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Je suis communautariste
LâhomosexualitĂ© est une condition politique. Et câest encore plus Ă©vident depuis lâattentat Orlando. AprĂšs avoir tweetĂ© ce message somme toute banal dimanche soir, je tombe de ma chaise en lisant les rĂ©ponses agacĂ©es de certains de mes followers.
Cela commence par des emojis sceptiques. âPouvez-vous prĂ©ciser votre pensĂ©e ?â me demande-t-on. Visiblement, ils nây sont pas. âLâhomosexualitĂ© reste de lâordre du privĂ©â, me rĂ©pond-on ensuite. Je roule des yeux. âCommunautarisme !â me lance-t-on bientĂŽt. Ăa y est, je suis Ă©nervĂ©.
Je lance le dĂ©bat avec lâun dâentre eux, jeune et gay, pour comprendre les mĂ©canismes qui le conduisent Ă vouloir nier Ă sa sexualitĂ© son caractĂšre intrinsĂšquement politique. Il me rĂ©pond que les affaires de coucheries nâont rien Ă faire dans le dĂ©bat public. Il me parle de sexe, je lui parle de luttes. Je gratte. Il demande le droit de ne pas afficher son orientation sexuelle. Il me parle de lui alors que je lui parle de tous les autres.
Ce quâil demande en toute bonne foi, au fond, câest ce âdroit Ă lâindifferenceâ rĂ©clamĂ© par tant dâautres jeunes homosexuels de ce pays. Le mĂȘme âdroit Ă lâindiffĂ©renceâ inventĂ© par Bertrand DelanoĂ« lors de son Ă©lection Ă la mairie de Paris. GĂ©nial ! Le nouveau maire de Paris est gay et tout le monde sâen fout. Câest trĂšs bien. Câest parfait. Parfait jusquâĂ ce que, lâannĂ©e suivante, Bertrand DelanoĂ« se prenne un coup de couteau dans le flanc, dans les salons de lâHĂŽtel de Ville. Son agresseur explique trĂšs calmement Ă la police quâil nâaime pas âles hommes politiques et les homosexuelsâ. Le droit Ă lâindiffĂ©rence a une limite qui porte un nom: lâhomophobie.
Beaucoup de jeunes gays aujourdâhui sâestiment heureux de vivre en France, dans des familles aimantes. A ceux-lĂ : ce nâest pas parce que vos vies sont paisibles que celle de votre voisin/e de quinze ans, homo Ă©galement, va forcĂ©ment lâĂȘtre. Quand bien mĂȘme, ouvrez vos yeux et vos oreilles: lâhomophobie court les rues. Elle est dans les cours de rĂ©crĂ©, elle se glisse dans des conversations de repas de famille, dans des regards dans le mĂ©tro. Elle sâĂ©crase parfois dans la figure de ceux qui sâembrassent dans la rue.Â
Si Bertrand DelanoĂ« a eu le courage de dire haut et fort quâil Ă©tait gay, nombreux sont ceux qui refusent de faire de mĂȘme. Dans la politique, dans les mĂ©dias, mais aussi beaucoup de simples citoyens. Câest leur droit. Beaucoup, souvent les mĂȘmes, pensent que gommer les attributs de lâhomosexualitĂ© gommera lâhomophobie elle-mĂȘme. En dâautres termes: moins on verra de plumes dans le cul dans les gay prides, moins il y aura dâagressions. Sachez quâen allant au bout de cette logique, non seulement vous chiez Ă la gueule de ceux qui se sont battus pour vos droits dans le passĂ©, mais vous niez aussi le droit dâexister Ă tous les homosexuels qui ne veulent pas rentrer dans les cases quâon leur impose. Vous niez le droit dâexister Ă la culture queer. Vous niez le droit dâexister Ă tout ce qui nâest pas un/e gay qui ressemble Ă un/e hĂ©tĂ©ro. Vous niez aux trans leur droit dâĂȘtre qui ils sont, aussi. Vous niez, de fait, le droit Ă la diffĂ©rence, celui-lĂ mĂȘme que vous nâavez plus besoin de demander lorsquâil sâagit de coucher avec une personne de mĂȘme sexe.
