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65 - Le coeur dans la BruyĂšre
Tous sâĂ©taient assis autour du feu, frissonnant de plaisir tandis que les flammes les rĂ©chauffaient tendrement. Nephos, Rhaen, David, Shanun⊠mĂȘme Pandoran sâĂ©tait mĂȘlĂ©e Ă eux, bien quâelle restait Ă lâĂ©cart, mĂ©fiante et revĂȘche.
Il y avait lĂ quelques discussions lĂ©gĂšres, des chuchotements et des rires, qui sâĂ©teignirent lorsque Carnyx revint.
AussitÎt, tous le suivirent attentivement du regard. Il était grand temps de raconter une histoire.
Il resta debout un moment, face au cercle. Puis il avança dâun pas et tendit la main vers le feu. Un simple geste, lent et calculĂ©. Sa lumiĂšre changea aussitĂŽt.
Les flammes prirent une teinte plus sombre. LâobscuritĂ© sâĂ©tendit autour dâeux, enveloppant les arbres, Ă©teignant la lumiĂšre des plantes. Au loin, GaĂŻtin, qui montait la garde, nâĂ©tait plus quâune silhouette sombre dans la nuit.
Carnyx observa chacun dâeux, un Ă un, sâassurant de leur attention, et lorsquâil parla enfin, câĂ©tait avec le sourire fier dâun conteur.
â Ăcoutez bien, car cette histoire remonte Ă longtemps, trĂšs longtemps. â
Il sâassit Ă son tour, face au feu.
L'histoire allait commencer.
âšLe coeur dans la BruyĂšre âš Partie 1
Ăcoutez bien, car cette histoire remonte Ă longtemps, trĂšs longtemps.
Elle dĂ©buta Ă lâOrĂ©e du Monde, avant que naissent les routes, avant que soient Ă©rigĂ©s les murs des premiĂšres citĂ©s, et avant mĂȘme que les hommes aient un nom.
Ă cette Ă©poque, le Creux nâavait pas de frontiĂšres. Domaine du puissant divin MatiĂšre, de la Nature et des Esprits, lâharmonie guidait ceux qui y vivaient.
Les esprits y marchaient librement. Les lutins chantaient lâamour au bord des branches, et les ogres en eux dormaient encore bien paisiblement.
Ă cette Ă©poque, la nature parlait encore dâune seule voix. Et en elle, vivaient deux ĂȘtres opposĂ©s, liĂ©s lâun Ă lâautre comme cime et racines.
Il y avait Pin. Un esprit rĂȘveur au cĆur doux, innocent et bon. Et Ă ses cĂŽtĂ©s, se trouvait Bryone, un esprit libre et brĂ»lant, premier Ă ĂȘtre nĂ© dans ses bois et seigneur de ces terres.
Ils se complétaient.
Ils se répondaient.
Et ils sâaimaient sans crainte, car rien ne les sĂ©parait encore.
â⊠ils sâaimaient sans crainte, car rien ne les sĂ©parait encore. â
La voix de Carnyx sâĂ©teignit Ă la fin de sa phrase, laissant le temps Ă ses mots de rĂ©sonner dans lâesprit de son public.
â Ils Ă©taient amoureux⊠â souffla David pour lui-mĂȘme, si bas que ce nâĂ©tait presque quâun murmure. â Ils sâaimaient. â
Rhaen, assis confortablement entre les jambes de David, releva la tĂȘte en lâentendant.
â Les couples de MatiĂšre Ă©taient nombreux autrefois. â chuchota-t-il. â On dit que lorsquâun esprit tombe amoureux, câest pour la vie.
â Lâamour entre les esprits est dâune force rare et sacrĂ©e. â fit Carnyx en se penchant en avant, lâĂ©clat de ses yeux brillants dans le noir. â Les enfants de MatiĂšre ne sont point semblables aux hommes : ils ne sont pas guidĂ©s par lâinstinct de se perpĂ©tuer, ils ne ressentent pas le dĂ©sir charnel. Leurs liens naissent dâun sentiment pur et sincĂšre⊠mais parfois aussi trop ardent pour leur propre salut. â
David hocha la tĂȘte, fascinĂ©. Le silence revenu, Carnyx se redressa et reprit :
â Malheureusement, un jour, comme chaque lĂ©gende du Creux nous lâenseigne, les hommes arrivĂšrent. â
âšLe coeur dans la BruyĂšre âš Partie 2
Malheureusement, un jour, comme chaque lĂ©gende du Creux nous lâenseigne, les hommes arrivĂšrent.
Dâabord peu nombreux, ils intriguĂšrent les esprits, qui ne prirent pas leur prĂ©sence au sĂ©rieux. Comment auraient-ils pu ? Ce nâĂ©tait que des animaux parmi tant dâautres.
Mais au fil du temps ils devinrent de plus en plus nombreux. Ils coupÚrent les arbres, chassÚrent les animaux, et prirent la place qui ne leur était pas destinée.
Le Creux changea. Les chants des oiseaux se fit plus rares, les lutins trouvĂšrent moins de sĂšve Ă boire, et une chose inconnue jusque-lĂ naquit dans le Creux : la Faim.
Une faim lente, profonde, qui rongea lâessence mĂȘme des esprits.
Bryone lutta longtemps. Il se retint, mais seigneur de ces terres, la nature dĂ©pendait de lui. Plus il avait faim, et plus lâherbe se dessĂ©chait et la terre mourait.
Alors il fit un choix terrible pour protéger les siens.
Il se tourna vers les humains et dévora ceux qui ravageaient son sol, non pas par cruauté, mais pour survivre. à chaque vie prise, son corps changeait.
Ses crocs poussĂšrent, ses sclĂšres devinrent noires, et bientĂŽt il fut aussi grand quâun homme. Et plus il grandissait, plus sa rage en faisant de mĂȘme, son esprit se durcissant tandis quâil devenait un ogre.
Mais pendant tout ce temps, Pin refusa quant Ă lui dâarpenter le mĂȘme chemin. Il refusa de manger les hommes, mĂȘme pour survivre, car il voyait en eux des ĂȘtres encore jeunes, capables dâĂ©merveillement, capables dâapprendre Ă comprendre la nature.
Les yeux de leurs enfants lui rappelaient ceux des lutins naissants, et Pin ne pouvait se résoudre à leur faire du mal.
Alors il se retira, sâaffama, sâaffaiblit. Et plutĂŽt que de cĂ©der, il se laissa partir.
Pin mourut de faim, sous les yeux de celui quâil aimait, un sourire heureux dâavoir fait le bon choix peint au bout des lĂšvres.
Le cri de Bryone ce jour-lĂ fut si dĂ©chirant quâil Ă©branla les murs du Creux et hanta les Ăąmes de tous ceux qui lâavaient entendu.
â Le cri de Bryone ce jour-lĂ fut si dĂ©chirant quâil Ă©branla les murs du Creux et hanta les Ăąmes de tous ceux qui lâavaient entendu. â
Il y eut un silence aprĂšs ces mots, qui ne fut brisĂ© par un lĂ©ger sanglot. David, lâair absent, se pencha machinalement en avant et dĂ©posa une main sur lâĂ©paule de Rhaen, qui se recroquevilla, les yeux brillants.
Nephos à cÎté lui prit la main.
â Qui hanta lâĂąme de tous ceux qui lâavaient entendu, et celle de Rhaen. â ajouta Carnyx en haussant un sourcil.
Nephos leva les yeux au ciel, avant de tourner la tĂȘte pour Ă©changer un regard ennuyĂ© avec David, mais ce dernier ne le remarqua pas.
Il était plongé dans ses pensées, les sourcils froncés, comme si les mots de Carnyx remuaient quelque chose en lui.
Et câĂ©tait bien le cas. Il nâavait jamais entendu parler des ogres ainsi, et dâune naissance liĂ©e Ă la faim. Ce nâĂ©tait pas ainsi quâils Ă©taient prĂ©sentĂ©s dans les lĂ©gendes avec lesquelles il avait grandi.
Tout était à la fois confus et étrangement clair.
Nephos laissa David à ses pensées, se retournant de nouveau vers Carnyx, quand ce dernier reprit :
â Bryone⊠ah, Bryone ne pouvait accepter la mort de son bien-aimĂ©. Il ne pouvait pas vivre dans un monde oĂč Pin nâexistait plus. Il ne voulait pas. â
âšLe coeur dans la BruyĂšre âš Partie 3
Bryone⊠ah, Bryone ne pouvait accepter la mort de son bien-aimĂ©. Il ne pouvait pas vivre dans un monde oĂč Pin nâexistait plus. Il ne voulait pas.
Alors il partit, cherchant Nemus, le gardien des essences de MatiĂšre, celui dont on disait quâil ramenait les esprits tombĂ©s trop tĂŽt. On disait quâil Ă©tait lâune des Mains de MatiĂšre.
Bryone le supplia, Ă genoux, la voix tremblante, les yeux brillants dâespoir, de ramener Pin Ă la vie.
Nemus écouta son histoire, patient, compatissant.
Et Ă©videmment, il accepta de lâaider.
Mais ensuite, il rĂ©vĂ©la le prix de ce miracle. Oh⊠comme le prix Ă©tait terrible. Il fallait un enfant dâhomme, un enfant vivant, sacrifiĂ© pour servir de terreau au vaisseau qui porterait lâesprit renaissant.
