Lettre ouverte Ă tous les insoumis, de droite?
Autour de moi on parle aisément de politique. Je vis dans un milieu engagé, ouvertement à gauche et fondamentalement social. Enfin ça, c’est ce que je croyais…
Depuis ce dimanche soir, je constate, je lis, j’entends des propos qui me choquent et viennent à discréditer complément à mes yeux tous ce que ces gens, depuis des mois, défendent. Explications, et lettre ouverte à ceux qui, se disant de gauche, clament haut et fort leur intention de ne pas voter dans quinze jour ou de voter, par esprit révolutionnaire, pour le front national.
Pendant la campagne j’entendais, dans mon milieu professionnel qui lui est plus libéral, des propos du genre « imagine, au deuxième tour, choisir entre Mélenchon et Le Pen ! Franchement je ne pourrais pas voter, ce serait comme choisir entre la peste et le choléra ». A cette époque, pas si lointaine, ces propose me rendaient folle. Mais il y avait pour moi une compréhension possible. Parce que les valeurs de la droite sont surtout ancrées dans l’économie, centrées sur la réussite et le bien être individuel. Pour un homme ou une femme de droite, ce qui importe c’est de pouvoir accroitre sa propre richesse nonobstant les questions d’égalité et de justice sociale. La société de droite est une société où l’on peut tous réussir, mais individuellement et à la force du « mérite ». Alors je comprends, que la politique économique de Mélenchon ait pu apparaître comme effrayante à certains. Et je comprends aussi que, la force sociale de la gauche que représentait le programme de cet homme n’ai pu avoir de valeur pour mes interlocuteurs du moment. J’en était attristée, mais je comprenais, espérant tout de même que la peur d’un programme économique à l’extrême droite, tout aussi dévastateur pour tout bon libéral, pèserait dans la balance.
Maintenant que le premier tour est passé, ce que j’entends me laisse encore plus perplexe. De partout j’entends les clameurs de la France insoumise, déçue. Je comprends cette déception, mais la mienne est encore plus grande depuis que subi leurs discours. Comment, Jean-Luc Mélenchon, qui depuis des années, se bat avec force, vigueur et parfois irrespect contre Marine Le Pen, peut, ne pas donner une consigne de vote pourtant évidente ? Comment des militants de gauche peuvent reprocher à ceux ayant voté pour Benoît Hamon leur défaite ? Comment, des gens de gauche, qui clament l’égalité, la liberté et la justice sociale peuvent oser laisser une boulevard à Marine Le Pen et son parti ? A tous ces gens-là , je me devais de parler, avant qu’ils ne me donnent envie de vomir et qu’ils ne me fassent regretter d’avoir souvent eu des propos positifs à l’égard de la France Insoumise.
Sur le sujet de Benoît Hamon, je me permettrais tout d’abord de rappeler que ce dernier a été élu, démocratiquement, à la primaire de gauche. Jean-Luc Mélenchon a refusé de s’y présenter, libre à lui. Mais venir dire que Benoît Hamon aurait dû s’effacer, au profit du premier lors de la campagne est une hérésie. D’abord tous deux auraient pu laisser la place à l’autre. Tous deux étaient légitimes dans leur camps et tous deux n’ont pas su aller voir plus loin que la performance individuelle. Ils se sont laissés prendre au jeu de la Ve République (monarchique). Pourtant ces deux hommes ont bien plus en commun qu’on ne l’imagine. Et oui ensemble ils auraient pu permettre à la gauche d’être au second tour mais ce n’est pas la faute ni de l’un, ni de l’autre. Sûrement pas la faute des militants. Le multi-partisme est une règle en France, les primaires ne sont donc pas obligatoires. Si tous les deux avaient été candidats de la primaire de gauche, il n’y aurait eu qu’un candidat. Ils ont fait un autre choix, car le système les en laisse libre ; aucun ne peut désormais accuser l’autre d’être la raison de leur échec. La gauche n’a pas vécu un échec collectif mais des échecs individuels.
Relativement maintenant, et c’est plus grave, à la possibilité qu’évoquent certains militants de ne pas voter (ou blanc) au second tour, je voudrais leur dire simplement qu’il y a une incompréhension immense. Contrairement à ce que j’expliquais précédemment sur les valeurs de la droite, les valeurs de la gauche, les vrais sont avant tout sociales (et non économiques). La gauche c’est celle qui aime et aide son prochain. C’est celle qui voit dans la différence et la multi-culturalité la possibilité de faire mieux ensemble. A gauche on grandit ensemble, pour tous et avec tous, quel que soit notre environnement économique (libéral ou non). Alors oui, le fonds de commerce de la France Insoumise c’est la révolution et le communisme, l’anti-capitalisme des bas-fonds. Oui, le programme économique de Macron est sans aucun doute loin de celui de Mélenchon. Mais dire, que parce qu’ils sont révolutionnaires et insoumis, les électeurs du second pourrait ou laisser la porte ouverte au FN ou bien même voter Marine Le Pen me met hors de moi. Parce que je le redis, ce qui fonde l’idéologie de gauche en tout premier lieu c’est la société. La vision économique n’en est qu’une résultante, sûrement pas une finalité. Alors on peut ne pas être d’accord avec le programme économique d’En Marche. Mais dans son programme social en revanche, rien, absolument rien, ne justifie de dire « ça ou le FN, c’est pareil ».
Je terminerai en rappelant qu’Emmanuel MACRON, avant d’être le leader d’En Marche est un homme politique de gauche. Un homme politique issu du PS « libéral » certes. Un élu du système oui. Un opportuniste définitivement. Mais un homme de gauche tout de même et ça, c’est mieux que Marine Le Pen qui elle est héritière d’une famille dont l’idéologie n’a aucun point commun avec l’humanisme. Et à ceux qui disent que Macron ne sera qu’une suite du quinquennat Hollande je réponds que franchement a-t-on si mal vécu ces cinq dernières années ? La bobo sphère a-t-elle vraiment souffert ? Plus que sous les présidences Chirac et Sarkozy par exemple ? Le président a fait face à une situation internationale, sécuritaire et économique dramatique. Il a fait du mieux qu’il pouvait. Il n’a rien révolutionné. Il n’a rien détérioré. Alors continuer comme cela est-ce vraiment pire que tout détruire ?
Qui que vous soyez, quelle que soit votre décision, vous ne pourrez pas dire que vous ne saviez pas. Et je refuse de devoir demain entrer en résistance parce qu’une bande de fous aura voulu jouer à la roulette russe. Il est possible de mettre en place une révolution citoyenne, solidaire et écologique. Au quotidien, individuellement et en groupe. Des associations qui agissent bien il y en a partout. Des collectivités qui prennent position il en existe plusieurs. Faite la révolution dans vos vies avant d’à tout prix, chercher le chaos sociale. Se méfier de tous les extrêmes n’était peut-être pas une mauvaise idée. A vous qui portiez à mes yeux l’idéologie de gauche la plus poussée, vous êtes nombreux aujourd’hui à me décevoir.