Cette logique, au fond, relĂšve de la mĂȘme dĂ©testation de soi que celle qui conduit certains Ă ne jamais sortir du placard. Ce nâest pas une logique normalisatrice, câest une logique rĂ©pressive, et intĂ©riorisĂ©e par certains homosexuels, consistant Ă faire des gays des hĂ©tĂ©rosexuels comme les autres.Â
De fait, gamins, la plupart dâentre vous avez grandi avec lâidĂ©e que vous nâĂȘtes pas exactement le mĂȘme que vos camarades de classe. Pourquoi vous acharner Ă tenter de le croire et de le faire croire une fois adultes ? Quand tu es homosexuel, tu grandis souvent avec lâidĂ©e que le monde ne sera pas Ă toi plus tard, car tu nâes pas ce que le monde attend de toi. Au fond de toi-mĂȘme, tu es diffĂ©rent des autres. Et cela nâa en fait rien Ă voir avec qui tu couches, mais avec ce que tu es. Aime-toi, et cela ne fera pas de toi une personne âcommunautaristeâ. Tu seras juste quelquâun de fier.
Iâm not the same, I have no shame. Iâm on fire.
Lettre a lâamour
Cher Amour,
Je te promets de faire mentir le mythe de lâhomme de ma vie.
Je te promets de te faire honneur, de ne rien abandonner de ce romantisme crasse qui fait que je suis moi, que beaucoup trouvent ridicule, quâun homme un jour a aimĂ© plus que de raison, et quâun autre aime peut-ĂȘtre dĂ©jĂ sans le savoir encore.
Je te promets de ne pas céder à la tentation du coeur de glace, ce mal du temps partagé par tant de mes frÚres et soeurs cabossés par la vie.
Je te promets de ne plus souhaiter tout le malheur du monde Ă ceux qui sont venus faire ripaille de ce quâil me restait de joie.
Je te promets de ne pas recracher sur des innocents les flammes que jâai du ravaler.
Je te promets de ne plus aller voir les vieilles photos, insensibles au temps qui passe. Le papier ne jaunit plus, les sourires ne se craquellent pas plus. Ils restent lĂ , figĂ©s et froids sur nos Ă©crans dâordinateur.
Je te promets de ne plus maudire cette mĂ©moire qui me fait tant de mal, sur laquelle je me venge trop souvent, et que je regretterai lorsquâelle sâen ira.
Je te promets de ne jamais me plaindre de la fatigue aprĂšs une nuit blanche de rires et dâamour. Je te promets de ne plus avoir peur de sauter dans le vide lorsque lâoccasion de prĂ©sente. Je te promets dâouvrir mes yeux et mes oreilles, de regarder au fond des gens, et de cesser de porter haut celui qui mâa mis Ă terre.
Je te promets dây croire encore.
Jâai 28 ans, toutes mes dents, et jâaime bien les enfants. Alors, sâil te plait, sois gentil avec moi.
Thibaut
Thank you Cindy.

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D'oĂč venez-vous ? OĂč allez-vous ? Qui ĂȘtes-vous ? Qui priez-vous ? Je vous prie de faire silence. Pour qui, comment, quand et pourquoi ? S'il faut absolument qu'on soit Contre quelqu'un ou quelque chose, Je suis pour le soleil couchant En haut des collines dĂ©sertes. Je suis pour les forĂȘts profondes, Car un enfant qui pleure, Qu'il soit de n'importe oĂč, Est un enfant qui pleure, Car un enfant qui meurt Au bout de vos fusils Est un enfant qui meurt.Â
Le cinquieme verre
CinquiĂšme verre. Câest ton cinquiĂšme verre de vin, tâes un peu bourrĂ© et tu racontes ta petite vie sympa Ă ton pote au chaud dans son canapâ, tâen fais des caisses comme dâhabitude. Ton tĂ©lĂ©phone sonne. Câest ton petit Maxou qui tâappelle. Il veut surement aller en boĂźte. Et ben non en fait, il veut savoir si tâes toujours en vie. « Il y a eu une fusillade au Carillon. »
What. The. Fuck.
