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@bombaysaphir

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Coucou mon Eloi,
Je replonge ici dans le Bombay du Saphir qui a démarré en 2015.
Nous sommes le 10 dĂ©cembre 2019. Jâai rencontrĂ© Clara. Je veux passer un bout de ma vie avec elle. Je nâai rien qui mâempĂȘche. Je veux vivre.
Clara est vivante.
Je nâai pas grand-chose Ă ajouter. Je voulais tâĂ©crire ce quâelle mâa dit lâautre jour. Elle mâa dit : « En fait, Eloi, sâil lâaime, Daniel, il faut quâil aille le chercher, enfin je ne sais pas moi, il ne faut pas se retenir de vivre comme ça, il faut pas se retenir de vivre, la vie est trop courte. ». Câest un point de vue. Clara, elle a de la vitalitĂ© parce quâun jour elle a frĂŽlĂ© la mort. Elle a connu lâĂ©cole Ă lâhĂŽpital : ceux couchĂ©s, ceux dans les fauteuils qui roulent, ceux qui ne reviennent pas la semaine dâaprĂšs parce quâils ont crevĂ©s. Elle dit que câĂ©tait saoulant lâĂ©cole Ă hĂŽpital parce quâĂ cause de ça elle a dĂ» redoubler sa 1Ăšre.
Je voulais te dire que jâai adorĂ© samedi dernier dans mon appartement. Jâai adorĂ© que tu lises, que tu mâapportes les photos : sur celle derriĂšre la barriĂšre, tu as le visage dâun enfant, heureux, tu as trouvĂ© un frĂšre portugais. Bon aprĂšs, jâavais hyper envie de retrouver Clara donc jâĂ©tais un peu speedo mais jâai tellement aimĂ© notre tridam parisien. Anne Hidalgo, je suis sĂ»re, elle aurait adorĂ© aussi.
Eloi, je veux ton bonheur muy Total. Jâai ton bonnet, reviens le chercher, on continue notre conversation.
giboulée
Mon Aurore,
Comment se passe ton nouveau travail ? Est-ce que tu es déjà incollable en alpinisme, en premier de cordées, et est-ce que vous jasez au déjeuner sur ce fou qui a grimpé El Capitan en free solo ? Est-ce que tu es toujours intriguée et heureuse avec cette boss qui te rentre dedans, qui veut tirer le meilleur de toi ?
J'ai de la chance de t'avoir prĂšs de moi. Tu me fais revivre un moment extraordinairement puissant de ma vie. Ton Ă©criture me permet de sentir Ă quel point il Ă©tait nourrissant pour moi et mieux que ça, ça l'Ă©toffe Ă travers ton regard. Savoir que j'ai de l'Asie Centrale dans mes mouvements de danse me fait jubiler, je ne sais pas expliquer pourquoi. Et que tu aies senti cette bienveillance du "ça n'est plus ça, c'est derriĂšre moi, je l'honore et je suis prĂȘt Ă la suite" dans le rituel. Merci de me l'avoir Ă©crit : ça ancre tout ça en moi et ça me donne l'envie de continuer. J'ai envie de danser, de chanter, de parler. J'ai envie de faire tourner une foule dans un stade, de l'introduire dans un moment de vie magique.
Cette derniĂšre fĂȘte m'a nourri de fond en comble, elle a comblĂ© mon besoin d'expression. Celui que j'ai depuis des annĂ©es, depuis toujours je crois. M'exprimer et prendre la parole tel que je suis. Ne plus avoir peur d'ĂȘtre MOI. Ăa m'a donnĂ© des ailes, vraiment. D'autant plus que je dĂ©couvre une simplicitĂ© qui m'Ă©tourdit : ĂȘtre moi c'est ça qui fait du bien aux autres, et qui contribue au monde. C'est horriblement simple ! En ce moment, je me sens bien dans les Ă©paules. Si l'opportunitĂ© se prĂ©sente j'y vais, je rĂ©cite mon poĂšme ou je chante mon chant. J'aime ça. RĂ©cemment j'ai montrĂ© la vidĂ©o de la derniĂšre fĂȘte Ă une nouvelle amie et elle m'a dit : "Ăa commence".
C'est ce que je ressens aussi. Je me sens prĂȘt. Plein d'Ă©nergie. TrĂšs Freddie Mercury.
Maintenant je veux te dire autre chose. Toutes ces annĂ©es, j'ai peut-ĂȘtre Ă©tĂ© absorbĂ© dans ma souffrance et je n'ai pas eu l'occasion de dire ça. Tu m'as offert un contexte de sĂ©curitĂ© que je trouve prĂšs de toi. Je me sens protĂ©gĂ©, et trĂšs libre avec toi : tu permets Ă ma jeunesse de s'exprimer. Sans m'en rendre compte, ça m'a maintenu en vie (sans ĂȘtre dramatique), mais tout de mĂȘme : ça a nourri cette jeunesse qui aurait voulu s'abandonner elle-mĂȘme. Je trouve que toi, tu rayonnes et qu'ensemble on rigole, et on boit du gros vin, et on parle de Clamart, on est jeune, et en fait ça me transporte tellement. Â
Et puis, je te trouve de plus en plus belle. Je goute beaucoup Ă la joie de voir que tu t'affirmes, tu t'habilles comme tu l'entends avec Macron, tu lessives ton plafond pour faire peau neuve. Enfin tu fais ce qui est toi et tien.
Alors je t'aime, Aurore. D'un amour pas grave du tout. Avec des pétillements et l'envie de boire une biÚre avec toi entre deux giboulées trÚs bientÎt.
Et puis ce livre tu sais, parfois je me demande si tu ne l'as pas écrit avec moi.
Eloi
Mon Ăloi,
Tu Ă©tais beau sur scĂšne hier dans ta danse gracieuse et gĂ©nĂ©reuse. Tu mâas impressionnĂ©e, tu es un grand danseur en fait ! Tu as de lâAfrique et de lâAsie centrale dans tes gestuelles. CâĂ©tait un feu mais un feu maitrisĂ©, un feu qui brĂ»le pas, câĂ©tait beau Ă voir franchement. Jâai aussi notĂ© tes gestes dâexpiation vers le bas pour dire le "ça nâest plus" avec bienveillance. Câest bien.
Ce livre que jâai encore relu entre hier soir et ce matin, est comme ta danse, il prend le corps entier, il ne semble jamais mentir. Quel courage dâavoir Ă©crit la vĂ©ritĂ©. Yâa pas Ă chier, tu es allĂ© loin dans lâĂ©criture de la vĂ©ritĂ©. Câest trĂšs extraordinaire ça. Je crois nâavoir jamais lu une chose pareille. Un ton pareil. Câest un des grands livres de notre Ă©poque. En tout cas pour moi.
