On ne voyage pas vraiment
On ne voyage pas vraiment on se souvient d’avoir vu  noyées dans la brume les voiles des caravelles  d'Henri le Navigateur mangé quelques pasteis de nata  dans le coin de Belem le Tage était là à bout de souffle bientôt rendu à l'océan mais dans le vent c’est ta chevelure  en fauves vagues d’une autre vie qui vient battre mes paupières Â
on ne voyage pas vraiment  on tourne la tête de gauche à droite  et puis retour longtemps comme ça assis dans ce bar - tabac - pmu  la table est ronde bancale avec un plateau en imitation bois on écrit quelques mots à Maïwenn à Sibylle à la télé il y a du basket je crois que c’est Philadelphie  contre Milwaukee enfin je crois le patron nettoie le percolateur au comptoir un papa du weekend revenu d’une ville tout en bas parle de son enfant  parle de la tempête  que le journal annonce et qui s'appelle Ciara on remplit le jour de mots venus  du Portugal et des Amériques
dehors on laissera le froid  nous transpercer jusqu’au ventre jusqu’à l’âme on cherchera toujours à donner  une bouche à l’homme qui saura dire le nom du vent dans tes cheveux
© Antoine Maine














