Pourquoi je participe aux Prides ?
La saison des Prides débute !
Bruxelles Ă©tait haute en couleur et accueillante ce weekend de mai.Â
Lille le sera sans doute toute autant dans deux semaines.
Lâhabituel passage par Paris ne me sera pas possible cette annĂ©eâŠ
⊠mais mon chemin fera un petit dĂ©tour par Londres au mois de Juillet pour me rattraper.Â
Je terminerai par lâinoubliable et trĂ©pidante Anvers, mi-AoĂ»t.
Jâai commencĂ© Ă vĂ©ritablement frĂ©quenter les Prides en 2016.
Ăa mâa pris comme une urgence, si jâose dire.
Aussi, ces Ă©vĂ©nements ont pesĂ© assez significativement sur la façon dont je mâassume, en tant que gay, en tant que puppy, et en public⊠ainsi que dans ma vie de couple et dans mon acceptation personnelle, et celle de mes envies. Ces rassemblements ont agit comme un rĂ©vĂ©lateur social et de ma vie sexuelle, avec lâenvie de partager, beaucoup, souvent, avec plein de gens que jâaime, et pas seulement du sexe, mais aussi des moments simples de convivialitĂ©, avec ceux que je considĂšre pour la plupart intelligents, et ouverts Ă lâintrospection. Des gens qui ne rient pas bĂȘtement des choix de vie des uns et des autres, ou de ce qui pourrait se passer derriĂšre la porte de leurs chambres Ă coucher.
Parce quâun jour, on sâest tous un peu dramatiquement posĂ© cette question Ă un moment de notre vie : je suis gay, mais quâest-ce que vont en penser mes parents, ou mes amis ?
Le coming-out est une Ă©tape de la vie quâon apprend Ă relativiser, et en mĂȘme temps, elle force parfois Ă une maturitĂ© prĂ©coce, ou quâon aurait prĂ©fĂ©rĂ© acquĂ©rir autrement.
Je comprends mieux ce communautarisme qui mâagaçait autrefois, celui qui consiste Ă avoir un regard compatissant sur ses pairs, parce quâon sait quâils ont traversĂ© ces Ă©preuves intĂ©rieures, eux aussi.
Non pas que mes amis hĂ©tĂ©ro-vanilles mâexaspĂšrent, mais autant la curiositĂ© saine de certain me semble bienveillante et preuve dâune apprĂ©ciable ouverture dâesprit qui nâest pas donnĂ© Ă tout le monde. Autant le sourire niaiseux de certains autres me gonfle un peu parfois, par le jugement portĂ© quâil sous-entend.
Parce que câest ça aussi, ĂȘtre pĂ©dĂ© aujourdâhui. Câest sâautoriser des vannes graveleuses en soirĂ©e si ça nous chante, au mĂȘme titre que nos potes hĂ©tĂ©ros, quitte Ă choquer⊠aprĂšs tout, puisque certains se plaisent Ă jouer sur le terrain glissant des vidĂ©os YouTube âosĂ©esâ pour nous tester, autant leur donner les rĂ©ponses tant attendues, et tant pis si ça les déçoit.
Sortir du placard, en dĂ©pit de la âbiensĂ©anceâ.
Dâailleurs, câest quoi la âbiensĂ©anceâ ? Câest quoi ĂȘtre ânormalâ ?
Beaucoup aimeraient que lâhomosexualitĂ© reste quelque chose de discret, contenu derriĂšre les rideaux de nos appartements.
Beaucoup aimeraient que nos Prides soient moins bruyantes, et que la chair y soit moins visible.
Beaucoup considĂšrent que ça ne sert plus Ă rien de revendiquer aujourdâhui, aprĂšs 5 annĂ©es dâun mariage-pour-tous passĂ© au forceps, sous les huĂ©es des conservateurs de ce pays.
Dâautres pays nous ont prĂ©cĂ©dĂ©s : les Pays-Bas, la Belgique, lâEspagne, etc.
Dâailleurs, lâEspagne, parlons-en, alors que derriĂšre ces airs progressistes, le simple droit Ă lâavortement a Ă©tĂ© questionnĂ© ces derniĂšres annĂ©es.
Les causes sociĂ©tales sont liĂ©es dans leur globalitĂ©. Dâailleurs certaines diffĂ©rences revendiquĂ©es sur les Prides intĂ©ressent aussi les hĂ©rĂ©rosexuels !
Les conservateurs nous guettent. Rien nâest jamais vĂ©ritablement acquis dans nos pays occidentaux. On le voit encore aujourdâhui, Ă lâaube dâune modification des conditions dâaccĂšs Ă lâavortement aux USA⊠alors quant Ă savoir si la reconnaissance des droits acquis par les homosexuels ne sera pas remise en question demain, bien malin celui qui pourra lire lâavenir.
Il y a forcĂ©ment des signaux qui poussent Ă lâinquiĂ©tude, et Ă rappeler que nous sommes toujours lĂ .
Il ya encore de nombreux pays dans lesquels un travail important reste Ă faire sur les consciences pour que lâhomosexualitĂ© devienne acceptable. Les rĂ©cents Ă©vĂ©nements en TchĂ©tchĂ©nie, par exemple, restent prĂ©occupants.
Puisque nous avons des droits, et puisque la libertĂ© dâexpression nous est offerte ici, autant sâen saisir !
