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Ce qui nâa pas de nom, Piedad Bonnett
Ce qui nâa pas de nom en a pourtant un. Le suicide. Un mot quâon nâaime pas dire, un mot qui fait baisser la voix quand on le prononce, un mot quâon nâaime pas entendre non plus, qu'on a envie d'ignorer, de maquiller en accident ou en Ă©vĂ©nement, mais pourtant ça existe et ça a un nom malgrĂ© tout - et ce nom câest suicide. Sauf quâici Piedad Bonnett parle du suicide de son fils, et lĂ , oui, lĂ effectivement ça devient innommable. Câest vrai que ça nâa pas de nom, que ça ne peut tout simplement pas en avoir. La mort de son enfant, câest dans le dĂ©sordre des choses. Alors le suicide, vous pensez bien, Ă©videmment quâon en perd ses mots⊠"Les faits, comme toujours, poussent les mots dans leurs retranchements",  c'est bien dit et câest tellement vrai.
Piedad Bonnett, face Ă lâinnommable, dĂ©cide dâĂ©crire et nous livre ce tĂ©moignage, ce questionnement plutĂŽt. Pourquoi mais pourquoi mais pourquoi rĂ©pĂ©tĂ© en boucle jusquâĂ lâinfini. Oui, pourquoi est la seule question qui vaille dans une telle circonstance et on peut se la poser tout le temps qui nous reste Ă vivre sauf quâon nâaura jamais de rĂ©ponse. Il faut le savoir. Aucune rĂ©ponse ou alors mille rĂ©ponses, tout est tellement imbriquĂ© dans la vie, toutes ces petites causes qui produisent ces petits effets, ou ces grands effets, comme le battement dâailes du papillon qui provoque une tempĂȘte quelque part de lâautre cĂŽtĂ© du monde, comment remonter rĂ©ellement Ă une cause ? Impossible. NâempĂȘche, il faut se la poser cette question, il y a un temps pour les questions, et au bout dâun moment il y a un temps non pas pour les rĂ©ponses mais pour lâacceptation du fait quâil nây aura jamais de rĂ©ponse. La messe est dite, câest comme ça la vie, ça donne pas de rĂ©ponse.
Dans ce livre donc, la mĂšre de Daniel tente de comprendre le geste de son fils, tente de savoir qui Ă©tait son fils, quels ont Ă©tĂ© ses derniers moments, quelles ont Ă©tĂ© ses derniĂšres pensĂ©es et puis surtout pourquoi mais pourquoi mais pourquoi ? Une question que je me suis posĂ©e aussi. La mĂȘme question et la mĂȘme absence de rĂ©ponse. Ou alors une rĂ©ponse qui ne rĂ©sout rien mais quâon peut se donner, une rĂ©ponse que Piedad Bonnett nomme le quatriĂšme mur. Jâai bien aimĂ© (si on peut parler dâaimer sur un tel sujet) ce concept que jâai trouvĂ© trĂšs visuel et aussi explicite que possible. Ăa Ă©voque ce parcours dans la folie qui est propre Ă chacun et qui peut conduire au suicide parfois, ce sentiment que peu Ă peu des murs se dressent autour de soi. Dâabord un, câest gĂ©rable, on peut le longer, voire le contourner, puis deux, lĂ dĂ©jà ça ressemble Ă un couloir et il faut se mĂ©fier de la trajectoire (mais il est encore possible de faire demi tour), ensuite vient le troisiĂšme mur avec lequel on se retrouve carrĂ©ment dans une impasse et si le quatriĂšme mur se referme lui aussi, câest fini il nây a plus dâissue et chacun rĂ©agit comme il peut, le suicide Ă©tant une maniĂšre de sâĂ©chapper. Câest marrant jâavais notĂ© ce concept de quatriĂšme mur dans un coin de ma tĂȘte au moment de ma lecture et maintenant je suis incapable de retrouver le passage en question⊠mais bon je nâai pas fabulĂ©, croyez-moi sur parole, et quand bien mĂȘme je lâaurais fait, cette rĂ©ponse en vaut bien une autre, non ?
Pour conclure, je dirai que ceci est un livre surtout essentiel pour celui qui lâĂ©crit et sans jugement jâajoute que câest trĂšs bien comme ça. On fait ce quâon peut. Ah oui, et sinon jâai beaucoup aimĂ© plusieurs des phrases que lâauteur a placĂ© en Ă©pigraphes de ses chapitres dont celle-ci qui colle bien pour le mot de la fin : " Sâil te plaĂźt, reviens. Sâil te plaĂźt, existe. Mais il ne se passe rien⊠"(Mary Jo Bang)
QuatriĂšme de couverture : Dans ce court rĂ©cit, Piedad Bonnett raconte Ă la premiĂšre personne le suicide de son fils Daniel, vingt-huit ans, qui sâest jetĂ© du toit de son immeuble Ă New York. Huit ans plus tĂŽt, on lâavait diagnostiquĂ© schizophrĂšne. Dans un milieu bourgeois, corsetĂ© par des conventions en tout genre, il nâest pas de bon ton de parler crĂ»ment de la mort et de la folie ; câest pourtant ce que fait lâauteur, dans une langue sobre et sans effets de manche, avec une sincĂ©ritĂ© bouleversante. Elle raconte lâincrĂ©dulitĂ© Ă lâannonce du suicide, le besoin dĂ©sespĂ©rĂ© de trouver des traces dâune vie personnelle, un journal, des Ă©crits, les Ă©tapes de la mort occidentale, mais aussi et surtout le combat inĂ©gal dâun jeune homme (et de ses parents) contre la folie qui le cerne. Une plongĂ©e dans la douleur qui ne verse jamais dans lâapitoiement ou lâimpudeur : lâĂ©crivain nâa que les mots pour dire lâabsence, pour contrer lâabsence, pour continuer Ă vivre. « Un livre incandescent, courageux jusquâĂ la violence, extraordinaire. Piedad Bonnett Ă©crit depuis lâabĂźme et Ă©claire lâobscuritĂ© avec un texte pĂ©nĂ©trant et indispensable. » Rosa Montero
Comme un frĂšre, David Treuer
Je suis dĂ©solĂ©e David Treuer, mais OMG que ce livre est chiant !Jâai persĂ©vĂ©rĂ© 120 pages espĂ©rant avoir le dĂ©clic mais non, rien, encĂ©phalogramme plat⊠bip bip bip⊠on va la peeeeerdre docteur !!Bon ben jâai arrĂȘtĂ© hein ⊠jâallais pas me mettre en danger quand mĂȘme. Je sais pas trop comment dire, mais pas moyen de trouver un angle pour rentrer dans cette histoire, pas moyen de ressentir ne serait ce quâun minimum dâempathie. Je ne peux pas lâexpliquer, il y a comme une espĂšce de distance entre moi et ces personnages, câest dommage parce que sur le pitch câĂ©tait pas mal, mais alors zĂ©ro stimulation et curiositĂ© tuĂ©e dans lâĆuf. BiiiiipâŠCâĂ©tait Ă deux doigts par moment, mais bon, deux doigts parfois câest juste Ă©nooOoorme (et Ă©pargnez moi vos pensĂ©es dĂ©placĂ©es svp). JâĂ©tais Ă deux doigts de trouver quelque chose Ă Betty, câest encore la plus intĂ©ressante dans cette histoire, mais deux doigts quoi⊠Pour tout vous dire jâai mĂȘme pas eu envie de savoir pourquoi le frĂšre avait tuĂ© le frĂšre, sans blague, alors que cette question mĂ©rite pourtant quâon sây intĂ©resse. Mais câest tellement⊠euh ? soporifique ? froid ? Je nâarrive pas Ă lâexpliquer mieux que par cette figure stylĂ©e, deux doigts, il faudra donc s'en contenter. On sent lâapplication, câest ça le problĂšme, on imagine la concentration, le petit bout de langue qui dĂ©passe et le regard braquĂ© sur la page blanche avec un air de dĂ©fi. Et pour tout dire je nâaime pas ça, quand on sent lâapplication, non, il faut que ça coule, que ça sorte dâune maniĂšre simple et naturelle, comme une Ă©vidence, mĂȘme si pour en arriver lĂ lâauteur doit se torturer le temps dâune infinie dĂ©cantation (hop jâai eu envie de rĂ©utiliser ce mot, allez savoir pourquoi) il ne faut pas que ça se sente, c'est tout. Facile Ă dire, je sais. Et puis qui suis-je pour me la ramener comme ça ? Ouais ben je donne juste mon subjectif avis et je rajoute que jâen ai fini avec David Treuer, je nâai plus envie de rester Ă deux doigts de⊠non, maintenant je veux vivre et ressentir les choses sans me rendre compte de lâeffort que ça demande. Tout un programme, pardon mon frĂšre. CâĂ©tait donc moins une mais jâai su mâarrĂȘter Ă temps. Si quelquâun a envie de me raconter la fin vite fait, câest ok, mais ça suffira.Finalement ce que jâai prĂ©fĂ©rĂ© dans ce livre câest sa bande son - la couverture est pas mal aussi je lâadmets - mais bon, Ă©videmment, cela ne suffit pas. Câest dommage, jâavais bien envie dâaimer, mais parfois les choses ne se passent pas comme on veut (parfois est un euphĂ©misme bien entendu, mais je tenais Ă garder une petite touche dâoptimisme ;)
QuatriĂšme de couverture : Little, son premier roman, a Ă©tĂ© pour de nombreux lecteurs la rĂ©vĂ©lation d'un incroyable talent. Dans Comme un frĂšre, David Treuer donne la pleine mesure de son univers d'Ă©crivain avec cette mĂȘme gravitĂ©, Ă la lisiĂšre de la poĂ©sie et du rĂ©alisme, qui fait toute la force de son Ă©criture.Dans le Southside de Minneapolis, un quartier rongĂ© par la misĂšre, Simon, un jeune Indien, sort de prison oĂč il a purgĂ© une peine de dix ans pour le meurtre de son frĂšre. Il lui faut maintenant retrouver une place parmi les siens et prendre un nouveau dĂ©part. Mais ce dont rĂȘve avant tout Simon, c'est de rĂ©concilier passĂ© et prĂ©sent. Il se met alors en quĂȘte d'une impossible rĂ©demptionâŠEntre ombre et lumiĂšre, violence et fragilitĂ©, Comme un frĂšre porte un regard intense sur la vie et les ĂȘtres.
Petit traitĂ© sur lâimmensitĂ© du monde, Sylvain Tesson
Le monde est immense, et moi je suis grave Ă la bourre. Ăa va faire un mois que jâai fini ce petit traitĂ© et je suis Ă peine en train dâĂ©crire ce billet. Shame on me !
Dâun autre cĂŽtĂ©, avec Tesson, câest toujours la mĂȘme chose, je me dis quâil faudrait vraiment mais vraiment vraiment vraiment que jâarrĂȘte dâĂ©crire des billets dans lesquels je dis des trucs quâaprĂšs je fais pas, ouais, que je me sorte les doigts de quelque part et que je me mette un bon gros coup de pied au mĂȘme endroit. Câest vrai merde, câest quand mĂȘme trĂšs con de se mettre soi-mĂȘme en situation dâĂ©chec et de dire des trucs (ou pire, dâĂ©crire des trucs) quâon ne va pas faire et quâon va regretter de ne pas faire et quâon va se dire que merde il faudrait les faire etc etc⊠Bref, vous voyez le topo.