Bryone nâavait aucune compassion pour les hommes, et pourtant, il sentit son cĆur se serrer Ă cette idĂ©e.
â Je suis devenu ogre en mangeant des hommes⊠â murmura-t-il. â Oui, je lâai fait. Pour protĂ©ger mes terres. Mais Pin⊠Pin est mort pour ne jamais avoir Ă faire cela. Jamais il ne me pardonnerait si son retour Ă©tait au prix de lâĂąme dâun enfant. â
Il ferma les yeux. Il tenta de se retenir, de rester ferme. Mais la détresse⊠oh, la détresse de son absence, le vide que Pin avait laissé en lui⊠elle le déchirait depuis trop longtemps.
Ses convictions⊠elles vacillÚrent.
Elles ne suffisaient pas Ă lâarrĂȘter.
Il se persuada que mĂȘme sâil ne lui pardonnerait jamais, au moins, Pin serait vivant. Lâabsence de pardon pour la vie de son aimĂ©, Ă©tait-ce si cher payĂ© ? Non, bien sĂ»r que non.
Alors, il céda.
â Il se persuada que mĂȘme sâil ne lui pardonnerait jamais, au moins, Pin serait vivant. Lâabsence de pardon pour la vie de son aimĂ©, Ă©tait-ce si cher payĂ© ? â murmura Carnyx. â Alors, il cĂ©da. â
Nephos renifla en croisant les bras.
â La plus belle preuve dâamour quâil aurait pu lui donner, ça aurait Ă©tĂ© de respecter ses derniĂšres volontĂ©s. â fit-il dĂ©daigneusement. â Ce nâest pas de lâamour ça, mais de lâĂ©goĂŻsme. â
David hocha doucement la tĂȘte, pour approuver. Carnyx sourit, et se pencha en avant, reprenant lentement :
â Il cĂ©da, oui. Mais ce ne fut pas tout Ă fait un enfant que le destin rĂ©clama. Bryone avait tant priĂ©, tant suppliĂ© Nemus, que ce dernier, touchĂ© par cet amour, accepta dâouvrir une porte quâil aurait peut-ĂȘtre mieux valut laisser close. â
âšLe coeur dans la BruyĂšre âš Partie 4
Il céda, oui. Mais ce ne fut pas tout à fait un enfant que le destin réclama.
Bryone avait tant priĂ©, tant suppliĂ© Nemus, que ce dernier, touchĂ© par cet amour, avait cherchĂ© auprĂšs des siens un moyen dâouvrir une porte quâil aurait peut-ĂȘtre mieux valut laisser close.
Car Nemus Ă©tait trĂšs clair : Les adultes ne fonctionnaient pas. Lui et ses compagnons avaient essayĂ© autrefois⊠et de leurs Ă©checs, rien nâĂ©tait jamais nĂ©.
Rien.
Ainsi, lorsque Bryone revint, prĂȘt Ă sacrifier un enfant, les yeux brillants autant de conviction que de regrets, Nemus lui dĂ©posa une main sur lâĂ©paule.
Il lui proposa un choix Ă©trange, risquĂ©, quelque chose qui nâavait encore jamais Ă©tĂ© tentĂ©.
â Prenons un jeune homme entre les deux. Lâun qui ne serait ni tout Ă fait enfant, ni tout Ă fait adulte. Assez jeune pour peut-ĂȘtre survivre au rituel, et assez vieux pour apaiser la conscience de Pin. Je ne te promets pas de rĂ©ussite⊠mais cela vaux peut-ĂȘtre la peine dâĂȘtre tentĂ© ? â
Il y avait justement dans lâun des villages asservi, un jeune homme qui ne grandissait pas aussi vite que les autres. En plus dâĂȘtre rejetĂ© pour sa diffĂ©rence, il Ă©tait sans famille, sans bĂ©nĂ©diction des esprits, un homme que les siens avaient dĂ©jĂ abandonnĂ©s.
Il vivait seul et son avenir⊠il nâen avait pas.
Il était parfait.
CâĂ©tait une offrande du destin.
Alors, une nuit sombre, oĂč les bois sâĂ©taient tut pour attendre solennellement le retour de Pin, ils accomplirent le rituel avec lui.
Son sang nourrit la terre, tandis que lâessence de Pin fut glissĂ©e dans le corps offert.
Et Pin revint effectivement.
Mais⊠il ne revint pas entier.
Un esprit ancien, mĂȘlĂ© Ă un corps presque achevĂ©, câĂ©tait comme une volontĂ© dâarbre liĂ©e Ă une Ăąme humaine dĂ©jĂ forgĂ©eâŠ
LâidĂ©e⊠oh, lâidĂ©e nâaurait jamais pu fonctionner.
Ils auraient dĂ» le savoir.
Ils auraient dĂ» le deviner.
Mais il était déjà trop tard.
Pin vivaient désormais avec deux voix.
Deux voix qui partageaient la mĂȘme poitrine.
Lâune douce, ancienne, fatiguĂ©e, qui avait dĂ©jĂ acceptĂ© sa mort.
Lâautre dure, combative, affamĂ©e dâune profonde envie de vivre.
Et Bryone⊠Bryone le sentit le premier.
Le Pin quâil aimait⊠oh, il Ă©tait encore lĂ . Mais il lui glissait entre les doigts. Ils ne se comprenaient plus.
Ils étaient devenus deux étrangers.
â Ils Ă©taient devenus deux Ă©trangers. â
La voix de Carnyx sâĂ©tait Ă©teinte, dans un murmure. Il paraissait presque⊠attristĂ© par lâhistoire quâil racontait. Comme si elle le touchait bien plus quâil nâaurait aimĂ© lâadmettre.
David quant à lui ne savait pas quoi penser. Beaucoup de choses le surprenaient au fil du récit. Des choses qui semblaient évidentes pour les autres, mais que lui ne découvrait ce soir.
Nemus faisait revenir les esprits ?
Et il sacrifiait des enfants pour ça ?
Il comprenait soudain bien mieux pourquoi lâogre dâYphen Ă©tait tant mĂ©prisĂ© dans les souterrains. Et pourquoi Pin le haĂŻssait. LâidĂ©e de bouleverser le cycle de la vie ainsi, tout en sacrifiant une Ăąme innocente, le faisait frissonner de dĂ©goĂ»t. Et cette façon de faireâŠ
Ă la surface, ce genre de pratique Ă©tait proscrite. Dans son enfance, Elliot lui avait racontĂ© des histoires sudantes au sujet de mages qui volaient des Ăąmes Ă la lune pour tenter de faire revivre leurs aimĂ©s. Jamais elles ne sâĂ©taient bien terminĂ©es.
CâĂ©tait la morale. Cela ne pouvait pas bien se passer.
Ce nâĂ©tait pas normal.
Carnyx le regardait. Le guerrier, devenu conteur ce soir, semblait avoir perçu son trouble et lui fit un sourire avenant, avant de reprendre :
â Mais Ă©coutez bien la suite, car ce fut la terrible dĂ©cision de faire revenir Pin qui scella leur tragique destinĂ©e pour de bon. â
âšLe coeur dans la BruyĂšre âš Partie 5
Mais écoutez bien la suite, car ce fut la terrible décision de faire revenir Pin qui scella leur terrible destinée pour de bon.
Comme chaque enfant du Creux le sait, bien plus tard, des esprits décidÚrent de se lever contre les Ogres.
Une alliance naquit ainsi.
Des Dames, qui protĂ©geaient autant la nature que les hommes, sâĂ©taient alliĂ©es par dĂ©pit Ă certains esprits que Nemus avait autrefois fait revenir.
Ces esprits, les lutinaes, Ă©taient comme Pin. DivisĂ©s entre deux identitĂ©s. Essais infructueux de Nemus et des siens, ils avaient Ă©tĂ© contaminĂ©s par la perfidie de lâhumain en eux.
Jaloux de la quiĂ©tude dont jouissaient les esprits complets, ils sâopposaient aux ogres par vengeance.
Pin entendit parler dâeux.
Pin, qui nâĂ©tait plus rĂ©ellement le lutin dâautrefois.
Car lâhomme en lui criait fort, et le lutin lui, nâavait quâune envie, celle de sâendormir⊠celle de laisser sa place Ă celui dont le corps avait Ă©tĂ© sacrifiĂ©.
Et pendant ce temps, ce fut lâhomme seul qui rencontra les lutinaes, et les Ă©couta parler de libĂ©ration, de fin de domination, de disparition des esprits de matiĂšre.
Ce fut lâhomme qui les Ă©couta affirmer que les ogres Ă©taient une erreur, que leur faim les avait rendus fous, et quâil fallait abrĂ©ger leurs souffrances.
Oh, et cet homme⊠il trouvait un écho dans leurs mots. Les lutinaes avaient réussi à lui empoisonner l'esprit.
Alors, sous les conseils de ces esprits dissidents, il décida de trahir Bryone.
â Alors, sous les conseils de ces esprits dissidents, il dĂ©cida de trahir Bryone. â
Tous retenaient leur souffle. Carnyx Ă©tait parvenu Ă captiver son public. Plus personne nâosait parler, attendant la suite avec impatience.
MĂȘme Shanun et Pandoran semblaient fascinĂ©s, bien que parfois, des froncements de sourcils venaient troubler la tranquillitĂ© de leurs traits.