Ă ceux qui pensent que nos Gaypride sont trop bruyantes et trop visibles, et qui voudraient des rassemblement plus conventionnelsâŠ
Ă ceux qui se demandent ce que peuvent bien foutre drag queens, mecs masquĂ©s en cuir ou latex (ou mĂȘme nettement moins vĂȘtus) dans un dĂ©filĂ© supposĂ© reprĂ©sentatif de lâhomosexualitĂ©, et Ă qui certains reprochent dâĂȘtre un peu trop âfollesâ, ou encore de âdonner une mauvaise image de la communautĂ©â...
Jâai envie de dire que si lâaffichage de cette diversitĂ© dĂ©range, si la rĂ©alitĂ© dĂ©range, si ces couleurs et ces modes de vie dĂ©rangent, et bha TANT MIEUX !
Si cette reprĂ©sentation ne leur convient pas, quâils viennent y faire acte de prĂ©sence et afficher leur part de communautĂ©, au lieu de critiquer.
Dâailleurs jâespĂšre que ça dĂ©range vraiment ceux que câest sensĂ© dĂ©ranger, parce que câest prĂ©cisĂ©ment lâobjectif ! Que les choses soient claires : on est pas lĂ pour faire dans la complaisance. On est lĂ pour ĂȘtre nous-mĂȘmes, en dĂ©pit des limites du curseur de la ânormalitĂ©â, sâafficher, se montrer. Objectivement, jâemmerde ceux que ma prĂ©sence dĂ©range alors que je dĂ©file en puppy !
Ă ceux qui trouvent que âça donne une mauvaise image de lâhomosexualitĂ©â, je vous invite Ă rĂ©flĂ©chir Ă lâHistoire, et aux Ă©vĂ©nements qui vous permettent aujourdâhui de vous marier dans votre mairie, et de marcher un temps soit peu sereinement main dans la main, comme nâimporte quel couple dans la rue, sans essuyer des insultes.
Lâambiance dans nos rues lors des dĂ©bats sur le mariage-pour-tous nous aura donnĂ© un arriĂšre-goĂ»t de ce que pouvait ĂȘtre la perception de lâhomosexualitĂ© dans lâespace public il y a quelques dĂ©cennies : la dĂ©complexion des commentaires de certains nâavait dâĂ©gal que leur immaturitĂ© et leur manque de respect⊠y compris pour eux-mĂȘme dâailleurs. JâespĂšre quâils ont honte aujourdâhui.
Câest le souci du consensus qui aura fait traĂźner le dĂ©bat en longueur, et attisĂ© les tensions.
En Angleterre, quelques mois plus tard, en 3 semaines, le dĂ©bat Ă©tait pliĂ©. Pas de vague. Pas de temps consacrĂ© Ă lâexpression de ce conservatisme nausĂ©abond que nous avons subi ici.
Ceux qui se sont bougĂ©s le cul pour nos droits autrefois nâĂ©taient pas consensuels pour un sou.
En bon touriste, on aime le folklore de Greenwich Village quand on a la chance de pouvoir voyager jusquâĂ New York. On passe parfois innocemment devant ce quâĂ©tait le Stonewall Inn autrefois, dans les annĂ©es 1960.
Ă lâĂ©poque, ceux qui frĂ©quentaient cet endroit Ă©taient marginalisĂ©s : des âfollesâ comme disent certains encore aujourdâhui, des gays, des transgenres, des travestis. Ces mĂȘmes âfollesâ qui ont dĂ©fendus leurs droits en se rĂ©voltant, en obligeant la police de New York Ă reculer.
Les forces spĂ©ciales locales nâont mĂȘme pas rĂ©ussi Ă faire face aux jets de pierres des manifestants, de ces âfollesâ et de leurs amis.
Les USA étaient des pionniers de la lutte pour la reconnaissance des droits des homosexuels.
Los Angeles et New York voient dĂ©filer ses âfollesâ depuis 1970 sur ces Gayprides, pour marquer lâanniversaire de ces Ă©meutes du Stonewall Inn.
En 1973, lâhomosexualitĂ© Ă©tait retirĂ©e de la liste des maladies psychiatriques aux USA. Il aura fallu attendre 1992 pour nous en France.
Nous sommes moins faibles que nous en avons lâair.
La communauté a toujours su jouer avec les apparences, en renversant les archétypes.
De la virilitĂ© absolue du leatherman Ă lâimage de ceux de Tom of Finland, Ă la Drag Queen contemporaine de Ru Paul, le message quâil faut retenir nâest jamais que celui dâĂȘtre soi-mĂȘme, dâĂȘtre qui on veut, Ă lâaise dans ses baskets, en dĂ©pit du jugement de lâautre.
Il ne faut pas se fier Ă lâimage colorĂ©e de la Gaypride. Câest une fĂȘte de la diversitĂ©. La bienveillance y est sincĂšre et rĂ©elle, certes. Mais câest aussi le rassemblement de gens dĂ©terminĂ©s, qui sont prĂȘt Ă cracher leur diffĂ©rence Ă la face du monde sâil le faut, pour ĂȘtre acceptĂ©s.
Câest en ceci que les Gayprides semblent parfois nĂ©cessairement excessives et truculentes.
Que font les puppies sur les Gaypride ? Est-ce leur place ? Ăvidemment, plus que jamais, vous lâaurez compris...