Alors lĂ , il y a un truc qui sâenclenche dans ton cerveau que tâas jamais connu. 1, 2, 3, 4, tu penses aux quatre personnes qui tâont vu grandir, ta famille, tu veux savoir sâils sont sains et saufs. Papa, maman, frĂšre, sĆur. Tu penses Ă ta petite sĆur qui a gerbĂ© la semaine derniĂšre Ă cause dâun bobun du Petit Cambodge. Elle rĂ©pond pas tu paniques. Tu pleures. Tu appelles tout le monde et ta mĂšre rĂ©pond pas. Tu pleures. Ta sĆur te rappelle et tu pleures parce que tâas vraiment eu beaucoup trop peur.
LĂ tâas juste besoin dâun gros cĂąlin, et forcĂ©ment, tu penses Ă cet ex que tâarrives pas vraiment Ă oublier et qui reste, malgrĂ© le temps et la rancune, la cinquiĂšme personne de ta petite liste mentale. Il va bien. Tu pleures tu pleures. Tu pleures plusieurs fois ou une seule fois câest pareil parce que de toute maniĂšre tâarrives pas Ă tâarrĂȘter. Y a ton pote qui te serre dans ses bras parce quâil aime pas te voir comme ça et qui se retient de cĂ©der Ă la panique et qui nâarrive pas Ă te calmer. Ta maman, ton frĂšre, qui te disent que tout va bien. Tâes un grand mais tâes toujours le bĂ©bĂ© quâils ont protĂ©gĂ© pendant si longtemps.
Tu te trouves Ă©goĂŻste, forcĂ©ment, Ă ĂȘtre aussi soulagĂ© en voyant la mention « Lu » et en voyant cette petite bulle apparaĂźtre qui veut dire que ton pote est en train de te rĂ©pondre. A ce moment-lĂ tu regardes pas la tĂ©lĂ© et les images des gens morts, tu regardes cette petite bulle qui te dĂ©livre pour quelques secondes de lâangoisse dans laquelle tâes bloquĂ©. Tâes tellement Ă©goĂŻste, mais tu peux tellement pas faire autrement.
Tu descends de lĂ oĂč tâes. A cent petits mĂštres du Carillon. Les gens paniquent dans la rue, y a une grosse dame qui tente de passer le barrage en hurlant, elle a lâair dĂ©sespĂ©rĂ©e. Tu vois des brancards pĂ©nĂ©trer dans lâhĂŽpital. Câest joli les couvertures de survie, ça reflĂšte la lumiĂšre. Tu te rends pas trop compte parce que tâes bourrĂ© et lĂ©gĂšrement hystĂ©rique.
Le Carillon, câest ton bar prĂ©fĂ©rĂ© du quartier. Câest en bas de chez toi. Celui oĂč tu vas tout le temps boire des coups avec tes potes, celui oĂč tâas fĂȘtĂ© ton dernier anniversaire, celui oĂč tu finis immanquablement bourrĂ©, celui oĂč il manque toujours des chaises en terrasse. Les murs de ce bar connaissent toute ta vie et ont vu tous tes potes. Ils sont cools les patrons du Carillon mĂȘme sâils ont arnaquĂ© un pote Ă toi un jour.
Le Petit Cambodge tu y Ă©tais dimanche dernier, tâas pris un bobun avec des nems prĂ©dĂ©coupĂ©s â trop bon. Le Petit Cambodge câest le resto que tu critiques tout le temps parce quâil y a vraiment beaucoup trop de hipsters dedans. En vĂ©ritĂ© tâadores en ĂȘtre.
Le MacDo de la rue du Faubourg du temple, câest lĂ que tu vas le samedi soir engloutir en deux-deux un double cheese avant dâaller te bourrer la gueule.
