Dernièrement, je me suis dit que l'amour c'est comme le sommeil, une fois qu'on en a été privé de trop, ça ne se rattrape pas. Je veux dire par là que ça fait consensus depuis quelques années dans la communauté scientifique qu'être privé de sommeil ne se rattrape pas au prorata de la perte. La fatigue accumulée pendant des années de mauvaise qualité de sommeil ne se rattrapera pas, pas même si on dormait bien pendant le même nombre d'années. Pendant longtemps, les gens pensaient que dormir peu la semaine pourrait se compenser le we, notamment en dormant plus. Comme si une heure perdue valait réellement une heure de plus, plus tard. Ce n'est pas le cas, c'est pour ça qu'on est toujours aussi fatigué même quand on revient de vacances. Il y a des nuances quand même, des petits écarts dans nos habitudes peuvent se rattraper quand ce n'est pas trop important ni intense et que ça ne s'étire pas. En tout cas, je trouve que le parallèle avec l'amour, peu importe sa nature, est flagrant. Je me suis fait cette remarque ce weekend dans trois situations. La première, ça a été avec mes parents, c'était mon anniversaire et j'ai été gâtée, complimentée sur ma conduite même et j'ai pensé "on s'entend bien mieux qu'avant quand même". Puis j'ai aussi pensé que même si on s'entend beaucoup mieux maintenant, je me rappellerai toujours de leurs actes de désamour profond quand j'étais plus jeune. Pareil, quand mon ex m'a souhaité mon anniversaire et que j'étais heureuse d'avoir de ses nouvelles, que je constate qu'il évolue, s'éveille, mais que je ne peux pas m'empêcher de penser à tout l'amour qu'il ne m'a pas donnée à certains moments. Et finalement, mon amie avec qui tout ne reviendra jamais à la normale en soi mais où on entretient toujours une relation forte dans les apparences extérieures et dans ses perceptions à elle. Dans ces exemples, je ne parle même pas de confiance, d'être rancunière ou même de pardon, je parle du fait que les moments où on avait besoin des nôtres et où ils nous ont fait intensément défaut, ne seront jamais compensées par des périodes d'amour plus solides. C'est-à-dire qu'à certains instants très précis, dans des contextes particuliers et très variés, j'aurais eu besoin de leur amour pour m'épauler, pour me soutenir, pour me donner un lieu de sécurité émotionnelle et ça n'a pas été le cas et ça marque. Je ne dis pas que ce qu'ils me donnent maintenant est moins bien ou insuffisant, je veux dire surtout qu'il ne faut pas négliger les gens qu'on aime car c'est irréversible. Ça paraît très extrême mais dans le fond, je ne crois pas, l'amour est construit de tellement de facettes qui n'ont rien à voir et qui ne sont pas équivalentes que c'est impossible qu'en faire plus, ou mieux, ou de manière adéquate puisse racheter ce qu'on a perdu dans l'interaction qui a dysfonctionné. En revanche, ce que je remarque c'est que l'amour approprié d'une autre personne qui n'a rien à voir, dans des moments très similaires aux anciens, peut panser quelque chose en nous. C'est marrant comme cette fois ci, la dissemblance peut être exactement ce qui nous libère de ces manquements. Enfin, on ne se rend pas compte qu'avoir manqué d'amour à des moments clefs de notre vie, peut en marquer sa trajectoire et celle de la relation de la personne qui a créé cette carence. De la même manière que si je me prends une gifle, la personne aura beau ne plus jamais me toucher et me donner toutes sortes de contact physique rassurant par la suite, ça n'effacera jamais ce moment où mon besoin a été ignoré, ou j'ai reçu quelque chose de contre productif, de désadapté. J'imagine que la faille peut finir par se combler avec de la constance sinon ce serait très fataliste mais je ne sais pas si on se remet vraiment un jour des lacunes émotionnelles, physiques et affectives des autres.