Jâai une admiration sans borne pour ton talent mon Ăloi ! Bravo dâavoir si bien menĂ© ta campagne aussi, tu as accompagnĂ© les lecteurs, avec les enregistrements du dĂ©but, ils nâavaient jamais reçu un tel traitement je crois. Et aussi câĂ©tait beau, hier, de voir les gens contents de jouer le jeu de la vĂ©ritĂ©, confiants dans ce qu'on leur faisait vivre de traverser une piĂšce en aveugle. Jâai pensĂ© Ă Laure de la Vasselais, jâaurais aimĂ© quâelle voit ça ! Elle mâa Ă©crit quâelle ne pouvait pas venir, je crois quâelle a Ă©tĂ© touchĂ©e par ton livre. Violette Ă©tait belle sur ses talons qui semblaient des chaussons et sa tresse sur ses cheveux lisses. Magali Ă©tait si contente ! ClĂ© et Carmen et Abel, ThĂ©o et tous ces gens trop trop gĂ©niaux qui composent notre vie de fou-fou !
Jâai Ă©tĂ© Ă©mue aussi parce que, Ă un moment dans le livre dans le passage des attentats tu dis que Jeannot et Charles ont dansĂ© avec leur mĂšre dans le salon de Messine tout lâaprĂšs-midi. Je les imagine, câest Ă©mouvant leur connivence non.
Je tâembrasse fort, fort, fort et merci encore dâavoir retracĂ© ce moment de notre vie, de ma vie, en Ă©crivant la nicham, les weekends avec la mĂ©lancolie et ceux avec notre folie tectonique. Je tâen suis infiniment reconnaissante.
Mon Aurore, Je n'ai pas eu beaucoup de mots pour t'Ă©crire depuis un long moment. C'est une de ces tranches de vie oĂč nous sommes loin l'un de l'autre. Je pense Ă toi. Je te souhaite fort ton anniversaire. Tes 29 ans. Cela fait longtemps que je veux me poser et prendre le temps de recevoir la grĂące de ta prĂ©sence dans ma vie. Parfois sur ce blog, je me suis beaucoup racontĂ© quand toi tu t'adressais toujours Ă moi. Laisse-moi m'adresser Ă toi. Je te regarde dans les yeux. Si tu n'Ă©tais pas ma cousine tu serais en face de moi, une femme, un visage Ă©tonnant, joueur, prĂȘt Ă me recevoir. Tu serais une rencontre pas courante. Tu serais un dĂ©but de sĂ©duction, quelqu'un aussi Ă qui on pourrait confier son bateau, une sorte de capitaine dont on sait qu'elle tiendrait bien les voiles et la mer. Mais bon, tu es ma cousine. Alors ce que je vois c'est plutĂŽt une foule de souvenirs, Ă commencer par ta coupe de cheveux en palier Ă ChamptocĂ© sur Loire. Tu es Aurore, celle que j'appelle et qui me dit "Sarah croche". Une femme de cĆur, qui rend service. Tu rends tellement service, tu Ă©coutes et tu me retapes une santĂ©, comme apres ma rupture avec Florian. En fait tu m'Ă©crivais des messages comme "comment tu te sens aujourdhui?". Et ce "aujourdhui", ça changeait tout. Ăa faisait sentir que j'Ă©tais suivi, ça reconnaissait que chaque jour etait une nouvelle Ă©tape, peut-ĂȘtre une nouvelle Ă©preuve. Ăa faisait du bien. Merci Aurore. Je suis honorĂ© de te connaĂźtre et de t'avoir. Mais tu es aussi Aurore qui va puiser pour elle les Ă©motions d'une vie rĂȘvĂ©e. Une vie oĂč on dĂ©marre au quart de tour sur une vieille mobilette pour partir en weekend improvisĂ©. Tu es Aurore qui demande Ă la vie quelque chose. Qui multiplie les efforts. Natacha a une thĂ©orie. Elle dit que tu es une magicienne qui s'ignore. Je suis ouvert Ă cette possibilitĂ©. Je ne dis pas ça avec le ton du mec "qui sait". Moi je suis dans mes tĂątonnements. Mais j'aime bien faire confiance Ă Natacha. Aurore, pour tes 29 ans, je te souhaite de tirer au cĆur de ta cible. Je te souhaite de choisir ton bonheur. Je te souhaite des amis qui palpitent avec toi, sur une frĂ©quence que tu leur fais dĂ©couvrir et qu'ils te font dĂ©couvrir: la tienne. Je t'embrasse fort Aurore, je te dis Ă demain. J'espĂšre que tout au long de ces derniers mois tu as pu prendre du temps pour toi comme tu le voulais. Depuis ton installation dans ton appartement. Fin de l'Ăšre de la fugueuse de Montreuil. Merci pour ta prĂ©sence et ton â„ïž. Et une derniĂšre chose. Si tu sens que tu as quelque chose Ă me dire, que quelque chose te pĂšse ou juste que tu as besoin d'Ă©vacuer, c'est possible. On crĂ©era l'espace pour ça. Amour japonais et français pour tes 29 ans ! Eloi

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Tu te charges en vraie vie.
Tu veux dire la vraie vie, ces moments immenses oĂč on se dĂ©veloppe dans le condensĂ© du groupe, dans son lait concentrĂ© Peisey-Vallandry.
Tu veux de la force marémotrice pour faire encore, des pas de géants, dans la connaissance des autres, dans la connaissance de soi.
Ton histoire de nicham est ahurissante.
Ce groupe qui devient groupuscule et qui fait dĂ©vier les bus sur la voie publique, jâai trop rigolĂ©. Jâaime tellement quand lâordre public est un peu bousculĂ©. Jâaime les solutions B. Jâaime quand les bus doivent emprunter la voie des bicyclettes.Â
Et puis quand surgit The Blaze. Tu as dû débloquer, non?
Moi jâaurai hurlĂ©, oui.
Hilare et pleurante je me serai mise Ă danser sur ma chaise. Je tâaurai tapĂ© les genoux et les Ă©paules.
Et lâacteur qui ressemble Ă Rodion, câest trop. Câest presque une grimace dâEschu . Je me demande si tu as eu dâautres histoires comme ça.
En ce moment jâaime peindre des aquarelles affreuses mais qui me font trĂšs plaisir de peindre et jâaime lire Natalia Ginzburg qui est une femme que jâadore. Elle Ă©crit des petites histoires. Elle raconte comment elle est devenue Ă©crivain. Elle dit :
âWhen someone writes a story he should throw the best of everything into it, the best of whatever he possesses and has seen, all the best things he has accumulated throughout his life.â Natalia Ginzburg
Alors on va faire ça.
Jâai beaucoup de best things ces derniers mois.