Le Bataclan, tu y as hurlĂ© mille fois ton amour de la musique, et mĂȘme que la premiĂšre câĂ©tait pour aller voir Zazie quand tâĂ©tais en troisiĂšme. Tu passes tous les matins devant pour aller au travail.
Tu vas te coucher. Tu te rĂ©veilles avec une barre au front et Ă©videmment, tu check Twitter. Parce que tu fais partie de cette gĂ©nĂ©ration de gens qui ont le nez collĂ© Ă leur iPhone. Câest leur fenĂȘtre sur le monde. Mais ce samedi matin, il nây a pas dâĂ©cran de tĂ©lĂ©phone ou de tĂ©lĂ©vision pour te protĂ©ger de lâhorreur. Il suffit de ranger son tĂ©lĂ©phone, de descendre les six Ă©tages de ton immeuble, et de marcher une petite minute.
Tu arrives dans cette rue Alibert que tu aimes tant, y rĂšgne le seul bruit que la mort ne connaisse : le silence. En vrai, le seul bruit perceptible ici, câest celui du sable qui crisse sous tes pieds, le sable dĂ©posĂ© sur le sang des victimes comme on dessinait des feuilles de vigne pour cacher les sexes. Putain de cauchemar.
Tu penses Ă la gĂ©nĂ©ration dâaprĂšs. Tu penses Ă tes copines qui viennent dâavoir des gosses. Patou, HĂ©lĂšne, Agathe et les autres. Tu te demandes comment elles vont pouvoir expliquer Ă leur marmaille Ă quoi ça rime de se faire exploser la cervelle en buvant un Picon biĂšre.
« Des fous de dieu », on te dit. Mais Dieu nâexiste pas. Ce sont donc des fous tout court. Tâas lâimpression que plus la vie des gens est nulle, plus ils croient en leur dieu tout claquĂ©, et tâas envie de leur dire quâils se plantent, quâil faut pas croire en ces choses-lĂ . Tâas aussi envie de dire aux Ricains quâils sont gentils avec leur hashtag #PrayForParis mais que non en fait, on a pas besoin de priĂšres parce quâon pense que ça sert Ă rien.
LâannĂ©e derniĂšre, câĂ©tait pas pareil. Y avait comme un Ă©cran entre toi et les morts. TâĂ©tais Charlie Ă©videmment, tâes mĂȘme journaliste, donc toi aussi tâas eu peur. Mais lĂ câest pas pareil. Câest ta maison sur laquelle on vient de tirer, câest tes potes, ou les potes de tes potes quâon vient de buter. Câest le peuple des tatouages, des cigarettes roulĂ©es et des burgers au ComtĂ© quâon vient de fusiller.
« Tâas perdu quelquâun ? » Cette absurde question que tu poses Ă tous tes amis, que tous tes amis te posent. Câest vraiment lâhorreur « du cĂŽtĂ© de chez vous ». Le seul mal quâon ait fait â que ces 129 personnes ont fait - sur cette terre, câest celui quâon a fait Ă nos anciens amours. Pas bien grave. Mais voilĂ , il paraĂźt que tu vis dans la « capitale des abominations et de la perversion » et que câest pour ça que tant de gens sont morts.
Alors on va arrĂȘter de raconter des conneries : Ă©videmment quâon a peur. Not afraid, pas cette fois-ci. Evidemment quâon se dit que ça aurait pu nous arriver et que ça peut encore nous arriver. Mais est-ce quâon va renoncer pour autant Ă nos petites abominations, Ă ces instants de dĂ©lice qui font que nos vies sont tout de mĂȘme assez cools ?
Non, surement pas. On va se la coller tous les week-ends. On va danser comme des fous car la musique adoucit les meurtres, et on fera toujours plus lâamour, aussi. Les garçons avec les filles, les garçons avec les garçons, les filles avec les filles, les juifs avec les arabes et tout le reste et on les emmerde. De toute façon, câest tout ce quâon sait faire.
