Cher ami lecteur, appuie sur play pour lancer le son.
đŠ Un homme prĂ©tend ĂȘtre Batman.
âïž Il me confie un batarang.
đ Dans un bus, je sauve une vie.
đ Et aujourdâhui⊠une femme meurt.
đȘ Elle tenait une piĂšce⊠celle de Double Face.
â Ju⊠je crois que ces objets sont hantĂ©s.
StĂ©phanie avait baissĂ© la voix en jetant un coup dâĆil autour dâelle.
La cafétéria continuait de vivre normalement.
Des gens mangeaient, dâautres regardaient la tĂ©lĂ© au fond de la salle. Je la regardai, sceptique.
â HantĂ©s par le fantĂŽme de Batman ?
â Presque⊠Par un truc qui te fait miroiter Gotham. Un dĂ©mon !
â Jâai envoyĂ© un mail Ă JenSide tout Ă lâheure. Tu vois qui câest ?
â Ouais⊠lâinfluenceuse mĂ©diumâŠ
Mais Steph⊠je pense pas que ça soit hantĂ©. Câest autre chose.
â Ecoute, elle nous le dira. Câest une pointure, c'est la Queen belge du paranormal. En plus, câest son truc dâanalyser les objets. Elle fait souvent ça en live.
â Tu lui as parlĂ© de moi ?
â Sinon elle va croire que tu fais ça pour booster ton YouTubeâŠ
qui compte trois abonnés.
Je repris la piĂšce en main.
Stéphanie me donna immédiatement une tape autoritaire sur le coude.
â Ju, arrĂȘte ça. ArrĂȘte de la manipuler. Mets des gants au moins.
Cette femme est morte Ă cause de cette piĂšce.
Je lĂąchai lâobjet.
Elle avait raison.
â Je voulais juste voir si⊠je voyais encore Gotham dans le reflet.
â Ăa apparaĂźt⊠de temps en temps. Pas tout le temps.
â Et moi je vois rien. Tu trouves ça normale, franchement ?
â Ouais⊠câest bizarre. Je comprends pas pourquoi toi tu vois rien.
â Moi jâai bien une idĂ©e⊠et elle va pas te plaire.
Je levai les yeux vers elle.
â Je parie que ceux qui voient Gotham lĂ -dedansâŠ
sont déjà un peu accrochés par le diable.
Je baissai les yeux vers la brûlure.
â On dirait bien que La BĂȘte tâa dĂ©jĂ "marquĂ©".
â Ju, tâas peut-ĂȘtre pas envie dây croire, maisâ
â On va rĂ©flĂ©chir deux secondes.
â Quand jâavais le batarang sur moi⊠quand jâai sauvĂ© cette fille dans le bus⊠je me sentais diffĂ©rent.
â Normal. TâĂ©tais sous adrĂ©naline.
â Je pensais diffĂ©remment. Jâaurais pu traverser un mur en flammes pour la sauver.
â Tu veux dire que⊠tu nâavais plus une apprĂ©ciation correcte du danger.
Je hochai lentement la tĂȘte.
â Jâaurais agi quoi quâil arrive. Peu importe le prix.
â Et là ⊠je ressens plus ça.
Elle pencha lĂ©gĂšrement la tĂȘte.
â Ok⊠câest intĂ©ressant.
â Parce que ce matin, le mec qui dit ĂȘtre âBatmanâ⊠il mâa semblĂ© diffĂ©rent.
â Il nâavait plus la mĂȘme allure.
Elle réfléchit en parlant.
â Je nâarrivais pas Ă mettre le doigt dessus maisâŠ
ouais, câest ça.
â Il manquait de confiance en lui. Bon il dormait... mais je sais pas l'expliquer autrement... Il n'avait plus son allure "hĂ©roĂŻque".
â Avec le batarang, je me sentais presque⊠invincible. Ăa doit ĂȘtre son pouvoir sur les gens.
â Et la piĂšce, quelle serait son effet ?
Je réfléchis un instant.
â Jâai entendu les gens parler de la femme. Elle Ă©tait au bord du burn-out. Elle nâarrivait plus Ă dĂ©cider.
â Et puis dâun coup⊠elle a changĂ©. Elle tranchait. Sans hĂ©siter.
Je marquai une pause, léger.
â Et elle avait lâair soulagĂ©e aussi, selon eux.
Stéphanie fronça les sourcils.
â Oui c'est ce qu'ils ont dit. Comme si elle nâavait plus besoin de choisir. Comme si quelquâun le faisait pour elle.
â La piĂšce⊠dĂ©cide Ă ta place.