Londres, mes amis qui me font la cour dâhonneur : on a dansĂ© comme on danse pas Ă Paris.Â
Puis ce road-trip en Suisse avec Rapha sans argent sur notre compte bancaire. Des repas-supermarchĂ©s et des baignades dans le lac de Zurich. Oh la Suisse! Nicholas a dit que je pourrai y finir mes jours. Rapha et moi on se pointait dans des trains, sereins et sans billets, on disait Inchâallah et on sâen foutait.
JâespĂšre Ă trĂšs vite. Un weekend de Juin on pourrait aller se baigner dans des lacs et rĂ©flĂ©chir Ă une subversion chorĂ©graphique, les yeux pleins de chlore sur la scĂšne.
On pourrait en parler Ă Thomas Zuani que jâai rencontrĂ© dans la rue hier par surprise.
Y a qu'Ă toi que je peux raconter ça. Je viens de voir Yolo mais au BrĂ©sil. Je te jure, la mĂȘme chose, sauf qu'ils Ă©taient tous blacks. C'Ă©tait Ă en crever la gueule ouverte, l'amour entre eux. C'Ă©tait un trip de vie qu'ils vivaient ensemble Ă t'en rendre malade de jalousie. Sauf que je me sentais pas jaloux. Parce que je l'avais dĂ©jĂ vĂ©cu.
Tu les vois sur la photo ? Et encore c'est rien. Et bah il sont 11 et là c'est la premiÚre et ils vont avoir 4 représentations.
Nan mais t'en serais pas revenue Aurore. Je crois que tu l'aurais pas supporté, t'aurais hurlé en plein spectacle. C'était nous mais, eux encore plus fort. Je vais tout te raconter.
Ăa se passait dans une immense salle en bois avec des vitres industrielles. Et partout il y avait des chaises, dispersĂ©s dans tous les sens. Chacun sa place. (Je vais te dire tous les dĂ©tails parce que je veux pas oublier et c'est pour le refaire Ă notre maniĂšre.) on s'assoit sur les chaises. Ăvidemment eux aussi sont assis, mĂ©langĂ©s avec nous. Ăa commence, musique, ils se secouent, ils se manifestent, on les repere eux les acteurs - ils ont entre 17 et 19 ans. Ils sont monstrueusement beaux en vĂȘtements fluo, vestes en jean sans manche, le legging jaune velours, les cheveux teints, les afros. Ils vont nous raconter les mois de 2015 et 2016 oĂč ils ont occupĂ© leur ecole, ils y ont dormi, se sont organisĂ©s, ont recréé le monde Ă leur image. Moment rĂ©volutionnaire dans tout le BrĂ©sil, le gouvernement veut faire de l'Ă©cole publique une Ă©cole privĂ©e. Mais pour eux c'est aussi la rĂ©volution sexuelle, raciale, esthĂ©tique. Ils se mĂ©langent tous. Ils se grandissent. A l'intĂ©rieur de l'Ă©cole oĂč ils dorment et vivent, ils Ă©changeaient leurs vĂȘtements, ils faisaient des dĂ©filĂ©s de mode. Les garçons tentaient des trucs, se peignaient les ongles. Les filles arrĂȘtaient de se lisser les cheveux, acceptaient leurs afros. Il y a eu des tests, des orgies.
Ils vont nous le raconter dans la piÚce, la résistance et leur vie. enfin surtout ils vont bouger. Cette histoire ils vont la faire bouger entre les chaises. Je suis assis sur une chaise. Tout à coup y a un grand épervier entre les chaises vraiment dangereux, comme nous mais plus fort, ils courent comme des dingues, musique au tambours. Il y a des photos retournées sous certaines chaises, ils vont les commenter avec toi.
Et là tu vois, ils se mettent à récupérer les chaises une apres l'autre l'air de rien pour faire un énorme barrage de chaises et ils foutent tout le public par terre l'air de rien. Et apres, il y a des danses et des textes et puis ils se rassemblent à cÎté de l'amas de 80 chaises et ils se mettent à les pousser en avant et en arriÚre en dégageant le public par terre, en créant l'espace de la scÚne comme si l'énorme barrage de chaises entassées étaient une grande gomme.
La musique est ouf. Y a keny arkana qui chante la rage.
A un moment critique, ils se trouvent face Ă face. Et ils se roulent des pelles. Des vraies pelles. Mais pas en mode provoc. Non on y croit. Genre femme femme, homme homme, homme femme. Mais inattendu. Donc puissant.
Toi t'es lĂ , tu vis avec eux. Ils jouent leur vie. Y a une meuf geek qui sort son skateboard et se balade entre les chaises. Rouleeeettte.
Ah aussi, Ă un moment ils Ă©changent leurs vĂȘtements sur scĂšne. Deux par deux. Ăa te rappelle rien?
Putain et pour mimer le sexe Ă 3h du matin pendant l'occupation de l'Ă©cole (tu m'Ă©tonnes ils sont tous lĂ ensemble, post pubĂšres et beaux, ils ont Ă©tĂ© politiques toute la journĂ©e, alors la nuit ça tente des trucs), ils font des pantomimes de sexe trop bien mais chacun seul. Ăa rend trop bien !
Bon dĂ©jĂ j'Ă©tais submergĂ© mais en plus l'acteur principal etait le sosie de rodion. Enfin de Johann. Version brĂ©silien Afro. Putain le mĂȘme caractĂšre. La mĂȘme nervositĂ© la mĂȘme gravitĂ© la mĂȘme star la mĂȘme maniĂšre de pas savoir danser (quand tout le monde danse bien) Sa mĂȘme maniĂšre de regarder partout sauf devant lui. Et puis sa mereâŠ. apres la piĂšce.
Je sais pas d'oĂč ça sortait mais y a eu Territory de The Blaze. Les mecs, on est au BrĂ©sil !?
Quand tu crois que c'est la fin en fait ils lĂšvent tout le monde et ils les emmĂšnent dehors. Comme nous le public sur la scĂšne. Genre la mĂȘme dynamique, sauf qu'il y avait 3 percussions live dont une mĂ©tallique et ça grisait.
Tout le monde dehors. âNos pulamos os muros !â, âPula, pula, pula!â. Nous avons sautĂ© les murs ! SautĂ©, sautĂ©, sautĂ© ! Le discours final de Rodion debout sur une table en bois dans le grand atrium du theatre. On sort tous, on bloque la rue. Les voitures veulent passer, elles mettent la pression, ils leur rĂ©sistent et donc le public aussi, elles font demi tour. Tous les acteurs tout le public au milieu de la rue. Les bus attendent, coupent le contact. La clameur s'empare de toute la rue! La rue en branle, qui se demande si y a pas un nouveau mai 68 qui est en train d'Ă©clater. Fin. Applaudissement pendant que les bus se faufilent sur la piste cyclable derriĂšre nous ! C'est surrĂ©aliste et c'est ouf.