Mais pour autant, pas une seule fois, ils nâavaient interrompu Carnyx.
Quant Ă David, tout en Ă©coutant, il listait dans sa tĂȘte toutes les questions qui brĂ»laient ses lĂšvres. Il y avait tant Ă dire, tant dâinformations qui bousculaient ses croyances et des idĂ©es, quâil ne savait plus par oĂč commencer.
â Ils sâaffrontĂšrent. Et dĂšs cet instant, ils nâĂ©taient plus amants, mais enneâ â reprit Carnyx, avant dâĂȘtre coupĂ©.
Rhaen venait dâĂ©clater en sanglots. Il sâessuya les yeux, embarrassĂ©, tandis que tous les regards se tournaient vers lui.
â DĂ©solĂ©. â murmura-t-il. â Câest parce que Bryone⊠il Ă eu le cĆur brisé⊠et maintenant, Ă cause des lutinaes, il encore plusâŠmais⊠câest pas juste⊠le pauvre⊠il Ă©tait⊠amour⊠â
Il nâarrivait pas Ă rassembler ses mots, et les larmes roulĂšrent sur ses joues, aussi nombreuses quâun torrent. David se pencha en avant et serra doucement Rhaen dans ses bras, lui caressant la tĂȘte doucement.
â Chut. Câest bon.
â Je suis dĂ©solĂ©âŠ
â HĂ©. Tu veux tâĂ©loigner un peu ? â fit soudain Shanun en se levant, tendant la main vers lui. â Les autres te raconterons la fin. â
Personne ne sâattendait Ă ce quâil agisse ainsi. Rhaen leva les yeux vers lui, renifla bruyamment, et hocha timidement la tĂȘte.
â Allez, viens alors. â sourit Shanun, tandis que David libĂ©rait Rhaen de son Ă©treinte.
Lorsquâils furent un peu Ă©loignĂ©s, ce fut le son dâun lĂ©ger soupir attendri de Carnyx qui attira de nouveau lâattention vers lui. Nephos croisa les bras et fit :
â Donc ? Ils sâaffrontĂšrent, tu disais ?
â Ils sâaffrontĂšrent, oui. Et dĂšs cet instant, ils nâĂ©taient plus amants. Ils Ă©taient dĂ©sormais ennemis. â
âšLe coeur dans la BruyĂšre âš Partie 6
Ils sâaffrontĂšrent. Et dĂšs cet instant, ils nâĂ©taient plus amants, mais ennemis.
Bryone comprit ce jour-là que son Pin était définitivement parti.
Que lâespoir nâexistait plus.
Celui qui lui faisait face nâĂ©tait pas son lutin bien aimĂ©, mais ce jeune homme abandonnĂ© de tous, qui avait perdurĂ© et prit le dessus. Le lutin s'Ă©tait fait dĂ©vorer.
Lâusurpateur nâavait quâun objectif : prendre la place de Bryone. Les lutinaes lâavaient persuadĂ© quâil ferait un meilleur seigneur de ces terres. Un seigneur plus juste, et plus apte Ă gouverner les hommes qui s'y Ă©taient installĂ©s.
Ils lui murmuraient au creux de l'oreille que Bryone devait sâĂ©teindre, pour quâil puisse rĂ©gner seul.
Et Bryone, quant Ă lui, en apprenant la trahison de Pin, ne souhaitait plus quâune chose : vaincre celui qui portait le nom de son bien aimĂ©, et rĂ©cupĂ©rer lâessence de ce dernier.
Car si le vĂ©ritable Pin sâĂ©tait Ă©teint, son neved, le sanctuaire de son essence, Ă©tait encore en lui, prisonnier, captif dâune prison de chair.
Si le vĂ©ritable Pin ne pouvait vivre, alors son essence se devait de retourner au bois sacrĂ©. Et Bryone Ă©tait prĂȘt Ă donner sa vie, pour rĂ©parer ses erreurs du passĂ©. Pour enfin offrir Ă Pin le repos quâil avait tant dĂ©sirĂ©.
Le combat dura des jours et des nuits.
Une Ă©ternitĂ© qui Ă©branla lâĂ©quilibre de ces terres.
Car mĂȘme si Bryone en Ă©tait le seigneur, Pin Ă©tait bien plus fort. Et il nâĂ©tait pas seul.
Soutenu par les Lutinaes et lâune Dames avec lesquels il sâĂ©tait alliĂ©, il Ă©tait impossible que Pin Ă©choue. Le combat Ă©tait inĂ©gal, perdu dâavance pour Bryone, qui se dĂ©fendit vaillamment avant de tomber.
Pin gagna.
Il triompha de Bryone.
Pourtant, une part de lui, une petite voix dans son cĆur, refusait que Bryone meure.
â Le combat Ă©tait inĂ©gal, perdu dâavance pour Bryone, qui se dĂ©fendit vaillamment avant de tomber. Et Pin gagna. â continua Carnyx.
Assis en tailleur, sa voix grave et posĂ©e continuait de dĂ©rouler les fils de lâhistoire. Il leva les yeux et ajouta :
â Pourtant, une part de lui, une petite voix dans son cĆur, refusait que Bryone meure. â
Tous Ă©taient accrochĂ©s Ă ses lĂšvres. Mais David, lui, nâĂ©coutait quâĂ moitiĂ©. Son regard glissa vers le lac, lĂ oĂč deux silhouettes venaient de sâasseoir sur la berge. Rhaen et Shanun.
Il ne les distinguait pas trĂšs bien Ă cette distance, seulement deux formes sombres englouties par la nuit. Pourtant il pouvait voir dâici que lâattitude de Rhaen avait changĂ©. IntimidĂ© et hĂ©sitant au dĂ©part, les bras le long du corps, le visage fuyant, il Ă©tait maintenant assis, dĂ©tendu comme auprĂšs dâun ami.
Il ne les entendait pas dâici, mais devinait sans peine quâils parlaient. De quoi ? Il nâen avait aucune idĂ©e. Mais ce devait ĂȘtre amusant, car il vit soudain les Ă©paules de Rhaen se secouer, comme sâil riait.
Il esquissa un sourire en coin.
â Pin Ă©tait toujours en lui alors ? â murmura Nephos. â Je me perds entre le faux Pin et le vrai.
â Peut-ĂȘtre⊠peut-ĂȘtre pas. Mais en lui, une voix criait. Une voix incapable de supporter la mort de Bryone. Ătait-ce celle du Pin originel, rĂ©veillĂ© un instant pour sauver son bien-aimĂ© ? Ou celle de lâhomme que certains avaient fini par appeler Pivrak ? Un nom quâil avait pris en privĂ©, sa vĂ©ritable identitĂ©, celle qu'il avait rĂ©frĂ©nĂ© en vivant aux cĂŽtĂ©s de lâogre⊠aprĂšs des annĂ©es Ă apprendre Ă le connaĂźtre. Un lien Ă©tait nĂ©, mais Ă©tait-il la raison de ses hĂ©sitations ? â
âšLe coeur dans la BruyĂšre âš Partie 7
En lui, une voix criait. Une voix incapable de supporter la mort de Bryone.
Ătait-ce celle du Pin originel, rĂ©veillĂ© un instant pour sauver son bien-aimĂ© ?
Ou celle de lâhomme que certains avaient fini par appeler Pivrak ? Un nom quâil avait pris en privĂ©, sa vĂ©ritable identitĂ©, celle qu'il avait rĂ©frĂ©nĂ© en vivant aux cĂŽtĂ©s de lâogre⊠aprĂšs des annĂ©es Ă apprendre Ă le connaĂźtre.
Un lien était né, mais était-il la raison de ses hésitations ?
Personne ne pouvait le dire. Pin, ou Pivrak, Ă©tait terriblement secret. Ses pensĂ©es Ă©taient un mystĂšre que peut parvenaient Ă Ă©lucider. La raison de son refus de tuer Bryone Ă©tait vu par tous comme une envie de le faire souffrir⊠et il nâhĂ©sitait pas Ă en jouer.
AprĂšs des jours et des nuits de rĂ©flexion, sans jamais faillir Ă maintenir Bryone hors dâĂ©tat de nuire, il prit sa dĂ©cision. Sâil ne lui Ă©tait pas possible dâachever Bryone, il Ă©tait nĂ©anmoins possible de le sceller.
â Je lâenfermerais dans la forĂȘt qui nous⊠qui lâa vu naĂźtre. â dĂ©clara-t-il Ă ses alliĂ©s, tandis que Bryone gisait Ă ses pieds, entravĂ©, humiliĂ©.
â Personne ne peut-ĂȘtre certain quâil ne se libĂ©rera pas ! â sâexclama en rĂ©ponse lâun des lutinaes. â La mort serait une option plus sĂ»re.
â Plus sĂ»re, mais aussi plus douce. â rĂ©torqua-t-il alors. â MĂ©rite-t-il de retourner au bois sacrĂ©, et de trouver le repos ? MĂ©rite-t-il cet honneur ? Pour avoir arrachĂ© une essence du bois sacrĂ©, la juste rĂ©paration ne serait-elle pas de lui interdire cette fin ? Il nâattends plus que ça⊠alors, arrachons-lui cet espoir.
â Et comment comptes-tu faire cela ? â
Il fit un signe de tĂȘte, et soudain, la Dame qui lâavait aidĂ© Ă remporter ce combat apparue dans lâombre.