Un bruit attira mon attention.
Au fond de la cafétéria, des gens se levaient.
â Attends⊠il se passe un truc.
Cher ami lecteur, appuie sur play pour lancer le son.
Un des cuisiniers monta le son du téléviseur.
La voix du journaliste couvrit à présent la salle.
â Nous interrompons nos programmes pour un fait divers extrĂȘmement grave survenu ce matin en Belgique.
Un bandeau rouge défilait.
â Un individu sâest introduit dans une crĂšche et a attaquĂ© plusieurs enfants Ă lâarme blanche.
â Les puĂ©ricultrices ont mis plusieurs enfants en sĂ©curitĂ© avant lâarrivĂ©e des secours.
â Les forces de lâordre sont intervenues rapidement. Lâindividu a Ă©tĂ© neutralisĂ© sur place.
â BlessĂ© lors de son interpellation, il a Ă©tĂ© transfĂ©rĂ© sous surveillance policiĂšre vers un hĂŽpital de la rĂ©gion.
Stéphanie se figea en voyant la photo de l'hÎpital.
â ⊠Il vient ici pour les soins.
â Son identitĂ© nâest pas encore confirmĂ©e⊠Mais nos Ă©quipes ont pu obtenir une image de lâindividu lors de son arrĂȘstation.
Stéphanie porta ses mains à sa bouche.
â Si ta thĂ©orie est bonne⊠Il a quel objet sur lui celui-lĂ ?
Je ne quittais pas lâĂ©cran.
Un frisson nous parcoura l'Ă©chine et on finit la phrase en mĂȘme temps.
â La carte du Joker !!!
Stéphanie était encore fébrile.
Ses mains tremblaient légÚrement lorsqu'elle reprit :
â Quand il est arrivĂ© aux urgences, il Ă©tait complĂštement agitĂ©. Il a crachĂ© sur une infirmiĂšre. Il hurlait des trucs incomprĂ©hensibles.
â MĂȘme aprĂšs qu'ils aient fermĂ© la porte, je l'entendais encore. C'est pour te dire comme il gueulait.
â Puis il s'est calmĂ©.
â Presque d'un coup. C'est arrivĂ© quand un policier est revenu avec un sac en plastique contenant ses effets personnels.
â Non. Je n'ai pas rĂ©ussi Ă voir ce qu'il y avait dans le sac.
Elle se mordit la lĂšvre.
â Mais si notre thĂ©orie est bonne... s'il n'avait plus l'objet sur lui... ça expliquerait pourquoi il s'est calmĂ©.
Elle haussa les épaules.
â AprĂšs, ils l'ont anesthĂ©siĂ© pour retirer la balle qu'il a reçue pendant son arrestation. Donc c'est peut-ĂȘtre juste ça.
Un rire nerveux lui échappa.
â Peut-ĂȘtre qu'on est en train de se raconter un Ă©norme dĂ©lire.
Je regardai le plafond quelques secondes.
â On devrait demander conseil au type qui se prenait pour Batman.
â Il est sorti de l'hĂŽpital.
Je fronçai les sourcils.
â Oui je n'ai pas eu le temps de te le dire tantot. Il n'y avait plus aucune raison de le garder. Et son bilan psy est tombĂ©.
â Il ne se prenait pas du tout pour Batman.
â Apparemment il avait sorti ça pour rire dans la vidĂ©o.
â De toute façon, je ne pense pas qu'il nous aurait aidĂ©s.
â C'Ă©tait juste un type normal qui a pris confiance en lui grĂące au batarang.
Son regard croisa le mien.
â Ce n'Ă©tait pas Batman.
â SĂ©rieux... quelle conversation de dingue.
Pour la premiÚre fois depuis le début de cette histoire, Stéphanie semblait complÚtement dépassée.
â La vision de ce clown m'a retournĂ©e.
Elle passa une main dans ses cheveux.
â Mais il faut qu'on vĂ©rifie ce sac.
â Le sac des policiers ?
â Oui. S'il y a vraiment un objet liĂ© au Joker lĂ -dedans, ça nous fera un troisiĂšme artefact Ă montrer Ă JenSide.
Puis son expression changea brusquement.
â Tu as fait ce que je t'ai dit ?
â Dans ton casier. Dans une boĂźte fermĂ©e.
â Je ne comptais pas me balader avec ça sur moi.
Comme si elle retenait sa respiration depuis plusieurs minutes.
Certains de ses collÚgues commençaient à nous regarder bizarrement.
Et honnĂȘtement, je les comprenais.
Si j'avais surpris une conversation parlant de Gotham, d'objets hantés et du Joker dans une cafétéria d'hÎpital, j'aurais probablement changé de table.