Non non c'est trÚs realiste. La haut c'était tellement bien, leurs danses, leurs visages, les mots, la politique. Et en bas dans la rue je crois à tout parce qu'ils y croient tellement ! Ils se sont transformés.
Tu vois, cette force du groupe (la troupe de théùtre) c'est juste pour s'Ă©manciper les uns les autres. C'est pour crĂ©er une autre rĂ©alitĂ©. On fait pas un spectacle on s'en fout. Mais on utilise ça pour se permettre de grandir, de tenter des trucs, de se crĂ©er un cadre safe pour etre ce qu'on n'ose pas etre. Et ça, ça s'arrĂȘte pas Ă 18 ans ou a 25 ans. Ou Ă 30. Bien sĂ»r c'est pas les mĂȘmes thĂšmes, pas la mĂȘme Ă©mancipation (enfin quoique). Mais le groupe il t'offre ça. Tu te refais. Tu te charges en vraie vie.
Toi et moi je crois qu'on peut relancer ça.
Hello, je tâaime, tâes oĂč?
Ăa fait bien longtemps que jâai pas Ă©crit ici. Je ne veux pas que ça se perde nos correspondances. Parfois jâai des envies irrĂ©pressibles de te voir, parfois je tâoublie. Jâadore tâoublier un peu, ça me donne des envies irrĂ©pressibles de te voir.
Câest pas si mal la vie en ce moment.Â
Avant-hier soir jâai priĂ© dans mon lit et hier soir je suis sortie au grand hotel amour, il y avait des livres dĂ©dicacĂ©s que jâavais envie de voler. Je ne vole plus maintenant. Je volais quand jâĂ©tais petite. Maintenant jâai une morale.Â
Je tâembrasse de tout mon coeur,Â
raconte-moi une grosse connerie.

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août 2008 (décembre 2017)
Mon Aurore, pas plus tard que hier soir, je suis revenu sur cette histoire. Je faisais un nouvelle lecture de mon livre et rentrais, aussi, dans un nouveau cycle. Je voulais la commencer par un tout nouveau texte, Ă©crit pour lâoccasion. Qui me ressemble maintenant.Â
Il y a dĂ©jĂ eu sept lectures. Et la septiĂšme Ă©tait essoufflĂ©e. Je racontais la mĂȘme chose, quelque chose sur le 21e siĂšcle, et dĂ©sormais je voulais en sortir. Mon histoire est une vie dâhomme, pendant cinq annĂ©es, fouillĂ©es par un archĂ©ologue sensible aux symboles.Â
Tu Ă©tais prĂ©sente. Tu Ă©tais complice. Et parfois tu riais et ça me donnait du courage. Câest toi qui mâa dis : âtombe de ta chaiseâ. Câest ce que jâai fait.Â
Je nâai pas beaucoup de mots en ce moment. Mais je sens que jâai quelques clĂ©s Ă chercher dans cette histoire de cascade. Alors je remets tout le texte ici, pour quâon soit, encore une fois, des tĂ©moins lâun pour lâautre.
âVoilĂ ce quâil sâest passĂ© :
Environ six mĂštres de haut. Un bruit sourd qui recouvre tout. Et du coup, le silence des humains. Nous sommes quatre. Des clients de lâhĂŽtel, Nando le guide, et moi. Je me suis permis une journĂ©e dâabsence Ă lâhĂŽtel parce que mon stage finit bientĂŽt. Avec la complicitĂ© de Nando.
Au dĂ©part on ne la devine pas, la cascade. On entend juste un fond dâorage. Mais lâorage chante un ton plus clair. Comme sâil souriait. Un sentier serpente longtemps dans la jungle. Le bruit devient plus fort. On sâapproche, magnĂ©tisĂ©s. Lâair est frais, un nuage dâhumidité circule entre les bananiers sauvages. Lâeau nâest plus trĂšs loin.Â
La cascade, elle est lĂ . Elle est belle ! Je suis extrĂȘmement excitĂ©. Une attirance bizarre. Il me faut absolument la rencontrer, lui parler. Comment ?
Je mâapproche de lâimmense mur dâeau et de ses douches Ă©parses. Je voudrais prendre une douche qui rĂ©veille tout mon sang, recevoir sur mon dos tout le plomb de la source. Oui câest ça. Commencer par ça. Ătre frappĂ© par elle. Je voudrais aussi passer derriĂšre le rideau dâeau, collĂ© contre la roche pour observer la furie. La violence qui ne tarit jamais. Ătre le spectateur de ça.
Mais non, attends, ça ne semble pas me suffire ! Non, regarde comme je grimpe maintenant, comme jâescalade les rochers, je cherche des prises sur les masses pleines dâĂ©claboussures et dâalgues vertes. Je grimpe ! Je mâarrĂȘte. Je vois bien que câest trop glissant, il faut ĂȘtre raisonnable. Mais je nâen ai pas assez.
Alors que la colonie des autres sâinstallent autour de la piscine naturelle que la cascade a creusĂ© en tombant, je poursuis mon exploration. Et câest trĂšs bien car il nây a pas dâexplications Ă leur donner. Toute explication est avalĂ©e par la clameur du torrent.
En se refermant, la piscine naturelle dĂ©gouline sur un plateau de roche par petits filets dâeau. Dâun ou deux centimĂštres de profondeur, sur une largeur de vingt mĂštres. OĂč ça va tout ça, câest quoi la suite ? AprĂšs, il y a forcĂ©ment un autre mur dâeau, plus impressionnant. Il faut aller le chercher lui aussi.Â
Les cascades marchent par escaliers. Elles tombent dâun coup comme des ascenseurs dĂ©crochĂ©s. Puis elles se remettent du choc en rampant leur corps meurtri Ă lâhorizontal, vers un prochain plongeon.Â
La cascade que je ne vois pas, que je nâentends pas, doit ĂȘtre belle. Je nâen suis plus trĂšs loin. Câest trĂšs glissant. Il faut faire attention, ĂȘtre raisonnable. Le petit filet dâeau pourrait faucher nâimporte quoi. Mieux vaut descendre mon centre de gravitĂ©, rester groupĂ©. Je mâassois sur la roche. Les talons devant moi sont comme mes freins, bien appuyĂ©s sur la roche. Mes mains derriĂšre mon dos me retiennent Ă la surface lisse. Je vais coulisser doucement, par petits Ă -coups, me retenir. Je donne une premiĂšre impulsion. Je fais un premier mouvement, pour avancer et...
