĂ©soudre par eux-mĂȘmes. De mĂȘme, lâauteur offre souvent au lecteur une façon dâobserver les discussions du camp ennemi - adversaires politiques ou bien dirigeants militaires dâun autre pays -, ce qui donne une impression de dynamisme et dâavancĂ©e dans lâhistoire toujours prĂ©sente. Les femmes, bien que proportionnellement peu prĂ©sentes en nombre (ce qui est ici particuliĂšrement justifiĂ© par le cadre historique militaire chinois), ont tout de mĂȘme une bonne place parmi les personnages et les hommes nâont gĂ©nĂ©ralement rien Ă envier en termes de force, physique ou mentale, Ă celles-ci. Il y a, bien sĂ»r, nombre de personnages secondaires qui nâont pas ou peu de dĂ©veloppement (du moins au stade du dixiĂšme volume), mais cela ne gĂȘne en rien le dĂ©roulement de lâhistoire.
Une autre qualitĂ© de âKingdomâ, et peut-ĂȘtre pour moi sa plus grande, est ses dessins. Les personnages sont dessinĂ©s de façon relativement classique, avec des crayonnĂ©s hachurĂ©s pour rendre compte des ombres sur leur visage et ainsi de leurs expressions. Celles-ci sont dâailleurs trĂšs bien retranscrites, et les poses dynamiques permettent Ă lâauteur de crĂ©er de belles scĂšnes dâaction. Les scĂšnes de guerre sanguinolentes, dans lesquelles quelques tĂȘtes volent par-ci par-lĂ , sont dâailleurs nombreuses et franchement satisfaisantes. Lâenthousiasme de lâauteur Ă dessiner ce type de scĂšne est clairement visible (cf. le tome 8, dans lequel il affirme quâil âprĂ©fĂšre sâattarder sur des scĂšnes oĂč ça tape, ça se salit, ça crie, ça se tue et ça saigneâ), et contribuent dans une trĂšs large mesure au dynamisme de lâhistoire, qui est avant tout militaire et guerriĂšre. Il est dâailleurs Ă©vident quâun lecteur qui nâaime pas voir toujours la mĂȘme chose (ici : les batailles / la guerre) pourrait avoir une sensation de lassitude, mais pour ma part les machinations politiques qui tirent les ficelles dans lâombre et le dĂ©veloppement des personnages (ainsi que lâintroduction de nouveaux) qui ont lieu en parallĂšle sont suffisants pour rendre lâhistoire sympathique jusque-lĂ .
Lâauteur porte aussi une attention particuliĂšre aux vĂȘtements, qui sont souvent bourrĂ©s de dĂ©tails et aident Ă entrer dans lâunivers chinois de la sĂ©rie. Ce qui mâimpressionne le plus, cependant, restent les arriĂšre-plans, paysages et bĂątiments quâest capable de dessiner lâauteur : palais impĂ©rial, pagodes, dĂ©coration intĂ©rieure... tout est fait pour que le lecteur puisse rentrer dans une Chine mĂ©diĂ©vale la plus rĂ©aliste possible, Ă lâopposĂ© des personnages hors-normes Ă la force irrĂ©aliste de la sĂ©rie tels que Shin ou le gĂ©nĂ©ral Ouki. Ce mĂ©lange fonctionne parfaitement, et le lecteur est happĂ© par les Ă©vĂ©nements et retournements de situation qui se succĂšdent les uns aprĂšs les autres.
Rien Ă redire sur le travail Ă©ditorial de Meian ; la jaquette offre une Ă©criture du titre avec des lettres dorĂ©es brillantes en relief, qui donnent un cĂŽtĂ© esthĂ©tique sur lâĂ©tagĂšre. La qualitĂ© dâimpression est lĂ , et le texte a droit Ă une bonne traduction.
âKingdomâ sâavĂšre ĂȘtre une trĂšs bonne dĂ©couverte dans le genre, qui dĂ©gage un charme certain grĂące Ă ses personnages variĂ©s, ses dessins dĂ©taillĂ©s et son intrigue dynamique. MalgrĂ© le nombre de volumes, et la peur dâun Ă©ventuel essoufflement, jâen arrive un peu au stade oĂč je nâai pas vraiment envie que ça sâarrĂȘte ; et câest avec plaisir que je vais laisser les volumes du manga dĂ©vorer une bonne partie de la place disponible sur ma bibliothĂšque.