Par exemple, quand jâai fini de suivre Sylvain sur les chemins noirs le 31 dĂ©cembre dernier, jâai trouvĂ© judicieux - vu la pĂ©riode - de prendre la rĂ©solution pour lâannĂ©e qui venait de partir moi aussi sur les petits sentiers, de faire le vide dans ma tĂȘte, dâĂ©couter le silence, de me sentir toute petite face Ă lâimmensitĂ© du monde et aussi de renifler la nuit sous les Ă©toiles. Je nâimaginais pas une traversĂ©e de la grande diagonale du vide non plus hein, faut pas pousser (ne pas se mettre en situation dâĂ©chec je disais) mais juste un truc Ă mon niveau, je sais pas moi, une semaine sur un petit bout du Chemin de Compostelle, le plateau du Larzac, Conques, lâAveyron, bref, du possible, du faisable, du balisĂ©, du pas loin de chez moi en plus. RĂ©sultat des courses : lâannĂ©e nâest plus si nouvelle que ça et quâest-ce que jâai fait de tout ça ? Rien. Procrastination sors de ce corps !! Va me falloir un exorcisme lĂ , un sĂ©vĂšre en plus. Alors oui Ă©videmment, je peux me trouver toutes les excuses du monde, jâavais un peu les chocottes de le faire toute seule (hou la peureuse ^^), jâai mal au genou, je dois me faire enlever un kyste (hou la vieille ^^), je me suis heurtĂ©e Ă la bitchitude de la vie (ouais ben justement câest lâidĂ©e, Ă©vacuer en marchant), il a fait trop chaud cet Ă©tĂ© (hou la suante ^^), il va faire trop vite nuit maintenant (hou lâemmerdeuse ^^). On est bien dâaccord, tout ça, câest du flan, excuses rejetĂ©es. Des plumes et du goudron, voilĂ ce qui mâattend et ce sera bien mĂ©ritĂ©. Jâai encore 2 mois pour Ă©viter ça, Ă Tesson tu me fous la pression !
Pour en revenir Ă ce petit traitĂ©, il reste dans la lignĂ©e tessonesque, ça marche, ça pense, ça bivouaque, ça mĂ©dite, ça lit, ça marche encore et encore, et parfois mĂȘme ça prend le train, la moto ou ça grimpe sur le dos dâun cheval. Tiens, ici ça boit un peu moins quâailleurs, ou alors câest pas Ă©crit, on nâest pas obligĂ© de tout Ă©crire non plus. Quoi quâil en soit, ça bouge, ça sâagite, ça ouvre les yeux, ça explore, ça dĂ©couvre, ça s'Ă©merveille ou ça se dĂ©sole, et ça rencontre. On devrait tous faire un stage de Tesson au moins une fois dans sa vie moi jâdis. Dâailleurs ici, on a carrĂ©ment un mode dâemploi, surtout Ă partir du chapitre 11, franchement câest facile, yâa quâĂ tout faire comme câest Ă©crit. On a mĂȘme la playlist des bouquins Ă emporter avec soi, que demande le peuple ?
Du coup, vous me voyez venir, puisque ça Ă lâair si simple, jâai plus dâexcuse et je vais ĂȘtre obligĂ©e de redire un truc que je vais trĂšs certainement regretter un jour : moi aussi je vais le faire (marcher et/ou me retirer quelques temps dans une foutue cabane). Et je vais en rajouter une couche : yâa un endroit oĂč je dois absolument aller, le lac BaĂŻkal, o-bli-gĂ© ! (naaan mais quelle conne, quelle conne ! câest pas possible ! dans quoi je me suis encore fourrĂ©e ? en plus des plumes et du goudron je vais finir au pain sec et Ă lâeau et privĂ©e de dessert pendant 78 ans ! Si câest pas chercher les emmerdes çaâŠ)
Conclusion, lire Tesson ça motive mais attention, ça fout les j'tons. DĂ©passe toi toi-mĂȘme et le ciel t'aimera. Mouais, affaire Ă suivre ;)
QuatriĂšme de couverture : Sylvain Tesson parcourt le monde. Dans les steppes d'Asie centrale, au Tibet, dans les forĂȘts françaises ou Ă Paris, il marche, chevauche, escalade, bivouaque dans un arbre ou sous un pont, construit des cabanes. Cet amoureux des reliefs poursuit le merveilleux et l'enchantement. Dans nos sociĂ©tĂ©s de communication, il en appelle Ă un nouveau nomadisme, Ă un vagabondage joyeux.Ce Petit traitĂ© sur l'immensitĂ© du monde est un prĂ©cis de dĂ©sobĂ©issance naturaliste, une philosophie de poche buissonniĂšre, un rĂ©cit romantique contre l'ordre Ă©tabli.
Des hommes en devenir, Bruce Machart
Punaise, me suis encore fourrĂ©e dans un dâces trucs moi ! Je peux pas me la fermer des fois ? Oui ma grand-mĂšre avait raison, on gagne toujours Ă tourner sept fois sa langue dans sa bouche avant de parler - et on ne gagne pas que un torticolis lingual contrairement Ă ce que je pensais Ă lâĂ©poque en faisant la maligne comme on fait durant cet Ăąge qualifiĂ© (souvent Ă juste titre) de bĂȘte.
Bon ben alors elle va la cracher sa valda ? Quâest-ce quâelle a Ă pousser des hauts cris comme ça ? Sans dĂ©conner, cette fille est fatigante !
Ok je me calme. Le truc câest que pas plus tard quâil y a deux livres jâai fait tout un pataquĂšs en tentant dâexpliquer pourquoi je nâaimais pas les nouvelles, blablabla, trop court, blablabla, pas le temps dâaimer, blabla frustrĂ©e, et blablabla et blaaa. Et lĂ , pof, je vous le donne en mille, des nouvelles encore, sauf que cette fois jâai aimĂ©. MalĂ©diction !
Et câest clair, je ne vais pas pouvoir mâen tirer un sortant un poncif du genre âyâa que les imbĂ©ciles qui ne changent pas dâavisâ, dâautant plus je pense que câest faux, les imbĂ©ciles aussi changent parfois dâavis et puis aprĂšs tout rien ne dit que je ne suis pas une imbĂ©cile. Bref, piste abandonnĂ©e. Je ne vais pas mâen sortir non plus en faisant un discours philosophique de mon cru expliquant par A + B quâil est possible Ă la fois dâaimer et de ne pas aimer le mĂȘme objet, et pourtant cette fois je pense que câest vrai mais ça risque dâĂȘtre beaucoup trop long et hors sujet.
Non non, je vais donc me contenter dâun truc facile (ĂŽ feignasse, vas-y, parle), je vais expliquer pourquoi jâaime en expliquant ce que je nâaime pas. Merde on avait dit facile... Ouais mais bon, je ne vais pas vous dire toute la difficultĂ© quâil y a Ă expliquer pourquoi on aime, je pense que tout un chacun a dĂ©jĂ dĂ» sây frotter (et ça pique hein ?).
Donc voilĂ , en gros, je disais la derniĂšre fois que je nâaimais pas les nouvelles parce que je nâavais pas le temps de mâattacher aux gens dedans et que du coup jâen avais rien Ă foutre de leurs vies et donc de lâhistoire. Ok, ça se tient. Mais alors pourquoi ici je vais pas dire ça ? Eh bien parce que je nâai pas ressenti la mĂȘme chose, dans les nouvelles incandescentes de Rash les personnages Ă©taient des sortes dâarchĂ©types, Ă peine esquissĂ©s, ils devaient simplement servir Ă lâauteur Ă dire ce quâil avait dire, la foutue morale de lâhistoire, et voilĂ prĂ©cisĂ©ment ce que je nâaime pas : les livres qui veulent nous faire la morale. On peut ĂȘtre un peu plus subtile que ça non ? Se dire que le message passera sâil doit passer auprĂšs de ceux qui sont Ă aptes Ă comprendre, on peut mĂȘme carrĂ©ment se dire que le message quâon voudrait faire passer ne passera pas tant pis mais que les gens en tireront autre chose (et câest tout aussi bien non ?) donc en tout cas, sâil vous plaĂźt par pitiĂ©, pas de morale ! Alors vu que Bruce nous Ă©pargne le coup de la morale, jâaime. Jâaime aussi parce que ses personnages ne sont pas des archĂ©types, non, mĂȘme que dâailleurs on a lâimpression de les connaĂźtre parce quâon a lâimpression que ce sont des vrais gens. Donc mĂȘme si câest court, ça passe. Ouais, ils sont vivants et en plus ils nous parlent directement, câest cash, jâaime bien. C'est un peu comme si on Ă©tait avec eux dans un bar, ils te racontent leur histoire entre deux verres et puis point barre, chacun rentre chez soi et continue sa vie comme il peut, y'a rien de plus Ă ajouter. Et puis aussi, sincĂšrement, niveau style on est Ă des annĂ©es lumiĂšre. D'ailleurs, je l'avais dĂ©jĂ beaucoup aimĂ©, Bruce, quand je l'avais suivi dans le sillage de l'oubli...
Avec Bruce, les nouvelles se suivent et ne se ressemblent pas, et mĂȘme si elles ne sont pas toutes de la mĂȘme qualitĂ©, globalement ça reste sombrement bon. AprĂšs, câest sĂ»r, faut aimer les biĂšres, les mains calleuses, les pick-ups et les petites culottes en satin rose (Ă ce propos je suis Ă la recherche de personnes ayant lu la version QuĂ©bĂ©coise de la chose histoire de vĂ©rifier si dans la premiĂšre nouvelle la culotte de la plouc cajun est bien rose et non pas rouge - tout ça pour savoir si quelquâun de ma connaissance est daltonien ou pas, au cas oĂč lâenvie me prendrait de lui offrir une petite culotte satinĂ©e, sait-on jamais ^^)
QuatriĂšme de couverture : Qu'ils se retrouvent en train d'arpenter les terres fertiles du Sud, de conduire leur pick-up fenĂȘtres ouvertes dans la chaleur suffocante du pĂ©riphĂ©rique de Houston, d'actionner l'Ă©corceuse pour transformer des grumes en feuilles de papier, les hommes de ce recueil dĂ©couvrent tous, en un instant, la faille en eux. Ătre hantĂ© depuis toujours par un enfant, un parent, une femme, un voisin, un copain disparus, interrompre enfin le mouvement continu et regarder une vie en face. La question soudain serait de savoir ce que devenir un homme signifie. Ici, certains ont Ă©tĂ© larguĂ©s. LĂ , un enfant n'est jamais nĂ©. Une mĂšre a Ă©tĂ© assassinĂ©e. Des maris ont dĂ©couchĂ©. Des chiens sont morts. Bien des biĂšres ont Ă©tĂ© descendues, et des rires Ă©changĂ©s entre frĂšres, amis, amants.AprĂšs Le Sillage de l'oubli, premier roman qui remporta un formidable succĂšs critique et public, on retrouve dans Des hommes en devenir la plume Ă©vocatrice et puissante d'un maĂźtre de la littĂ©rature amĂ©ricaine.

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Ce qui a dĂ©vorĂ© nos cĆurs, Louise Erdrich
AĂŻe aĂŻe aĂŻe, je dois commencer direct par avouer un truc⊠Jâai lu un autre livre aprĂšs celui-ci - avant de dĂ©marrer ce billet - et je mâaperçois avec effarement quâil ne me reste pas grand chose de cette lecture. Si ça se trouve, que ce qui a dĂ©vorĂ© nos cĆurs a Ă©galement dĂ©vorĂ© ma mĂ©moire ? Ă moins quâil ne sâagisse dâun cas rare de contamination Ă l'Alzheimer par voie Ă©lectronique ? Dans tous les cas, câest flippant et quoi quâil en soit, on est mal ^^
Bon, mais quâĂ cela ne tienne, le free style ça me connait ! Je suis capable de blablater pas mal de temps pour dire pas grand chose au bout du compte, je vous assure, câest pas pour rien que jâavais toujours des supers notes en philo. Tenez, mĂȘme une fois jâai eu un 19, et lĂ , sĂ©rieux, je pense que le prof devait avoir des idĂ©es derriĂšre la tĂȘte, ça nâexiste pas 19 en philo en terminale, nan mais quel vieux vicieux ! Heureusement, jâavais dĂ©jĂ lâesprit avisĂ© et je ne suis pas tombĂ©e dans le panneau. Pfffiou quelle histoire ! Pour les curieux qui aiment bien tout savoir et surtout les dĂ©tails croustillants, ce prof avait des mains de pianiste mais une tĂȘte dâalcoolo et au final il sâest quand mĂȘme tapĂ© une fille de ma classe, Françoise quâelle s'appelait, mĂȘme quâelle a eu un 20 une fois. AprĂšs il sâest fait virer. Bien clichĂ© ce truc, mais 100% vĂ©ridique. Ensuite Françoise est partie un an en Inde, dans un Äshram, je lâai perdue de vue, et quand elle est revenue je lâai croisĂ©e juste une fois Ă une soirĂ©e bien zarbi dans un grand appartement chez des gens que je ne connaissais pas, soirĂ©e dont je nâai pas beaucoup de souvenirs sauf elle avec sa grande robe et son machin en forme de goutte sur le front, mĂȘme quâelle mâen a collĂ© un aussi. Elle dansait super bien Françoise. Bref, aucun rapport avec ce qui a dĂ©vorĂ© nos cĆurs, vous voyez que je sais bien meubler ?
