Si je suis difficile en amour, la vérité, c’est surtout que je suis une immense arnaque émotionnelle. Je fais genre je suis prudente, exigeante, rationnelle, alors qu’en réalité je suis un petit cœur d’artichaut. Une fleur bleue avec un détecteur de green flags défectueux et une capacité absolument scandaleuse à m’emballer pour trois messages bien placés.
Il y a un peu plus d’un mois, j’ai matché avec un mec sur Hinge. Sur le papier, tout allait bien. Le type coche les cases, il est gentil, sain, stable, intéressant. Que des green flags. Vraiment, le dossier est propre. Et moi, évidemment, j’ai paniqué. Parce que pourquoi accepter simplement quelque chose de sain quand on peut se créer un labyrinthe émotionnel ? Donc j’ai pris peur. Puis je me suis lassée. Encore. Comme si mon cerveau avait un abonnement premium à l’auto-sabotage.
Et là , évidemment, parce que le timing est un clown, j’ai « rencontré » quelqu’un d’autre. Pas sur une appli de rencontre, non. Ce serait trop logique. Pas quelqu’un qui habite à côté, évidemment. Ce serait trop simple. Non, quelqu’un rencontré par Internet, dans un contexte pas prévu pour ça, avec tous les ingrédients parfaits pour me faire partir en vrille. Et le pire, c’est que ça marche.
Ce type me rend toute chose. Et ça m’énerve. Mais vraiment. J’ai envie de secouer mon propre cerveau pour lui rappeler qu’on a encore un peu de dignité. Sauf que non. Mon cœur, lui, a décidé de redevenir une collégienne. Je guette ses messages. Je souris bêtement. J’ai chaud pour rien. Mon cœur fait des claquettes dès qu’il est là . J’ai envie de lui parler, de relancer la conversation, de voir s’il répond, de décortiquer des détails qui ne veulent probablement rien dire. Bref, ridicule. Pathétique. Très humain, mais ridicule.
Et ça faisait tellement longtemps que je n’avais pas ressenti ça que je crois que ça me prend encore plus fort. On a plein de points communs. Le même genre de centres d’intérêt, des façons de penser qui se répondent, des discussions qui coulent toutes seules. Il y a un feeling, un vrai truc agréable, fluide, naturel. Le genre de truc qui donne envie de dire “oh non” avant même de dire “oh oui”. Parce que soyons honnêtes, je ne le connais pas vraiment. Je connais ce qu’il me montre. Ce qu’il veut bien dire. Sa voix, quelques détails, des conversations, des bouts de lui à travers un écran. Et moi, avec mon petit cerveau beaucoup trop romanesque, je suis probablement en train de monter une saga émotionnelle en trois tomes à partir d’un résumé quatrième de couverture. Donc forcément, je flippe.
Je me demande si je projette. Si je l’idéalise. Si je suis juste en manque de frisson, de tendresse, d’attention, de ce petit truc qui fait battre le cœur et qui donne envie d’exister un peu plus fort. Je me demande si je ne suis pas en train de fuir un mec objectivement bien pour courir après une silhouette floue qui me fait vibrer parce qu’elle reste justement floue. Et je n’ai pas envie de ça. Je n’ai pas envie de m’embarquer dans un crush Internet potentiellement à sens unique, avec un type que je ne verrai peut-être jamais, et pour qui je ne suis peut-être qu’une personne sympa avec qui discuter. Je n’ai pas envie de vivre en mode “il est connecté ? il a répondu ?” comme si j’avais seize ans.
J’espère sincèrement que c’est passager. Que c’est hormonal, que c’est la fatigue, que c’est mon cerveau qui a voulu se faire un petit festival de papillons dans le ventre sans me demander mon accord. Dans deux semaines, j’espère être redevenue normale. Mais là , en attendant, il me plaît. Beaucoup trop. Et moi, comme une idiote, je suis là , à faire semblant de ne pas déjà le savoir.