Thibaut Pézerat
Marina est un diamant
Chers amis, vous pouvez remballer vos Inrocks, votrePitchfork, votre que sais-je encore : on a trouvĂ© lâalbum pop de lâannĂ©e. Ilsâappelle Froot et il est signĂ© Marina and The Diamonds. Je vous vois dâici lever les yeux au ciel :« encore une reloue qui met uneexpression derriĂšre son prĂ©nom ». DĂ©tendez-vous direct : Marinaand the Diamonds en est Ă son troisiĂšme album. Elle nâa pas attendu Florence &The Machine et Christine & The Queens pour choisir son nom de scĂšne.
Marina (Diamandis de son vrai nom) est une galloise de 29 ansque vous avez surement dĂ©jĂ entendue sur PrimadonnaGirl, hymne international de toutes les connasses. Une musicienne, une vraie, qui compose ses chansons dans sa chambre avec un « shitty keyboard » comme les autres songwriters de sa gĂ©nĂ©ration. Mais Marina a ce petit truc en plus sur ses consoeurs : de lâhumour. Elle se moque de tout, de tout le monde, et avant tout dâelle-mĂȘme. Froot est dâailleurs la plus drĂŽle des chansons de lâalbum Ă©ponyme. Marina sây prĂ©sente en fruit attendant de se faire juter (oui, oui : « Hanging like a fruit, ready to be juiced »). Câest drĂŽle, câest catchy, câest sexuel⊠câest MA-RI-NA.Â
Iâm your carnal flower, Iâm your bloody rose Pick my petals off and make my heart explode.
Les paroles ? Câest elle. La compo ? Elle encore. La prodâ ? Câest toujours Marina qui rĂ©gale. Du dĂ©but Ă la fin de la chaĂźne, Marina gĂšre tout, et ça donne un album qui a lâair de lui ressembler (je ne la connais pas personnellement, jâĂ©viterai donc de trop mâavancer sur ce point). Aux fans de la premiĂšre heure, rassurez-vous : Marina est toujours aussi cruelle. Vous avez aimĂ© How to be a heartbreaker et Primadonna Girl ? Comme sur ses deux prĂ©cĂ©dents albums, Marina ne sâexcuse pas dâĂȘtre (parfois) une sombre garce. Ici, pas de pleurnicheries, de dĂ©lires victimaires: elle fait du mal et elle lâassume. « No I donât love you, no I donât care. I just wanna be held when Iâm scared », chante-t-elle dans Blue. Preuve que vous ne la prendrez pas en train de se morfondre, Marina titre une de ses chansons Iâm a ruin (« Je suis en ruines »), mais chante en vĂ©ritĂ© « Iâll ruin you » (« Je vais te ruiner ») pendant toute la chanson ou presque. On te reconnaĂźt bien lĂ , ma petite, continue comme ça, tâes au top.Â
No, I donât love you No, I donât care I just want to be held when Iâm scared And all I want is one night with you Just cause Iâm selfish I know itâs true
Plus bitch que la plus bitch de tes copines, figure-toi que Marina a en fait un cĆur gros comme ça. Sous ses postures de princesse impitoyable, elle peut mĂȘme avoir mauvaise conscience. Dans Iâm a ruin (encore), madame est amoureuse, mais se dĂ©sole de sa frivolitĂ©. Dans Happy, elle chante son ultra-moderne solitude. Dans Immortal, Marina a peur de la mort et ça fout les frissons. C'est peut-ĂȘtre lĂ ce qui fait de cet album le plus beau des trois: en ouvrant sur la ballade Happy (attention, ça plombe un peu pour un dĂ©collage), Marina annonce d'office la couleur: vous allez prendre du pur Marina and the Diamonds dans les oreilles, et ceci pendant 53 minutes. ApprĂ©ciable, aprĂšs le dĂ©lire schizo dâElectra Heart, qui avait Ă©garĂ© pas mal dâamateursâŠ
Oh, all the things that humans do To leave behind a little proof But the only thing that doesn't die is love, love, love Love, love