Bon, mais rassurez-vous, je ne vais pas vous parler plus longtemps de mon Ă©tourdissante scolaritĂ© et jâai quand mĂȘme quelques petites choses Ă raconter Ă propos de ce roman de Louise Erdrich. DĂ©jĂ , pour commencer, je dois dire que jâai Ă©tĂ© fascinĂ©e par la profession de Faye et de sa mĂšre, jâadorerai faire ça, vraiment, farfouiller dans les vieilles maisons et les affaires des gens pour en dresser lâinventaire dans le cadre de successions. Merveilleux ! Jâai dĂ©jĂ beaucoup rĂ©flĂ©chi à ça, comment au final tout se rĂ©sume Ă une sorte dâinventaire, comment on est bien peu de chose (comme mon amie la rose) et comment les objets qui restent et qui ont vraiment du sens tiennent en si peu de place (et pour aller jusquâau bout comment ce sens lui-mĂȘme va en sâamenuisant avec le tempsâŠ) Jâai dĂ©jĂ testĂ© et vous ne pouvez mĂȘme pas imaginer la quantitĂ© de choses qui peuvent rentrer dans une boĂźte Ă chaussure, et comment ladite boĂźte Ă chaussures peut prendre elle-mĂȘme si peu de place au fin fond dâun placard (surtout que je chausse du 36, ça fait de petites boĂźtes hein)âŠ
Câest dâailleurs pour ça que je partage totalement la philosophie (tiens la philo, vous voyez on y revient lol) de Faye, Ă savoir Ă©viter au maximum de sâencombrer avec des objets, âcâest le rappel constant de notre mortalitĂ© qui nous retient. Lâinutile vanitĂ© consistant Ă sâaccrocher Ă quoi que ce soit est, Ă©videmment, toujours lĂ devant nous. Sâefforcer de possĂ©der quelque chose dâune valeur phĂ©nomĂ©nale nous paraĂźt en gĂ©nĂ©ral absurde, vu notre propre biodĂ©gradabilitĂ©.â Clap clap clap, permettez-moi dâapplaudir, je nâaurai pas su mieux dire !
Et Erdrich frappe plus fort encore en Ă©voquant une des rares fois oĂč Faye a envie de rĂ©cupĂ©rer et de garder quelque chose dâune succession : âun coffret de bois contenant ce qui semblait ĂȘtre des mouchoirs enveloppĂ©s dans du papier de soie, uniquement des mouchoirs, marquĂ©s aux initiales de la propriĂ©taire, L.M.B.â et devinez quoi ? âĂpinglĂ© Ă chaque mouchoir en coton, en batiste, bordĂ© de dentelle ou brodĂ©, ai-je constatĂ©, il y avait un morceau de papier soigneusement dĂ©coupĂ©. Jâai Ă©videmment examinĂ© les papiers. CâĂ©tait Ă chaque fois une Ă©tiquette portant une date notĂ©e dâune Ă©criture fĂ©minine. Un nom ou des noms Ă©taient inscrits. Et puis des Ă©vĂ©nements. BaptĂȘme de Teddy. Mariage de Venetta et John Howard. Et puis, obsĂšques de Teddy. VeillĂ©e funĂšbre de FrĂšre Admantine. Premier opĂ©ra, La Traviata. Mariage. Bras cassĂ©. Et tout en bas de la pile, peut-ĂȘtre le premier mouchoir ainsi conservĂ© et lâancĂȘtre de la collection, un petit carrĂ© dâĂ©toffe, ayant appartenu Ă un enfant, maladroitement marquĂ© des initiales et Ă©tiquetĂ© ObsĂšques de ma MĂšre.â Alors lĂ , vous voyez, je ne peux mĂȘme plus applaudir, je reste sans voix... âCette boĂźte contenait les larmes de toute une vie de femmeâ. Que voulez-vous que je dise aprĂšs ça ? Je pourrais faire du mauvais esprit et dire que ce nâest plus de nos jours de ça arriverait vu que les gens utilisent des saloperies de Kleenex, je pourrais aussi faire une petite pirouette et dire que finalement je nâai pas tout oubliĂ© de cette lecture, oh non pas l'essentiel, et dâailleurs j'ajoute que sâil y avait une seule chose Ă retenir de ce roman, je choisirais ça (bon câest ce que jâai fait). SacrĂ©e leçon non ?
VoilĂ , jâai vraiment bien aimĂ© ce livre au dĂ©marrage, vers les trois quart jâavoue que je me suis un peu perdue, câest devenu plus flou, je me suis embrouillĂ©e quelque peu. Peut-ĂȘtre parce que jâĂ©tais malade ce week-end ? On sâen fiche, il me reste tout de mĂȘme une assez forte impression et pas mal de grain Ă moudre dans ma petite tĂȘte.
Je vais mâarrĂȘter lĂ , câest dĂ©jĂ assez long pour quelquâun qui nâa soit-disant pas grand chose Ă dire, je ne voudrais surtout pas vous effrayer ;)
QuatriĂšme de couverture : ChargĂ©e de procĂ©der Ă lâinventaire dâune demeure du New Hampshire, Faye Travers remarque parmi une Ă©tonnante collection dâobjets indiens du xixe siĂšcle un tambour rituel trĂšs singulier. Ămue et troublĂ©e par cet instrument, elle se prend Ă lâimaginer dotĂ© dâun Ă©trange pouvoir : celui de battre au rythme de la douleur des ĂȘtres, comme en Ă©cho Ă la violente passion amoureuse dont il semble perpĂ©tuer le souvenir... Avec Dernier rapport sur les miracles Ă Little No Horse et La Chorale des maĂźtres bouchers, Louise Erdrich a imposĂ© son regard insolite et son univers poĂ©tique parmi les plus riches talents de la littĂ©rature amĂ©ricaine. Une oeuvre qui ne cesse de se renouveler et de surprendre.Une trĂšs grande dame des lettres amĂ©ricaines. Lire.Une des rares grandes voix de la littĂ©rature amĂ©ricaine Ă construire un Ă©difice romanesque dâune complexitĂ© comparable Ă celle de Faulkner. Le Point.
Incandescences, Ron Rash
Une fille de ma connaissance qui passe beaucoup de temps sous sa couette et qui aime plus que bien les nouvelles mâa donnĂ© envie de retenter le coup avec ce genre que jâaime habituellement moins que bien. Ouais parce que pour tout vous dire, ça fait bien 30 ans que je dis que jâaime pas sans y regoĂ»ter, ça va pas hein ? Allons, je dois me comporter en adulte et en manger au moins un peu avant de dire que jâaime pas. Pareil, les carottes cuites jâai longtemps dit que jâaimais pas... mouais⊠bon ben le hic, câest que mĂȘme quand je regoĂ»te, jâaime pas (ou alors en purĂ©e.) Bref on sâen fiche, je vais le faire jâai dit (lire des nouvelles hein, pas manger des carottes ^^). Alors voilĂ , et pour regoĂ»ter les nouvelles, jâai choisi Ron Rash parce que normalement je lâaime, oui je lâaaaaimeeeu, du coup jâai pensĂ© que oui peut-ĂȘtre pourquoi pas. HĂ©las - je vais pas faire durer cet insoutenable suspense - ça nâa pas suffit. Jâai pas adhĂ©rĂ©. Je devrais peut-ĂȘtre essayer rĂąpĂ©es et en salade ? Parce que pour les carottes, ça marche...
Ceci dit, quand mĂȘme : incandescences, quel joli mot ! Câest comme fumer une cigarette sous le creux dâun rocher en attendant que la pluie cesse en plein cĆur dâune forĂȘt silencieuse. Eh oui, je suis poĂšte aujourdâhui mais câest pour vous faire saisir la maniĂšre dont je visualise ce type dâinstants fugaces et pourtant intenses oĂč on a parfois la chance de se sentir vivre. Bon Ă©videmment, Ron Rash pensait certainement Ă autre chose avec ce titre, sans doute Ă toutes ces vies qui crament dans ces coins paumĂ©s quelque part entre dĂ©sespoir et sinistrose, au fin fond du trou du cul du monde, ces coins oĂč les hommes sont livrĂ©s Ă eux-mĂȘmes pour le meilleur et pour le pire. PlutĂŽt devrais-je dire pour le pire et pour le pire. Ils crament leur vie aussi vite quâune clope, mĂȘme que parfois le bout rouge sâenvole et tombe dans une flaque. Pschiiit et hop, on nâen parle plus, terminĂ©, Ă©teint, mort, connement. Câest la vie.
Mais câest trop court. Oui ça a lâair bien comme ça sur le papier, mais voilĂ câest trop court. DĂ©solĂ©e madame Couette, au risque de me rĂ©pĂ©ter, je reste sur mon idĂ©e, les nouvelles câest peut-ĂȘtre bien mais câest trop court. Jâai pas le temps de mâattacher avec mon cĆur dessĂ©chĂ© et ma distance terre lune. Et moi pour aimer une histoire jâai besoin dâaimer les gens qui sont dedans, mĂȘme si câest des gros enc**** ou des pauvres types, oui parce que je veux pas dire aimer dâamour forcĂ©ment, mais il me faut un peu de temps pour mâintĂ©resser Ă leur sort tout simplement.
Dans la vraie vie câest pareil, il me faut du temps pour aimer les gens, parce que sinon, Ă la base, je mâen fous complĂštement et leur sort mâindiffĂšre. WTF. Câest pas sympa mais câest comme ça. En lisant ça on est en droit de se poser une question : beaucoup de temps pour aimer est-ce que ça veut dire que je ne crois pas au coup de foudre ? Bonne question. Mais est-ce que le coup de foudre câest aimer ? Bonne question aussi. Bien entendu je nâen sais rien, mais câest dĂ©jĂ bien de se poser la question.
Allez savoir pourquoi, ça me fait penser Ă un chanson de BĂ©nabar que je nâaime pas spĂ©cialement (dĂ©cidĂ©ment jâaime rien aujourdâhui !) mais dans laquelle il y a une phrase qui me trotte parfois dans la tĂȘte et qui colle bien, je trouve, pour parler des nouvelles : « elle caresse lâidĂ©e » (dâaller Ă la piscine dans la chanson). Ici, eh bien on caresse lâidĂ©e de lire une histoire, mais Ă peine effleurĂ©e, hop câest dĂ©jĂ fini, quel dommage ! Et si on voulait encore des caresses ? Ppfff, life is a bitch jâvous dis ! Donc voilĂ , je crois que profondĂ©ment, câest pour cela que je nâaime pas les nouvelles, ça me transporte directement au club des frustrĂ©s. Yeah ! Pourtant je vais mâaccrocher et essayer encore de caresser lâidĂ©e, ma prochaine lecture sera donc un recueil de nouvelles. Disons que câest lâanti coup de foudre, et peut-ĂȘtre quâon finira par mâavoir Ă lâusure. Et jâaimerais ça je crois, câest si beau lâusure⊠Vous trouvez pas ? Mais si franchement, tout est encore plus beau quand on est conscient de ses incandescences (signĂ©e la grande frustrĂ©e un peu maso sur les bords).
QuatriĂšme de couverture : Les douze nouvelles de ce recueil sont des portraits de dĂ©sespoir rural, des tranches de vie oblitĂ©rĂ©es par la misĂšre, le manque d'Ă©ducation, la drogue. SituĂ©es dans le dĂ©cor sauvage et magnifique des Appalaches, dĂ©jĂ rencontrĂ© dans Le Monde Ă lâendroit et Une terre dâombre, elles Ă©voluent entre lâĂ©poque de la guerre de SĂ©cession et nos jours. Elles dĂ©crivent avec une compassion affligĂ©e et lucide de pathĂ©tiques gestes de survie, une violence quotidienne banalisĂ©e par la pauvretĂ©, des enfants sacrifiĂ©s par leurs parents au culte de la meth ou des actes meurtriers commis sous couvert de bonnes intentions. Elles parlent aussi de vieux mythes et des croyances qui perdurent dans cette contrĂ©e impermĂ©able au progrĂšs et Ă la modernitĂ©. Ă mi-chemin entre le minimalisme de Raymond Carver et le gothique de William Faulkner, Ron Rash Ă©crit une prose d'une noirceur poĂ©tique, laissant par instants entrevoir un Ă©clair d'humanitĂ© mĂȘme chez les ĂȘtres les plus endurcis.
