Faire la paix avec sa propre mort
La briĂšvetĂ© mĂȘme de lâexistence, dâailleurs, entraĂźne un certain principe de rĂ©alitĂ©, avec lequel il convient de faire la paix : nous ne rĂ©aliserons pas, en une seule vie, lâensemble de nos rĂȘves. Il y a trop de livre Ă lire, trop de lieux Ă visiter, trop de musiques Ă Ă©couter, trop de femmes Ă aimer, trop de mets Ă dĂ©guster, trop de choses Ă dĂ©couvrir, Ă conquĂ©rir, Ă explorer, Ă apprendre ⊠le monde est trop vaste pour quâune seule existence Ă©tanche en nous la soif de vivre ; la mort sâinvite toujours Ă la fĂȘte trop tĂŽt; et si cette soif de vivre sâĂ©tanche, câest que nous sommes dans les tĂ©nĂšbres et la dĂ©pression la plus noire.Chaque instant qui passe reprĂ©sente donc un choix, et un choix par Ă©limination : tout ce que nous ne faisons pas Ă lâinstant T, nous perdons, Ă jamais, la possibilitĂ© de lâavoir fait Ă ce moment-lĂ de notre existence. Et rien ne nous dit que dâautres instants viendront. MĂȘme la plus banale et la plus routiniĂšre des tĂąches est concernĂ©e : lâentraĂźnement que je rate aujourdâhui ne sera jamais rattrapĂ© ; le rendez-vous que je nâhonore pas disparaĂźt dans le nĂ©ant ; la soirĂ©e Ă laquelle je ne participe pas, parce que jâen prĂ©fĂšre une autre, nâexistera plus jamais. Choisir, câest renoncer.Parce que nous avons le sentiment, faux mais bien ancrĂ© en nous, quâil y aura toujours un « demain », nous tendons Ă repousser Ă ce jour hypothĂ©tique bien des devoirs, mais aussi bien des plaisirs : je remplirai ma dĂ©claration dâimpĂŽts demain ; mais jâappellerai Ă©galement mon pĂšre demain.Ce nâest que lorsque nous perdons un ĂȘtre cher que nous prenons conscience que « demain » nâexistera pas toujours, ou en tout cas, pas pour tout le monde. Et que nombre des promesses remises à « demain » ne seront jamais tenues. Pourtant, quelques jours aprĂšs les obsĂšques, ou quelques semaines au mieux, tout tend Ă revenir Ă la normale : « demain » rĂ©apparaĂźt dans nos pensĂ©es, comme sâil nâen Ă©tait jamais parti.Quand viendra lâheure des comptes, quel rĂ©sumĂ© ferai-je de ma vie ? Aurai-je laissĂ© derriĂšre moi une Ćuvre ? Une famille ? Un patrimoine ? Un tĂ©moin de mon passage sur Terre ? Aurai-je participĂ©, Ă un degrĂ© ou Ă un autre, Ă la grande aventure humaine ? Mon existence influencera-t-elle, mĂȘme Ă un degrĂ© minime, le reste de lâhistoire de notre espĂšce ? Ou ne serai-je quâun anonyme parmi dâautres, un lambda parmi les milliards de lambdas ? Un ĂȘtre dont toute lâexistence aura tournĂ© autour de lâoubli de soi, de la jouissance immĂ©diate, du caprice ? Que restera-t-il de moi ? Un souvenir ? Un livre ? Ou seulement un abonnement Xhamster premium, quelques personnages sur un jeu en ligne et un compte Facebook qui me survivra des annĂ©es durant ?
Autant de questions quâil nâest pas toujours facile, ni confortable, de se poser, tant il est vrai que la majoritĂ© des hommes vivent, aujourdâhui, des vies absurdes, sans but ni sens, sans direction ni signification.
La Mort est-elle vraiment Ă craindre ? Ou est-elle ce qui donne un sens Ă notre existence ?