Lâautre grande force de Marina and the Diamonds, câest ce talent pour faire de la musique rien quâavec des mots. Le plus bel exemple Ă©tant ce passage de Savages: "We live, we die. We steal, we kill, we lie." Dix mots consciencieusement choisis pour la seule caractĂ©ristique qu'ils ne font qu'une seule syllabe chacun. Pourquoi ? Parce quâenchaĂźnĂ©s ainsi, ce ne sont plus des mots, ce sont des notes ! Â
Une autre punchline de gĂ©nie apparaĂźt sur Blue (que l'on surnommera "complainte de la connasse"): âGimme love, gimme dreams, gimme a good self-esteemâ: plus Marina supplie, plus la mĂ©lodie descend dans les graves. La gĂ©ographie des notes (de haut en bas) va Ă lâinverse de ce Ă quoi aspire la jeune femme (une meilleure estime de soi). Elle supplie lĂ son ex de partager une derniĂšre fois sa couche, et impossible de ne pas y voir en deuxiĂšme lecture le dĂ©sarroi des jeunes adultes accros aux selfies sur Instagram et aux emojis Ă©namourĂ©s. Ceux-lĂ mĂȘme qui font son public et qui ont tant besoin de likes pour ne pas trop se dĂ©tester. L'artiste a d'ailleurs bien compris qu'elle tenait dans ce sens de la rythmique des mots un sacrĂ© talent: elle promeut rĂ©guliĂšrement ces bouts de phrases qui rendent fou sur les rĂ©seaux sociaux (ici ou lĂ , par exemple).
Marina promĂšne sa voix dâogresse et fait la nique aux voix haut perchĂ©es des chattounettes de la pop (Ariana Grande si tu mâentends). Marina, câest viril, et câest trop bon. Il nây a quâĂ Ă©couter Savages, son refrain digne dâun hymne de stade (gay, le stade): on lâimagine tellement Ă la tĂȘte dâune manifâ contre le genre humain (le tout en mangeant des bananes et des pommes, car lâalbum sâappelle Froot).
Comme sur les prĂ©cĂ©dents albums, elle passe de la voix de poitrine Ă la voix de tĂȘte en un claquement de notes, et les arrangements de lâalbum (on y vient) placent son organe au centre de tout.
Marina ne fait pas d'eurodance, et ne se pique pas de hip hop. Marina est une fille qui aime la guitare et la batterie, et ça sonne bloody bien. Les guitares de Better Than That évoquent les Black Keys, les batteries de l'album sont signées Jason Cooper du groupe The Cure (s'il vous PLAIIIIT). Better that that tire vers le groove, Froot (et dans une moindre mesure Blue) sont clairement discos, mais c'est une identité rock qui transparaßt du début à la fin du disque. Des arrangements proches du live qui permettent à Marina de jouer comme elle veut avec sa voix. Froot a aussi ce mérite de réhabiliter avec force et honneur les arrangements rocks trop longtemps remisés dans les placards de la pop.
Evidemment, Marina and the Diamonds ne vendra pas beaucoup de Froot. Ses chansons nâĂ©pousent pas la mode du moment, elle joue trop peu de son corps pour faire adhĂ©rer les adolescentes, et elle nâest pas assez neuve pour ĂȘtre proclamĂ©e par la presse ânext big thingâ, statut enviĂ© sâil en est dans le monde de la pop. Mais pour les petits diamants qui la suivent dans son dĂ©lire, Marina reste la reine dâun tout petit royaume. Tout petit certes, mais il y fait bon vivre.
(moi, câest @thibpez)
Bien sĂ»r, câest un Top 10.
Mais 2013 nâayant pas Ă©tĂ© une annĂ©e comme les autres, jâai dĂ©cidĂ© de faire de ce classement quelque chose dâun peu diffĂ©rent. Moins un compte Ă rebours que lâautobiographie dâune annĂ©e cataclysmiques en dix films clĂ©s, parce que jamais le cinĂ©ma ne fut autant le miroir...
HĂ©, 2013, va bien t'faire foutre.