...
et tout mon corps est emportĂ©.Â
Câest un toboggan, inarrĂȘtable. Je file droit devant sur le cul les jambes en lâair. Vers le vide. La roche me pousse, elle me donne tout lâĂ©lan et mes bras tapent sur elle impuissants.Â
Câest une rampe de lancement.Â
Jâai juste le temps de me traiter dâimbĂ©cile et dâimaginer que câest la fin. Je jure :
âMerde. Merde ! MERDE !â
Je me souviens de ma voix intérieure. De son crescendo.
Je tombe sur un obstacle avec une violence dont je ne me rappelle pas. Je rebondis. Quelques mĂštres plus bas, je sombre dans de lâeau. Ma conscience vacille, je pourrais mây laisser tomber. Dormir lĂ , dans lâeau comme du coton. Un instinct rugit : âsors de lĂ , sors-toi de lĂ !âÂ
Je fais lâeffort.
La tĂȘte sort de lâeau, les yeux se rouvrent. Le corps est dans un petit bassin. Câest lĂ quâil est tombĂ©. Il attend.Â
Quâon vienne le chercher.
Quâon vienne.
La cascade reprend sa forme dans le regard. Elle est encore floue. Câest un mur de quatre ou cinq mĂštres. TrĂšs arrondi. Autour, il nây a pas de bassin. Il nây a que celui lĂ . Juste assez large. Dâun profondeur Ă peine suffisante. Enfin, je crois.
[â Qui es-tu, enfant rescapĂ© ? Pourquoi ces os nâont-ils pas frappĂ© le vif de la roche ?
â Jâai Ă©tĂ© protĂ©gĂ©
â ProtĂ©gĂ© ! Et pourquoi tu reviens vers le torrent qui submerge avec le dĂ©bit de tes mots, tes phrases, Ă toute vitesse. Tu en veux Ă la puissance de lâeau qui hurle...]
...Quand je suis en bas dans le petit bassin, je suis blessĂ© mais conscient. Je soutiens mon bras gauche. Mon dos brĂ»le. Jâattends quâon vienne me chercher. Quâon vienne. Le son Ă©tourdissant de la cascade. On ne vient pas. On nâentend pas mes appels. Et quand enfin on vient guetter du haut du mur, on ne comprend pas. On croit que je fais des signes pour me rejoindre, pour venir se baigner dans mon bassin.
On ne vient pas.
Il faut mâoccuper de moi, de ma situation. Seul. Ma traversĂ©e commence sur ce credo.Â
...
Ă gauche ou Ă droite ? Je choisis la droite pour regravir la pente. Câest la jungle. Câest la boue. Je tiens mon bras en Ă©charpe, jâenjambe des arbres morts, trop hauts pour moi. Je tombe. Je crie pour me donner du courage contre la douleur, je dis âvas-yâ. Plus tard, jâapprendrai quâun chemin existait Ă gauche et quâil Ă©tait facile Ă arpenter. Mais sans doute fallait-il apprendre Ă se laisser aider par les chemins. Pour lâinstant je suis Ă droite et la seule chose que jâapprends, câest à ne pas crever.Â
En haut, Nando, les clients, la piscine naturelle. Je mâapproche : âje crois que jâai besoin dâaller Ă lâhĂŽpital. I think Iâm pretty fucked.â
Cet Ă©pisode de ma vie, jâai su le raconter tout de suite mais je nâai pas su le vivre. Le prĂ©sent est parti trop vite.
Je voudrais inviter à faire étape avec moi. à vous baigner dans la piscine naturelle. à réouvrir cet espace qui, un instant, a décidé de nous garder vivant.
Bienvenue.â
Dors bien. Masse toi le pied. Je t'aime et je te trouve vaillant. Parfois je me dis est-ce que moi aussi un jour je vais en prendre dans la gueule comme toi ce soir ? Sommes nous égaux devant la violence reçue. Je touche du bois. Je prends ta souffrance. Je t'aime à fond la caisse.
PS: je sais que toi et moi nous attelons en ce moment Ă ĂȘtre heureux. Mais, est-ce qu'on ferait pas une piĂšce sur ce que notre famille traverse? Il pourrait avoir un personnage, mon pĂšre, qui tire une valise de lettres de deuil derriĂšre lui dans Paris. Il prendrait tout le temps le taxi avec sa grosse valise de deuil.
Aujourdâhui mon frĂšre a fait un geste courageux. Il a dit quâon ne sâentendait pas. Il mâa demandĂ© de le confirmer. Câest vrai. On nây arrive pas. Quelque chose, on ne sait pas, nous en empĂȘche.
Mais dâabord il mâa tuĂ© Ă 40 ans. Il a dit que jâallais fonder des cathĂ©drales sur des sols sans fondations, et quâĂ 40 ans, il ne voudrait pas me ramasser mort.Â
Il a creusĂ©. Il avoue quâil a du ressentiment, quâil nâarrive pas Ă sâentendre avec moi. Et que sans doute, câest quâil ne mâaccepte pas. Il me voudrait autrement. Il pense que ce que je fais nâest pas bon pour moi. Il est un colĂšre quand je me lance dans les explications de mes projets.
Alors tout est Ă recommencer. Câest ça quâon se dit. La seule chose quâil me brĂ»le de faire, câest lui envoyer le texte sur lequel jâai passĂ© un an et demi. Quâil le lise sâil veut. Il pourra le dĂ©chirer, le haĂŻr. Peu importe, il lira quelque chose dont je suis fier et il mây trouvera moi.
Moi je lâai longtemps vu comme quelquâun de sombre, mon frĂšre. Celui qui cassait mes Ă©lans, qui me disait que je nâĂ©tais quâun charmeur. Qui sâen prenait Ă ma lumiĂšre. Il disait que jâaimais ĂȘtre admirĂ©. Il avait raison sur une partie de tout ça. Le reste Ă©tait une museliĂšre.Â
Comment je me sens là tout de suite ? Je suis sonné.
Câest important cette conversation. Câest bien de lâavoir fait putain. Â
Ăa arrive Ă un moment oĂč je viens dâen avoir deux autres du mĂȘme style. Ăa me secoue. Jâai pas envie de contrĂŽler. Jâai pas envie de faire progresser les situations, jâai envie de rester le mec sensible qui va mal en dormir cette nuit. Jâai envie de voir ce que ça va me faire.Â
Mais jâai senti un appel Ă Â lâintĂ©rieur. Le texte, envoie lui ton texte.Â
Je nâai pas de ressentiment. Juste, parfois, lâenvie de pas mâembarrasser des choses qui mâemmerdent.Â
Jâai envie de retrouver la nicham et de les aimer.
Je me sens brut, envie de rien foutre, dâĂȘtre juste moi-mĂȘme.