La conscience de sa propre finitude est lâun des Ă©lĂ©ments essentiels dĂ©finissant lâhomme sage. Seul le fou oublie que son temps sur Terre est limitĂ© et que chaque jour vĂ©cu est, potentiellement, le dernier. Nous sommes mortels et notre existence touchera, tĂŽt ou tard, Ă sa fin. Et nous ne savons, ni ne saurons jamais, avant quâil ne soit trop tard, quand viendra cette fin. Pour certains, elle viendra dans le sommeil, comme un doux glissement du rĂȘve aux tĂ©nĂšbres. Pour dâautres, elle sera soudaine, violente ou douloureuse, et ne laissera mĂȘme pas le temps de dire adieu Ă ceux qui nous sont chers.
Pour autant, Ă moins que nous nâexercions un mĂ©tier dans lequel la mort est omniprĂ©sente (quâil sâagisse des mĂ©tiers de la police, des secours, ou encore des mĂ©tiers du soin et de lâurgence), il est rare, au cours de nos journĂ©es, que nous soyons confrontĂ©s Ă lâidĂ©e de notre propre date dâexpiration. Bien souvent, nous vivons notre quotidien comme si celui-ci Ă©tait infini. Et, comme lâĂ©crivait le stoĂŻcien SĂ©nĂšque (Lettre sur la briĂšvetĂ© de lâexistence), nous laissons les corbeaux dĂ©vorer les lambeaux de nos jours. Sans doute, Ă©galement, Ă©vitons-nous de trop y penser : aprĂšs tout, la plupart dâentre nous, sâils prenaient conscience que chacun de leurs jours pourrait bien ĂȘtre le dernier, en deviendraient incapables de continuer Ă vivre comme ils le font. LâabsurditĂ© de leur existence leur sauterait au visage. Car la silhouette de la Faucheuse, qui plane au-dessus de nous, appelle Ă©galement Ă la reddition des comptes. Et Ă la question lancinante : quand la Mort viendra, quâaurai-je fait de mon existence qui me permette de lâaccueillir en paix ? Qui me permette de me dire que ma vie a valu la peine dâĂȘtre vĂ©cue ?Â
Quand viendra lâheure des comptes, quel rĂ©sumĂ© ferai-je de ma vie ? Aurai-je laissĂ© derriĂšre moi une Ćuvre ? Une famille ? Un patrimoine ? Un tĂ©moin de mon passage sur Terre ? Aurai-je participĂ©, Ă un degrĂ© ou Ă un autre, Ă la grande aventure humaine ? Mon existence influencera-t-elle, mĂȘme Ă un degrĂ© minime, le reste de lâhistoire de notre espĂšce ? Ou ne serai-je quâun anonyme parmi dâautres, un lambda parmi les milliards de lambdas ? Un ĂȘtre dont toute lâexistence aura tournĂ© autour de lâoubli de soi, de la jouissance immĂ©diate, du caprice ? Que restera-t-il de moi ? Un souvenir ? Un livre ? Ou seulement un abonnement Xhamster premium, quelques personnages sur un jeu en ligne et un compte Facebook qui me survivra des annĂ©es durant ?
Autant de questions quâil nâest pas toujours facile, ni confortable, de se poser, tant il est vrai que la majoritĂ© des hommes vivent, aujourdâhui, des vies absurdes, sans but ni sens, sans direction ni signification.
Les vertus dâaujourdâhui
Parce que nous avons le sentiment, faux mais bien ancrĂ© en nous, quâil y aura toujours un « demain », nous tendons Ă repousser Ă ce jour hypothĂ©tique bien des devoirs, mais aussi bien des plaisirs : je remplirai ma dĂ©claration dâimpĂŽts demain ; mais jâappellerai Ă©galement mon pĂšre demain.
Ce nâest que lorsque nous perdons un ĂȘtre cher que nous prenons conscience que « demain » nâexistera pas toujours, ou en tout cas, pas pour tout le monde. Et que nombre des promesses remises à « demain » ne seront jamais tenues. Pourtant, quelques jours aprĂšs les obsĂšques, ou quelques semaines au mieux, tout tend Ă revenir Ă la normale : « demain » rĂ©apparaĂźt dans nos pensĂ©es, comme sâil nâen Ă©tait jamais parti.