Le chĂąle, Cynthia Ozick
Jâai lu avant celui-ci un livre qui sâappelait le chagrin des vivants dans lequel au bout du compte je nâai trouvĂ© ni vrai chagrin, ni vrais vivants. Tout juste des ombres de personnages peu crĂ©dibles et peu profonds flottant dans un aprĂšs-guerre vaguement constellĂ© de tranchĂ©es et de jambes de bois. De cette lecture jâai dĂ©jĂ presque tout oubliĂ© - reste le titre. PlutĂŽt joli, plutĂŽt percutant, mais tellement peu adaptĂ©. Câest dommage, il faudrait peut-ĂȘtre faire quelque chose avec ce titre. Et si je le donnais Ă ce livre lĂ ? Parce que câest vrai que le chĂąle de Cynthia Ozick est capable de recouvrir pas mal de choses. IndĂ©niablement. Mais le chagrin ? Les vivants ? On pourrait croire que ça colle hein ? Bah zut non en fait,  jâai beau retourner le problĂšme dans ma tĂȘte, je crois que ça ne va pas aller non plus⊠Ah bon ? Quoi mais pourquoi ? Du chagrin on en a pourtant en veux-tu en voilĂ dans ces pages nâest-ce pas ? Une mĂšre dont on tue lâenfant, pensez-vous, si câest pas du chagrin ça, et bien sĂ»r, le camp de concentration nâen parlons mĂȘme pas. Une abomination. ForcĂ©ment du chagrin donc. Et pis des vivants, il y a bien des vivants dans cette histoire non ? Rosa est vivante, Stella est vivante. Oui je sais mais oui mais non. Pour le chagrin dĂ©jà ça va pas, le mot est trop faible, ici on est au-delĂ du chagrin, il nây a pas de mots pour dire oĂč on est dâailleurs, mais cela se situe bien au-delĂ croyez-moi. Inqualifiable, indicible, ça câest des mots, mais est-ce que ça suffit ? Est-ce que ça peut dire tout ce quâil faudrait dire ? Pas sĂ»r. Ensuite, concernant les vivants, ben pareil, on ne va pas pouvoir dire ça, parce que tout simplement on est trĂšs trĂšs au-delĂ du vivant. En effet, ici on nâa pas de vivants mais des survivants. Et le truc, câest quâil ne faut surtout pas croire que survivre câest vivre, ne pas prĂ©sumer que les survivants sont des vivants. MĂȘme rien quâĂ regarder les synonymes on se rend compte que ça va pas, indemne, qui est indemne ici ? miraculĂ© ? quelquâun a vu un miracle ? sain et sauf, tirĂ© dâaffaire ? sans dĂ©conner on nây croit pas cinq minutes. Non dĂ©finitivement, survivre ce nâest plus vivre.
Alors voilĂ , on va garder le titre de Cynthia Ozick et basta. Câest vrai puisquâau final elle ne nous parle ni de chagrin ni de vivants, de quoi peut-elle bien nous parler ? Bonne question. Le chĂąle, un chĂąle⊠Mais oui bien sĂ»r, de mode, elle parle de mode, quoi dâautre ? Le chĂąle, un accessoire fantastique - quasi magique-  qui permet de rester vivant, il rĂ©chauffe bien sĂ»r, il cache et dissimule ce que lâon veut protĂ©ger, il peut mĂȘme nourrir si on le suce Ă la place du sein maternel dessĂ©chĂ©, il dĂ©livre un jus composĂ© de rien si ce nâest de particules dâillusion et dâespĂ©rance. Mais ce chĂąle est aussi un linceul,  une crĂ©ature tentaculaire qui a envahi lâesprit de Rosa la sĂ©parant du monde des vivants sans toutefois lui permettre de rejoindre celui des disparus, il la maintient dans son rĂŽle de survivante, le seul quâon lui concĂšde dans cette sociĂ©tĂ© dĂ©gĂ©nĂ©rĂ©e. D'autres accessoires vestimentaires vont sâen mĂȘler au fil des pages. Survivante. Stella lui offre une robe. RayĂ©e. Des rayures pour une rĂ©chappĂ©e des camps ? Vraiment ? Survivante mais Ă©lĂ©gante. Elle flotte Rosa, elle flotte dans son entre-monde, elle flotte et elle sĂšme des morceaux de tissus comme un tragique Petit Poucet, une culotte par ci, ses bonnes chaussures par lĂ , et puis cette robe rayĂ©e. Survivante. Rosa ne peut pas oublier, câest son drame. Les autres ont dĂ©jĂ oubliĂ©, elle nâest plus quâune survivante. Pas une personne, pas un ĂȘtre humain. Elle est une survivante et elle nâa pas le droit dâĂȘtre autre chose.
Mais heureusement, un beau jour de lessive, par un accroc du chĂąle, un petit yiddish se faufile et vient Ă rencontre de Rosa. Fabricant de bouton câest son mĂ©tier -humour yiddish ça, typique - un bouton pour rĂ©parer le chĂąle. Persky, câest son nom, est un charmant vieux schnock et il est surtout le seul qui voit en Rosa juste une femme, pas une survivante. Il va essayer de la ramener sur le sunny side of the street. Pas facile, mais aprĂšs tout ça se passe Ă Miami et du soleil, yâen a par lĂ -bas alors faudra voir⊠Jâai beaucoup aimĂ© ce vieux polak, jâadore sa façon de parler et il mâa rappelĂ© de bons souvenirs, mais stop ça suffit maintenant, il est temps pour moi de rabattre le chĂąle sur cette histoire.
QuatriĂšme de couverture : Dans un camp de concentration, Rosa cache Magda, son bĂ©bĂ©, dans les plis d'un chĂąle. Mais une jeune fille de quatorze ans, rongĂ©e par le froid, s'empare du chĂąle qui dissimule l'enfant. Alors survient l'innommable: un nazi dĂ©couvre le bĂ©bĂ© et le jette contre les barbelĂ©s Ă©lectrifiĂ©s du camp. Trente ans plus tard, on retrouve Rosa Ă Miami. Sa fureur et sa mĂ©moire sont intactes. Jusqu'au jour oĂč un paquet arrive par la poste. C'est le chĂąle. La sobriĂ©tĂ© de ce rĂ©cit et son souffle font du souvenir de Rosa un hymne Ă l'amour au cĆur de l'enfer. Le chĂąle, qui a gardĂ© â le goĂ»t d'amande et de cannelle de la salive de Magda â, est un rempart contre l'oubli, un appel adressĂ© Ă chacun de nous pour que demeurent vivantes nos mĂ©moires.
Le chagrin des vivants, Anna Hope
Ah lala, la guerre quelle saloperieâŠEh bien non, je ne vais pas dĂ©buter mon billet comme ça, dĂ©solĂ©e, ce livre ne mâa pas fait assez dâeffet, mais alors pas du tout. Je vais plutĂŽt commencer par une question que je me pose Ă son sujet : aurai-je lu le meilleur livre de lâannĂ©e sans mâen rendre compte ? Suis-je passĂ©e Ă cĂŽtĂ© de quelque chose ? Jâai un truc qui cloche ou quoi ? Nan mais vraiment, je mâinterroge parce que je nâai jamais eu autant de succĂšs avec une photo postĂ©e au dĂ©but dâune lecture. Fallait voir ça, ça clignotait comme Ă Las Vegas (yeah baby ^^), jâaime jâaime jâaime et jâaime, Oh my god ! Ăa mâa foutu une de ces pressions, sans dĂ©conner faut pas faire ça, câest mal ! Du coup je me suis concentrĂ©e Ă mort, peur de louper un truc, LE truc vous voyez, ce truc qui donne un coup au cĆur ou ailleurs, mais ce truc qui fait mouche. Jâai lu, je me suis concentrĂ©e, jâai lu, je me suis concentrĂ©e, jâai lu ⊠jâai presque chopĂ© une migraine mais je dois maintenant le dire, je nâai rien vu. Calme plat Ă base de boules de paille qui roulent et traversent les rues dĂ©sertes, ça y est, tout le monde visualise ? Ben non en fait, mĂȘme pas ça, ça colle pas avec le sujet (pour ramener ma science ça sâappelle des virevoltants ces machins, tumbleweed en anglais - je le savais pas de naissance non plus hein, mais jâai fais des recherches une fois pour un autre billet oĂč pour le coup câĂ©tait appropriĂ©). Bref. Je ne mâexplique pas cet emballement gĂ©nĂ©ral, ou alors si, je vois bien une explication mais je suis un peu gĂȘnĂ©e de vous la donner, ça fait un peu frime quoi. Bon tant pis, je balance : lâexplication serait mon talent de photographe. Eh ouais, je vous avais prĂ©venu, câest pas la modestie qui mâĂ©touffe, mais en fait je pense que câest la photo qui a tapĂ© dans lâĆil des gens, câest forcĂ©ment ça, pas le livre qui est dessus, nan, la photo, sa composition, sa lumiĂšre, ses couleurs, lâĂ©motion qui sâen dĂ©gage (lâodeur du cafĂ© dans la tasse ?)⊠Mouah ah ah ! Comme jâme la pĂšte.
Bon allez stop, ça suffit, trĂȘve de plaisanterie, jâarrĂȘte de meubler et je dis ce que je pense. Je pense que ce livre est plutĂŽt gentillet, je pense que câest une jolie petite bleuette sur fond de premiĂšre guerre mondiale, je pense que ça reste assez superficiel et que contrairement Ă ce que jâai pu lire ci et lĂ , ça ne fait pas mal lĂ oĂč il faudrait, au final je pense que le roman sâadresse Ă un type de public dont je ne fais pas partie, tout simplement. Mais a contrario, je pense aussi que câest plutĂŽt bien construit (un peu scolaire peut-ĂȘtre mais qui suis-je pour dire ça ?), câest trĂšs fluide et on arrive au bout sans trop dâeffort (sauf bien sĂ»r si on se concentre pour chercher un truc qui nâexiste pas hein !), et enfin je pense quâon a fait beaucoup de bruit pour pas grand chose Ă ce sujet mais quâil en faut pour tous les goĂ»ts.
Par contre, ça mâa furieusement donnĂ© envie de relire Le chemin des Ăąmes de Joseph Boyden, un vrai livre du type âla guerre, cette saloperieâ pour le coup, beau Ă pleurer, qui nous plonge le nez dans la boue sanguinolente des tranchĂ©es, nous fait sentir Ă nous rendre malade lâodeur de poudre et de chair brĂ»lĂ©e, nous explose le crĂąne Ă coups de canon, un livre quâon referme juste pour courir regarder Dead Man et se laisser dĂ©river dans un canoĂ« flottant sur les eaux hallucinĂ©es de lâentre vie et mortâŠ
Bon ben voilĂ , je nâai pas de chagrin pour les vivants mais ce nâest pas de leur faute, câest juste que, moi, jâaime ĂȘtre empoignĂ©e un peu plus fort que ça.
QuatriĂšme de couverture : Durant les premiers jours de novembre 1920, lâAngleterre attend lâarrivĂ©e du Soldat inconnu, rapatriĂ© depuis la France pour une cĂ©rĂ©monie dâhommage. Ă Londres, trois femmes vivent ces journĂ©es Ă leur maniĂšre. Evelyn, dont le fiancĂ© a Ă©tĂ© tuĂ© et qui travaille au bureau des pensions de lâarmĂ©e ; Ada, qui ne cesse dâapercevoir son fils pourtant tombĂ© au front ; et Hettie, qui accompagne tous les soirs d'anciens soldats sur la piste du Hammersmith Palais pour six pence la danse. Dans une ville peuplĂ©e dâhommes mutiques, rongĂ©s par les horreurs vĂ©cues, ces femmes cherchent lâĂ©quilibre entre la mĂ©moire et la vie. Et lorsque les langues se dĂ©lient, les cĆurs sâapaisent.
