Comment finir un match de coupe ?
 Dans son histoire, le championnat dâEurope de football a Ă©tĂ© un formidable champ dâexpĂ©rimentations pour les rencontres qui ne peuvent s'achever sur un rĂ©sultat nul. La premiĂšre finale, URSS-Yougoslavie en 1960, a ainsi Ă©tĂ© conclue par une prolongation.
 Celle de 1968 est Ă©galement allĂ©e jusquâĂ la prolongation, mais comme elle nâa pas dĂ©signĂ© de vainqueur, la rencontre a Ă©tĂ© rejouĂ©e. Elle a Ă©tĂ© remportĂ©e par lâItalie qui, trois jours plus tĂŽt, avait passĂ© sa demi-finale⊠par tirage au sort.
    Des tirs au but au but en or
En 1976 Ă Belgrade, RFA et TchĂ©coslovaquie ne parviennent pas Ă se dĂ©partager en prolongation. Les deux finalistes ont alors recours aux tirs au but, une premiĂšre en finale dâune grande compĂ©tition. Lâoccasion, au passage, de dĂ©couvrir le fameux tir piquĂ© du TchĂ©coslovaque Antonin Panenka qui donne la victoire aux siens.
 Vingt ans plus tard Ă Wembley, les deux mĂȘmes nations ou presque, Allemagne et RĂ©publique tchĂšque, expĂ©rimentent une nouvelle maniĂšre de mettre fin Ă une rencontre sans vainqueur: le but en or. Une faute de main du gardien tchĂšque Petr Kouba, sur un tir dâOliver Bierhoff, donne la victoire Ă lâAllemagne et met soudainement fin au tournoi.
    Lors de lâĂ©dition suivante, lâĂ©quipe de France se fait une spĂ©cialitĂ© de lâexercice. AprĂšs avoir Ă©tĂ© la premiĂšre Ă bĂ©nĂ©ficier du procĂ©dĂ© en Coupe du monde (France-Paraguay, huitiĂšme de finale du Mondial 1998), la sĂ©lection tricolore remporte grĂące Ă lui sa demi-finale face au Portugal, puis le tournoi contre lâItalie.
 Depuis quelques annĂ©es, la pratique des tirs au but sâĂ©tait gĂ©nĂ©ralisĂ©e dans de nombreuses compĂ©titions de football. Mais elle nâavait pas pour autant gagnĂ© en lĂ©gitimitĂ©.
 InaugurĂ©s Ă SĂ©ville Ă lâissue de la traumatique demi-finale entre France et RFA, les TAB ont Ă©tĂ© de plus en plus frĂ©quents en Coupe du monde, dans ses moments de plus en plus dĂ©cisifs: trois quarts de finale en 1986, quatre rencontres dont les deux demi-finales en 1990, trois en 1994 dont la finale.
 Quelle légitimité pour les tirs au but ?
La gĂ©nĂ©ralisation du procĂ©dĂ© commençait Ă poser problĂšme. Lâexercice, bien que particuliĂšrement technique, sort du cadre dâun match Ă proprement parler. Il donne un rĂ©sultat considĂ©rĂ© comme alĂ©atoire, au dĂ©triment de la crĂ©dibilitĂ© des compĂ©titions.
 Entre 1984 et 1991, la Coupe des clubs champions est remise presque une fois sur deux Ă lâissue des tirs au but. Ce fut aussi le cas dans les autres Ă©preuves europĂ©ennes, en Coupe de France et mĂȘme en Coupe Gambardella. Le mot dâordre Ă©tait donc dâen finir avec les tirs au but, ou du moins dâen limiter leur utilisation.
 Le but en or semblait la solution idĂ©ale: la premiĂšre Ă©quipe qui marque un but en prolongation est dĂ©clarĂ©e vainqueur. Quoi de plus simple? LâEuro 1996 en Angleterre sert de laboratoire Ă cette nouvelle rĂšgle, mais celle-ci nâest appliquĂ©e quâune seule fois⊠lors de la finale. Elle nâa pas empĂȘchĂ© quatre rencontres (dont les deux demi-finales) de se jouer aux tirs au but.
