It must have been love but itâs over now || denton & eden
Personnages » Denton Cray & Eden Duke.
Quand » Tout récemment.
Notes » Nos coeurs saignent encore, on préfÚre vous prévenir.
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Denton: Le chemin du retour se termine pour Denton qui arrive devant chez lui. Rien nâest remarquable Ă lâextĂ©rieur, mais il le sait : Eden est revenu. Le chasseur dâĂąme sent sa noirceur depuis lâallĂ©e du manoir. Il soupire. Le professeur gare son Ă©paisse Mercedes dans lâespace qui lui est rĂ©servĂ©e, et remonte progressivement jusquâĂ sa rĂ©sidence. Il lâavait vu venir de loin, le coup que Eadun Ă©tait en train de lui faire. Ce dernier Ă©tait sans doute revenu pour tenter de convaincre Deandre de repartir. Le valet nâallait certainement pas lui faire ce plaisir. Chaque pas le rend plus solide dans sa dĂ©cision de contrer son ancien amant comme il le peut. Le Duc repartirait et il repartirait seul. Il nâen serait pas autrement. Denton pense Ă Kaya et tient cette pensĂ©e. Elle serait non seulement son excuse pour rester mais aussi sa motivation. Pour de vrai et pour de faux. Le professeur passe la porte, sentant un regard se poser sur lui plus loin. Il ne prend mĂȘme pas la peine de le regarder pour lui assener un « Bonjour, Eadun. » qui donne dĂ©jĂ le ton du reste de la conversation. La froideur et de nouveau, le dĂ©sintĂ©rĂȘt. « Si tu es venu me convaincre de te rejoindre, tu peux dâores et dĂ©jĂ repartir. » Annonce Denton, se retournant finalement vers son bourreau, laissant imperceptible ce quâil ressent, maintenant que celui qui Ă©tait son compagnon est de nouveau devant lui.
Eden: Le regard du vampire balaie inlassablement lâallĂ©e de la propriĂ©tĂ©, Ă la recherche du vĂ©hicule de celui qui Ă©tait il nây a encore pas si longtemps son compagnon de route. Il est arrivĂ© depuis seulement quelques heures, principalement passĂ©es Ă attendre Denton qui semble vouloir se faire dĂ©sirer. Le concept du temps devient plus nuancĂ© quand on a lâĂ©ternitĂ© devant soi, pour autant Eden considĂšre quâil en a dĂ©jĂ perdu suffisamment Ă attendre le dĂ©mon dans sa nouvelle demeure new-yorkaise pour devoir continuer Ă le faire ici. Il nâaime pas le savoir sans lui. Qui sait ce que ces foutus humains ont pu lui rentrer dans le crĂąne lors de ces quelques semaines de sĂ©paration. Surement assez dâabsurditĂ©s pour quâil ignore tous ses appels, ce qui Ă©tait dĂ©jĂ assez irritant pour le Duc. Il nâest pas le genre de personne quâon ignore. Encore moins au profit de ces ĂȘtres-lĂ . Eden prend une grande inspiration alors quâil aperçoit enfin la Mercedes sâavancer au loin. Il lisse rapidement les manches de sa chemise alors que ses pas le mĂšnent rapidement au salon du bas, prĂȘt Ă accueillir son vieil amant. Un sourire de façade dĂ©forme ses lĂšvres, vide de chaleur, vide de vie. Seulement prĂ©sent pour donner un Ă©lan agrĂ©able Ă une conversation qui risque de lâĂȘtre beaucoup moins, compte tenu du ton glacial sur lequel Denton choisit de la commencer. Le vampire ne sâen formalise pas. Visiblement il nâa pas encore fini sa crise dâadolescence retardĂ©e. « Allons Deandre. » Il fait quelques pas en sa direction, lâinvitant dâun geste du bras Ă le suivre dans la prochaine piĂšce, vers la table quâil a fait dresser pour lâoccasion. « Ne parlons pas tout de suite des sujets qui fĂąchent. OĂč sont passĂ©es tes bonnes maniĂšres ? »Â