Seules les bĂȘtes, Colin Niel
Alors ce livre, ça dĂ©pend dans quel sens tu lâattrapes. Tu le prends par derriĂšre, ça fait tilt, avec moi c'est sĂ»r c'est assez simple, rien que de voir le mot âcausseâ, je fonce. Jâaime bien aussi le ciel qui Ă©crase les vivants, la montagne sauvage, les naufragĂ©s de la solitude et la misĂšre dans le cĆur de lâhomme. De la perspective hein ! AprĂšs, tu le retournes et tu le prends par devant, ben lĂ , châsais pas, ça donne tout de suite moins envie, une vraie couverture WTF. Câest quoi cet espĂšce de minot sapĂ© pour le 14 juillet ? Et puis franchement, ça ne colle pas du tout avec le titre⊠Mais bon, tant pis, maintenant que jâai le livre, jây vais, et puis zut, WTF.
De toutes maniĂšres jâai dit derniĂšrement que jâavais envie dâavoir les godasses solidement plantĂ©es dans la terre, quitte Ă surfer sur de la bouse, alors jâallais certainement pas me dĂ©biner pour un si futile prĂ©texte face Ă ce troupeau dâAubrac qui mâattendait lĂ -bas, quelque part sur le plateau. A propos de plateau, câest justement parce que jâespĂ©rais retrouver dans ce roman lâambiance qui mâavait ensorcelĂ©e dans ceux de Franck Bouysse, Grossir le ciel ou Plateau, que jâai entrepris cette lecture. Je voulais du rural, du bouseux, du crottin, du taiseux, du paumĂ© et aussi, je voulais du noir, du bon vieux noir caca dâoie, et une bonne dose encore sâil vous plaĂźt ! Du coup, puisque jâen parle, je balance tout de suite : jâai pas Ă©tĂ© servie Ă hauteur de mes espĂ©rances et dans le jeu des sept familles si Franck Bouysse est le pĂšre, Colin Niel est le fils, encore un peu jeune. AprĂšs, câest pas que je nâai pas aimĂ© le livre, non pas du tout, yâa du bon, je pose juste quelques petites rĂ©serves. Niveau bouse et crottin, check, servie. Niveau noir et dĂ©sespĂ©rant, check, servie. Et pour ĂȘtre honnĂȘte, il me faut ajouter niveau intrigue et surprise, check, servie.
Ăa se passe dans le genre de coin oĂč on se dĂ©teste depuis des gĂ©nĂ©rations sans plus vraiment savoir pour quelle raison. Le grand pĂšre de lâun a dĂ©tournĂ© un cours dâeau vers sa propriĂ©tĂ© pour abreuver ses bĂȘtes ? Ou alors lâarriĂšre grand-pĂšre de lâautre empiĂ©tait sans vergogne sur la parcelle des voisins ? On ne sait plus trop bien pourquoi donc mais câest la rĂšgle, on peut pas se blairer et aprĂšs-tout, WTF ? De toutes maniĂšres yâa que ça Ă foutre.
Le genre de coin aussi oĂč les hommes sont si seuls quâil faudrait tous les inscrire Ă lâAmour est dans le prĂ©, ils sont si seuls quâils deviennent fous parfois et on les comprend. Enfin dans une certaine mesure, parce que si ta seule issue pour avoir une femme câest dâadopter un cadavre, on entre tout de suite dans une autre dimension de lâamour, jâdis ça, jâdis rien⊠DĂ©sespoir absolu, moi celui qui mâa le plus foutu les boules dans ce bouquin câest le pĂšre Coudat, âUn vieil homme pour qui le mot cĂ©libataire avait un sens tout particulier. Toute sa vie il lâavait dĂ©roulĂ©e seul avec son cheptel bovin et Ă sa mort, il savait quâil nây aurait plus personne pour prendre la suite. Il avait renoncĂ© mĂȘme Ă sâen prĂ©occuper, sa ferme allait partir en morceaux, câĂ©tait inĂ©vitable. CâĂ©tait un vieillard attachant, plein de mĂ©lancolie, qui parfois me parlait de son cĂ©libat, qui mâavait avouĂ© nâavoir connu aucune femme. Jamais je nâoublierai ces paroles poignantes quâun jour il avait prononcĂ©es Ă demi-voix, peu aprĂšs ses quatre-vingt ans. Câest dommage, câest tellement dommage, disait-il. Et enfoncĂ© dans son fauteuil aussi vieux que lui, lui qui toujours avait veillĂ© Ă se prĂ©server, Ă rester digne comme le font les gens dâici, il sâĂ©tait mis Ă pleurer.â Mais bordel, moi aussi je chiale quand je lis ça ! MĂ©lancolie ? Dommage ? Putain les euphĂ©mismes⊠Rester digne, pffff mais bordel câest quoi câte vie ? Quatre-vingt ans ? Je dĂ©faille. Comme dirait Alice chez Lewis Caroll : How long is forever ? Et je rĂ©ponds Ă la place du lapin blanc : Mais câest beaucoup trop long ma jolie, beaucoup trop longâŠ
Bon voilĂ , ça pose le dĂ©cor je pense. AprĂšs ça, yâa plus quâĂ la fermer.
Donc bon oui, câest bien le genre de livre que je pensais trouver. Et mĂȘme quâĂ ce stade ça devient carrĂ©ment ridicule de parler de mes petites rĂ©serves Ă la mords-moi le nĆud, ben ouais quoi, moi aussi je sais rester digne. Yâa des trucs qui me clouent le bec, merci pĂšre Coudat.
QuatriĂšme de couverture : Une femme a disparu. Sa voiture est retrouvĂ©e au dĂ©part dâun sentier de randonnĂ©e qui fait lâascension vers le plateau oĂč survivent quelques fermes habitĂ©es par des hommes seuls. Alors que les gendarmes nâont aucune piste et que lâhiver impose sa loi, plusieurs personnes se savent pourtant liĂ©es Ă cette disparition. Tour Ă tour, elles prennent la parole et chacune a son secret, presque aussi prĂ©cieux que sa propre vie. Et si le chemin qui mĂšne Ă la vĂ©ritĂ© manque autant dâoxygĂšne que les hauteurs du ciel qui ici Ă©crase les vivants, câest que cette histoire a commencĂ© loin, bien loin de cette montagne sauvage oĂč lâon est sĂ©parĂ© de tout, sur un autre continent oĂč les dĂ©sirs dâici battent la chamade.Avec ce roman choral, Colin Niel orchestre un rĂ©cit saisissant dans une campagne oĂč le monde nâarrive que par rĂȘves interposĂ©s. Sur le causse, cette immense Ăźle plate oĂč tiennent quelques naufragĂ©s, il y a bien des endroits oĂč dissimuler une femme, vivante ou morte, et plus dâune misĂšre dans le cĆur des hommes.

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La femme qui attendait, AndreĂŻ Makine
La femme qui attendait, câest moi, ou plutĂŽt, câĂ©tait moi. Parce que jâai pas attendu bien longtemps au final avant de craquer sur ce livre. Jâai Ă©tĂ© tellement emportĂ©e par son Archipel dâune autre vie (oĂč un petit bout de moi est restĂ© prisonnier dans la glace) et que jâavais envie de retrouver AndreĂŻ Makine sans plus tarder. Normalement jâattends un peu entre deux livres du mĂȘme auteur mais parfois câest bien de changer ses habitudes.
Makine, Makine, mais quâest ce que jâaime donc tant chez lui ? Je lâaime parce que câest un prĂȘtre du silence. Je lâaime parce que câest un peintre de lâĂ©phĂ©mĂšre. Je lâaime parce que câest un magicien de la lumiĂšre. VoilĂ , pourquoi je lâaime. Ăa peut sembler excessif tout ça, jâadmets que câest pas trop mon style habituel ce genre de dĂ©clarations mais puisque je sais pourquoi je lâaime, autant le dire, non ? Parfois on ne sait pas pourquoi on aime, lĂ câest plus compliquĂ©, donc pour une fois que câest simple, jâen profite. En fait, Makine a su parler Ă mon âĂąme slaveâ, cette chose mystĂ©rieuse qui peut rester tapie dans lâombre pendant des annĂ©es et resurgir dâun coup pour se rĂ©pandre dans toutes les fibres de lâĂȘtre (voire du nĂ©ant si jamais on a un trou dans son ĂȘtre). Et lâĂąme slave, câest quoi ? Câest ce qui peut te faire pleurer juste en entendant un violon, ce qui fait que tu sais sans lâombre dâun doute que les plus dĂ©sespĂ©rĂ©s sont les chants les plus beaux (et j'en sais d'immortels qui sont de purs sanglots comme le dit si bien Musset qui nâest pas slave mais vraiment romantique ce qui parfois revient au mĂȘme), dans un autre registre câest aussi ce qui fait que tu sais quand tu veux boire beaucoup de vodka que câest bien de manger quelques Ćledzie entre deux verres, ce qui fait quâun de tes rĂȘves ultimes câest de te retirer dans ta petite isba Ă moitiĂ© ensevelie sous la neige avec un samovar plein de thĂ© et une cargaison de livres. Bref, yâa des dĂ©tails qui ne trompent pas ;)
Moi je dis slave parce que je suis demi-polonaise, yâen a dâautres qui parlent dâĂąme russe mais je ne suis pas dâaccord : câest pas parce que la Russie est si grande quâelle a le monopole de lâĂąme. Alors pour ce livre, ok on va dire russe car La femme qui attendait attendait en Russie. A MirnoĂŻĂ©, sur les bords de la mer Blanche plus prĂ©cisĂ©ment. Rien que ce nom, MirnoĂŻĂ©, ça me fait triper, pas vous ? Câest tellement beau, je nâai pas rĂ©ussi Ă savoir si ça existait vraiment ou non, dommage, tant pis, un jour jâirai me perdre (ou attendre moi aussi ? va savoir...) auprĂšs des mers du Grand Nord Russe, pourquoi pas du cĂŽtĂ© des Ăźles SolovskiâŠ
Donc voilĂ , maintenant que les choses sont posĂ©es, parlons peu, mais parlons bien. Moi aussi jâai envie de me plonger dans la lente transfusion des froissements et des silences, moi aussi je veux entendre la glace se rompre avec une sonoritĂ© de clavecin et son Ă©cho se fondre dans la luminositĂ© de lâair en se mĂȘlant Ă la plainte rĂ©pĂ©tĂ©e dâun loriot, Ă la senteur dâun feu de bois, une odeur dâĂ©corce brĂ»lĂ©e dans la fraĂźcheur amĂšre des joncs et de lâargile humide de la berge ; moi aussi - dans le silence dĂ©cantĂ© de minuit - jâai envie dâentendre se dĂ©tacher un bruit mat, le claquement dâune porte au loin (une porte, sa porte, ta porteâŠ), je veux voir comment la lune embusquĂ©e sous un bleu laiteux fige les maisons et les arbres dans un guet soupçonneux, phosphorescentâŠ(rhùùù oui je veux je veux je veux !!)
ChuUuut maintenant il faut parler tout bas⊠Ăa y est ? Vous y ĂȘtes ? Moi jây suis tellement que je nâen reviens pas⊠âLa beautĂ© de cet instant allait tout simplement devenir notre vieâ ⊠putain mais câest Ă quel moment que je me mets Ă chialer ? Mais lĂ , maintenant, tout de suite, pourquoi attendre, Makine mâa tuĂ©. Ce mec est celui sur terre qui sait le mieux me faire comprendre le sens du mot âdĂ©cantationâ (et ça fait deux fois quâil me fait le coup, comment on se remet de ça ? Ben câest simple, on ne sâen remet pas.)