La prise de conscience de notre propre finitude et de notre inĂ©vitable trĂ©pas doit nous encourager Ă nous opposer Ă cette tendance. Nous pousser Ă penser Ă aujourdâhui, quâil sâagisse de nos devoirs ou de nos joies. Cela ne veut pas dire quâil faille oublier la notion de gratification diffĂ©rĂ©e, ni Ă©viter les plans de long terme. Cela veut, en revanche, dire que nous devons apprendre Ă dresser nos dĂ©sirs afin que notre paresse ou notre lĂąchetĂ© naturelles ne nous empĂȘche pas dâagir aujourdâhui. Sans quoi nous risquons bien de passer notre vie Ă attendre Godot.
La comparaison avec les autres, et en particulier, par le biais dâInternet, avec tous ceux qui sont plus, qui ont plus, qui font plus que nous-mĂȘme, nâest pas toujours une bonne chose. Comme le rappelle Jordan Peterson dans Douze leçons pour une vie, ce nâest pas Ă un autre quâil faut nous comparer, mais bien Ă nous-mĂȘme, hier, la semaine derniĂšre, le mois dernier, lâan dernier.
Cette comparaison a deux vertus : dâune part, elle nous empĂȘche de tomber dans lâautocomplaisance. Oui, dâaccord, ce que jâai rĂ©alisĂ© jusquâici nâest pas terrible, mais câest dĂ©jĂ mieux que ce gros con de Machin est une pensĂ©e mortifĂšre : elle nous enferme dans le prĂ©sent et nous compare Ă pire que nous (et pire uniquement selon des critĂšres arbitraires, que nous dĂ©cidons, et donc qui nous arrangent), plutĂŽt que de nous amener Ă nous questionner sur le sens de notre propre existence. Dâautre part, Ă©viter de se comparer aux autres permet de se satisfaire de ce que lâon a accompli par et pour soi-mĂȘme : aprĂšs tout, que savons-nous au juste de lâidiosyncrasie dâun autre ? Nous ne la connaissons que superficiellement et sommes incapables de mesurer prĂ©cisĂ©ment le prix quâil a eu Ă payer pour obtenir ce quâil a. Peut-ĂȘtre ce prix Ă©tait-il terrible, et bien plus Ă©levĂ© que nous ne serions prĂȘts Ă payer. Ou peut-ĂȘtre Ă©tait-il ridicule, et a-t-il gagnĂ© ce quâil a dans une pochette surprise. Mais dans tous les cas, nous ne saurons jamais avec certitude quels sont ses efforts, ni quels sont ses mĂ©rites. Aussi est-il vain de jouer au concours de quĂ©quette.
En revanche, nous connaissons le prix subjectif de nos propres rĂ©alisations. Nous savons bien, au fond de nous, ce que nous devons Ă nos efforts, ce qui nous est arrivĂ© par chance et ce dont nous avons usurpĂ© le mĂ©rite. Et câest de nous-mĂȘmes que nous nous devons dâĂȘtre le juge.
Un juge sĂ©vĂšre mais conciliant, strict mais pas inhumain. Et un juge qui doit rĂ©ussir Ă se souvenir quâon nâest que rarement Ă la hauteur de ses propres principes ni de ses propres ambitions. Un juge, donc, qui doit porter un regard sans concession mais non sans tendresse ni sans empathie sur nos manquements, nos erreurs, nos fautes, et parvenir Ă trouver, dans tout cela, matiĂšre Ă tout de mĂȘme nous satisfaire de nos rĂ©alisations.
Il ne sâagit aucunement ici de cesser de chercher Ă amĂ©liorer sa vie. Il sâagit de prendre conscience du chemin dĂ©jĂ parcouru, du fait que la vie a des hauts et des bas, et que lâexistence de « bas » ne signifie pas que lâon soit incapable, mĂȘme dans ces moments, de trouver quelque Ă©tincelle de joie ou de satisfaction. Conscience, enfin, que quels que soient les objectifs que nous nous fixons, il est probable que nous ne les rĂ©aliserons pas tous. Et que ce nâest pas forcĂ©ment grave. Cela peut lâĂȘtre si cette non-rĂ©alisation provient dâun renoncement, dâune chute dans la mĂ©diocritĂ© ou le nihilisme ; mais pas si elle vient du fait que nous avons changĂ© de route, que la vie nous a apportĂ© son lot de surprises et que nous nous y sommes adaptĂ©.
