DESPERATE HOUSESIMS
saison 1 - épisode 2
Regardez attentivement ce quartier. Une pelouse, parfaitement tondues, des boĂźtes aux lettres alignĂ©es comme des soldats de plomb, et ce parfum de tarte aux pommes qui sâĂ©chappe des fenĂȘtres entrouvertes chaque dimanche aprĂšs-midi. Bienvenue Ă Courtiyard Lane. De mon vivant, jâapprĂ©ciais la douce symphonie des tondeuses Ă gazon et les cliquetis polis des tasses de porcelaine. Mais la mort offre une perspective bien plus lucide. Depuis que jâobserve mes voisins dâen haut, jâai dĂ©couvert que les plus beaux sourires cachent souvent les plus grands carnages. Ă Courtiyard Lane, la normalitĂ© nâest pas une seconde nature⊠Câest un travail Ă plein temps. Et ce matin lĂ , le vernis a commencĂ© Ă sâĂ©caillerâŠ
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Von Rosenberg
Au bout de la rue, le manoir des von Rosenberg impose sa superbe. Des boiseries en chĂȘne massif, des tapis dâOrient qui Ă©touffent le moindre bruit de pas, une argenterie si brillante quâon pourrait y lire son avenir.
Quinze ans plutĂŽt, lorsquâils ont achetĂ© cette demeure, Oliver Ă©tait un jeune mĂ©decin, plein dâavenir et Rose une Ă©pouse modĂšle qui sâĂ©tait jurĂ©e de construire la famille la plus respectĂ©e de Willow creek. Elle avait mĂȘme Ă©tabli un emploi du temps immuable: les lundis pour le linge de maison, les mardis pour lâargenterie, les dimanches pour lâĂ©glise et le bonheur familial. Ce matin lĂ , Rose Ă©tait dans le jardin, coupant des roses blanches pour le centre de table, tandis que leurs adolescents, Margot et Ădouard, se querellaient gentiment pour savoir qui conduirait la voiture aujourdâhui. Tout Ă©tait normal. Tout Ă©tait parfait.
Sauf dans le bureau dâOliverâŠ
Le dr von Rosenberg venait de recevoir les rĂ©sultats des examens quâil a passĂ© en dĂ©but de semaine, suite Ă une fatigue intense quâil ressentait. Assis derriĂšre son lourd bureau en acajou, le coupe-papier encore Ă la main, il fixait la feuille blanche, les termes mĂ©dicaux sâentrechoquant dans son esprit « carcinome, stade, avancĂ©, pronostic rĂ©servé ». En tant que mĂ©decin, il compris immĂ©diatement⊠en tant quâhomme, il sâeffondra. En lâespace dâune seconde sa vie de patriarche invincible venait de prendre une date dâexpiration. Dans son esprit, il vit Rose, lâamour de sa vie, un sourire aux lĂšvres, et la premiĂšre chose qui lui vint Ă lâesprit fut la crainte de ne pas vieillir Ă ses cĂŽtĂ©s, de ne pas voir ses enfants ĂȘtre diplĂŽmĂ©s, de ne pas jamais assister Ă leurs mariagesâŠ ïżŒ ïżŒ
Oliver posa lentement la feuille sur son bureau, sentant les larmes lui monter aux yeux, ils sâ avança. Lâhomme qui savait tout guĂ©rir venait de rĂ©aliser quâil ne pourra pas se sauver lui-mĂȘmeâŠ ïżŒ
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Johnson
Ă quelques numĂ©ros de lĂ , la bande-son de la matinĂ©e est radicalement diffĂ©rente. Chez les Johnson, le silence est un luxe que lâon nâa pas les moyens de sâoffrir.
Il y a sept ans, Delyse était une brillante, étudiante en droit. Jimmy, lui, était le jeune époux, romantique qui lui promettait de décrocher la lune.
Puis la vie est arrivĂ©e, avec la force dâun ouragan. Des triplĂ©s en bas Ăąge ont transformĂ© la maison en un champ de bataille permanent ou le parquet est tachĂ© de sirop dâĂ©rable et les murs marquĂ©s par les feutres de couleur.
Aujourdâhui, Delyse est Ă nouveau enceinte. Le corps lourd, les chevilles gonflĂ©es par la fatigue, elle tente de prĂ©parer le petit dĂ©jeuner tout en retenant, ses nausĂ©es matinales. Câest le moment prĂ©cis que choisit Jimmy pour ajuster sa cravate, fraĂźchement repassĂ©e, et annoncer quâun « dossier de la plus haute importance », exige sa prĂ©sence au bureau en ce jour de repos. ïżŒ
Delyse le regarde. Elle voit son mari, si propre, si calme, qui sâapprĂȘte Ă fuir ce chaos quâelle doit porter seule. Elle ressent une pointe dâamertume, mais la range aussitĂŽt au placard. Jimmy travaille si dur pour leur offrir cette vie. Elle le remercie dâun baiser fatiguĂ© sur la joue, mais ne remarque pas la façon dont il glisse nerveusement son tĂ©lĂ©phone portable dans sa poche intĂ©rieure, ni le soulagement qui se lit sur son visage Ă lâidĂ©e de franchir le pas de la porte. Delyse, pense que sa plus grande Ă©preuve sera dâaccoucher de deux nouveaux bĂ©bĂ©s. Mais elle ignore encore que les fondations de son foyer sont dĂ©jĂ en train de sâeffondrerâŠ
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Spinoza
Dans la maison dâEsther, le temps sâest arrĂȘtĂ© un soir dâhiver, il a prĂ©cisĂ©ment un an.