Denton: Tout est prĂ©visible. Sa venue, sa posture, ses maniĂšres, jusquâĂ son discours. Denton se doutait mĂȘme que la table aurait pu ĂȘtre mise, comme si de rien nâĂ©tait. Un tel niveau de dĂ©ni ne devrait mĂȘme pas ĂȘtre envisageable. « Si tu trouves que jâai perdu ma politesse, attends de voir ce que cela pourrait donner si tu insistes. » Le ton du chasseur dâĂąme ne sâest pas rĂ©chauffĂ©, loin de lĂ . Il est vrai que ce nâest pas dans lâhabitude de Denton dâoublier ses maniĂšres, encore moins lorsquâil sâadresse Ă quelquâun qui fut pendant des annĂ©es son supĂ©rieur⊠Une supĂ©rioritĂ© qui a perdu de sa superbe avec les annĂ©es. Appeler cet homme un Duc nâĂ©tait quâune farce bonne seulement Ă le replonger dans sa vanitĂ©. Les siĂšcles ont passĂ©, et aujourdâhui, ils sont Ă©gaux. Ou alors Denton nâa vraiment rien compris Ă lâabolition de lâesclavage. Le chasseur dâĂąme soupire, retirant sa veste de costume en regagnant le sofa, ignorant par le mĂȘme temps la proposition dâEadun de rejoindre lâĂ©tage. Si il a eu une vague Ă lâĂąme en le retrouvant il y a encore quelques minutes, celle-ci a dâores et dĂ©jĂ cĂ©dĂ© sa place au mĂ©pris face au comportement quâadopte son compagnon. « Je prĂ©fĂšre quâon rentre directement dans le vif du sujet. De mon cĂŽtĂ©, je nâai pas de temps Ă perdre. » Rajoute Denton comme en rappel Ă cette phrase quâil avait entendu plusieurs fois de la bouche de son ex-amant. Avec un air dĂ©cidĂ©, le dĂ©mon lĂšve finalement le regard vers le vampire et ses grands yeux bleus, ne trouvant dans ceux-ci que lâimmense vide qui est le sien depuis trop longtemps. Un vide que Denton a essayĂ© de combler en vain. Câest dur de se dire quâil nây a probablement rien Ă faire pour lui. Lâancien valet ne peut pas sâempĂȘcher de ressentir de la compassion pour lâancien Eadun quâil aimait tant. Celui qui a offert le monde Ă son serviteur⊠Mais sans jamais lui donner la libertĂ©. Une libertĂ© que Denton nâavait pas le choix que de prendre de force aujourdâhui. « Je ne partirai pas avec toi. »
Eden: Eden doit presque se retenir de ne pas rouler des yeux alors que son ancien partenaire dĂ©cline sa proposition dâun ton assassin. Il est tout de mĂȘme dommage de ne pas profiter dâune bouteille de vin si raffinĂ©e, tout ça pour cette histoire de rĂ©bellion. Le vampire ne dit pourtant mot, se contentant de rejoindre Ă son tour le sofa dâun pas lent. Si leur premiĂšre dispute avait pu Ă©branler quelque chose en lui, cela nâest plus le cas aujourdâhui. Les rĂ©actions hostiles du dĂ©mon Ă©taient prĂ©visibles, bien quâencore incomprĂ©hensibles aux yeux dâEden. Son regard se visse dans les iris clairs de son valet, comme il lâa si souvent fait. Quand il lâĂ©coutait lui confesser son amour, par exemple. Fut un temps oĂč il lui