La briĂšvetĂ© mĂȘme de lâexistence, dâailleurs, entraĂźne un certain principe de rĂ©alitĂ©, avec lequel il convient de faire la paix : nous ne rĂ©aliserons pas, en une seule vie, lâensemble de nos rĂȘves. Il y a trop de livre Ă lire, trop de lieux Ă visiter, trop de musiques Ă Ă©couter, trop de femmes Ă aimer, trop de mets Ă dĂ©guster, trop de choses Ă dĂ©couvrir, Ă conquĂ©rir, Ă explorer, Ă apprendre ⊠le monde est trop vaste pour quâune seule existence Ă©tanche en nous la soif de vivre ; la mort sâinvite toujours Ă la fĂȘte trop tĂŽt; et si cette soif de vivre sâĂ©tanche, câest que nous sommes dans les tĂ©nĂšbres et la dĂ©pression la plus noire.
Chaque instant qui passe reprĂ©sente donc un choix, et un choix par Ă©limination : tout ce que nous ne faisons pas Ă lâinstant T, nous perdons, Ă jamais, la possibilitĂ© de lâavoir fait Ă ce moment-lĂ de notre existence. Et rien ne nous dit que dâautres instants viendront. MĂȘme la plus banale et la plus routiniĂšre des tĂąches est concernĂ©e : lâentraĂźnement que je rate aujourdâhui ne sera jamais rattrapĂ© ; le rendez-vous que je nâhonore pas disparaĂźt dans le nĂ©ant ; la soirĂ©e Ă laquelle je ne participe pas, parce que jâen prĂ©fĂšre une autre, nâexistera plus jamais. Choisir, câest renoncer.
Et câest ce renoncement qui nous forge et forge notre existence. Nous ne sommes pas tant celui que nous croyons ĂȘtre que celui que nous forgeons au quotidien, par nos choix, par nos non-choix, par nos renoncements. Hier, peut-ĂȘtre ai-je Ă©tĂ© un homme qui renonce Ă Ă©crire un chapitre du livre quâil projette pour trouver le temps de soulever de la fonte. Et si hier avait Ă©tĂ© mon dernier jour, si jâĂ©tais mort ce jour-lĂ , je serais, pour lâĂ©ternitĂ©, restĂ© cet homme-lĂ . Et mĂȘme si hier nâest pas mon dernier jour : je garde hier en moi, et le garderai pour tout le restant de mon existence, et pour tout le restant de mon existence je demeurerai un homme qui a prĂ©fĂ©rĂ©, un jour au moins, la musculation Ă lâĂ©criture. Est-ce un bien ? Est-ce un mal ? Ni lâun ni lâautre. Mais ce choix a contribuĂ© Ă me dĂ©finir. Celui que je suis aujourdâhui dĂ©coule de ce choix. Celui que je serai demain dĂ©coulera du choix que je ferai aujourdâhui. Mais en aucun cas, les mille-et-uns petits actes et petits renoncements qui parsĂšment nos jours et tissent la trame de notre existence ne peuvent ĂȘtre considĂ©rĂ©s comme anodins. Tout prend sens, dĂšs lors quâon a conscience que le moindre de nos choix contribue Ă la dĂ©finition de notre ĂȘtre. Et que nous ne disposons, pour formuler cette dĂ©finition, que dâun temps limitĂ© : la mort tient le chronomĂštre et il est dĂ©jĂ bien plus tard que nous ne le pensons.
Comme lâexpliquait Epicure en son temps, la mort elle-mĂȘme (ou en tout cas notre propre dĂ©cĂšs) nâest pas Ă craindre, et cette absence de crainte est lâune des clefs dâune vie heureuse. En effet, ce qui nous pose rĂ©ellement un problĂšme, câest la mort des autres, bien plus que la nĂŽtre. La nĂŽtre, en dĂ©finitive, nous concerne trĂšs peu, et pendant trĂšs peu de temps : tant que nous sommes lĂ , câest quâelle nâest pas encore arrivĂ©e. DĂšs quâelle arrive, câest que nous ne sommes plus lĂ . La seule chose Ă craindre est une Ă©ventuelle douleur au moment du passage dâun Ă©tat Ă lâautre.