Donc dans ce livre, il y a tout ça, cette immersion profonde et totale dans ces paysage, dans cette nuit tiĂšde, ce rĂ©pit avant le dĂ©ferlement de lâhiver. Il y a tout ça (et câest dĂ©jĂ beaucoup) et il y a aussi VĂ©ra. Alors lĂ , comment dire ? Jâai adorĂ© le personnage de cette femme qui attend, elle a percutĂ© un truc quelque part, VĂ©ra câest moi. Je connais dĂ©jĂ le sens du mot attendre, je peux mĂȘme dire que je sais apprĂ©cier le charme douloureux de lâattente, jâaime quand ce nâest pas facile Ă aimer, câest mystique, irrationnel, ça respire la fatalitĂ© et la nostalgie, la dĂ©mesure et l'abattement. On nâa pas le choix parfois, il faut ĂȘtre jusqu'au-boutiste dans son entĂȘtement ⊠et advienne que pourra ! Attendre ça vient dâun mot latin qui veut dire âprĂȘter attentionâ et je trouve que câest trĂšs juste, quand on attend finalement on a le temps de prĂȘter attention Ă tout un tas de petites choses qui passeraient inaperçues autrement et qui finalement sont peut-ĂȘtre les plus essentielles (les frĂŽlements, les craquements, les petites lueurs, les odeurs diffuses, toutes ces petites Ă©manations de la vieâŠ)
...Nan mais quelle poĂšte je suis hein !?! SĂ©rieux, je mâĂ©pate, mais câest parce que dans le fond, je reste persuadĂ©e dâun truc : câest la nuit quâil est beau de croire Ă la lumiĂšre. Câest pas Makine qui le dit mais Edmond Rostand et ça ne change rien, ce que jâaime câest ce concept dâespoir dans le dĂ©sespoir, lâespoir que lâattente ne sera pas vaine. D'ailleurs il vaut mieux se dire ça, parce que sinon, bah sinon... c'est vraiment les grosses boules.
Je resterai donc encore la femme qui attend.
QuatriĂšme de couverture : VĂ©ra est l'un de ces ĂȘtres que DostoĂŻevski appelait «hĂ©ros de l'extrĂȘme frontiĂšre». EngagĂ©s Ă corps perdu dans leur quĂȘte spirituelle ou amoureuse, ils se dĂ©battent Ă la limite de la folie mais aussi de la vĂ©ritĂ© souveraine. Celle, charnelle et cosmique, qui exprime le dense mystĂšre de leur vie, si humble d'apparence.La folie de VĂ©ra est d'attendre l'homme qu'elle aime, de refuser l'oubli, d'arracher Ă la solitude les Ăąmes abandonnĂ©es par ceux qui prĂ©fĂšrent oublier. Mais surtout de garder l'espĂ©rance. MalgrĂ© tout.De la rencontre avec cette hĂ©roĂŻne de «l'extrĂȘme frontiĂšre», nous sortirons transfigurĂ©s, illuminĂ©s par l'intensitĂ© de son amour, de sa foi.
Les Malaquias, Andréa Del Fuego
Il y a un an, il y a un siĂšcle, il y a une Ă©ternitĂ©, quand jâĂ©tais gamine, câĂ©tait lâĂ©tĂ© indien et avec mes parents on allait au Lac de Sainte Croix sur le Verdon. LĂ , on pouvait se baigner, on louait un pĂ©dalo, bref ce genre de trucs quâon faisait en vacances, mais moi jâĂ©tais obsĂ©dĂ©e par une chose : le village des Salles-sur-Verdon qui avait Ă©tĂ© englouti sous les eaux Ă la crĂ©ation du lac dans les annĂ©es 70 (Ă lâĂ©poque câĂ©tait tout frais, eh ouais châsuis plus toute jeune). Mes parents mâavaient racontĂ© lâhistoire et ça me trottait tellement dans la tĂȘte que jâavais grave les chocottes dâaller dans lâeau, et mĂȘme quand on avait un pĂ©dalo avec toboggan câĂ©tait no way pour que je mây risque. Je pensais Ă toutes ces maisons lĂ -dessous avec peut-ĂȘtre des gens dedans - mĂȘme si on me disait que non bien sĂ»r, tout le monde avait Ă©tĂ© Ă©vacuĂ©, mĂȘme les morts avaient Ă©tĂ© transfĂ©rĂ©s dans un nouveau cimetiĂšre⊠mouais, Ă dâautres. Dans le mĂȘme esprit, lorsque je suis venue mâinstaller dans lâHĂ©rault il y a un an, un siĂšcle, une Ă©ternitĂ©, câĂ©tait lâĂ©tĂ© indien aussi, jâai dĂ©couvert le Lac du Salagou, un de mes endroits prĂ©fĂ©rĂ©s dans le coin, un lac de retenue comme celui de Sainte-Croix, et un lac avec aussi son village fantĂŽme. Sauf que lui, il nâest pas englouti, non, le village de Celles a Ă©tĂ© expropriĂ© lors de la mise en eau du barrage Ă la fin des annĂ©es 60 car Ă terme il devait ĂȘtre englouti, mais ce nâest jamais arrivĂ©. Depuis il est dĂ©sertĂ©, abandonnĂ©, Ă moitiĂ© en ruine, et jâadore mây promener, câest un peu mon petit PompĂ©i local sauvĂ© des eaux (oui je suis fascinĂ©e aussi par ces villages recouverts des cendres du VĂ©suve, englouti, enseveli, mĂȘme combatâŠ).
Ăa fait bien longtemps donc que jâai un faible pour lâĂ©tĂ© indien et un attrait irrationnel pour les mondes engloutis. Qui a-t-il sous la surface des choses ? Câest entre autres pour ça que jâai voulu Ă©tudier lâarchĂ©ologie (pareil, il y a un an, un siĂšcle, une Ă©ternitĂ©âŠ) mais ça câest une autre histoire.
Oui parce que bon, câest bien joli tout ça, mais quel rapport avec les Malaquias ? Câest vrai quoi, je suis lĂ Ă blablater sur ma vie, alors quâon ne mâa rien demandĂ©. Mais jây viens, pas dâimpatience.
Jâai racontĂ© tout ça parce que câest une chose qui mâa tout de suite parlĂ© dans ce livre, cette histoire dâengloutissement de village, de dissolution trouble du passĂ©. Ici aussi il y a quelque chose dans les couches du dessous et il y a une grande puissance dâĂ©vocation dans lâĂ©criture dâAndrĂ©a Del Fuego⊠âAndrĂ©a Du Feuâ, un nom quâon pourrait croire mystico-prĂ©destinĂ© pour Ă©crire sur la noyade, vous ne trouvez pas ? Moi je trouve que ça annonce tout de suite la couleur, on sait quâon va rentrer dans une histoire spĂ©ciale et on se doute (en tout cas on devrait le faire) quâil va falloir mettre de cĂŽtĂ© sa rationalitĂ© avant de sâengager sur le chemin de la Serra Morena. Vous avez compris ? Prenez une dose de champi ou croquez le ver du mezcal parce quâil va vous falloir un open mind pour apprĂ©cier cette lecture et vous mettre Ă croire aux miracles.
Dâailleurs justement, jâavoue que jâai eu un peu peur au dĂ©but car depuis quelques temps - et de plus en plus - jâaime avoir mes deux pieds fermement plantĂ©s sur la terre, voire aspirĂ©s par la boue pour ĂȘtre sĂ»re de ne pas dĂ©coller. Je mâen tiens Ă la cruditĂ© du rĂ©el, j'essaie dâĂ©viter les Ă©chappĂ©es oniriques parce que tout simplement en ce moment jâai besoin de tenir mon esprit en laisse. Nâimporte comment, les rĂ©solutions les principes les prĂ©jugĂ©s les âje pensais queâ les âcâest pas pour moiâ, tout ça, parfois, on prend un grand pied Ă passer outre et on se retrouve embarquĂ© mine de rien dans un truc complĂštement Ă©sotĂ©rique sans mĂȘme avoir le temps de protester pour la forme. Alors oui c'est vrai, normalement, je nâaurai pas dĂ» trop aimer ce livre, vade retro satanas, mais au final, va savoir pourquoi, jâai pas rĂ©ussi Ă le poser avant dâen avoir fini. Peut-ĂȘtre Ă cause justement de cette histoire dâengloutissement (ennoiement, jâadore ce mot), qui sait ? Beaucoup aussi sans doute grĂące au cĂŽtĂ© trĂšs visuel de lâĂ©criture qui parvient Ă faire voyager assez loin mĂȘme les personnes qui tentent de sâaccrocher au quai avec des amarres en titane. âAvant le lever du jour, lâeau avait modifiĂ© le toucher des chosesâ.
Alors voilĂ , avec les Malaquias (supra biblique ce nom dâailleurs, comme si câĂ©tait pas dĂ©jĂ assez vaudou par ailleurs, on nous rajoute un pâtit coup de prophĂšte pour bien nous rappeler que les pĂ©chĂ©s seront fatalement punis un jour - eh ouais bande de nains, vous pensiez vous en tirer comme ça ?), les Malaquias donc (ça y est je mâĂ©gare) sont lĂ pour nous rappeler que plusieurs mondes peuvent exister en parallĂšle, que le temps nâest pas une ligne droite et que les frontiĂšres sont parfois poreuses entre tous ces concepts philosophico-scientifiques - mĂȘme que d'ailleurs, au final, câest pas plus mal.
Ă propos de final, jâai vraiment beaucoup aimĂ© la fin du roman oĂč aprĂšs cette grande ascension/descente/dissolution/Ă©vaporation on retombe (je trouve) dans quelque chose de bien rĂ©el et auquel je crois dur comme fer, Ă savoir la bitchitude de la vie. âEn eau trouble, les substances ne se voient pasâ, avec cette derniĂšre scĂšne me voilĂ comme un poisson dans lâeau, dans mon Ă©lĂ©ment, les rendez-vous manquĂ©s, les malĂ©dictions, les âĂ deux secondes prĂšsâ, les coups du destin, jâai frĂ©mi de voir ces Malaquias pourtant si prĂšs du but, si proches, Ă deux doigts de se toucher, se perdre pour de bon juste comme ça, juste parce que câest le hasard, juste parce que câest la vie. Merveilleux.
Bon cette fois je dois vraiment vous laisser, jâai mon tibia qui me dĂ©mange, il faut que je trouve quel fantĂŽme sâamuse Ă me torturer de la sorte afin de mâen libĂ©rer en lâattirant dans une grotte Ă double fond⊠Adeus meus amigos e cuidar de vocĂȘâŠ
QuatriĂšme de couverture : Nuit d'orage dans la Serra Morena - la « montagne impraticable » du BrĂ©sil. La foudre s'abat sur une maison, ne laissant aucune chance au couple endormi. Leurs trois enfants, en revanche, survivent. L'aĂźnĂ© est embauchĂ© dans l'exploitation de cafĂ© voisine. La fille est adoptĂ©e par une riche Arabe de Rio de Janeiro. Pour le benjamin, les difficultĂ©s ne font que commencer : se rĂ©vĂ©lant atteint de nanisme, il ne quittera jamais l'orphelinat tenu par des religieuses françaises. Une fois adulte, la fratrie va chercher Ă se retrouver. Leurs vies se construisent, se croisent et se chevauchent, bousculĂ©es par l'Ă©volution du pays. Dans la Serra Morena, morts et vivants cheminent ensemble, magie et rĂ©alitĂ© composent l'une avec l'autre. Un roman profondĂ©ment humain et poĂ©tique, laurĂ©at du prix JosĂ© Saramago. « Une prose parmi les plus excitantes. » Express«Avec ce premier roman, la littĂ©rature brĂ©silienne contemporaine prouve qu'elle peut ĂȘtre extraordinairement ÂanimĂ©e, magistralement Ă©crite et parmi les meilleures au monde. Un livre pĂ©tillant et plein de vitalitĂ©. » Neue ZĂŒrcher Zeitung
La succession, Jean-Paul Dubois
HĂ©rĂ©ditĂ©, succession. Rien que de les lire, voici des mots qui pĂšsent sur les Ă©paules, qui plombent l'ambiance direct, mĂȘme l'air devient matiĂšre et se bloque quelque part au niveau de la gorge. Vous voyez ce que je veux dire ? Moi je vois trĂšs bien. Bon aprĂšs c'est sĂ»r, ça dĂ©pend dans quels chaussons il va falloir rentrer, yâen a pour qui c'est nettement plus facile⊠Pour les autres⊠ben pour les autres⊠Une question : pourquoi on ne peut pas tout simplement naĂźtre les mains dans les poches, voyager Ă vide et s'envoler lĂ©ger, pareil, les mains dans les poches et fingers in the nose ? Ben parce que. VoilĂ , dĂ©solĂ©e, je n'ai pas de meilleure rĂ©ponse en rayon, va falloir faire avec. S'envoler d'ailleurs c'est de circonstance Ă propos de ce livre dans lequel nous assistons - impuissants - Ă plusieurs dĂ©collages, avec ou sans scotch. Ce mot pouvant ĂȘtre compris de diffĂ©rentes maniĂšres je vais laisser chacun choisir son camp entre la boisson ambrĂ©e ou le ruban adhĂ©sif (moi j'ai choisi, de toutes maniĂšres je prĂ©fĂšre la patafix, si possible dans sa version blanche, ça laisse les murs propres).