rĂ©pondait par la rĂ©ciproque. Mais petit Ă petit, le temps et la profonde dĂ©tresse quâil lui a apportĂ© lâa rendu impermĂ©able Ă ce genre de sentiments. Comme si sa mĂ©lancolie Ă©tait venue gommer sa capacitĂ© Ă ressentir, sans quâil ne puisse jamais trouver le moyen de la retrouver. Ă vrai dire, il nâavait mĂȘme jamais cherchĂ© Ă la rĂ©cupĂ©rer. Il Ă©tait finalement plus simple de parcourir les siĂšcles sans ĂȘtre affectĂ© dâune maniĂšre ou dâune autre par les rencontres ou les Ă©vĂ©nements. LâarrivĂ©e de François dans leur vie avait momentanĂ©ment changĂ© les choses, mais la situation Ă©tait dĂ©jĂ bien diffĂ©rente dĂ©sormais. Depuis que le français sâĂ©tait fait rattraper par sa condition humaine, cela nâavait fait que renforcer la croyance dĂ©jĂ bien profonde dâEden de sâĂ©loigner des humains. De ces ĂȘtres fragiles, mortels, qui nâavaient comme destin que de mourir aprĂšs une vie trop courte pour ĂȘtre signifiante. Au final, seul Denton et lui comptaient rĂ©ellement. AttrapĂ© dans le filet de ses pensĂ©es, le vampire se sent revenir au moment prĂ©sent alors quâil entend de nouveau la voix ferme de son compagnon remplir la piĂšce. « Oui, tu lâas dĂ©jĂ mentionnĂ© la derniĂšre fois. » Balaie-t-il dâun geste de la main. Il prend place dans lâimmense fauteuil pourpre non loin. « Je suis curieux, Deandre. Quâest-ce qui peut ĂȘtre si important ici ? Nous avons fait rapidement le tour de la ville, je crois. »
Denton: « Je lâai dĂ©jĂ dit, oui, alors je ne comprends pas pourquoi tu es encore lĂ . » Denton rĂ©plique directement, dâun ton plat et neutre, ressemblant plus Ă sa maniĂšre de sâadresser Ă nâimporte qui quâĂ la chaleur de ses Ă©changes passĂ©s avec Eden. Comme si le feu sâĂ©tait Ă©teint progressivement, et quâils vivaient dĂ©sormais dans un Ă©ternel hiver qui avait enseveli leur amour sous la neige. Ă se demander mĂȘme si câest un sentiment quâEadun avait dĂ©jĂ ressenti. Ce vide Ă lâintĂ©rieur de lui prenait tellement de place quâil commençait mĂȘme Ă se faire tout autour. Le chasseur dâĂąme allait le laisser seul. Cette idĂ©e lui paraissait impensable pendant si longtemps quâil cherchait encore Ă se dĂ©barrasser de lâespoir de voir son ex-amant changer un jour. Force Ă©tait pourtant de constater que son optimisme nâĂ©tait pas honorĂ©. Eden prend place sur le canapĂ©, Denton le toise en entier, comme si il essayait de trouver une parcelle de lui qui trahirait un tressaillement, ou une inquiĂ©tude⊠Rien. Finalement pourtant, Eden vient lui poser la question quâil semblait attendre, et le professeur dâart a lâoccasion de dĂ©couvrir si la rĂ©ponse quâil fournit dĂ©clenche quelque chose. « Il y a quelquâun. Une jeune humaine. » La prĂ©cision est peut-ĂȘtre une attaque fatale. Le chasseur dâĂąme y met une sincĂ©ritĂ© remarquable. Kaya serait fiĂšre de lui. « Nous nous frĂ©quentons. Je suis attachĂ© Ă elle, et je veux rester ici. » Une lĂ©gĂšre crainte voit le jour Ă lâintĂ©rieur de Denton maintenant que la bombe est lancĂ©e. LâidĂ©e de mettre potentiellement en danger Kaya est ce qui lâeffraie le plus. Il allait devoir faire en sorte de la protĂ©ger si ce plan devait vraiment continuer sur sa lancĂ©e. Il sent ses muscles se tendre alors quâil se penche vers Eden, avec quelque chose de nouveau dans le regard. Une recherche de quelque chose quâil nâobtiendra certainement pas: de lâapprobation. « Je veux vivre pour moi, Eden, maintenant. »Â