Pourquoi critiquer les morts ? Parce que câest surement plus simple ainsi. Câest probablement un peu lĂąche, mais il aura fallu que 2014 arrive pour pouvoir enfin dire tout le mal que jâai pensĂ© de cette annĂ©e qui sâachĂšve. Et de 2013, je ne retiendrai ici quâun point noir: les cohortes cinglĂ©es de manifestants anti-mariage gay. VoilĂ 2013 comme je lâai vĂ©cue.
Ce devait ĂȘtre une partie de plaisir: quelques jours de dĂ©bat, un vote et du champagne. Mais ça a Ă©tĂ© finalement beaucoup plus compliquĂ© que ça.
Deux Ă©gĂ©ries Ă©mergent: une ancienne ministre, dâabord. DĂ©jĂ connue pour ses engagements formidablement progressistes (la bible Ă lâAssemblĂ©e, remember ?). Et puis une blonde un peu vulgaire considĂ©rant que quelques cuites avec des gays dans sa jeunesse vont la classer du cĂŽtĂ© des gentils (tu le vois, le syndrĂŽme du âje mâentends trĂšs bien avec mon voisin arabeâ ?).
Ces deux femmes-lĂ , il faut le reconnaĂźtre, ont le talent de faire sortir des milliers dâhommes et de femmes de chez eux contre un projet de loi qui ne les concerne pas. Chapeau. Et comme si ce nâĂ©tait pas dĂ©jĂ assez fort, le mouvement rĂ©cupĂšre ce beau nom de âmariage pour tousâ pour le dĂ©tourner Ă sa cause : la Manif pour tous est nĂ©e.
Le dĂ©bat sâenlise, se radicalise, sâĂ©ternise. Ăa pue, un peu. Ce qui Ă©tait une promesse de campagne que je croyais consensuelle devient un enjeu politique. Tiendront-ils ? Certains proches - trĂšs proches- font part de leurs rĂ©serves sur lâadoption. Ce qui Ă©tait un enjeu politique devient une bataille nationale. Tiendrons-nous ?
Bonne question. Car parmi les outrances quâon a pu entendre, celle-ci Ă©tait particuliĂšrement indigne: vous nous les avez brisĂ©es avec votre âon lĂąche rienâ, mais excusez-moi de vous dire que sur ce coup, les gars, nous nâavons rien lĂąchĂ©.
Les ballerines et autres mocassins Ă glands sâencanaillent sur le pavĂ© parisien ? TrĂšs bien. Vous aurez des talons hauts, des sneakers et ma paire de Vans qui dĂ©fileront aussi. #onlacherine, nous nous plus. âHĂ©tĂ©ros, avec nous !â Merci Ă vous.
Mais Ă ce beau combat que lâon livre sâajoute une problĂ©matique plus personnelle. Je suis journaliste. Et les ennemis de ma cause, jâai du me les coltiner.
Quel Ă©trange schizophrĂšne je fais, ce jour oĂč je suis envoyĂ© par ma rĂ©daction de lâĂ©poque couvrir une Ă©niĂšme manif pour rien. Ce jour oĂč je prends plein gaz avec les casseurs, criant Ă la dictature, alors que lâobjet de leur courroux est celui de mon dĂ©sir. Ce jour oĂč jâai du faire le portrait dâune âveilleuseâ, dents blanches et voix doucereuse, ne sachant mĂȘme pas de qui elle parlait quand elle insultait mes semblables.
Et je me souviens de moi, mon jean slim, mon sac de tarlouze et cette question dĂ©bile que je nâai toujours pas rĂ©solue: âQuâest-ce qui vous dĂ©range, au fond, dans cette histoire de mariage gay ?â
En journaliste consciencieux, je sais que jâai le devoir dâinformer, de ne rien passer sous silence, de ne pas tordre les faits comme jâaimerais les voir. Oui, il fallait parler de la Manif pour tous. Oui, il fallait donner la parole Ă leurs porte-voix, aussi grotesques soient-elles. Et non, je ne suis pas responsable des dĂ©bordements et des outrances. Mais oui, jâai parfois eu le sentiment de souffler sur des braises, Ă mon corps dĂ©fendant. Cette interrogation, je sais que beaucoup dâentre nous, journalistes gays (alerte lobby LGBT inside), nous la sommes posĂ©e.