Une dĂ©esse ancienne, qui, touchĂ©e par son histoire, avait sacrifiĂ© la magie qui lui restait pour lâaider Ă triompher.
â Je serais son sceau. â fit-elle, les yeux brillants de rĂ©solution. â Ma fin est proche. Mes terres ne sont plus miennes depuis longtemps, mon peuple rĂ©duit Ă nĂ©ant par les ogres, et je me meurs doucement. Mais si je deviens sa prison de pierre, je subsisterais. Son essence nourrira la mienne pour lâĂ©ternitĂ©. Et ensemble, nous serons au service de tous ces hommes qui furent jadis persĂ©cutĂ©s. Nâest-ce pas lĂ la plus belle façon de lui faire expier ses pĂ©chĂ©s ? â
â Mais si je deviens sa prison de pierre, je subsisterais. Son essence nourrira la mienne pour lâĂ©ternitĂ©. Et ensemble, nous serons au service de tous ces hommes qui furent jadis persĂ©cutĂ©s. Nâest-ce pas lĂ la plus belle façon de lui faire expier ses pĂ©chĂ©s ? â
David, qui se retenait depuis que Carnyx avait commencĂ© Ă conter le dialogue, laissa dâĂ©chapper un petit rire. AussitĂŽt le regard de Carnyx se tourna vers lui, et ses joues chauffĂšrent lĂ©gĂšrement.
â La Dame nâaurait jamais doutĂ© que notre cher David trouve son idĂ©e amusante.
â DĂ©solĂ© ? â grimaça David. â Câest juste que jâai imaginĂ© une Dame parlant avec ta voix. Tu sais comme elle est grave, ça ne va pas trĂšs bien ensemble⊠â
Carnyx leva les yeux au ciel.
â La Dame avait une voix douce comme les pĂ©tales dâune fleur, Ă laquelle le conteur, malgrĂ© ses talents dâorateur, ne pouvait espĂ©rer faire honneur.
â DĂ©solĂ©âŠ
â La Dame qui a proposĂ© de sceller Bryone, câest la Dame dâici ? â demanda Nephos. â Câest celle du village oĂč vont Shanun et Pandoran ? Comment sâappelle-t-elle ? â
Pandoran hocha la tĂȘte, tandis que Carnyx rĂ©pondait :
â Cette Dame, qui offrit sa propre libertĂ© pour sceller lâogre, se nommait Ericae. Mais on lâappelait surtout par son titre : la Dame BruyĂšre. â
âšLe coeur dans la BruyĂšre âš Partie 8
Cette Dame, qui offrit sa propre libertĂ© pour sceller lâogre, se nommait Ericae. Mais on lâappelait surtout par son titre : la Dame BruyĂšre.
Dame de la surface, elle avait autrefois perdu ses terres, et depuis ce jour, elle se mourrait Ă petit feu. Lâabsence des hommes quâelle guidait autrefois, lâabsence de leurs priĂšres et de leur foi, lâentraĂźnait doucement vers lâoubli.
Car une Dame sans terre et sans peuple Ă guider ne pouvait subsister.
Offrir sa libertĂ©, devenir un sceau Ă©ternel pour Bryone Ă©tait une destinĂ©e terrible, mais Ă©galement un moyen de survivre. Et peut-ĂȘtre ainsi, obtiendrait-elle un nouveau peuple Ă guider ?
Cela, lâavenir ne pouvait que le confirmer.
Les hommes qui vivaient sur les terres de Pin nâavaient pas encore de dĂ©esse pour les protĂ©ger. Et Pin ne pouvait quâapprĂ©cier son aide pour que ses terres restent Ă jamais purifiĂ©es.
Ainsi, une alliance forte, inattendue, offrit Ă ce territoire les prĂ©mices du renouveau quâil avait tant espĂ©rĂ©.
La Dame prit Bryone dans ses bras. Lâogre brisĂ© ne se dĂ©battit pas. Elle le serra contre son cĆur, petit ĂȘtre en pleurs, et ensemble, ils devinrent un. Un monument, au centre dâune clairiĂšre, statue de pierre.
Ainsi, Bryone devint le cĆur dans la BruyĂšre.
â La Dame prit Bryone dans ses bras. Lâogre brisĂ© ne se dĂ©battit pas. â poursuivit Carnyx, les yeux rivĂ©s sur Pandoran, qui soutenait son regard sans ciller, attentive Ă chaque mot du conteur.
â Elle le serra contre son cĆur, petit ĂȘtre en pleurs, et ensemble, ils devinrent un. Un monument, au centre dâune clairiĂšre, statue de pierre. Ainsi, Bryone devint le cĆur de la BruyĂšre. â
La nature elle-mĂȘme sembla frissonner Ă ces mots : les feuilles murmurĂšrent, comme caressĂ©es par un vent invisible, reconnaissant lâhistoire dont elles avaient Ă©tĂ© autrefois tĂ©moins. Pandoran inclina lĂ©gĂšrement la tĂȘte, invitant Carnyx Ă poursuivre.
Ă cet instant, penchĂ© vers David, Nephos se rapprocha et lui souffla dans le creux de lâoreille :
â Il ne se dĂ©battit pas⊠mon cul. On parie combien quâil insultait tout le monde ? â
Carnyx se leva alors, sous les regards attentifs de son public, et ajouta dâune voix forte :
â Sachez quâils restĂšrent ainsi longtemps, bien plus longtemps quâon ne pourrait lâimaginer, car aujourdâhui encore, le sceau maintient Bryone et BruyĂšre ensemble. â
âšLe coeur dans la BruyĂšre âš Partie 9
Sachez quâils restĂšrent ainsi longtemps, bien plus longtemps quâon ne pourrait lâimaginer, car aujourdâhui encore, le sceau maintient Bryone et BruyĂšre ensemble.
Une Ă©trange union qui dĂ©cida de sâinscrire dans lâhistoire.
Nâest-ce pas fascinant ?
AprĂšs cela, autour de la statue de la Dame, au centre de la forĂȘt, lĂ mĂȘme oĂč ils furent scellĂ©s, de petits hameaux dâhommes sâinstallĂšrent afin dâobtenir la protection de la dĂ©esse.
Ils la remerciaient de les prĂ©server des ogres, et leur foi, leurs offrandes, permirent Ă la Dame BruyĂšre de retrouver lâespoir.
Elle qui avait autrefois perdu son peuple possĂ©dait dĂ©sormais de nouveau des Ăąmes Ă protĂ©ger. Il nây avait pas de plus grand bonheur pour elle que de voir son vĆu exaucĂ©.
Les hommes remerciaient aussi Pin, qui avait ouvert la voie vers un monde oĂč ils pourraient vivre en paix.
La grande Cité des Pins, quant à elle, se construisit loin de ces bois, loin de ce passé que leur meneur voulait oublier, cacher.
Avec le temps, le peuple grandit.
Le lutin qui avait aimĂ© Bryone sâĂ©tait dĂ©finitivement tu. Il ne restait plus que lâhomme. Un homme ambitieux, puissant, mais seul.
Il régna en méprisant les esprits et en craignant leur retour. Il enseigna à son peuple à les chasser, à les repousser, à leur interdire de vivre à leurs cÎtés.
Son rĂšgne Ă©tait si violent, que sans la prĂ©sence de la Dame pour purifier la terre, cette derniĂšre nâaurait pu survivre Ă sa colĂšre.
Mais ce quâil ignorait câĂ©tait que, durant les siĂšcles qui passĂšrent, Bryone et la Dame apprirent Ă se connaĂźtre.
NichĂ© au cĆur de la dĂ©esse, purifiĂ© par sa magie, la faim de Bryone sâĂ©tait apaisĂ©e. Il Ă©tait devenu le cĆur dans la BruyĂšre, lâĂ©cho de sa bontĂ©, la conscience dans la pierre.
Ils nâĂ©taient plus opposĂ©s. Les siĂšcles passĂ©s ensemble les avaient rapprochĂ©s. Un secret que seuls de rares Ă©lus connaissaient, car les deux esprits ne parlaient maintenant plus que dâune voix.
Quant Ă Pivrak⊠Les siĂšcles passĂšrent, son corps sâĂ©puisa. Il se faisait toujours appeler sous le titre de Pin par son peuple, gardant son nom en privĂ©, mais le vĂ©ritable Pin sâĂ©tait endormi si profondĂ©ment quâil nâĂ©tait plus possible de le rĂ©veiller.
Et sans la conscience du vĂ©ritable esprit, la magie qui maintenait son corps, sâĂ©puisait.
Sachez-le, ĂŽ, mes amis : Pin tente de nous cacher sa fin. Sachez quâil lutte. Il cherche Ă reculer le jour oĂč son corps cĂ©dera dĂ©finitivement.
Ses jours sont comptĂ©s, et cela, Bryone le sait. NichĂ© au cĆur de la Dame, sa faim millĂ©naire apaisĂ©e dans les bras de la dĂ©esse, Bryone fomente avec patience sa revanche.
Car le jour oĂč Pin ne sera plus, Bryone reviendra.
Lorsque Carnyx acheva son rĂ©cit, un bref silence sâinstalla. Mais il fut bientĂŽt rompu par les applaudissements enthousiastes de David.
â CâĂ©tait incroyable. â dit-il avec sincĂ©ritĂ© en posant les mains sur ses genoux. â Jâavais vraiment lâimpression dây ĂȘtre.