Eden: Eden sent le regard du dĂ©mon le scruter de bas en haut et il ne peut pas dire que ça lui dĂ©plaĂźt. Ce nâest pas encore le type dâattention quâil attend de lui mais câest un dĂ©but, aprĂšs des semaines entiĂšres Ă ĂȘtre ignorĂ© comme un malpropre. Bien quâil ait du mal Ă identifier exactement ce qui se joue Ă lâintĂ©rieur de lâesprit de Denton, il sait que sa prĂ©sence doit tout de mĂȘme avoir son impact. Cette idĂ©e vient nourrir son ego mis Ă mal par les derniers Ă©vĂ©nements. Le vampire maintient le contact visuel alors quâil reprend la parole dâune voix plus douce. « Je suis lĂ pour toi, Deandre. Tu sais combien tu es important pour moi. » Son dos sâenfonce un peu plus dans le dossier du sofa, prenant peu Ă peu ses aises tout en veillant Ă ne pas venir froisser son costume fraĂźchement acquis. Il ne va quand mĂȘme pas laisser cet discussion inconvenable abĂźmer cette si jolie veste importĂ©e dâEurope. Il est dâailleurs toujours occupĂ© Ă Ă©pousseter sa manche lorsque le dĂ©mon lui rĂ©pond finalement. Un fil se tend instantanĂ©ment en lui. Eden se fige et lĂšve de nouveau les yeux vers son ancien amant. Son regard plantĂ© dans le sien comme une flĂšche qui veut atteindre sa cible. Il garde le silence pendant quelques secondes, Ă©coutant dâune oreille attentive les dĂ©tails qui viennent se rajouter. Une jeune humaine. AttachĂ© Ă elle. Câest dâun pathĂ©tique. Ce nâĂ©tait pourtant pas la premiĂšre fois quâil apprenait que Denton frĂ©quentait une humaine. Le dĂ©mon avait pu faire ce drĂŽle de choix par le passĂ©. Eden avait dĂ©jĂ aperçu cette mĂȘme brune sortir de la dĂ©pendance Ă plusieurs reprises - ce qui nâavait pas manquĂ© de le faire rouler des yeux Ă chaque fois. Mais il nâavait jamais parlĂ© dâattachement, pas plus pour une humaine que pour nâimporte qui dâautre, depuis un long moment. Et pour cause, son attachement et son attention se devaient de lui ĂȘtre rĂ©servĂ©s. Et voici quâil se mettait Ă dĂ©fier ses dĂ©cisions et ignorer ses appels parce quâil sâĂ©tait attachĂ© Ă une jeune humaine ? La conversation devenait grotesque. Son regard ne flanche pas alors quâil prend finalement la parole, la mĂąchoire serrĂ©e. « Je vois. Câest une nouvelle pour le moins insolite. » Son ton est froid et sec, comme prĂȘt Ă clore immĂ©diatement le sujet. Mais Denton nâa pas lâair de vouloir de sâarrĂȘter lĂ . Il se penche vers lui et le vampire le suit attentivement des yeux, tentĂ© par lâidĂ©e de sâemparer violemment de ses lĂšvres pour les empĂȘcher Ă jamais de prononcer ces mots ridicules. « Nous fonctionnons Ă deux, Deandre. Comme ça a toujours Ă©tĂ© le cas depuis notre plus tendre enfance. » RĂ©pond-il spontanĂ©ment. Sa main sâaventure sur le genou du brun et il doit se retenir de ne pas sây agripper plus fermement.