Et une fois passĂ© ⊠câest question de foi. Mais soit on tombe dans le nĂ©ant (et on ne sera plus jamais capable de sâen rendre compte, donc ça nâa plus aucune importance pour nous), soit on accĂšde Ă un Au-DelĂ qui, Ă moins que nous ne nous soyons comportĂ© en infĂąme ordure, devrait ĂȘtre heureux. Dans les deux cas, câest la fin des emmerdements. Et si vous pensez avoir mĂ©ritĂ© lâEnfer, raison de plus pour agir, aujourdâhui, maintenant, afin de parvenir Ă une forme de rĂ©demption.
Ne pas craindre la Faucheuse, câest aussi considĂ©rer que la mort est dans la nature de lâexistence. Tout ce qui existe, du cafard aux galaxies, a un cycle de vie : formation, maturitĂ©, dĂ©volution, disparition. Les fantasmes transhumanistes ne sont rien dâautre quâune réédition modernisĂ©e du mythe de la Pierre Philosophale ; mais en dĂ©finitive, il est inutile de regretter ce qui est inĂ©vitable. Et câest parce que notre trĂ©pas est inĂ©vitable quâil contribue Ă donner du sens Ă notre existence.
Car sâil y avait toujours un « demain », sâil y avait toujours un « aprĂšs », alors aucun de nos choix ni de nos renoncements ne serait irrĂ©mĂ©diable. Il nây aurait pas de signification Ă chercher Ă sa vie, puisque toutes les options seraient possibles, Ă un moment ou Ă un autre. Il nây aurait pas dâenjeu, puisque tout serait rĂ©alisable, Ă condition dâen prendre le temps. Il nây aurait mĂȘme peut-ĂȘtre pas dâidentitĂ© propre, puisque nous pourrions, tour Ă tour, tout ĂȘtre et tout devenir. La Mort nâest donc pas Ă craindre : elle est Ă accepter. Et elle est mĂȘme, Ă un certain degrĂ©, Ă apprĂ©cier, tant elle contribue Ă nous donner un sens. Câest parce quâelle est Ă©phĂ©mĂšre que la vie est prĂ©cieuse.
Tout le monde nâa pas un patrimoine important Ă transmettre. Mais tout le monde a quelque chose Ă transmettre : quelques phrases, des vĆux, des conseils, un livre, une pensĂ©e⊠Ăcrire son testament, ou, en tout cas, une longue lettre destinĂ©e aux personnes qui comptent Ă nos yeux, constitue un examen de conscience passionnant. Il permet de prendre le temps, ce temps quâhabituellement on ne prend jamais, pour parler seul Ă seul avec chacun de ceux qui comptent pour nous. NâhĂ©sitez pas, dans la rĂ©daction, Ă aller trĂšs au-delĂ de ce que la loi autorise. Il ne vous est par exemple pas possible, lĂ©galement parlant, de « lĂ©guer » votre autoritĂ© parentale Ă un ami sĂ»r. Mais si vous le pouviez, le feriez-vous ? Ă qui transmettriez-vous ainsi votre tutelle sur vos enfants ? Qui aimeriez-vous voir prĂ©sent dans leur Ă©ducation ? Si vous disparaissiez demain, quel message, quelle leçon, lĂšgueriez-vous Ă votre enfant, en sachant que ces ultimes paroles rĂ©sonneront longtemps dans son existence. Plus gĂ©nĂ©ralement : qui aimeriez-vous voir hĂ©riter de vos biens, pour le cas oĂč vous nâauriez pas de descendants ?
La rĂ©daction du testament appelle aussi dâautres questions : oĂč aimerais-je reposer ? et comment ? CĂ©rĂ©monie religieuse ou non ? Quelle musique pour lâoffice funĂ©raire ?
Lâexercice est difficile mais fascinant et on se surprend souvent, aprĂšs rĂ©daction, Ă lire et relire lâensemble et Ă y dĂ©couvrir des Ă©lĂ©ments que lâon ne soupçonnait pas. On sây surprend Ă faire amende honorable, Ă demander pardon, Ă regretter certaines choses. Autant dâĂ©lĂ©ments qui doivent nous encourager non Ă laisser ces mots sur le papier, mais bien Ă les dire, Ă les exprimer, Ă les vivre tant quâil est encore temps.