Fous
Il y a bien longtemps que je n’ai écris ici, mais depuis hier mon corps entier me fait comprendre qu’il y a des choses qu’il faut extérioriser - j’éclate je rougis je me fendille, sans vraiment savoir pourquoi. J’ai regardé sur internet on m’a parlé de “stress émotif” je crois que c’est ça, je ne crois pas que ce soit purement du stress, mais plutôt un stress causé par une trop grande émotion, il y a des moments comme cela où la vague des sentiments devient tsunami et où, tout bonnement, ça déborde.
Je suis en stage, enfin on peut dire que c’est un travail, bref j’ai ce travail pour peu de temps où je suis en contact avec des situations dures, non pas que je sois en contact physiquement, tout cela est très éloigné, je suis derrière un ordinateur et je fais des tableaux et des cartes à propos de gens qui souffrent, de gens qui n’ont rien, de gens qui détestent le monde et que le monde déteste en retour. Vendredi dernier je suis sortie de derrière mon ordinateur pour passer la nuit face aux gens des rues. J’en ai vu très peu, à peine 4 ou 5. Ce n’était même pas vraiment une rencontre, à peine un croisement, un pas de côté. J’ai cru que je n’arriverai plus jamais à penser à autre chose qu’à la voix si douce de cette femme abandonnée à son sort au sein des urgences hurlantes, en pleine nuit, sa voix si douce, son regard si calme, alors qu’autour d’elle le monde s’affolait, alors qu’elle pouvait s’effondrer à tout moment. C’était un peu comme si elle tentait de se protéger, entourée d’une palissade de calme. Comme si elle économisait ses sentiments.
Je n’y arrive pas moi, à économiser, du haut de ma tour d’ivoire et derrière mon écran. Je bouillonne. J’ai le cœur qui se brise mille fois par jour à la lecture des descriptions de ces morceaux de vies, de ces morceaux de ville qui tue. C’est comme de la poésie, le champ texte libre d’une enquête quantitative, c’est le moment où on peut laisser respirer, dire tout ce qui ne rentre pas dans les autres cases.
Il faut dire que pour ne rien arranger, ce matin à la radio, ils ont mis David Bowie, et rien ne fait plus resurgir les émotions chez moi autant que David Bowie. Rock’n’roll suicide est ma chanson des grandes émotions : des déménagements, des ruptures, des traversées de détroit en bateau, la nuit, des voyages en métro à penser au champ texte libre d’une enquête quantitative.