Je crois que jâai envie de connaitre mon frĂšre, que jâai jamais fait lâeffort de connaitre. Je me contentais de lâaider.Â
Je voudrais connaitre ses amis. Sa bande, ceux quâil appelle âses frĂšresâ. Eux, ils pourront me parler de lui.
CâĂ©tait rue des Martyrs, cette conversation. Ă la sortie dâune visite Ă notre grand-mĂšre. Elle Ă©tait en pleine forme. Elle demandait plus fort, plus souriante quâon vienne la chercher. Ce quâon comprend enfin comme ça : que les envoyĂ©s de la mort se prĂ©sentent. Elle souriait fort. Dehors, devant le divan du monde, cĂŽte Ă cĂŽte sans totalement se regarder, on a eu notre premiĂšre discussion de frĂšres. Je caressais mon vĂ©lo, jâarrachais la gomme des poignĂ©es.Â
Je crois, mais jâen sais rien, je crois que câĂ©tait bien.
Mon Ăloi,
Je ne t'ai pas Ă©crit depuis trĂšs longtemps. Alors pardon. Je vais tâexpliquer.
Jâattendais que ma vie ici Ă Paris prenne une tournure intĂ©ressante. Un ilot bien stable. Je cherchais Ă consolider mon chĂąteau de sable avec mon sable, celui qui nâappartient Ă personne dâautre. Je ne voulais appartenir Ă personne dâautre et du coup notre principe de frĂšre et soeur de sang Ă©tait devenu surranĂ©. Jâaurai mis un point dans la gueule Ă quiconque mâaurait dit que tous les deux on Ă©tait frĂšres et soeur. Cet Ă©tĂ©, je nâen voulais plus de notre fraternitĂ©. Jâavais confiance en personne, jâavais perdu ma confiance en toi.
Mon ilot nâest pas encore parfait. Câest pas terrible. Jâhabite chez mes parents. Jâai des attaches Ă Londres. Je me voile un peu tout le temps la face. RaphaĂ«l ne va pas fort. Je lui donne pas assez dâamour. Je me fais laper le sang par les autres. Je me dĂ©saxe toujours pas mal de ma quĂȘte. J'ai des rages de dent en salves. J'ai mal Ă la dent de la mĂ©tamorphose. Le docteur a dit que câĂ©tait la dent de la mĂ©tamorphose. Je veux rĂ©sister Ă ce principe des hĂ©ritages de merde dont parle les anciens. Je le renie ce truc. Transmission gĂ©nĂ©rationnelle de ma race ouais. Je serais une forteresse dressĂ©e devant tous les gens qui mâemmerdent. Je suis dĂ©chainĂ©e. Je lutte tous les jours pour ma libertĂ©.
Bon Ăloi il faut que je te dise, jeudi dernier, Ă ta lecture, je tâai retrouvĂ© je crois. Retrouver ça veut dire, tu mâas fait rigolĂ©. Je crois que je ne suis pas capable dâautre chose avec toi. Je ne peux que rigoler avec toi. Je veux te voir dans ta doudoune sans manches, encore. Te voir faire le fou qui ne crains rien. Je dĂ©teste tellement la tragĂ©die. Je lâabhorre. Moi ton livre, je le vois frais et cynique.
Nous sommes lundi 21 octobre. Je suis dans un Eurostar qui cette fois-ci rentre Ă Paris. Jâai vĂ©cu un Londres enchantĂ©. Les feuilles faisaient la course poussĂ©es par le vent et on les retrouvait sur les pas de porte des pubs. On se regardait et on disait en se mordant les lĂšvres âthey made itâ. Dans les pubs, on jouait Ă la bataille corse. Câest les plus beaux moments de ma vie mais je ne me le suis pas encore avouĂ©. Je me suis baignĂ©e dans le Ladies pond, longtemps je me suis baignĂ©e. C'Ă©tait lâimmersion parfaite dans le caractĂšre anglais : affranchi, gai, simple, raw. Je les adore les anglais. Ils sont comme des branchages. Ils sont tellement forĂȘts. Ils sont bien plus forĂȘts que nous. MĂȘme dans la ville la plus grosse du monde ils sont forĂȘts. Ils ont des chiens. Ils aiment les chiens. Nous, on ne sait rien des chiens. Ils sont tellement gĂ©niaux les anglais que jâen perds complĂštement mes moyens. Je les ai toutes retrouvĂ©es les Hackney Gazelles vendredi soir. Elles dansaient dans le Bush Hall pour les 70 ans du pĂšre de Lucie. J'Ă©tais malhabile et pas trĂšs Ă l'aise. Je crois que les anglais me fascine et que je me trouve trop incapable, trop limitĂ©e. Je me sentais trop gauche alors jâai pensĂ© : âOkay Aurore, tu vas mettre ton Ă©nergie Ă essayer de te sentir bien Ă Paris. Plus dâentre-deux. Je ne vis plus Ă Londres, il nây a que ça Ă faire : me sentir bien Ă Paris. Tu vas avoir ton groupe dâindestructibles, tu vas insuffler lâĂ©nergie des Gazelles dâHackney, ça passera par le théùtre, par le basket, par le corpsâ. My body comme ils disent. Ăa sonne tellement bien dans leurs bouches le mot body.
Voir Bertrand et ses performers lâautre soir (trois gars Ă©tonnants qui se font appeler le collectif Catastrophe), ça mâa donnĂ© de lâĂ©lan. La nicham doit avant tout etre un collectif joyeux, gourmand, bon dĂ©lire, dĂ©bordant d'amour. Je trouve notre groupe plutĂŽt triste dans cette rentrĂ©e pour ĂȘtre sincĂšre. Une nicham n'a jamais fumĂ© de joints en aprĂšs-midi. Une nicham ne se bourre jamais la gueule sans raison (que aprĂšs un travail bien acharnĂ©).
Bon voilĂ , en gros, je tâai vu en doudoune sans manches et derriĂšre ta lampe torche frontal, tu mâas plu. Je voudrais te donner rendez-vous et lancer un cri dâamour.
le jour oĂč jâai eu peur pour toi
Aurore, il est minuit passĂ©, jâai peur pour toi. Jâai fixĂ© ma limitĂ© Ă 1h du matin. Tu seras alors partie trois heures pour rendre une remorque Ă Bouchemaine qui aurait du te prendre une heure et demi. Sarah mâa dit âSunrise says she feels a bit pissed and she just bumped the trailer into the stone. I donât want her to driveâ. Je suis parti prendre mon permis et tu Ă©tais dĂ©jĂ repartie. Jâai pensĂ© que Nicolas conduisait avec toi. Ce nâest pas facile ce vieux diesel non assurĂ©, sans ceinture de sĂ©curitĂ©, et tu ne sais pas conduire une remorque, jâai vu ton dĂ©part, tu ne prends pas les virages assez larges. Jâappelle Nicolas sur la façade de BeauchĂȘne pour mâassurer quâil est parti avec toi - ça me rappelle Gonzague qui tâappelait de la mĂȘme façon, sur la façade, pour te faire descendre de ta chambre et rĂ©gler son application Europe 1 oĂč il allait passer le lendemain. Sauf que Nicolas ouvre la fenĂȘtre, il nâest pas avec toi.