Denton: Les paroles dâEden nâont probablement pas lâeffet escomptĂ© sur Denton. Elles ne font que rappeler au chasseur dâĂąme quel imposteur il est. Deandre nâest pas important comme une personne â il est nĂ©cessaire comme un valet, ou comme une compagnie pour que les vieux jours de son maĂźtre se fassent moins longs et tristes. Il nâest pas important, non, sinon il aurait eu ce quâil voulait depuis longtemps. Le dĂ©mon prend conscience en le regardant que tout chez Eden est superficiel : ses maniĂšres, ses paroles et ses actes⊠jusquâĂ cette maison proprement dĂ©corĂ©e, vide de vie, et cette scĂšne particuliĂšrement triste sur laquelle se jouent leurs retrouvailles ratĂ©es. Tout nâest quâune surface bien lissĂ©e pour cacher cet intĂ©rieur sans Ă©cho. Le chasseur dâĂąme ricane faiblement, laissant entendre Ă quel point les propos du vampire lui paraissaient critiquables. Il nâen rajoute rien. La suite de la discussion se contente de faire son travail. Câest presque comme si Denton pouvait entendre les pensĂ©es bien cachĂ©es de son ex-amant, qui se contente de serrer les dents pour cacher son dĂ©sarroi. SĂ»rement plein de haine pour les humains, sĂ»rement effarĂ© dâentendre que lâaffection du chasseur dâĂąme ne lui Ă©tait plus rĂ©servĂ©e. « Je comprends que tu sois surpris. Mais jâaime cette fille et je ferai de cette relation ma prioritĂ©, tant que je resterai ici. » Denton rajoute alors quâil voit les traits de Eadun se tirer encore plus. Plusieurs fois au cours des siĂšcles, Eden avait tentĂ© de reprendre son pouvoir sur son amant par des biais discutables. A chaque fois quâil avait senti Denton sâĂ©loigner, il avait toujours rĂ©ussi Ă le remettre dans ses filets, que ce soit Ă coups de chantage affectif, avec du sexe, ou par des attentions. Il avait toujours rĂ©ussi. Si ce nâĂ©tait pas la culpabilitĂ© alors lâespoir faisait revenir Denton vers Eden. Aujourdâhui, il nâĂ©tait plus nourri par ni lâun ni lâautre. Lâamour sâĂ©tait fanĂ© avec la passion : Eadun se contentait de faire ce quâil fallait, de lui donner un semblant dâaffection pour le faire rester. Comprendre cette manipulation Ă©tait cruel, alors quâen plus il le voyait prĂ©cisĂ©ment refaire la mĂȘme chose Ă cet instant prĂ©cis. Avec ses paroles tendres, une main sur son genoux qui aurait suffi Ă une Ă©poque Ă faire acquiescer Deandre tellement lâaffection dâEadun Ă©tait discrĂšte. Le chasseur dâĂąme soupire. Il ne peut pas dire que ce moment nâest pas douloureux. Il pose en retour sa main sur celle du vampire, la serrant avec la force qui Ă©tait la sienne, se nourrissant un instant du contact de la peau froide dâEden comme si il sentait que câĂ©tait la derniĂšre fois quâil pourrait en profiter. Ses yeux se vissent dans ceux du vampire, sans plus essayer de cacher la peine qui est la sienne. « Eadun, tu fonctionnes tout seul et moi je te suis. Ce nâest pas ĂȘtre un duo, selon moi. » Denton annonce, le calme Ă©tant revenu dans sa voix, maintenant que la colĂšre laissait sa place Ă la mĂ©lancolie. Il sait pour autant que peu importe le ton quâil emploie, ses paroles ne seraient sĂ»rement pas entendues par son ex-amant. Denton penche son visage encore un peu vers Eden, comme si il essayait de mieux voir ce quâil ressentait, toisant ses grands yeux bleus, sâarrĂȘtant un instant en contemplation de ses lĂšvres auxquelles il aimerait dire au revoir avec la mĂȘme passion quâautre fois. « Je veux juste ĂȘtre heureux, Eadun. Pour ça, je dois reprendre ma libertĂ©. » Le chasseur dâĂąme admet finalement avec sincĂ©ritĂ©.