Le problÚme était simple.
Je ne travaillais pas ici.
Je ne pouvais pas accéder à certaines zones.
C'était donc Stéphanie qui devait aller voir le sac.
Et l'idée ne l'enchantait pas du tout.
Elle regarda vers le couloir.
â Je suis infirmiĂšre. Pas cambrioleuse.
â Oui, bon. Cambrioleuse... C'est sexy. J'avoue. ça me sĂ©duit bien.
Malgré elle, un sourire passa sur son visage.
Puis il disparut aussitĂŽt.
â Et mĂȘme si je trouve un objet, comment je suis censĂ©e savoir que c'est le bon ?
â Le Joker est un clown.
â Cherche un truc qui ressemble Ă un objet de clown.
â Le problĂšme, c'est qu'il Ă©tait dĂ©guisĂ© en clown.
â Tout son costume peut ĂȘtre suspect.
Nous restĂąmes silencieux quelques secondes.
Et potentiellement efficace.
Je me retrouvai quelques minutes plus tard à l'endroit que Steph m'avait indiqué, mon téléphone à la main.
J'attendais fébrillement son signal.
Mon cĆur battait beaucoup trop vite pour quelqu'un qui allait simplement appuyer sur un bouton.
Pourtant, c'était exactement ce que j'allais faire.
L'alarme hurla immédiatement.
Je m'éloignai aussitÎt.
Autour de moi, les gens se regardaient avec surprise.
Quelques secondes plus tard, le mouvement commença.
Des patients, des visiteurs, du personnel.
Tout le monde se dirigeait vers les sorties.
Surtout ne pas attirer l'attention.
Surtout paraĂźtre normal.
Ce qui devenait compliqué quand on venait de déclencher une fausse alerte incendie.
Je gardai les yeux fixés devant moi.
Ne pas regarder derriĂšre.
J'avais joué mon rÎle.
Maintenant, toute l'opération reposait sur Stéphanie.
C'était tout ce dont elle avait besoin.
Quelques minutes avant que la sécurité ne réalise qu'il s'agissait d'une fausse alerte.
Quelques minutes avant que les policiers ne reviennent.
Quelques minutes avant que tout s'effondre.
à peine arrivé au point de rassemblement, les premiÚres rumeurs circulaient déjà .
â Encore un dĂ©clenchement accidentel.
D'autres étaient beaucoup moins amusés.
Un vieil homme en fauteuil roulant fulminait.
â De mon temps, celui qui faisait ça finissait au poste !
il n'avait peut-ĂȘtre pas tort.
J'espérais juste qu'aucune caméra ne m'avait filmé.
Selon Stéphanie, le risque était faible.
Et StĂ©phanie venait quand mĂȘme de participer Ă un cambriolage improvisĂ©.
Sa notion du risque Ă©tait peut-ĂȘtre devenue discutable.
Je l'attendis à la cafétéria.
Notre point de ralliement.
Je regardais l'entrée toutes les trente secondes.
Mon imagination commença à faire le reste.
Elle s'était fait prendre.
Les policiers l'avaient surprise.
Elle était en train de s'expliquer devant un supérieur.
Elle avait trouvé quelque chose.
Quelque chose qui l'avait mise en danger.
Une silhouette apparut enfin dans l'encadrement de la porte.
Je sentis immédiatement la pression retomber.
C'était tout ce qui comptait.
De loin, elle me fit simplement non de la tĂȘte.
Elle s'assit en face de moi.
â Notre plan a marchĂ©.
â Les policiers ont suivi la procĂ©dure d'Ă©vacuation.
Mon cĆur rata un battement.
Elle sortit son téléphone.
L'écran s'alluma entre nous.
On distinguait clairement un sac en plastique transparent.
MĂȘme Ă travers la vidĂ©o, je la reconnus immĂ©diatement.
C'était bien celle du Joker.
Je sentis un frisson me parcourir.
L'image plongea dans le noir.
On entendait Stéphanie sur l'enregistrement.
Le sac était toujours là .
Mais la carte avait disparu.
â Qu'est-ce qui s'est passĂ© ?
Pour la premiÚre fois depuis que je la connaissais, Stéphanie avait l'air réellement effrayée.
Sa voix n'était plus qu'un murmure.
â J'ai eu l'impression qu'il y avait quelqu'un dans la piĂšce avec moi.
Je repris le téléphone.
Je ne répondis pas tout de suite.
Mes yeux restaient fixés sur l'écran.
Je l'aurais reconnue entre mille.
Retour vers le guide des épisodes