Jusquâici câĂ©tait Sarah qui portait toute lâinquiĂ©tude et je lui ai dit que je mâoccupais de tout, je ne voulais plus quâelle sâinquiĂšte. Tu es partie sans portable, sur les nationales, la remorque est vide, plus lĂ©gĂšre aux mouvements de ta conduite faite dâĂ -coups et de tes virages trop rapides. Elle pourrait sâenvoler, se retourner, toi avec.
Mais je tâattends. Jâai quand-mĂȘme confiance. Sauf que je te sens absente depuis un peu de temps. Enfin non, ce sont juste tes yeux qui ne sont pas tout Ă fait en face de leurs ouvertures, lĂ©gĂšrement diffĂ©rĂ©s. Comme si tu marchais sur un fil, boursouflĂ©e de vie, de rires, dâamour, et que sur ce fil tu fermes les yeux. Sur ta chute ou sur ton Ă©puisement. Tu veux vivre, aimer, soigner un chagrin dâamour câest tout. Et tes yeux se sont dĂ©calĂ©s. Et ton regard parfois est vide.
Ce soir ce sont tous ces mois de lĂ©gĂšre incomprĂ©hension lancinante Ă tâobserver qui se condensent en un instant, en une sortie sur la route nationale. Pourquoi es-tu partie seule ? Et si je nâai pas encore peur, câest que jâai rĂ©glĂ© mon horloge intĂ©rieure sur 1h du matin et quâen attendant je prends ma douche, je me dĂ©sinfecte le pied, je lis.
Mais jâarrive pas Ă lire.
OĂč peux-tu ĂȘtre en cet instant ?
Quelle est ta route et est-ce que tu as trouvĂ© de lâassistance ? Câest presque sĂ»r que tu as eu un problĂšme car trois heures de trajet câest trop long. Quel problĂšme ?
Je descends me mettre dans le salon parce que jâentends trop de faux bruits de portes qui sâouvrent depuis ma chambre Ă lâĂ©tage. Il y a du vent dans la nuit et Ă chaque fois ce nâest pas toi qui entre. Jâenfile un sac de couchage sur le canapĂ© et je tâattends.
Câest lĂ que jâai le plus peur et que je tâai vu mourir. Jâai vu ma tristesse et ton enterrement. Ă 1h du matin jâappellerai la gendarmerie, je te signalerai. Si lâon mâannonce un accident je ne sais pas ce que je ferai.
Quelques minutes avant 1h du matin tu ouvres la porte. Je me prĂ©cipite, je te regarde. Je ne sais pas ce que tu penses. Jâai depuis longtemps abandonnĂ© lâenvie de tâengueuler. Je te prends dans mes bras et je crois que je dis âje suis content que tu sois revenue, jâai eu peur, je tâaime Auroreâ.
Tu pleures.
Tu dis âjâavais besoin dâĂȘtre seuleâ.
Je sens que jâai dramatisĂ© mais le jour dâaprĂšs, tu laisseras les clĂ©s de la Saxo dans la poche de Sarah qui prend le train pour Paris puis Londres, ces clĂ©s de voiture qui devaient te ramener Ă BeauchĂȘne... Et le jour encore dâaprĂšs, on ratera ton train pour Marseille. Tout Ă©tait de travers. Tout nous disait de freiner des quatre fers. Ăa dĂ©connait. Un jour que je traversais le mĂȘme genre de tourmente, inconscient du cyclone qui me noyait et poussant au-delĂ de mes forces, Lucien mâa dit âTu viens de quitter le port, ton navire est dĂ©fectueux et une tempĂȘte sâannonce. Tu appelles ton armateur et mĂȘme si câest couteux il te dit : rebrousse chemin, rentre au portâ. Alors on est rentrĂ© au port, sur une petite plage de Loire Ă Montrelais. Jâai eu envie de lire ton tarot. Câest utile dans un moment comme ça. Et au moment de poser la carte de lâobstacle, du risque, jâai su sans la voir que cette carte Ă©tait la carte 13, de ce qui sâapparente Ă la mort. Quand on lâa retournĂ©e, mon instinct avait dit vrai. Ăa ne mâa pas Ă©tonnĂ©, je lâai senti trop fort. Tu nâallais pas mourir, ça nâĂ©tait pas la carte de ton futur mais celle de ton risque. Tu flirtais avec un danger, tu testais tes limites sans tâen apercevoir, la fuite en avant. Alors jâai dit : ne dĂ©sespĂšre pas tes esprits protecteurs.
VoilĂ . Ce moment, nous lâavons vĂ©cu ensemble, comme beaucoup dâautres, nous qui sommes si gourmands des expĂ©riences du monde. Jâai eu peur, de cette peur qui donne froid. Mais quand je tâai repris dans les bras Ă la fin de lâĂ©tĂ©, je nâavais plus peur. Je sentais que câĂ©tait passĂ©. Ta mĂšre mâa dit âtu tâes fait du souci pour Auroreâ. Tu lui en avais parlĂ©, ça mâa Ă©tonnĂ©, câest que quelque chose en toi sâĂ©tait dĂ©bloquĂ©. Une Ă©cluse peut-ĂȘtre, vers une nouvelle Ă©tape, un nouveau pan de riviĂšre. Je lui ai rĂ©pondu âcâest vrai, mais maintenant je ne mâen fais plusâ.Â
Finalement câest Gonzague qui est parti, et nous, avec son aide peut-ĂȘtre, nous sommes encore plus vivants.

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on nâa pas changĂ©
Je crois que nous avons une liste complĂšte de gens beaux et ligĂ©riens. Je suis heureux que ce moment arrive, c'est comme remonter Ă notre source. J'ai trĂšs envie de t'Ă©crire sur bombay, je ne trouve pas encore l'Ă©tat pour ĂȘtre avec mes mots, pour sentir ce que je sens. Ce temps de partage de mon texte, des lectures, m'a rendu extrĂȘmement entreprenant, organisateur, planificateur. C'Ă©tait dur. Ici, je suis dans un hĂŽtel de californie qui surplombe une pelouse impeccable et des champs d'autoroutes plus loin. Le ciel est imperturbablement bleu. Parfois ma gorge se noue face Ă tout ça. Alors je pense Ă notre source, notre Loire. Je comprends Carmen qui en pleurerait, qui thĂ©orise les contours de sa terre, de sa loire, de ses ancĂȘtres, quand elle est en amĂ©rique. Je le sens trĂšs fort.