Jâai failli craquer et dire publiquement tout le mal que je pensais de ce mouvement lorsque Jean-Pierre Pernaut, celui pour lequel jâavais vaguement bossĂ© dans le passĂ©, a jugĂ© utile dâestimer quâil ne faisait âpas bon ĂȘtre hostile au mariage homosexuel.â Maintenant que la loi est votĂ©e, que du temps a passĂ©, je peux te le dire, JipĂ©: tu aurais mieux fait de la boucler. Maintenant quâon est en 2014, quâil ne reste dans ces rangs que quelques vagues ploucs relevant plus du cirque quâautre chose, je peux faire le bilan de mon annĂ©e 2013.
- 2013, câest juste lâhistoire dâun jeune pĂ©dĂ© qui a ses propres dĂ©mons, ses insĂ©curitĂ©s, et parfois une bien piĂštre image de lui-mĂȘme. Ces litrons de gerbe nâont tristement rien arrangĂ© Ă lâaffaire.
- 2013, câest aussi lâhistoire dâun jeune pĂ©dĂ© qui rencontre dâautres pĂ©dĂ©s tout aussi blessĂ©s par le miroir que leur tend leur pays. Des pĂ©dĂ©s devenus des amis. Vincent, je tâadmire tant. Philippe, tu as mon respect Ă©ternel.
- 2013, câest enfin lâhistoire dâun jeune pĂ©dĂ© qui rencontre un autre pĂ©dĂ©. Et quel pĂ©dĂ©. Le maĂźtre en la matiĂšre. Je sais que le ciel nâexiste pas, mais je le remercie quand mĂȘme de lâavoir mis sur mon chemin, celui-lĂ .
Alors aux mĂšres de famille Ă serres-tĂȘtes, aux mecs portant le crĂąne rasĂ©, Ă tous ceux qui se sont achetĂ© un polo rose pour dĂ©filer contre mes droits, contre nos droits, un dernier message: par inconscience ou par haine, vous avez fait du mal. Beaucoup de mal Ă certains de vos concitoyens. Mais personne ne vous fera le plaisir dâoublier. Et surtout pas en 2014.
Thibaut Pézerat
NB : ce billet n'engage que moi.

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There's no remedy for memory Your face is like a melody It won't leave my head
Tu sais quelle connerie ma jeunesse, mon silence, quelle erreur, quelle perte de temps, Si je n'ai pas su te dire Ă temps, que je pensais Ă toi, tout le temps, mon guerrier, mon roi, mon petit prince.
Elisabeth LĂ©vy aime les mĂąles, les vrais. Les femmes et les gays, un peu moins. Mais ce quâelle aime par dessus-tout, la sainte patronne des 343 salauds, câest la ri-go-lade.
En tĂ©moigne son texte âLe sexe, ça fait pendreâ, qui ouvre le dossier Ă©lĂ©gamment intitulĂ© âTouche pas Ă ma puteâ, publiĂ© dans le dernier numĂ©ro de
ET BIIIIIIM
"On dit que l'amour est aveugle, mais avec toi, qui sait, la cĂ©citĂ© est peut-ĂȘtre une façon de voir"
Ăme en peine, amant peine

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Tant que c'est la vie qui nous en coûte, laissons planer le doute.
Elle a prĂ©tendu que j'Ă©tais joli garçon et que "les jolis garçons ne devraient jamais ĂȘtre tristes". Cette phrase est la premiĂšre que j'ai notĂ©e dans mon carnet. La relisant, je me suis jurĂ© de ne plus ĂȘtre triste. Au moins d'essayer. Je me doutais que cela exigerait des efforts. Retour parmi les hommes, Philippe Besson