Mêlant récit historique de la genèse de la première guerre mondiale de l’assassinat de l’archiduc François Ferdinand à l’assassinat de Jean Jaurès et l’amour impossible de Paul, 15 ans pendant cette époque troublée.
Un roman magnifique et éclairant qui est à mettre entre toutes les mains.
Une déclaration d’admiration à ce grand pacifiste qu’était Jean Jaurès.
Une lecture émouvante qui tombe plutôt bien…
« Je ne veux pas qu'on définisse mon bonheur à l'avance.
Je veux un horizon sans fin. »
Paul ne répondit pas. Puis il dit, prenant un air hostile :
- C'était pas des bêtises...
Pour une fois, il aurait aimé lui raconter tout le reste. La couleur de la nuit, la peau blanche de cette fille et les étoiles au-dessus de sa vie. Il aurait voulu lui dire comme il était heureux, lui parler de ses amis, de ses rêves, du petit mur en face de la maison blanche. Il l'aurait prise dans ses bras, il aurait été avec elle comme il ne l'avait jamais été. Maman, je t'aime ! Si tu savais comme je suis heureux à présent ! Elle s'appelle Madeleine. Nous partirons en Amérique. Ensuite, tu nous rejoindras là-bas n'est-ce pas ? Avec Antoine, Louis et Jules, et tu ne vendras plus jamais de légumes.
Maman, j'ai tant de choses à te dire et depuis si longtemps.
Mais ça ne se passe jamais comme cela dans la vie.
Paul et Catherine ne savent pas se parler. Ils n'ont jamais su.
- On mange quoi? demanda-t-il seulement, les yeux plein de larmes. »
« Il lui parle en tremblant du monde meilleur qu'il veut construire. Il s'arrête un instant pour respirer.
Et les gens, que vont-ils en penser ? À nouveau la main dans la barbe. Bien sûr. Écrire pour ceux que l'on aime et leur dire la vérité : voilà la seule façon d'exister honnêtement. Les gens ? Eh bien, oui. Les provinciaux, les paysans, les ouvriers, les mineurs, les sans-voix, les oubliés... Et puis aussi les instituteurs, les professeurs et tous les messieurs Germa de la terre ! Ceux qui ne mentent pas. Ceux qui savent encore aimer et donner. »
« - Mais à quoi ça lui servira, hein, les livres et les rêves ? À chaque fois, c'est la même danse... À droite, à gauche, on fait la révolution, on y croit, sauf que rien ne change et tu te réveilles vieux un jour avec tes rêves, et t'as pas trois sous de côté, et les riches sont encore là, encore plus riches. À peine le temps d'y penser et te voilà la tête à mordre les marguerites, juste à côté des premiers obus qui tombent... »
« Il sait que demain ou dans cent ans la marche des hommes libres continuera sa route malgré la guerre et l'argent. Il sait que d'autres mots viendront après les siens, ici ou ailleurs, et après tout, c'est la seule chose vraiment importante. »
« Jaurès disait : on n'enseigne pas ce que l'on sait mais ce que l'on est. Il l'a fait pour nous. Cohérent entre ses idées et ses actes, ses mots et sa façon de vivre. J'ai voulu pousser sa porte dans cette atroce semaine où il a tout compris, tout pressenti, le massacre du siècle autant que sa propre mort. J'avais envie de le rendre heureux une dernière fois, j'avais envie de lui parler d'amour. »
« Au Panthéon, après avoir vu la tombe de Jaurès, j'avais acheté une carte postale du portrait que Nadar avait fait de lui en 1892. Sur cette photo, il a un très léger sourire qui, mêlé à la gravité de ses yeux, donne la sensation d'un profond apai-sement. La carte est sur ma table de nuit. J'ai besoin de son regard clair. Il a toujours cru dans le mieux, le bien, ce petit homme du Sud dont la voix portait plus haut, plus loin, plus fort, et qui croyait, définitivement, à la noblesse de la politique.
Il voulait changer les choses par la force des mots et des lois.
J'ai envie de le croire. »
« «Oh ! Je ne demande pas aux jeunes gens de venir à nous par mode. [...] Mais je demande à tous ceux qui prennent au sérieux la vie, si brève même pour eux, qui nous est donnée à tous, je leur demande : qu'allez-vous faire de vos vingt ans ? Qu'allez-vous faire de vos cœurs ? Qu'allez-vous faire de vos cerveaux ?»
Jean Jaurès, janvier 1914 »