â Merci, jâessaie de faire honneur Ă ma Dame. â
Carnyx se leva et se dirigea vers Pandoran, toujours assise, les jambes croisĂ©es. Elle releva lĂ©gĂšrement le menton lorsquâil sâapprocha.
â Et vous, ma chĂšre ? Quâavez-vous pensĂ© de mon modeste conte ? â fit-il en sâinclinant lĂ©gĂšrement, dans une modeste rĂ©vĂ©rence. â Ce ne sont que les mots dâun Ă©tranger, mais jâespĂšre quâils ont su transmettre des Ă©chos de la beautĂ© et la complexitĂ© de lâhistoire de votre peuple.
â Jâai Ă©té⊠agrĂ©ablement surprise. â admit-elle. â Ce nâĂ©tait pas parfait, un peu datĂ©, mais câĂ©tait un bel hommage. Le peuple dâYphen mĂ©rite sa rĂ©putation, vous ĂȘtes effectivement dâexcellents conteurs.
â Câest un honneur de recevoir votre approbation. â
DerriĂšre eux Nephos leva les yeux en tirant la langue, mimant une grimace de dĂ©goĂ»t. David pouffa, apprĂ©ciant la moquerie. Plus les heures passaient, et plus les minauderies de Pandoran lâagaçaient.
Lorsque Carnyx revint vers le groupe aprĂšs quelques mots Ă©changĂ©s avec la jeune femme, David lâinterpella :
â Donc, nous allons escorter Shanun et sa sĆur jusquâau village de la Dame BryuĂšre ?
â Pas exactement. Nous passerons non loin de Mirthalen, mais nous ne nous y rendrons pas. Nous les laisserons au point le plus proche de notre route.
â Oh⊠â fit David, déçu. â Mais⊠tu penses que nous pourrions nous y arrĂȘter ? Si ce nâest pas trop loin, peut-ĂȘtre faire une halte ? â
Il avait prononcĂ© ces mots avec espoir, et Carnyx, surpris par sa demande, fit mine dây rĂ©flĂ©chir.
â Ma foi, nous accomplissons cette mission pour toi et ton peuple. Si tu estimes que nous pouvons nous offrir un jour de pauseâŠ
â Mon peuple est entre de bonnes mains avec Adrepo et Nenia. â rĂ©pondit David. â Et puis⊠je crois que jâai envie de voir cette Dame. â
Carnyx sourit. Il avait compris que David, au-delĂ de lâhistoire, Ă©tait aussi intriguĂ© par les Dames depuis leur discussion dans les cavernes dâĂme.
Sa curiositĂ© Ă©tait naturelle, surtout sâil portait en lui un lien de sĂšve avec elles.
â Et bien dans ce cas, câest actĂ©. Nous ferons une petite pause Ă Mirthalen. â
Puis, lorsque Pandoran nâĂ©coutait plus, il se pencha vers David et ajouta Ă voix basse :
â Alors, tu as hĂąte de rencontrer ta grand-tante ?
â Pfft. â
AprĂšs le conte, la fatigue tomba et ils ne tardĂšrent pas Ă installer leurs couchages. La journĂ©e avait Ă©tĂ© longue et Ă©prouvante pour tous et le temps des discussions sâĂ©tait achevĂ©.
Ils dormaient depuis un moment lorsque David se réveilla.
Rhaen venait de bouger contre lui, et son léger ronflement, directement dans son oreille, l'avait tiré du sommeil.
Profitant que Rhaen a changĂ© de position, permettant Ă David de pouvoir sâĂ©loigner sans rĂ©veiller le jeune homme, ce dernier se leva. Un besoin pressant se faisait sentir. Il sâĂ©loigna du camp, veillant Ă ne pas dĂ©passer la limite magique, puis se soulagea.
Il remontait son pantalon lorsquâune voix sâĂ©leva dans lâobscuritĂ© :
â Jâai beau nourrir peu dâaffection pour le prĂȘtre de MatiĂšre, il faut reconnaĂźtre quâil manie fort bien les mots. â
David se retourna aussitĂŽt. PerchĂ© dans un arbre, penchĂ© en arriĂšre, la tĂȘte Ă lâenvers, Lucus lâobservait, un immense sourire acĂ©rĂ© fendant son visage.
â MĂȘme si, cela est Ă©tonnant, je le sais, je dois avouer que les histoires dâesprit scellĂ©s ne sont guĂšre mes prĂ©fĂ©rĂ©es.
â Toi ! â siffla David Ă voix basse. â Tu peux pas me laisser en paix ? Et sĂ©rieusement, tu es obligĂ© de venir me voir Ă chaque fois que je vais me soulager ?
â Allons, allons⊠â rĂ©pondit Lucus dâune voix chantante. â Et se priver dâun tel spectacle ? Ce serait un crime. â
Il se redressa, disparut, puis réapparut à cÎté de David. Celui-ci grimaça en faisant un pas de cÎté.
â Quâest-ce que tu me veux ? Si câest pour tenter de reparler du marchĂ©âŠ
â Oh ! Je venais simplement saluer mon trĂšs cher ami. â sâexclama Lucus en se collant Ă David, le bras posĂ© sur son Ă©paule, tandis que son corps lĂ©vitait comme sâil ne pesait rien. â Je prends notre relation trĂšs Ă cĆur, vois-tu. Premier ami depuis mon grand retour sur la scĂšne du monde⊠et ne dit-on pas quâune amitiĂ© doit ĂȘtre entretenue, nourrie de nouvelles rĂ©guliĂšres ?
â Et dire que jâespĂ©rais quâil soit dĂ©jĂ loin⊠â marmonna David.
Lucus gloussa. Il relĂącha David et sâenvola pour se poser sur une branche. Il croisa les jambes avec Ă©lĂ©gance, sâĂ©claircit la gorge, puis reprit :
â Cependant, je porte aussi un message de la plus grande importance ! Vois-tu, jâai Ă©tĂ© mandatĂ© par mon trĂšs cher Unam, qui souhaitait te glisser quelques mots. Il est un peu timide.
â Quâest-ce queâŠ
â Tu as sans doute remarquĂ© que mon adorable rejeton sâest trouvĂ© une taniĂšre fort confortable dans le sac de ton compagnon ? Bien sĂ»r, le choix de sa nouvelle rĂ©sidence lui appartient, un parent doit laisser son enfant prendre son envol ! â sâexclama Lucus. â MĂȘme si, entre nous, câest tout de mĂȘme une belle faute de goĂ»t. Ce cuir usĂ© empeste les plantes.
â Je ne veux pas ĂȘtre mĂȘlĂ© à ça⊠Si câest pour nous espionnerâŠ
â Oh, point du tout ! â protesta Lucus en portant une main Ă son cĆur. â Simplement⊠ton ami confie souvent son sac Ă lâun de vos camarades. LâefflanquĂ© au regard sombre. Peu dĂ©licat, celui-lĂ . Sâil pouvait sâabstenir de tout contact avec ce navire, Unam lui en serait fort reconnaissant.
â Quoi ? Tu parles de Nephos ?
â Oui. Unam nâaime pas ĂȘtre portĂ© par ce serviteur lĂ . Il manque de dĂ©licatesse. Et vois-tu, malheureusement, lorsque son navire tremble trop, mon petit a le mal de sac.
â Le mal de⊠quoi ? HĂ© attends reste lĂ â â
Lucus Ă©clata dâun rire cristallin, fit une rĂ©vĂ©rence exagĂ©rĂ©eâŠ
⊠et disparut.

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<3
Bienvenue dans ma modeste Ă©choppe đ„°
Je me suis dis que ça vous intéresserait, c'est un exercice que je fais depuis quelques temps <3
Ceux lĂ je les ai fait juste avant le chapitre sur Lucus.
On peut voir que j'avais dĂ©jĂ quelques petites idĂ©es, les cristaux, les deux p'tits feux-follets ( c'Ă©tait censĂ© ĂȘtre un couple qui se fait un calin ), etc. Le premier dessin, c'Ă©tait une idĂ©e de David ou de Lucus heureux de retrouver l'extĂ©rieur.
Bref on est pas à l'abri de voir ces p'tites idées utilisées ici ou là dans l'histoire mais voilà . Backstage x)
Alors, quelles sont vos planches préférées ?
( La numérotation c'est pas leur ordre de création ou de lecture, c'est juste pour vous aider pour répondre à la question aha )
Lucus~

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Parce qu'un mois de mai sans sirĂšne n'est pas un vrai moi de mai n'est ce pas ? đ©”
C'Ă©tait un dessin assez chouette Ă faire, j'adore expĂ©rimenter comme ça tout en restant quand mĂȘme dans ma zone de confort, ça me dĂ©tend.
Les trois Grands Divins.
Votre énergie mérite mon respect, mais vous ne tarderez plus à flancher.
Vous redonner la libertĂ© est une nĂ©cessitĂ© si je ne veux point mâencombrer de macchabĂ©es.
Bien quâune compagnie Ă©ternelle pourrait me plaire, les corps et les squelettes, Ă©couter, ne font guĂšre. Il se trouve quâils manquent de conversation. Et ne peuvent apprĂ©cier mes douces chansons.
Voilà pourquoi, pour vous aider à sortir, voici une petite ritournelle qui vous fera réfléchir.