Eden: Les mots que libĂšre peu Ă peu le dĂ©mon sont comme des gouttes dâhuile jetĂ©es sur un feu dĂ©jĂ brĂ»lant. Un feu qui se propage dans tout le corps dâEden, venant rĂ©veiller des sensations quâil aurait cru disparues depuis longtemps. Elles lui semblent si lointaines, si Ă©trangĂšres quâil serait incapable de les lier Ă une Ă©motion particuliĂšre. De la colĂšre ? De la jalousie ? De la tristesse ? Il nâen a aucune idĂ©e. Il peut simplement ressentir la contraction de ses muscles qui sâintensifie jusquâĂ en ĂȘtre douloureuse. Son interlocuteur serait dĂ©jĂ mort si ce nâĂ©tait pas Denton. Le contact de sa main sur la sienne aurait pu venir calmer cette tempĂȘte, y remettre du sens, comme ça avait si souvent Ă©tĂ© le cas. Le vampire nâavait jamais compris ses Ă©motions. MĂȘme lorsquâil Ă©tait encore humain, il nâarrivait pas Ă les reconnaĂźtre, ni Ă les gĂ©rer. Sa transformation Ă©tait venue Ă la fois compliquer et faciliter ce travail. Mais cela lui importait peu - il avait Denton. Pour lâapaiser, pour le comprendre, pour le suivre quel que soit le chemin pris. Pour le sortir des tĂ©nĂšbres lorsquâelles devenaient trop profondes et quâelles venaient crĂ©er un fossĂ© entre la rĂ©alitĂ© et son esprit. Pour lâaimer, au fil de ses longues annĂ©es, et nourrir un ego aussi vide quâimmense. Quâil puisse parler dâamour pour quelquâun dâautre nâest pour le Duc quâune trahison immonde Ă lâordre des choses. Si une petite part de lui perçoit la peine dans le regard de son vieux compagnon, elle est trop faible pour ĂȘtre entendue. BalayĂ©e sous le dĂ©sespoir de perdre la seule chose qui le maintient dans cette vie en rĂ©alitĂ© si pauvre de sens. Toutes ses fondations sâeffondrent et Ă©claboussent tout ce qui lâentoure. Eden bondit brusquement sur ses pieds, envoyant valser la table basse qui se trouvait Ă cĂŽtĂ©. Il fait quelques pas avant de se retourner vers le responsable de ses maux. Celui qui lâabandonne. Sa voix remplit la piĂšce de sa violence. « Parce que tu penses que ce sera ça, la libertĂ© ? ChĂ©rir une humaine dont la mortalitĂ© ne te rendra que prisonnier de cet amour ? » Son regard nâest que mĂ©pris alors quâil laisse Ă©chapper un faible ricanement. « En un claquement de doigts tu nâauras plus que le loisir de la regarder se dĂ©crĂ©pir, et tout ton temps pour la pleurer une fois que tu lâauras enterrĂ©e. » Ses mots claquent sĂšchement dans le silence de la piĂšce. Eden se rapproche de nouveau de son ancien amant et vient encadrer son visage de ses mains, avec une tendresse si Ă©loignĂ©e de ses actes prĂ©cĂ©dents. Il reprend dâune voix douce, cherchant Ă sâinfiltrer dans ses iris clairs. « Les ĂȘtres comme nous ne sont pas faits pour fonctionner avec eux. Câest pour ça que la vie mâa fait le cadeau de te mettre sur ma route. Toi seul peux mâaccompagner. » Il laisse ses doigts glisser sur la peau de Denton. « Et moi seul peux te rester. »
Denton: De la sincĂ©ritĂ©. PrĂ©cisĂ©ment ce quâattendait Denton depuis des siĂšcles. La culpabilitĂ© revient pĂ©trifier le coeur de Deandre. Pendant un court instant, il se met mĂȘme Ă douter. Est-ce rĂ©ellement la bonne chose Ă faire ? Est-ce que ce mensonge est nĂ©cessaire ? SĂ»rement, sinon sans lui il nâaurait jamais eu le courage de partir. Sans lui, non plus, il nâaurait jamais eu accĂšs au Eden quâil dĂ©couvre de nouveau maintenant : celui qui ressent quelque chose. Aussi confus ses sentiments soient-ils, aussi violemment sont-ils exprimĂ©s â ils sont tangibles. Ils sont plus que Eadun nâavait montrĂ© pendant des siĂšcles. Denton se lĂšve Ă son tour. Les mots de son ex-amant glissent sur le chasseur dâĂąme comme des gouttes de pluie. Pour cause, il a dĂ©jĂ une rĂ©ponse quâil a tournĂ©e mille fois dans sa tĂȘte Ă lui offrir : « Il y aura sĂ»rement de la douleur, mais au moins jâaurais ressenti quelque chose. Jâaurais aimĂ© et jâaurais Ă©tĂ© aimĂ© en retour. Le jeu en vaut largement la chandelle. » Deandre impose la rĂ©alitĂ© de la situation Ă Eden avec ces quelques mots. Une humaine pourrait lui offrir mieux. Câest sĂ»rement affligeant Ă entendre pour un vampire avec aussi peu de conviction en lâhumanitĂ©. HumanitĂ© de laquelle il sâĂ©tait dĂ©connectĂ© depuis longtemps, comme si le fil qui le rattachait Ă ses Ă©motions avait Ă©tĂ© coupĂ©. Il avait presque rĂ©ussi Ă tailler celui de Deandre en lâenfermant dans cette cage hermĂ©tique avec lui, en lui faisant oublier tout le reste jusquâĂ ce quâil nây ait plus que lui qui compte. « Toi seul peux mâaccompagner » Le chasseur dâĂąme est replongĂ© quatre-cents ans en arriĂšre. Il se revoit fermer la porte Ă clĂ© derriĂšre sa femme et son fils en pleine nuit, pour Ă©viter quâils le suivent lorsquâil acceptait ce pacte et cette malĂ©diction. Il sent de nouveau le sang couler sur ses mains, celui des meurtres et des manipulations. Tout ça par amour pour Eden. Est-ce que cela en valait vraiment la chandelle, justement ? « Moi seul peux te rester. » Ă cĂŽtĂ© de ça, il rĂ©entend le rire dont le son ne lui est plus parvenu aux oreilles depuis des annĂ©es. Il repense Ă tous ses baisers Ă©changĂ©s secrĂštement dans les couloirs⊠Au bonheur qui fut pendant un trop court instant le leur. Du fidĂšle serviteur il Ă©tait devenu lâamant, le grand amour⊠pour redevenir lâamant, puis le serviteur. Il ne sâagissait pas dâamour, non. Il sâagissait de dĂ©votion, il sâagissait de pouvoir. Jamais ils nâavaient Ă©tĂ© Ă©gaux. La douceur de la voix dâEden arrĂȘte le temps pendant un moment. Deandre aurait envie de se laisser enivrer par ce toucher qui lui manque tant. Il ferme les yeux un instant, tentant de se rappeler quâil renonce Ă tout ça pour les bonnes raisons. Quand il les rĂ©ouvre, il se plonge dans le regard du vampire, quâil sent respirer si prĂšs de lui. Ă cet instant, il sait quâil nâa plus le choix. Denton comprend ce quâil doit faire. « Je suis dĂ©solĂ©, mon amour. » Il murmure avec tristesse, avant de briser lâĂ©cart qui le sĂ©parait de son ex-amant et de plaquer ses lĂšvres contre les siennes. Il lui offre un ultime baiser maudit, brutal et pourtant plein de tous les sentiments qui Ă©taient ceux dâavant, avec la force de plusieurs siĂšcles dâabnĂ©gation. Dans cette ultime Ă©treinte, le chasseur dâĂąme rassemble ses pouvoirs pour offrir une vision Ă Eden. Ce quâil aime appeler le âfutur conditionnelâ. Cet âet siâ qui pourrait tout changer. La mĂȘme vision dans laquelle il plonge les Ăąmes quâil souhaite conquĂ©rir. Sauf que cette fois-ci, cette image arrive dans le sens inverse. Et si Eden avait de nouveau une Ăąme, quâest-ce qui se passerait ? DĂ©filent devant les yeux des amants les images les plus idĂ©alistes possible. Denton et Eden privĂ©s respectivement de leurs pouvoirs, les paysages pluvieux de lâAngleterre, le son du piano, et la joie sur leurs visages. Tout pourrait ĂȘtre Ă eux. Si seulement il en Ă©tait ainsi. Câest sur ce âsiâ que Denton sâextirpe des bras dâEden, profitant des quelques instants que dure la vision pour sâĂ©vincer et passer la porte du manoir. A lâinstant oĂč ses pas lâont guidĂ© dehors, il ressent toute la douleur de cette sĂ©paration paralyser ses entrailles. Si il pouvait pleurer, probablement quâil le ferait. Il descend rapidement jusquâĂ sa voiture pour agrandir lâespace entre lui et Eden, le rendre aussi rĂ©el que lâĂ©tait leur Ă©change. Quand il dĂ©marre, il prend une large inspiration, sentant lâair de lâindĂ©pendance creuser ses poumons. « Câest fini. » Il lĂąche maintenant, comme pour sâen convaincre lui-mĂȘme.
