Maurice, tu pousses le bouchon un peu trop loin !
Maurice, de son nom Boyau, était un as de l'aviation française. Un pilote de génie, à l'aise dans les airs tel une palombe. Hélas, comme certains de ces oiseaux migrateurs si chers aux chasseurs du sud-ouest, il finira avec du plomb dans l'aile et mourra le 16 septembre 1918 à l'âge trente ans. Tué par les allemands durant la grande guerre.
Sa vie, les avions... mais aussi le rugby. Il toucha la beuchigue pour l'Union Sportive Dacquoise (avant le Stade Bordelais et le Racing) et doué comme il était, porta les couleurs de l'équipe de France en tant que capitaine lors des deux derniers Tournois de l'avant-guerre. Tous les dacquois, ou presque le connaissent : non pas qu'ils soient des férus d'Histoire locale mais parce que le stade de l'USD porte le nom de l'illustre sous-lieutenant de l’armée française.
Aujourd'hui, un siècle après sa mort, Maurice Boyau, le stade, est au centre d'un débat bouillant. Le fana de l'USD l'aime bien son stade, mais c'est vrai qu'il est un peu vieillissant : sa main courante qui rouille, la peinture qui tombe, ses sanitaires de stade champêtre, ses bancs qui te pètent le postérieur. Et ça piste d'athlétisme, abandonnée de surcroit, qui éloigne le supporter cul rouge du jeu, no mans land entre le pesage bruyant et l'arbitre de touche. Le meilleur ennemi du Moun voudrait un stade qui ne soit pas ouvert aux quatre vents. Il veut de la chaleur.
Les dirigeants du club, à l'initiative de l'ancien président Ponteins, ont commencés à plancher sur le projet d'un nouveau stade. Le développement économique du club en perspective - eux s'en foutent de l'état de la main courante, ils ne la touchent jamais, mais avec des loges remplies de partenaires le stade aurait meilleure gueule, comme les caisses du club. Par contre, on le paye comment notre nouveau stade ? L'USD est plutôt en dessous du seuil de pauvreté du rugby pro. La mairie ne veut pas s'investir plus que ça en temps de crise. La formule magique partenariat public-privé pointe alors le bout de son nez. Après un travail dans l'ombre dont on ne connait pas grand chose, l'ami Ponteins nous sort Vinci et Reidem, porteur du dossier, de sa poche. L'idée est de financer le stade grâce à la construction et l'exploitation d'un centre commercial de 15700 m2. Projet grandiose, feu d'artifice, des bâtiments en forme de fleurs, ou disons de pétales exprimant le renouveau de l'USD et du centre ville dacquois, un peu, beaucoup, passionnément même à la folie et... Pas du tout ! En effet, du côté des commerçants du centre-ville, le paquebot Vinci ne passe pas : ils craignent que les rues piétonnes commerçantes se vident encore et encore. Que la ménagère et son mari, son amant ou que sais-je s'en aillent flâner dans la galerie marchande de Maurice Boyau dépensant leur salaire de l'autre côté des bains Saint-Pierre. Les irréductibles commerçants dacquois, du moins certains, ou une majorité-minorité, bref nous ne le saurons jamais, décidèrent de porter le pet comme on dit, avec un recours en Conseil d’État*. Et là , coup de frein à main sec pour le porteur du projet, Reidem, et les pro-stades.
Alors, en prenant du recul, il est vrai que de voir l'inévitable poulpe tentaculaire Vinci squatter les alentours du stade pour allonger un énième centre commercial dans le sud des Landes, ça peut porter à la discorde. Comment on dit main courante oxydée en gascon de chez nous ? Oui mais... Le recul, le recul me direz-vous. Mais qu'en est-il dans les détails ? Sortons la loupe de notre poche et regardons-y de plus près. Trois partis ont donc décidé comme dit précédemment de bougner : une association de défense des commerces de proximité et de l'artisanat nommée "en toute franchise", l'association des commerçants et artisans du Grand Dax (ACAGD) créée pour l'occasion ainsi que le Bricorama de St. Paul-lès-Dax. En Toute Franchise ne me demandez pas ce que vient faire l'enseigne de bricolage dans l'histoire. En Toute Franchise l'association, pour ceux qui suivent, est basée à Aubagne (13). Son rôle "est de mettre tout en œuvre pour favoriser un développement harmonieux du commerce et de l’artisanat, pour préserver les équilibres du commerce afin d’éviter l’écrasement de la petite entreprise" ** Honorable comme lutte, vive les Halles, la boucherie à l'ancienne, les bons produits du terroir, le cassoulet, bref la bonne bouffe, entre autre. Laisse le cadi sur le parking du Leclerc ! Cette association joue son rôle de soutien, c'est beau. Allons donc maintenant farfouiner du côté