Doubles saisons pour tant de lunes, Chacune est rĂ©elle dans les coutumes. Mais seulement lune est providentielle. Celle qui, entiĂšre, Ă©claire le ciel.Â
Self-portrait
Petite tentative d'auto-portrait~ J'espÚre que ça vous plaira !
Porte du pĂšre, ou celle de lâamant ? Famille ou amour ? Choix dĂ©chirant. Porte dâAutomne, Porte de Printemps Lâune ment-elle, lâautre vraiment ? Au fond du trou ou vers le ciel, Choisissez la route qui vous appelle.

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Les couleurs de RituhĂ«ll âš
Le lendemain, le groupe sâĂ©tait rapidement mis en branle. Aylin Ă©tait partie avec le chariot aux aurores, aprĂšs une longue discussion durant laquelle Carnyx avait semblĂ© tenter de lâĂ©craser sous le poid des consignes et des recommandations.
Il lui avait Ă©galement confiĂ© un parchemin sur lequel il avait Ă©crit son rapport retraçant tous les Ă©vĂ©nements jusque maintenant, afin quâelle puisse le confier Ă Adrepo.
â Les corneilles ont dĂ©jĂ dĂ» lui dire que nous avions atteint les limites de nos terres, mais ça me fera ça de moins Ă lui rĂ©sumer quand nous rentrerons. â avait-il conclus en tapotant lâĂ©paule de la jeune Ă©claireuse.
Cette mention de corneilles avait intriguĂ© David, qui en avait aussitĂŽt touchĂ© quelques mots Ă GaĂŻtin. Il avait dĂ©jĂ vu Carnyx en compagnie dâune corneille, mais il ne sâĂ©tait pas posĂ© beaucoup de questions jusquâalors, imaginant qu'il s'agissait de son animal de compagnie.
â Les corneilles sont au service dâAdrepo. â rĂ©pondit GaĂŻtin en terminant de serrer son paquetage avec un laniĂšre de cuir avant de se redresser. â A chaque mission, il envoie ses corneilles pour suivre Carnyx. â Pourquoi ? â Je ne saurais pas te dire. Peut-ĂȘtre parce que câest le Gardesprit de Hedera, et que ça le rend important ? En tout cas, elles leur servent de messager. Selon Carnyx, Adrepo comprend tout ce quâelles disent. â
David hocha la tĂȘte. CâĂ©tait un peu Ă©trange, mais pas plus que tout ce qu'il avait pu voir dans le Creux.
â Mais elles ne sont plus lĂ . Comment peuvent-elles suivre Carnyx sans entrer dans les grottes ? â Elles ne le font pas. â fit ce dernier en les rejoignant.
En entendant son nom résonner, Carnyx avait décidé de se joindre à la conversation.
â Certains villages savent que les corneilles sont des animaux liĂ©s Ă Adrepo, alors ils les chassent et les tuent pour ne pas ĂȘtre « espionnĂ©s ». â expliqua-t-il en roulant des yeux, trouvant visiblement la situation absurde.â Câest pour ça que notre Lune leur interdit de sâaventurer sur les terres qui nâappartiennent pas Ă Yphen. Il n'a pas envie de retrouver ses petites protĂ©gĂ©es criblĂ©es de flĂšches. â Oh. Pauvres bĂȘtes⊠â Pauvres bĂȘtes, pauvres bĂȘtes⊠Tout est relatif. Ce sont de chouettes compagnes de voyage, mais aussi de vilaines cafteuses qui n'hĂ©sitent pas Ă me trahir quand je fais des bĂȘtises. â plaisanta Carnyx en sâĂ©loignant. â Je vais apprĂ©cier nos quelques jours de libertĂ©, croyez-moi. Sur-ce, assez tardĂ©. Mettons-nous en route. â
Carnyx avait raison lorsquâil avait supposĂ© que le DamhĂ€n, la bĂȘte sacrĂ©e qui les avait guidĂ©s jusque lĂ , ne passerait pas dans les couloirs Ă©troits quâils allaient traverser.
MĂȘme sans le chariot, elle nâaurait jamais rĂ©ussi Ă faire le voyage en dehors du sentier officiel. Certains chemins Ă©taient assez Ă©troits, des pierres rendaient le sol instable et peu agrĂ©able Ă pratiquer. Et David avait lâimpression quâils sâenfonçaient sous terre au lieu de se diriger vers une sortie.
GaĂŻtin menait le pas, attentif aux moindres dangers qui pourraient venir de devant, tandis que Carnyx ne lĂąchait pas ses cartes, attentif et mĂ©ticuleux. Selon lui, ils avaient un trĂšs long dĂ©tour Ă faire. Nephos pour ça part peignait des symboles sur les murs pour marquer les endroits oĂč ils Ă©taient passĂ©s.
David surveillait leurs arriĂšres, mais il devait bien avouer quâil se sentait un peu inutile. Heureusement que Rhaen lui tenait compagnie. Et la prĂ©sence du plus jeune lâaidait Ă relativiser sur sa propre utilitĂ© dans lâorganisation du groupe.
â Câest impressionnant tous ces cristaux. â murmura David en avançant.
Les grottes étaient constellées de cristaux à la lumiÚre pure et chaleureuse, qui éclairait les passages par leur simple existence, donnant un aspect magique et rassurant aux lieux.
Il y en avait beaucoup dans le Creux, et David sâĂ©tait habituĂ© depuis longtemps Ă leur existence. Ils lui rappelaient souvent les rĂ©coltes que faisaient les veilleurs du village de Söl, qui les utilisaient pour sâĂ©clairer et effrayer leurs ennemis. Ils avaient de la peine Ă sâen procurer, car ils Ă©taient de plus en plus rares sur leurs terres, mais ici ils Ă©taient particuliĂšrement nombreux.
â Oui ! Ils sont si jolis ! â rĂ©pondit Rhaen avec un sourire rĂȘveur. â Depuis que nous vivons Ă Yphen, je me sens rassurĂ© par leur prĂ©sence. Il nâen restait que peu dans le village oĂč je suis nĂ©. â Tu Ă©tais rassurĂ© par leur prĂ©sence ? Pourtant, lĂ dâoĂč je viens les Aytrus ont peur des cristaux. Les guerriers de mon village les incrustaient dans des bijoux et sur leurs armes pour les effrayer. â
Rhaen fit aussitĂŽt une grimace en frissonnant. Il demanda avec un regard qui trahissait toute lâhorreur que lui inspirait cette idĂ©e :
â Ils prennent les cristaux ? Ils les utilisent ? Mais⊠mais⊠â Oui. Ils les rĂ©coltent et les gardent jusquâau moment oĂč ils finissent par sâĂ©teindre. â
Rhaen sâĂ©carta aussitĂŽt de David, qui devant sa rĂ©action ajouta sans attendre :
â Ne tâen fais pas, je ne les ai jamais touchĂ©s. Et heureusement, jâai cru comprendre quâils Ă©taient sacrĂ©s pour vous. â Oui. â fit Rhaen en soupirant de soulagement, tout en restant nĂ©anmoins Ă bonne distance de David. â Ce sont des cadeaux du Grand Divin Ăme pour purifier le Creux. On dit quâils poussent lĂ oĂč Ăme a posĂ© sa main. â Des cadeaux de qui ? â Du Grand Divin Ăme. Câest lâun des trois Divins qui ont créé le monde. Le Creux est la demeure de MatiĂšre, mais comme Ăme et MatiĂšre sâopposent sans cesse, quand les esprits favoris de ce dernier ont Ă©tĂ© vaincus Ăme en a profitĂ© pour sâinfiltrer dans ses terres. Les plus gros cristaux, ceux que lâon retrouve sur certains Gwardus sont lĂ pour les garder scellĂ©s. â Hum, je crois que je comprends vaguement. â rĂ©pondit David, qui imaginait sans peine que les Gwardus devaient ĂȘtre les immenses crĂ©atures figĂ©es, semblable aux carcasses abandonnĂ©s, qui avaient des cristaux qui leur poussaient dessus.
Il ne voyait rien d'autre qui aurait pu correspondre Ă la description.
â Les Cristaux sont autant apprĂ©ciĂ©s que dĂ©testĂ©s. Ils nous Ă©clairent et nous protĂšgent d'eux. â continua Rhaen, sans lui laisser le temps de lui demander plus de prĂ©cisions. â Mais comme ils repoussent la magie du Creux, ils nous font du mal si on les touche. â Ils vous font mal ? Comment ça ? â MĂȘme si nous sommes sensibles Ă la magie du Creux et que nous devons nous en protĂ©ger avec les turvenĂ€, elle coule quand mĂȘme dans nos veines. Nous descendons de ceux qui servaient les esprits de MatiĂšre, leur lien perdure en quelque sorte en nous. Câest ce que te disait Carnyx lâautre jour. â Et comme MatiĂšre et Ăme ne sâaiment pas⊠â VoilĂ . â approuva Rhaen. â Certains disent mĂȘme que nous serons maudits par Ăme si nous nous approchons trop de sa magie. Câest un sujet trĂšs sensible, et certains de nos aĂźnĂ©s le considĂšrent comme tabou. â Quel plaisir. â
Rhaen fit un petit rire nerveux. Il regarda les cristaux avec envie et ajouta doucement :
â Mais câest vrai que des bijoux qui sont faits avec, ce doit ĂȘtre trĂšs joli. â Jâai vu pire. â Peut-ĂȘtre que jâaurais aimĂ© voir ça. â sourit Rhaen. â Cependant, quâil y ait autant de cristaux ici nâest pas trĂšs rassurant. Je ne comprends pas pourquoi Ăme aurait pris possession de ces grottes. â Peut-ĂȘtre quâelles Ă©taient faciles Ă revendiquer ? Si personne nây va jamais⊠â Oui, peut-ĂȘtre ? J'aime bien cette idĂ©e. â
â Droite ou gauche ? â demanda GaĂŻtin, sâarrĂȘtant brusquement devant une intersection.