Eden: Un sentiment Ă©trange sâinstalle brusquement dans tout le corps dâEden alors que le regard de son compagnon lui est finalement interdit. Ce nâest pas la premiĂšre fois quâil peut observer que Denton lui file entre les doigts. Il avait toujours trouvĂ© un moyen de le faire rester, sans sâembarrasser dâune quelconque morale concernant le moyen utilisĂ©. AprĂšs tout, il faisait ça pour son bien, pour lui rappeler oĂč Ă©tait sa place. Mais Ă cet instant, il sent que quelque chose ne tourne pas rond. Que cette fois-ci est diffĂ©rente. Il nâobtient pas la rĂ©action voulue et ça ne lui plaĂźt pas. Le souffle du vampire sâaccĂ©lĂšre sans quâil ne sâen rende compte, en proie Ă une vague dâune Ă©motion quâil nâĂ©tait plus du genre Ă ressentir depuis longtemps. Une Ă©motion indigne de lâĂȘtre quâil Ă©tait devenu. De la panique. Oui, Eden est totalement paniquĂ© de se rendre compte que Denton lui Ă©chappe. Sâil avait fait en sorte de sâĂ©riger depuis toutes ces annĂ©es comme le centre du monde du dĂ©mon, câĂ©tait bien parce que la rĂ©ciproque Ă©tait vraie, sans quâil ne puisse mĂȘme se lâadmettre Ă lui-mĂȘme. Le temps lui avait tout pris. Sa famille, son titre, ses sentiments, son insouciance. Et voilĂ quâil lui prenait Denton. Ses doigts sâaccrochent un peu plus Ă la mĂąchoire tranchante du dĂ©mon alors que ce dernier lui offre finalement un regard. Mais il ne peut plus sây accrocher. Il y voit une lueur de dĂ©termination qui le repousse, venant dĂ©railler quelque chose au creux de son ventre. Le contact violent de ses lĂšvres sur les siennes ne lui offre quâune rĂ©alitĂ© tout aussi brutale. Ce baiser nâa de goĂ»t que tout ce quâil a perdu. Denton sâen va. Il le laisse. Cette idĂ©e nâa pas le temps de faire le tour de son cerveau quâil est assailli dâimages. Des images quâil ne comprend pas, transpirantes dâun bonheur irrĂ©el qui lui semble si lointain. Ăa en est insupportable. Il les voit allongĂ©s, leurs corps nus enveloppĂ©s sous les couvertures, le visage illuminĂ© par la joie. Il voit les paysages dâun pays qui nâest pourtant plus le sien, théùtre dâun bonheur qui ne sây est jamais jouĂ©. Cette vie nâa jamais Ă©tĂ© la sienne et ne le sera jamais. Les images sâestompent peu Ă peu et le vampire bat des paupiĂšres Ă plusieurs reprises, haletant. Il se sent si fragile quâil doit se rattraper au buffet non loin. Son regard se perd dans tous les recoins de la piĂšce, de peur dây entrevoir une nouvelle vision de ce futur quâil nie en bloc. Comment cela pourrait ĂȘtre possible ? Comment pourrait-il accepter dâĂȘtre de nouveau humain ? Les visions le hantent encore, lâeffrayant par leur optimisme quâil sait pertinemment faux. Denton se trompe. Avoir une Ăąme est un problĂšme de plus dans lâĂ©quation, pas la solution. Le vampire maudit dans un hurlement les foutus humains qui ont pu lui mettre ces idĂ©es dans le crĂąne. Il hurle ce quâil ne reconnaĂźt mĂȘme pas ĂȘtre sa peine. Il crie lâabsence cruelle de Denton Ă ses cĂŽtĂ©s, il crie tous les sentiments qui nâavaient pas fait surface depuis toutes ces annĂ©es. Et maintenant quâils sont lĂ , lui, est seul. Terriblement, affreusement seul.