Depuis la mort brutale de son mari, cette femme profondĂ©ment conservatrice, a transformĂ© sa demeure en sanctuaire de souvenirs. Les rideaux de velours restent tirĂ©s pour bloquer la lumiĂšre du soleil, et lâodeur de la cire dâabeille, se mĂȘle Ă celle des vieux livres de priĂšre. Esther sâest drapĂ© dans la douleur comme dans un vĂȘtement trop grand, en imposant a sa fille, ĂągĂ©e de 12 ans, la rigueur dâune vie de deuil et dâabstinence.
Mais les enfants ont une fĂącheuse tendance Ă fouiller lĂ oĂč le passĂ© devrait rester enterrĂ©. EnfermĂ©e dans sa chambre au papier peint taupe, YaĂ«l tient entre ses mains, un vieux carnet en cuir usĂ©. Elle lâa trouvĂ© la veille cachĂ© au fond dâun double fond dans le secrĂ©taire en acajou de son pĂšre. Ă lâintĂ©rieur, lâĂ©criture fine de lâhomme quâelle vĂ©nĂ©rait sâaligne sur des pages jaunies, rĂ©vĂ©lant des pensĂ©es, des doutes, et des secrets dont sa mĂšre ne lui a jamais soufflĂ© mots. En bas, la voix dâEsther rĂ©sonne, lâappelant pour la lecture rituelle.
Yael frissonne, referme le carnet et le glisse sous son matelas. La culpabilitĂ© lui noue lâestomac, mais la curiositĂ© est un poison bien trop doux. Pour la premiĂšre fois, la petite fille parfaite commence Ă mentir Ă sa mĂšreâŠïżŒ
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Martinez
Si vous remontez lâallĂ©e des Martinez, vous ne trouverez pas de jouets abandonnĂ©s, ni de photos de famille poussiĂ©reuse. Vous y trouverez du marbre blanc, des canapĂ©s en soie italienne oĂč il est interdit de sâasseoir avec un verre de vin rouge, le parfum entĂȘtant des lys, fraĂźchement coupĂ©s.
Isabella Martinez a toujours Ă©tĂ© claire : elle a Ă©pousĂ© Pablo pour son ambition, son compte en banque et la promesse dâune vie de libertĂ© absolue. Pas de couche Ă changer, pas de silhouette gĂąchĂ©e par une grossesse, pas de cris dâenfants pour interrompre ses nuits.ïżŒ
Pour apaiser lâangoisse qui la ronge depuis quelques jours, Isabella vient de passer lâaprĂšs-midi Ă vider la carte de crĂ©dit de son mari dans les boutiques les plus huppĂ©es de la ville. Les sacs de crĂ©ateurs sont sur le lit comme des trophĂ©es. Mais le luxe a un prix et Isabella sâapprennent Ă le payer. ïżŒ
Lorsque Pablo, entre dans la chambre, les yeux brillants dâadmiration devant sa femme, il lâenlace par derriĂšre. Il pose ses mains sur les hanches dâIsabela, regarde leur reflet dans le miroir dorĂ© et murmure: « tu as bien raison de te faire plaisir, mon amour⊠Mais imagine un peu la place que prendrai toutes ces jolies robes, si nous devions amĂ©nager la chambre du fond pour un bĂ©bĂ©.» le sang dâIsabella ne fait quâun tour. Son sourire se fige. Dans le tiroir secret de sa coiffeuse, sa plaquette de pilules contraceptives est intacte. Le mensonge quâelle entretient pour prĂ©server sa libertĂ© est en train de devenir sa propre prison. ïżŒ
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Le soleil finit toujours par se coucher sur Courtyard Lane.
Les unes aprĂšs les autres, les façades blanches perdent leurs Ă©clats pour se fondre dans lâobscuritĂ© de la nuit. Les Sims ferment leurs verrous, tirent leurs rideaux et sâendorment, bercĂ©s par la douce illusion, que leurs secrets sont bien gardĂ©s derriĂšre la brique et le mortier. Ils oublient quâun secret est une crĂ©ature vivante. On peut le nourrir, on peut le cacher dans lâombre dâun tiroir ou dâun silenceâŠ
Mais il finit toujours par grandir, par gratter Ă la porte, et par chercher la lumiĂšre. Dormez bien mes chers voisins. Car demain, le rĂ©veil sera douloureuxâŠ
Ă suivreâŠ.ïżŒ