Paul Katrakilis (le type dans le livre) est super bien servi niveau hĂ©rĂ©ditĂ©, au poker il pourrait tenter le carrĂ© d'as voire la quinte royale - et sans bluffer en plus. Comme quoi, mĂȘme avec de supers cartes en main on n'a pas l'assurance de gagner. Ou alors ça laisse songeur en ce qui concerne le lot. N'importe comment Paul ne joue pas au poker mais Ă la cesta punta. Ouais c'est bon, baissez-moi ces sourcils interrogateurs, moi non plus je n'avais jamais entendu ce nom avant (ĂŽ inculte que je suis). Ăa a Ă voir avec la pelote basque (et tout le monde sait que les basques parlent bizarrement hein ^^). Mais pas de panique, mĂȘme si on n'est pas spĂ©cialiste, on arrive Ă suivre, c'est technique juste ce qu'il faut pour donner envie de s'intĂ©resser au sujet. D'ailleurs un jour j'irai au Pays Basque - plusieurs jours mĂȘme j'espĂšre - et j'irai voir de quoi il retourne. Bref on s'en fiche, ce n'est pas le sujet. Ce Paul donc, au lieu de jouer au poker oĂč il aurait pu gagner (ou pas, en mĂȘme temps life is a bitch ne l'oublions pas) essaye de rompre avec l'hĂ©rĂ©ditĂ© en se dĂ©fonçant avec un gant en osier dans un jaĂŻ-alaĂŻ (allez jeter un Ćil sur wiki pour visualiser le truc, ça aide). Et pendant un moment, ça marche. Pendant quatre ans il parvient Ă tromper l'ennemi et Ă vivre une vie de son choix. Pas forcĂ©ment de rĂȘve, mais de son choix, ce qui est le plus important au final. Quatre ans. Eh oui, c'est court (mais en mĂȘme temps c'est mieux que rien non, j'ai envie de dire avec cet indĂ©crottable optimisme qui me caractĂ©rise). Et aprĂšs ? Ben aprĂšs il est rattrapĂ© par la patrouille⊠Vous vous imaginiez quoi ? HĂ©rĂ©ditĂ© et succession, on y revient toujours.
Donc voilĂ , la succession, c'est du lourd. Mais on Ă©tait prĂ©venu, il suffisait de lire le titre. Ce n'est pas une raison cependant pour s'arrĂȘter au titre, vous pouvez lire le livre quand mĂȘme, car Jean-Paul Dubois a beaucoup d'Ă©lĂ©gance dans son spleen et un cynisme Ă la hauteur de l'existentielle question de la vie. Belle construction dans la dĂ©construction en plus, force est de le reconnaĂźtre, j'ai bien fait de miser et maintenant je vous laisse, les jeux sont faits... (promis la prochaine fois j'utilise des termes de pelote basque mais faut d'abord que j'aille y faire un tour)
QuatriĂšme de couverture : Paul Katrakilis vit Ă Miami depuis quelques annĂ©es. Jamais il nâa connu un tel bonheur. Pourtant, il se sent toujours inadaptĂ© au monde. MĂȘme la cesta punta, ce sport dont la beautĂ© le transporte et quâil pratique en professionnel, ne parvient plus Ă chasser le poids qui pĂšse sur ses Ă©paules. Quand le consulat de France lâappelle pour lui annoncer la mort de son pĂšre, il se dĂ©cide enfin Ă affronter le souvenir dâune famille quâil a tentĂ© en vain de laisser derriĂšre lui. Car les Katrakilis nâont rien de banal: le grand-pĂšre, Spyridon, mĂ©decin de Staline, a fui autrefois lâURSS avec dans ses bagages une lamelle du cerveau du dictateur; le pĂšre, Adrian, mĂ©decin lui aussi, est un homme Ă©trange, apparemment insensible; la mĂšre, Anna, et son propre frĂšre ont vĂ©cu comme mari et femme dans la grande maison commune. Câest toute une dynastie qui semble, dâune maniĂšre ou dâune autre, vouĂ©e passionnĂ©ment Ă sa propre extinction. Paul doit maintenant rentrer en France pour vider la demeure. Lorsquâil tombe sur deux carnets noirs tenus secrĂštement par son pĂšre, il comprend enfin quel sens donner Ă son hĂ©ritage. Avec La Succession, Jean-Paul Dubois nous livre une histoire dĂ©chirante oĂč lâĂ©vocation nostalgique du bonheur se mĂȘle Ă la tristesse de la perte. On y retrouve intacts son Ă©lĂ©gance, son goĂ»t pour lâabsurde et quelques-unes de ses obsessions.
Les Ă©toiles sâĂ©teignent Ă lâaube, Richard Wagamese
« Dis papa, comment on fait pour devenir indien ?» Avec ses racines indiennes et son sang mĂȘlĂ©, le jeune Franklin serait en droit de poser cette question Ă son pĂšre. Sauf que, pas de bol, son pĂšre aussi a le sang mĂȘlĂ©, 90% gnĂŽle et 10% globules rouges. Ăa ne lui laisse pas beaucoup de marges de manĆuvres pour donner des leçons. Et puis des leçons de quoi dâabord ? Avec la vie foireuse quâil a eu pratiquement de A jusquâĂ Z, on ne voit pas trop ce quâil pourrait apprendre Ă son fils (mĂȘme si je pense quâil y a toujours quelque chose Ă apprendre, y compris des vies dĂ©sespĂ©rĂ©ment foireuses, câest ce que nous allons dĂ©couvrir avec Eldon)âŠ
Quoi quâil en soit, Franklin ne va pas se laisser dĂ©monter,  il a lâhabitude de regarder la rĂ©alitĂ© en face et, le monde Ă©tant ce quâil est (Ă savoir complĂštement Ă lâenvers dans cette histoire), il fait ce quâil a Ă faire et câest lui qui va donner des leçons Ă son pĂšre. Mais attention hein ! pas des leçons du genre donneur de leçons, pas des leçons de morale façon petit con qui connait tout de la vie et qui se la ramĂšne. Non absolument pas. Ainsi, dans ce monde Ă lâenvers, câest le fils qui va apprendre au pĂšre - pas seulement Ă devenir un indien - mais Ă devenir un homme aussi. Eh ouais, rien que ça...
Comment est-ce possible ? On peut se le demander parce que Franklin aussi a des manques, des failles (on peut mĂȘme dire des crevasses tellement câest profond parfois) sauf que lui, au lieu de chercher Ă les remplir avec de lâalcool (ceux qui ont essayĂ© savent bien que lâalcool sâĂ©chappe toujours par les fissures et quâon se retrouve tout aussi vide Ă la fin), il colmate les brĂšches avec les symphonies du vent sur les crĂȘtes, les cris stridents des faucons et des aigles, les grognements des grizzlis, les hurlements des loups et la lumiĂšre impassible de la lune. Et vous savez quoi ? On dirait bien que ça marche. LuciditĂ© et sagesse, Ă©coute et respect de la nature, Franklin est une vieille Ăąme dans un corps adolescent, et il va finir par comprendre quâen rĂ©alitĂ©, un pĂšre, il en a eu un, et le meilleur possible.
Seulement la route est longue pour comprendre et accepter cela. Longue et douloureuse. Le pĂšre et le fils sâenfoncent vers lâOuest, en direction dâune montagne sur laquelle on enterrait jadis les guerriers indiens. Assis. VoilĂ qui va ĂȘtre difficile pour Eldon qui ne tient mĂȘme plus en selle sauf attachĂ© avec une corde mais Franklin est lĂ et il saura porter son pĂšre vers une mort digne. Au fur et Ă mesure de leur lente chevauchĂ©e les deux hommes apprendront Ă se connaĂźtre. Eldon aura la chance dâavoir un fils qui lui apprendra Ă se tenir debout avant de mourir, il va pouvoir cesser de fuir et, en Ă©change, il lui offrira son histoire, ce quâil nâa jamais racontĂ© Ă personne, ce qui a fait de lui ce quâil est devenu. Bien sĂ»r, cela ne comblera pas les manques et les absences de toute une enfance, mais Franklin sait quâil faut se contenter de ce quâil est possible dâavoir. La vie, câest comme ça, chacun fait ce quâil peut, il faut simplement lâaccepter, ne pas juger et mĂȘme parfois, pardonner.
Oh mais⊠je parle je parle et me voici arrivĂ©e au sommet de la montagne... Câest bientĂŽt la fin, mais avant il faut que je vous dise que ce livre est trĂšs beau (aussi bien dedans que dehors dâailleurs) et si vous vous demandez ce que câest que dâĂȘtre un pĂšre, que dâĂȘtre un fils, que dâĂȘtre un homme voire un mec bien, si vous aimez les grands espaces et les petits riens qui peuvent faire la beautĂ© dâune journĂ©e (ou dâune vie), eh bien lisez ce livre. Il y aurait encore tellement de choses Ă dire, mais je vais mâarrĂȘter lĂ , parfois il faut juste savoir se taire et attendre en silence la fin de la nuit, les yeux fixĂ©s sur lâhorizon. ...Vous verrez, les Ă©toiles sâĂ©teignent Ă lâaube, et câest bien dans lâordre des choses...
QuatriĂšme de couverture : Lorsque Franklin Starlight, ĂągĂ© de seize ans, est appelĂ© au chevet de son pĂšre Eldon, il dĂ©couvre un homme dĂ©truit par des annĂ©es dâalcoolisme. Eldon sent sa fin proche et demande Ă son fils de lâaccompagner jusquâĂ la montagne pour y ĂȘtre enterrĂ© comme un guerrier. Sâensuit un rude voyage Ă travers lâarriĂšre-pays magnifique et sauvage de la Colombie britannique, mais aussi un saisissant pĂ©riple Ă la rencontre du passĂ© et des origines indiennes des deux hommes. Eldon raconte Ă Frank les moments sombres de sa vie aussi bien que les pĂ©riodes de joie et dâespoir, et lui parle des sacrifices quâil a concĂ©dĂ©s au nom de lâamour. Il fait ainsi dĂ©couvrir Ă son fils un monde que le garçon nâavait jamais vu, une histoire quâil nâavait jamais entendue.
Le vin de la colÚre divine, Kenneth Cook
Dâhabitude, pour les livres de ce genre, je commence mes billets par un truc du style âLa guerre, cette saloperie dont on ne revient jamais, ou pas tout Ă fait⊠blablabla... oĂč on perd toujours quelque chose, sa vie, son Ăąme, sa raison...â Bref vous voyez le topo. Allons, une fois nâest pas coutume, je vais changer (mĂȘme si Ă©videmment je reste totalement dâaccord avec lâidĂ©e sous-jacente : la guerre, câest de la m****).
Cette fois je vais commencer par Kenneth. Câest vrai, qui est ce Kenneth ? Avant ça, je nâavais jamais lu aucun ouvrage de cet australien spĂ©cialiste de la faune de son pays, koala, wombat et autres kangourous ivres. Jâai toujours Ă©tĂ© mĂ©fiante en raison des mots comme âhumourâ ou âloufoquerieâ qui reviennent un peu trop souvent Ă mon goĂ»t lorsquâon Ă©voque ses livres. Ouais parce que moi, jâaime pas ça, je nâai aucun humour et le loufoque me donne la migraine, voilĂ , ça, câest dit ! Donc bon, jâen ai jamais lu... Toutefois, lorsque jâai vu ce petit vin de la colĂšre divine dans la cabane aux livres de lâOrangerie (Ă Strasbourg) et que jâai vu au dos quâil nâĂ©tait nullement question de rigolade mais plutĂŽt dâapocalypse et de cataclysme, je me suis dis âtiens, mais ça, câest mon Kennethâ et hop, jâai embarquĂ© le livre. Dâailleurs ça ne mâa pas froissĂ© de muscle car il est lĂ©ger comme une plume et tellement minus que je savais pouvoir le lire en quelques heures.