Mais je ris aussi avec mes amis, shelby, samara, jack. On se redit tout ce qu'on a vécu. On n'a pas changé.
Cette semaine, la mer dans mon ventre
Cette semaine Il y a quelque chose dans l'air de mon coeur qui me donne le tourni. Mon ventre tourne sur lui-mĂȘme. Il se retourne la nuit dans les miasmes de la cigarette juste fumĂ©e Ă la fenĂȘtre de ma chambre, celle qui Ă©tait pour dire au monde "yolo, vous me volerez pas mon insouciance". Et il y a mes rĂšgles qui surgissent violemment aprĂšs des mois. Je suis blessĂ©e et je saigne mais je ne sais pas pourquoi je suis blessĂ©e et je saigne. Un soir, le dos couchĂ© sur le canapĂ© du salon, les jambes en angle droit dans le vide, mes genoux de basketballeuse qui s'offrent sur la piĂšce avec indĂ©cence. Une discussion avec Carmen. Elle me dit dans sa voix-mouchoir-de-Cholet que notre arriĂšre-grand pĂšre lui a parlĂ©, il a dit qu'il nous aimait. Il y avait un aigle sur le terrain vague du camp de Pologne. Henry l'a bien vu aussi. L'aigle. Carmen dit que c'Ă©tait lui le messager de Jean Saint Bris ce jour-lĂ . L'aigle disait Ă Carmen que Jean nous aimait de tout son amour, il aimait ce que nous devenions, nous les femmes de la famille. Elle pleure maintenant dans le tĂ©lĂ©phone. Elle a mal pour la terre. Elle a mal Ă son animisme, elle a mal Ă sa conviction de viscĂšre. Elle me le dit du bout de sa voix outre-Atlantique et toute mouillĂ©e. C'est le Maghreb d'Annie aussi, les hĂ©ritages du sang tu vois, c'est la Loire, les villes qu'on creusait inlassablement dans la glaise de Montrelais quand on Ă©tait petites. Oui Carmen enfant adorait la peau du lait et la glaise de Loire plus que tout. Elle me lit un conte de notre livre commun, femmes qui dansent avec les loups, une femme Ă qui on retire quelque chose. Je l'avais pas lu. Carmen a fait mon Ă©ducation de femme libre. La nuit est venue et j'ai fait un cauchemar violent. Des femmes qui se donnent la mort pour moi. Une, se suicidera depuis un plongeoir haut comme un chateau dans le ciel. C'est peut-ĂȘtre les petites cartes postales du cap d'antibes que j'ai chipĂ© Ă l'oncle Gonzague dans la chambre bleue. Il y a des plongeoirs en ciment dessus. C'est peut-ĂȘtre parce que ces temps-ci, je commence souvent mes journĂ©es par des bains dans l'Ă©tang d'Hamstead Heath. A Hamstead Heath, Sarah doit toujours trouver un moyen de renverser quelque chose sur moi. Du cafĂ© ou sa gourde d'eau. C'est curieux sa maladresse. On en rigole au nez et Ă la barbe des nageuses sauveteuses. Il est 7h30 du matin. C'est notre moment d'exaltation avant la journĂ©e laborale qui va commencer. Sarah s'est sentie empty aprĂšs son week-end avec Angie. Laure a fait l'amour dans la mer morte avec un soldat de Tsahal Ă 16 ans. Vincent veut faire une soirĂ©e oĂč il rĂ©gnera sur le son, il dit qu'il n'y aura pas le choix. C'est tout ou rien. JĂ©rĂ©my chante au micro : "Balafre, nous sommes balafres" avec les jambes en Presley. Necla m'apprend Ă respirer dans son divorce. Elle dit que c'est pour ça que je deviens rouge quand je fais de l'exercice : je ne respirais pas. Et la nourriture que je vomis dans les toilettes de mon travail. Je voudrais vivre sans frigo, alors je la conserve pas, je la mange et je la vomis. Il y a un Ă©tau autour de mon coeur. Ouais c'est ça un truc qui ne passe pas physiquement. J'ai mal. Au ventre. Comme c'est Ă©trange. Je m'en remet aux bras des gars qui chantent leur mĂ©lancolie. Des torĂ©adors du malheur contemporain. Je replonge dans PNL. Leur Ă©chec de l'amour, leur insatisfaction, leur clairvoyance, leur puretĂ©, leur tout ou rien. C'est des entiers. C'est le Roi Arthur version plan d'urbanisme. J'Ă©coute tellement PNL que je cultive une ville en moi. Une ville Delouvrier avec des aqueducs dans mon encĂ©phale, des lotissements dans mes souvenirs, des stations Esso sur mon systĂšme vasculaire. Ma ville intĂ©rieure ressemble un peu Ă Marseille ou Ă Cap d'Antibes. C'est une ville qui me comprend bien quand je dois exprimer ma rage. Ouais voilĂ , ma ville-rage avec la mer pour l'assainir, pour stopper le feu. Mais tout ça, c'est dans mon estomac, contenu. Mon visage lui se marre sans cesse. Avec Sarah, bien des choses nous font rire, dĂšs 7h du matin, Ă l'arrĂȘt de bus 214 sur la colline de Paramount Hill, on se prend Ă rire. Du type qui dĂ©vale sur son vĂ©lo tour de France en costume de tweed: on rit parce que le vent a posĂ© sa cravate sur son Ă©paule, impeccablement, comme une langue. Sarah elle dit des phrases en anglais, je comprends pas toujours, mais je sais que j'aurai dit les mĂȘmes en français, alors c'est pas grave. On rit des visages qui nous surprennent et nous Ă©meuvent, de la forme des nuages et des chiens et de nous. De ma maniĂšre ratĂ©e de dire "Hackney Downs". De sa politesse maladivement anglaise. De sa famille qui fait des voyages de l'extrĂȘme au pĂŽle nord alors que moi ma famille c'est plus des voyages en Italie sous les cyprĂšs qu'elle aurait fait Ă la place. On rit de son Ă©nergie de forcenĂ©e. Et ensuite, je lui fais promettre qu'on ne deviendra pas les old ladies de Kenwood Pond, on sera mieux que ça, on sera des Natalia Ginzburg et moi, je serai princesse des arbres, des bodies, princesse des ancrĂ©s, des hauts, des touts, des puissants. Ce soir devant l'hippopotamus de la Gare du Nord, maman m'attend et elle a trĂšs mal au ventre. Une douleur inextricable qui la ronge. Elle dit qu'elle n'avait pas rĂ©alisĂ© combien l'intestin contrĂŽlait tout.