des commerçants du cru et de l'ambiance locale. Les débats et prises de position au sujet des commerces du futur stade ont fait quelques victimes, dont l'ancienne présidente de Daxatou (association de commerçants de Dax) Evelyne Vigneau. Elle démissionne de son poste au début de l'année 2013***. Elle était hostile au nouveau stade tel que Reidem le propose. Là n'est pas le problème. En 2011 nous la trouvons au côté de Bruno Laloye, un homme d'affaire local, les deux en tant que co-présidents de la Fédération landaise des associations de commerçants et artisans****. Ils s'inquiètent des nombreux projets de centres commerciaux mis en route dans le sud des Landes et ont déposé des recours contre ces derniers. Toujours rien d'affolant là dedans. Mais si l'on se penche sur ce Mr. Laloye, on s'aperçoit qu'il est le président de l'office de tourisme de St. Paul-lès-Dax, ancien directeur du casino César Palace (on s'éloigne du petit commerce artisanal non ?) dont sa famille et d'autres ont investis de l'argent sur les berges de Christus, avec l'appui du maire de l'époque, J-P Pénicaut. Enfin, et surtout, l'homme d'affaire s'est lancé dans le prêt à porté et a ouvert deux boutiques... au Grand Mail ! Le centre commercial régional de St. Paul avec son hypermarché Leclerc, sa galerie marchande et ses dizaines de boutiques, des enseignes nationales en veux-tu en voilà , un parking de plus de 3000 places, d'un côté de la route, de l'autre, en haut en bas, il y en a partout. Au sud de la zone, en fin de construction le futur contournement est de l'agglo dacquoise débarque et déjà un projet d'agrandissement du Grand Mail est dans les cartons ! Thomas Jacquemain, son directeur commente : "Le centre commercial deviendra un centre de vie."***** Le centre commercial, sorte de parc d'attraction, le tout en un, immense, clinquant, une ville dans la ville ! On est loin, loin, loin, du commerce de proximité. Mr Laloye, si je peux me permettre, vous avez le cul entre deux chaises : contre les gros projets étant susceptibles de faire de l'ombre à votre galerie marchande, mais pour les autres ! Contre le méchant projet de Reidem, anéantisseur d'artisans, mais pour le gentil Grand Mail centre de vie ! Au fait, Jacquemain est partenaire officiel de l'Union Sportive Dacquoise. Elle est pas belle la vie ? Et le commerce dacquois dans tout ça ? A vrai dire, et même si le projet Reidem-Vinci est peut-être une hérésie de plus dans la course à l'armement aux surfaces commerciales, est-elle vraiment là la cause de la perte de vitesse du centre-ville de Dax ? Je veux dire, calmez-vous ! Le stade Maurice Boyau 2 fait toujours parti du monde virtuel. La vieille piscine et le vieux jai-alai sont toujours là . La Petit Tribune, la statue de Boyau aussi. Alors ? A qui la faute ? Un temps le Grand Mail était le coupable désigné. Demain, bientôt, il va s'agrandir et pas grand monde ne s'en préoccupe sur les rives de l'Adour, les pelleteuses sont pour bientôt. Comment on dit "incohérent" en vieil aquitain ? Il est vrai que la grosse distribution a défoncé le petit commerce. Dans les villes et les villages la pression est très forte. Mais ça ne date pas d'hier ! Et on ne me fera pas croire que le simple abandon de projets de gros centres commerciaux fera revenir les consommateurs au centre-ville. Peut-être que finalement le commerce de l'hypercentre est trop têtu comme une mule, que le muletier n'avance plus. Qu'à force de pointer du doigt son ennemi il ne voit même plus ses propres défauts. Qu'il a beau faire des recours, Internet le mangera tout cru. Allons-y dans la métaphore : si moi, jadis je plaisais aux filles, qu'elles aimaient ma chevelure épaisse volant dans le vent tourbillonnant et mon look de rebelle, enflammant la piste en ces samedis soir fiévreux, si moi maintenant je ne leur plais plus, il est alors tant de changer. Et ce choix n'appartient qu'à moi-même : le grand blond costaud, malgré ses artifices grotesques qui a volé mon succès n'y ait au fond pour rien dans mon déclin. Enfin, un petit peu, mais pas non plus au point d'en faire la terrible cause de tout mon désarroi. A moi de trouver la parade. A toi commerçant de trouver la tienne.
Bref, on s'en fout de Reidem, de Jacquemain ou Daxatou. Boyau mérite une cure, un point c'est tout !
Signé : la main sur la courante (ne pas confondre avec la main sous la coulante).
_______________
Notes :    * Sud Ouest du 06/11/13   ** entoute-franchise.com  *** Sud Ouest du 08/03/2013  **** Sud Ouest du 24/10/2011 ***** Sud Ouest du 05/07/2013