VoilĂ plus dâune heure quâils marchaient, sâenfonçant toujours plus profondĂ©ment dans les cavernes. Ne rĂ©pondant pas tout de suite, Carnyx fronça les sourcils en scrutant ses cartes avec attention. GaĂŻtin sâapprocha et jeta un coup dâĆil au-dessus de son Ă©paule, mais, ne sachant pas lire, il ne put observer quâun enchevĂȘtrement de lignes et de symboles incomprĂ©hensibles.
â Merde⊠â rĂ©pondit finalement Carnyx. â Il ne devrait pas y avoir dâintersection ici. â Quoi ? â DâaprĂšs mes calculs, on devrait ĂȘtre dans un couloir extrĂȘmement long qui remonte vers une caverne reliĂ©e au chemin dâorigine. â expliqua Carnyx en se massant la tempe dâun air prĂ©occupĂ©. â Merde. Ai-je fait une erreur ? â
Rhaen hoqueta, attirant lâattention sur lui. Il Ă©tait pĂąle et se tenait en retrait, les yeux Ă©carquillĂ©s.
â Carnyx, tu crois quâon est⊠dans lâune des⊠? â demanda-t-il dâune voix tremblante, nâosant pas achever sa question.
Carnyx grimaça en réponse. Il posa la main sur le mur et ferma les yeux. Il faisait réguliÚrement cela pour écouter et surveiller la magie alentour.
Une faible lueur Ă©claira la paroi avant de sâĂ©teindre, et il resta ainsi plusieurs secondes, concentrĂ©. Le silence sembla sâĂ©tirer, interminable, jusquâau moment oĂč il se tourna enfin vers eux, la mĂąchoire serrĂ©e.
â Ce nâest pas juste une erreur de cartes. Tu as raison Rhaen, jâai lâimpression que nous sommes sur un chemin alĂ©atoire. â Un chemin alĂ©atoire ? â rĂ©pĂ©ta David, perdu. â Câest quoi, ça ? â Je te lâai dit hier. Câest pour ça quâon reste toujours sur lâitinĂ©raire officiel. Lâignorer peut ĂȘtre fatal. Hors des sentiers battus, les cavernes changent constamment. Elles sont comme⊠vivantes. Jâai organisĂ© notre itinĂ©raire Ă partir des couloirs rĂ©pertoriĂ©s comme stables, mais⊠â
Il laissa sa phrase en suspens. Le voir aussi inquiet nâĂ©tait pas du tout rassurant, et David sentit un frisson lui parcourir lâĂ©chine.
Un silence lourd et oppressant emplit les lieux. Ils paraissaient soudainement bien sombres et menaçants. Rhaen, les mains tremblantes, se mordilla nerveusement la lÚvre en murmurant :
â Si on continue⊠on va se perdre encore plus. On aurait peut-ĂȘtre du faire comme Aylin et rentrer. â
Nephos sâapprocha de lui et posa une main sur son Ă©paule, tentant de le rassurer.
â Rhaen, calme-toi. Ăa va aller. â
Rhaen hocha faiblement la tĂȘte. Ses yeux passaient dâun tunnel Ă lâautre, incertain. David capta son regard et les rejoignit. Sur le chemin, Nephos lui avait confiĂ© que Rhaen avait peur des espaces clos. Bien quâil ait jusque-lĂ rĂ©ussi Ă la contrĂŽler, persuadĂ© quâil en Ă©tait capable, la nervositĂ© gagnait du terrain Ă mesure quâils sâenfonçaient dans le rĂ©seau de cavernes.
â Peut-ĂȘtre quâon devrait revenir en arriĂšre⊠suivre les peintures que tu as faites, Nephos ? â murmura Rhaen.
David sentit une vague dâinquiĂ©tude le submerger. Bien quâil comprenne la peur de Rhaen, son instinct lui disait que ce nâĂ©tait pas une bonne idĂ©e.
â On ne doit pas se prĂ©cipiter. â lui rĂ©pondit-il doucement. â Carnyx cherche une solution. Laissons-le rĂ©flĂ©chir, il connaĂźt ces grottes. Câest notre guide, on suit ses ordres. â Oui, je fais de mon mieux petiot. â
Carnyx soupira, baissant ses cartes, lâexpression plus sombre que jamais. Il jeta un dernier regard circulaire, agacĂ© et frustrĂ©. Mais soudain, un bruit sourd retentit. Il provenait de lâun des tunnels et fit sursauter tout le groupe. Le bruit rĂ©sonna dans les galeries avant de disparaĂźtre aussi rapidement quâil Ă©tait arrivĂ©.
â Quâest-ce que câĂ©tait ? â demanda GaĂŻtin.
Personne ne rĂ©pondit. Le bruit sâĂ©tait tu, et un silence lourd sâĂ©tait de nouveau installĂ©.
â Un Ă©boulement, peut-ĂȘtre ? â suggĂ©ra David. â Je ne sais pas pour vous, mais je trouve que lâendroit nâa pas lâair trĂšs stable. â Et si ça se reproduit ? â pĂąlit Rhaen. â Et si on se retrouvait dans une impasse ? Et que ça nous bloque derriĂšre ? â
Carnyx fronça les sourcils, ouvrant la bouche pour répondre, mais à ce moment, une voix venant du tunnel à droite se fit entendre. Elle était faible, presque imperceptible, et pourtant tout le groupe se figea.
â Vous⊠â demanda Nephos, inquiet, en faisant quelques pas en avant en direction du bruit. â Vous avez entendu ça ? â Câest peut-ĂȘtre un Ă©cho ou une illusion sonore. Ou mĂȘme un esprit. â rĂ©pondit calmement Carnyx. â Je vais voir, restez prĂšs de moi. â
Il sâavança vers lâintersection, plissant les yeux pour observer les deux chemins. Mais contrairement aux autres, Rhaen ne le suivit pas. Il fit un pas en arriĂšre. David lâentendit et se tourna brusquement vers lui, tendu.
â Rhaen, ne tâĂ©loigne pas. â
Mais il ne lâĂ©couta pas. Rhaen fit aussitĂŽt demi-tour et sâenfuit. David hĂ©sita un instant, puis, dans un Ă©lan de panique, se lança Ă sa suite sans rĂ©flĂ©chir davantage.
David se mit rapidement Ă la poursuite de Rhaen. En le voyant disparaĂźtre, englouti par lâobscuritĂ© des cavernes, il sentit la peur lâenvahir. Mais elle ne dura que peu de temps, car Rhaen rĂ©apparut aussitĂŽt dans son champ de vision. Il sâĂ©tait arrĂȘtĂ© et regardait frĂ©nĂ©tiquement autour de lui, lâair paniquĂ©.
â Rhaen ! On ne doit pas se sĂ©parer, on doit retourner vers les autres ! â sâexclama David en tentant de lui prendre le bras.
Mais Rhaen sâextirpa agilement. Il continuait de scruter autour de lui, touchant les murs avec dĂ©sespoir.
â Ils auraient dĂ» dĂ©jĂ ĂȘtre lĂ ! Je ne les trouve pas ! â gĂ©mit-il. â Les peintures de Nephos ont disparu ! Comment on va faire pour rentrer ? â RHAEN ! â
David cria dâune voix forte, faisant presque trembler les murs de la caverne. AussitĂŽt, Rhaen sâarrĂȘta et le fixa dâun air paniquĂ©, ses yeux immenses formant deux grandes billes appeurĂ©es.
â Je⊠je suis dĂ©solé⊠â Bon. Maintenant, tu viens. â gronda David en lui prenant la main, ne lui laissant cette fois aucun moyen de sâextirper de sa poigne. â Câest en te sĂ©parant du groupe que tu te mets en danger. Carnyx te lâavait pourtant expliquĂ©. â
Rhaen hocha doucement la tĂȘte. David sentait quâil tremblait et sâen voulait dâavoir haussĂ© la voix, mais il savait quâil nâavait pas de temps Ă perdre. Il le tira Ă la suite, retournant sur leurs pas pour retrouver le groupe.
Mais ils nâatteignirent jamais lâintersection. Le couloir avait changĂ©. Ils se rendirent rapidement compte quâils Ă©taient perdu, et sâarrĂȘtĂšrent. Le chemin alĂ©atoire sâĂ©tait encore modifiĂ©.
â Merde. â Câest ma faute. â gĂ©mit Rhaen, la voix brisĂ©e. â Je suis dĂ©solĂ©. Jâai paniquĂ© et⊠â Carnyx nâaurait pas dĂ» te laisser le choix. Il aurait du te forcer Ă rentrer avec Aylin. â siffla David. â Mais le mal est fait. â
Rhaen baissa doucement la tĂȘte, honteux. David lui serra la main, sa prĂ©sence chaude le rassurant lĂ©gĂšrement, et il frissonna. Ils Ă©taient dĂ©sormais seuls, mais au moins, ils lâĂ©taient ensemble.