Et alors ? Ăa donne quoi ? Alors dĂ©jĂ , cĂŽtĂ© humour, on en trouve quand mĂȘme un chouĂŻa malgrĂ© le sujet mais je dois admettre que câest assez pertinent, Ă©coutez ça pour voir : âJ'ai passĂ© un test d'intelligence avec des questions telles que : âTrois chiens sont montĂ©s sur la colline. Combien de chiens sont montĂ©s sur la colline ?â et âUn homme tient une tasse. Que tient-il ?â Je ne plaisante pas, les questions Ă©taient de cet ordre. On ne vous demande pas d'ĂȘtre trĂšs intelligent pour devenir soldat.â Vous voyez, câest assez drĂŽle. Mais par contre je mâinterroge, est-ce rĂ©ellement de lâhumour ? Bah non justement, je ne crois pas, je crois que câest Ă peu prĂšs comme ça que ça se passe pour entrer dans lâarmĂ©e. Pour ma gouverne, il y a donc humour et humour, je vais devoir mettre de lâeau dans mon vin (jâen vois dĂ©jĂ lĂ bas tout au fond qui poussent de hauts cris mais câest pas moi qui ai inventĂ© cette expression alors hein). Autre chose que jâai bien aimĂ© au niveau de la dĂ©rision dans cette histoire, câest le personnage de Karl, le pacifiste militarisĂ©, je trouve lâexpression vraiment bien choisie et le concept intĂ©ressant, vider son chargeur avant la bataille pour ĂȘtre sĂ»r de ne tuer personne, il fallait y penser. Franchement, ce mec frĂŽle le sublime.
Je vais mâarrĂȘter lĂ , il ne sâagit pas dâĂ©crire un billet plus long que le livre tout de mĂȘme. Pour rĂ©sumer, jâai Ă©tĂ© contente de lire CE Kenneth mĂȘme si lâexpĂ©rience est loin dâĂȘtre inoubliable. Mais au moins jâen ai lu un. AprĂšs, pour lire sur la guerre âcette saloperie blablablaâŠâ jâai dâautres rĂ©fĂ©rences qui placent la barre beaucoup plus haut. Mais nâempĂȘche, la guerre, câest une vraie saletĂ© ;)
QuatriÚme de couverture : Aller combattre le communisme pour sauver le monde : tel est le motif qui conduit un jeune homme de vingt ans à se retrouver au coeur de la jungle du Vietnam. Confronté à la mort, il ne peut se raccrocher qu'aux valeurs chrétiennes et occidentales auxquelles il croit. Mais survivre au crescendo de bombes et de napalm mÚne à accepter les pires atrocités. Et à oublier la « guerre juste », lorsque se répand, dans une vision d'apocalypse, le vin de la colÚre divine.
« Dans une narration à couper le souffle, l'écrivain australien Kenneth Cook fait acte de foi en la littérature, celle qui réveille les consciences. Le vin de la colÚre divine est un cataclysme. »

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AprĂšs la chute, Dennis Lehane
Oulala ! Je crois que je nâai pas lu le mĂȘme livre que celui dĂ©crit en quatriĂšme de couverture, ou alors il faut que je rĂ©vise sĂ©rieusement mes dĂ©finitions dans un bon dictionnaire⊠Jâai un petit problĂšme avec les adjectifs retenus.
DĂ©chirant ? Ah bon ? Haletant ? Ok ça Ă la limite je peux concevoir, ça se lit en quatriĂšme vitesse alors certains vont peut-ĂȘtre tirer la langue. Romantique ? Hein, quoi ? OĂč ça ? SophistiquĂ© ? Mouais, trop peut-ĂȘtre dâailleurs. Mais alors lĂ oĂč je suis vraiment perplexe, câest quand on parle de âgrande finesse psychologiqueâ. Ta ta ta ta ! Permettez-moi de ne pas ĂȘtre dâaccord. Pour finir, âredoutable efficacitĂ©â. Alors redoutable je suis dâaccord, justement câest ce que je redoutais, et efficacitĂ© bizarrement je suis dâaccord aussi. Dans son genre ce livre est efficace. Et câest ça qui est redoutable. Pour moi en tout cas. Lorsque jâai acceptĂ© ce roman dans le cadre dâune opĂ©ration Masse critique Babelio (que je remercie au passage) je craignais - je redoutais - quâil ne me fasse le mĂȘme effet que quelques autres Lehane lus prĂ©cĂ©demment : lâimpression (fort dĂ©sagrĂ©able au demeurant) de lire un scĂ©nario et non un roman. Une machine de guerre destinĂ©e Ă tout pĂ©ter dans les salles obscures. Money money money â«
Et alors vraiment pour la psychologie, faudra repasser ! Câest pas parce que la maman de Rachel Ă©tait une vilaine et quâelle nâa pas connu son papa la pauvre chĂ©rie quâil faut tout de suite sortir les violons de la psychologie. Pas non plus parce quâelle a Ă©tĂ© traumatisĂ©e par son expĂ©rience de reporter sur le terrain Ă force de vouloir jouer la bonne samaritaine, les neuneus dans un monde de brute ça ne suffit pas non plus Ă me donner envie dâaller jusquâĂ parler de psychologie. Parce que vous savez quoi ? Eh bien ça manque cruellement de crĂ©dibilitĂ©. De profondeur aussi. Parfois mĂȘme ça frĂŽle la caricature. Faudra voir ça une fois au cinĂ©ma, le jeu dâacteur va peut-ĂȘtre amĂ©liorer les choses, qui sait... En attendant, bon sang Rachel ! prends sur toi, bois un coup et passe Ă autre chose.
Moi aussi je vais passer Ă autre chose dâailleurs et jâannonce que ceci sera mon dernier Lehane. AprĂšs, je ne dis pas que le livre est mauvais hein, il plaira peut-ĂȘtre aux amateurs du genre (vu son efficacitĂ©) mĂȘme si je pense que tout le monde sera obligĂ© de reconnaĂźtre que lâintrigue est bourrĂ©e de grosses ficelles (des cordages je vous dis !) et par moment vraiment tirĂ©e par les cheveux. Mort aux coĂŻncidences !
PS : un dernier truc, je trouve la couverture de ce livre affreusement laide, j'ai été à deux doigts de mettre un protÚge-cahier pour lire dehors ;)
QuatriĂšme de couverture : Rachel Childs est une ancienne journaliste qui, aprĂšs sâĂȘtre effondrĂ©e devant les camĂ©ras de tĂ©lĂ©vision, vit dĂ©sormais comme une recluse. Pourtant, elle jouissait dâune situation idĂ©ale aux cĂŽtĂ©s dâun mari idĂ©al. JusquâĂ ce quâune rencontre fortuite lors dâune aprĂšs-midi pluvieuse fasse voler en Ă©clats sa vie, son mariage et toutes ses certitudes. RattrapĂ©e par une conjuration de mensonges, de violence et de folie, Rachel devra trouver en elle-mĂȘme des ressources insoupçonnĂ©es. Ă la fois dĂ©chirant, haletant, romantique et sophistiquĂ©, AprĂšs la chute est un roman dâune grande finesse psychologique et dâune redoutable efficacitĂ©. Câest Dennis Lehane Ă son meilleur.
Lâarchipel dâune autre vie, AndreĂŻ Makine
Au moment de la sortie de ce livre, j'ai vu AndreĂŻ Makine Ă la Grande Librairie. D'abord, je me suis dit qu'il ressemblait vraiment Ă un agent secret. Impressionnant. AprĂšs, quand il a commencĂ© Ă parler, j'ai moins fait la maligne. ImpressionnĂ©e. J'ai donc notĂ© le livre dans un coin de ma tĂȘte, et il y est restĂ© bien sagement jusqu'Ă samedi dernier, jour oĂč je suis tombĂ©e dessus lors d'un passage en librairie. Je l'ai feuilletĂ© et lĂ , tout de suite, j'ai su qu'il me fallait le lire : moi aussi j'avais besoin de comprendre comment cesser de simplement exister pour enfin se mettre Ă vivre... Et s'il fallait pour cela partir en quĂȘte d'un archipel perdu je ne sais trop oĂč, eh bien soit, qu'Ă cela ne tienne, je ferai ce qu'il faut. Depuis, vous pensez bien, je me suis documentĂ©e et j'aime autant vous prĂ©venir : ce chemin jusqu'Ă l'archipel, c'est pas vraiment une partie de plaisir, oh que non ! Je sais pas vous, mais moi gĂ©nĂ©ralement, quand je pense Ă un archipel, je mâimagine un truc Ă base d'eau turquoise, de sable blanc et de cocotiers s'agitant doucement sous les alizĂ©s, et lĂ , pas du tout, rien Ă voir, l'archipel en question est fait d'un tout autre bois. Les Ăles Chantar se situent dans la mer d'Okhotsk (essayez de le dire Ă voix haute juste pour voir ^^), au large des cĂŽtes de la SibĂ©rie orientale. Oui, vous avez bien entendu, la SibĂ©riiiiiiie ! Tout de suite ça pose les choses, hein, tout de suite on sait qu'on peut dire adios aux mojitos et aux cocotiers, et qu'on se rapproche plutĂŽt de l'Archipel du Goulag⊠Et on ne pense pas si bien dire. Parce que le Goulag, on est en plein dedans, enfin pour ĂȘtre exacte je devrais plutĂŽt dire on est en plein dehors, puisque ce que nous raconte AndreĂŻ Makine, c'est une histoire d'Ă©vasion. Une fuite et une course poursuite, une traque sans rĂ©pit Ă travers les espaces infinis de la taĂŻga. Poursuivre et partir Ă la suite, la diffĂ©rence est subtile mais vous la verrez (et si vous ĂȘtes comme moi, vous aurez envie de suivre aussi). Je ne vais pas trop en dire car il y a des choses dans cette histoire qu'il est bon de dĂ©couvrir en temps et en heure mais sachez que je vous recommande vivement de prendre votre boussole et de partir sans plus tarder sur les traces de Pavel et Elkan, le voyage est inoubliable. Ah non, en rĂ©alitĂ© vous pouvez laisser la boussole Ă la maison, elle ne vous servira Ă rien : une anomalie magnĂ©tique se plaĂźt Ă brouiller les pistes autour des Chantars, il faudra donc que vous cherchiez cet archipel lĂ oĂč il se trouve : au plus profond de vous⊠VoilĂ , vous avez vu, je suis tombĂ©e sous une tonne de neige euh, non, sous le charme de Makine, il m'a ensorcelĂ© avec son mystĂšre et sa poĂ©sie, sa façon d'explorer la nature et l'homme - la nature de l'homme aussi - et vraiment, il m'a donnĂ© envie de le suivre jusqu'au bout du monde, sous le ciel Ă©toilĂ© et froid de la taĂŻga, les yeux grands ouverts pour essayer de trouver le triangle de feux, cette âconstellation de leur ciel Ă euxâ (mĂȘme que maintenant je rĂȘve moi aussi dâallumer mes trois feuxâŠ) Alors faites moi plaisir, n'attendez pas l'hiver, allez-y ! QuatriĂšme de couverture : Aux confins de lâExtrĂȘme-Orient russe, dans le souffle du Pacifique, sâĂ©tendent des terres qui paraissent Ă©chapper Ă lâHistoireâŠQui est donc ce criminel aux multiples visages, que Pavel Gartsev et ses compagnons doivent capturer Ă travers lâimmensitĂ© de la taĂŻga ?Câest lâaventure de cette longue chasse Ă lâhomme qui nous est contĂ©e dans ce puissant roman dâexploration. Câest aussi un dialogue hors du commun, presque hors du monde, entre le soldat Ă©puisĂ© et la proie mystĂ©rieuse quâil poursuit. Lorsque Pavel connaĂźtra la vĂ©ritable identitĂ© du fugitif, sa vie en sera bouleversĂ©e.