 MĂȘme chose lors de la Coupe du monde 1998: un seul but en or pour trois matches conclus par une sĂ©ance de tirs au but. La tendance sâinverse ensuite: deux pour une au cours de lâEuro 2000, trois pour deux en CorĂ©e et au Japon pour la Coupe du Monde 2002.
 Alors que ses promoteurs pouvaient en espérer une incitation à attaquer lors de prolongations souvent crispées et ternes, la peur de la "mort subite" (nom officieux de la méthode) sembla avoir l'effet inverse. Généralement, le regain de tension n'alla pas de pair avec un regain de spectacle.
 Lâoccasion ratĂ©e du but en argent
Sâil semblait en mesure donc de remplir son objectif, le but en or n'apportait finalement pas satisfaction. Dans sa façon de mettre brutalement fin aux rencontres, Ă©tait-il vraiment moins injuste que les tirs au but? Le problĂšme nâĂ©tait-il pas la gĂ©nĂ©ralisation dâun procĂ©dĂ© plutĂŽt que le procĂ©dĂ© en lui-mĂȘme?
 IndĂ©niablement, le match de foot ne pouvait se terminer sur un but, fĂ»t-il en or. Lâesprit du jeu demandait que lâadversaire ait une chance dâĂ©galiser.
 Le but en or a donc disparu trĂšs vite, Ă l'issue du Mondial asiatique. Les instances proposĂšrent alors une solution un peu plus soft quâelles baptisĂšrent "but en argent". Le principe Ă©tait de relever le score Ă lâissue dâun certain temps de jeu en prolongation, Ă la mi-temps puis Ă la fin.
 Câest bien sĂ»r le championnat dâEurope qui inaugura cette formule. Elle ne fut appliquĂ©e quâune fois, lors de la demi-finale opposant la RĂ©publique tchĂšque Ă la GrĂšce. Mais ce but en argent ayant Ă©tĂ© inscrit Ă la derniĂšre minute dâune pĂ©riode de jeu, il ressembla beaucoup, dans la forme, Ă un but en or.
 Les instances du football abandonnĂšrent alors le but en argent et avec lui toute idĂ©e de trouver la solution pour rarĂ©fier les tirs au but. Ceux-ci, d'ailleurs, posaient-ils encore problĂšme? La gĂ©nĂ©ration des fans de football nĂ©s aprĂšs SĂ©ville les a intĂ©grĂ©s dans le dĂ©roulement normal dâun match de football et apprĂ©cie leur dramaturgie.
 Pour un replay des finales
Il est toutefois dommage que lâon nâait pas expĂ©rimentĂ© plus longtemps le but en argent, qui semblait mieux respecter lâesprit du football que les TAB ou le golden goal. On aurait pu, par exemple, amĂ©nager des prolongations de trois fois dix minutes.
 Dâautres idĂ©es ont Ă©galement Ă©tĂ© avancĂ©es, notamment celle de donner un vainqueur par dĂ©faut en cas de rĂ©sultat nul: lâĂ©quipe qui a ouvert le score, celle qui a inscrit le plus de buts ou pris le moins de cartons depuis le dĂ©but de lâĂ©preuve⊠Certains ont aussi suggĂ©rĂ© d'exĂ©cuter les tirs au but avant la prolongation, voire avant le match.
 On oublie par ailleurs que la solution existe depuis la nuit des temps. Les plus anciennes Ă©preuves de coupe ont longtemps fait rejouer les rencontres terminĂ©es sur un score nul. Aujourdâhui, les calendriers de plus en plus serrĂ©s ne permettent plus de glisser une rencontre supplĂ©mentaire entre deux autres.
 On acceptera volontiers lâargument pour un match qualificatif, mais beaucoup moins sur une finale. Celles de la Coupe du monde ou de la Ligue des champions (mais aussi lâEuro) se jouent souvent avant une pĂ©riode dĂ©gagĂ©e. Pourquoi, alors, se refuser Ă faire rejouer ces finales?
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