â On nâa pas le choix. â fit David en fouillant dans son sac pour vĂ©rifier son contenu, sâassurant dâavoir toujours quelques vivres et de lâeau. â On va continuer Ă avancer et espĂ©rer retrouver les autres Ă un moment oĂč Ă un autre. â On va tous mourir. â TrĂšs encourageant, merci. â
Nephos nâavait pas immĂ©diatement remarquĂ© la fuite de Rhaen. Le bruit lâavait intriguĂ©, et plongĂ© dans ses pensĂ©es, il avait suivi Carnyx et GaĂŻtin les sourcils froncĂ©s.
Aucun des trois nâavait entendu ou vu David partir Ă la poursuite de Rhaen. Carnyx et GaĂŻtin Ă©taient bien trop avancĂ©s dans le passage dâoĂč venait le bruit, tandis que Nephos tentait dĂ©sespĂ©rĂ©ment de mettre la main sur le souvenir qui lui Ă©chappait.
Cette Ă©trange voix quâil avait entendue au loin, il Ă©tait certain dâen avoir entendu une semblable quelque part. Mais impossible de se souvenir oĂč. Un esprit, peut-ĂȘtre ? Ce doute le rendait irritable.
Carnyx, sans un mot, sâĂ©tait enfoncĂ© plus profondĂ©ment dans le couloir sombre. Nephos le suivit du regard, scrutant ses mouvements, quand il sâarrĂȘta soudain.
Carnyx se baissa alors en touchant le sol de la paume de sa main. Il resta ainsi quelques secondes, les doigts dans la poussiĂšre. Puis, lentement, il leva la main et lâexamina. Nephos aperçut alors de la cendre bleutĂ©e qui brillait sur le bout de ses doigts.
â Demi-tour. â fit Carnyx dâune voix ferme, se redressant dâun coup.
Il sâessuya la main sur son pagne, une expression grave sur le visage.
â On prend lâautre chemin. â Quoi ? Pourquoi ? â Cendre de feu-follet. â rĂ©pondit simplement Carnyx en sâĂ©loignant dâun pas rapide. â Ce sont des esprits dâĂme qui aiment tendre des piĂšges aux hommes. Si nous le suivons, nous sommes morts. â Je ne connaissais pas ces esprits. â fit GaĂŻtin.
Carnyx hocha la tĂȘte. Il avait autant lâair sĂ»r de lui quâagacĂ© et inquiet pas la prĂ©sence de cet esprit. Le regarde sombre et les bras croisĂ©s, il se mordillait la lĂšvre en tapant nerveusement du pied.
â Ils ne sont pas originaires du Creux. Mais Ă ce quâil paraĂźt, il y en a dans le bois sacrĂ©. Nous avons perdu quelques gardes ainsi. Ils les attirent et⊠Bref, il arrive parfois que lâon retrouve des squelettes dans les bois. â
Les mots frappĂšrent Nephos de plein fouet. Il se souvenait maintenant oĂč il avait entend une voix semblable. CâĂ©tait effectivement quand il avait Ă©tĂ© affectĂ© Ă la garde de lâentrĂ©e du bois sacrĂ©. Ă lâĂ©poque, la voix lâavait intriguĂ©, mais il sâĂ©tait forcĂ© Ă nây prĂȘter aucune attention. Il Ă©tait restĂ© immobile, fidĂšle Ă son poste, motivĂ© Ă prouver sa valeur. Mais maintenant, il comprenait quâil lâavait Ă©chappĂ© belle.
â OĂč sont Rhaen et David ? â demanda soudainement Carnyx, ses yeux scrutant le couloir sombre Ă la recherche de leurs compagnons.
Cette simple question fit lâeffet dâun coup de tonnerre. Les deux plus jeunes du groupe avaient disparu.
Nephos se tourna brusquement, ses yeux cherchant son frĂšre dans lâobscuritĂ©. Rien. Aucun signe de lui. Pas un bruit, pas une silhouette. Seulement son absence.
Nephos se prĂ©cipita aussitĂŽt en arriĂšre, sans laisser le temps Ă Carnyx et GaĂŻtin de comprendre. Il courut sans relĂąche, suivant les peintures quâil avait laissĂ©es derriĂšre lui, espĂ©rant quâelles lâaideraient Ă retrouver Rhaen et David.
Mais au fur et Ă mesure quâil avança, le tunnel devint de plus en plus Ă©trange, se tordant sous ses pas comme sâil tentait de changer, mais peinait Ă suivre son rythme. Les symboles quâil avait peints sur les murs devenaient parfois soudainement invisibles avant de rĂ©apparaĂźtre. Il sâarrĂȘta et lâeffet se dissipa. Toujours aucune trace de ses compagnons. Pas un son. Pas une respiration.
Personne.
Rhaen⊠David⊠OĂč Ă©taient-ils ? Nephos sentit lâangoisse remonter le long de son dos, dans un frisson qui lui glaça le sang.
â RHAEN ! DAVID ! â cria-t-il une nouvelle fois, dâune voix Ă©raillĂ©e tant sa gorge Ă©tait assĂ©chĂ©e par les tentatives prĂ©cĂ©dentes.
Mais rien ne répondit. Pas de Rhaen, pas de David, juste la caverne noire autour de lui. Nephos inspira pour reprendre son calme et se remit en marche, suivant ses peintures qui étaient réapparues.
Il sâarrĂȘta Ă nouveau en entendant un bruit. Il Ă©tait faible, presque inaudible, mais Nephos tourna aussitĂŽt la tĂȘte, les sens en alerte. Il sâagissait de bruits de pas.
â Rhaen ! RHAEN ! Je suis lĂ , je vais te sauver ! â sâĂ©cria-t-il en sâĂ©lançant avec espoir dans leur direction.
Puis soudain, il aperçut deux silhouettes. Petit Ă petit, elles devinrent plus nettes et lâespoir quitta le cĆur de Nephos. Il sâagissait de Carnyx et GaĂŻtin.
â Merde. â MERDE ? TU NE CROIS PAS SI BIEN LE DIRE ! â hurla Carnyx avec fureur, le rejoignant dâun pas rapide et Ă©nervĂ©. â Tu es inconscient ! Quâest-ce qui tâa pris de nous semer ?! Tu aurais pu te perdre toi aussâ â On sâen fiche de moi ! On nâa toujours pas retrouvĂ© Rhaen ! RHAEN ? RHAEN, TU MâENTENDS ? â
Carnyx lâattrapa brusquement par lâĂ©paule. Dâun geste rapide, il le poussa contre le mur avant de lui assĂ©ner un coup violent dans le visage. Nephos tenta de rĂ©pliquer, mais Carnyx le bloqua aussitĂŽt, le maintenant par la gorge en lui montrant les dents.
â Tu te souviens des rĂšgles que lâon a Ă©tablies ? NE JAMAIS SE SĂPARER. Tu mâavais assurĂ© que tu la respecterais, alors ne recommence pas sinon te perdre dans les cavernes ne sera pas ton plus gros problĂšme. â siffla Carnyx avant de le relĂącher.
Nephos cligna des yeux, secouĂ© par cette rĂ©action violente. Il avait compris la gravitĂ© de la situation, mais lâangoisse avait pris le dessus. Il se massa la gorge, tandis que Carnyx continua :
â Bon sang. Jâaurais jamais du accepter de vous laisser me suivre. Tu imagines si le couloir avait changĂ© pendant que tu courais comme un idiot ? Deux idiots perdus ne te suffissent pas, tu en veux un troisiĂšme ? â Alors, quâest-ce quâon fait ? â rĂ©torqua-t-il. â On retourne Ă lâintersection et on attend quâils reviennent ? Ou on part Ă leur recherche ? Rhaen nâest pas bĂȘte, ils vont marquer les couloirs oĂč ils passeront. Nous pouvons chercher les traces et tenter de les rejoindre. â
Carnyx leva les yeux au ciel, agacé.
â On ne va rien faire du tout. On continue. Maintenant que jâai une idĂ©e de la magie Ă lâĆuvre et que jâai pu la sentir, je devrais ĂȘtre capable de repĂ©rer les bons chemins mais seulement si on garde un cap clair. Vous avez juste Ă me suivre etâ â Quoi ? Tu veux les abandonner ?! â Je prĂ©fĂšre deux morts que quatre. EspĂ©rons juste qu'ils parviendront Ă s'en sortir. â
Nephos se figea. Les mots semblĂšrent lui faire lâeffet dâun coup de poing dans le ventre. Son visage se tordit de colĂšre tandis quâil poussait Carnyx pour sâĂ©loigner de lui.
â Fait comme tu veux. Moi, je vais continuer Ă les chercher, avec ou sans vous. â
Il tourna les talons, prĂȘt Ă repartir. Carnyx souffla longuement, agacĂ©, avant de faire un signe Ă GaĂŻtin. Ce dernier se faufila dans le dos du jeune sylĂšne, et sans lui laisser le temps de comprendre, lâassomma dâun coup sec.
â Plus jamais jâaccepte dâemmener des mĂŽmes en mission. â murmura Carnyx, se penchant sur Nephos pour vĂ©rifier son Ă©tat. â Allons-y. â
Gaïtin acquiesça, soulevant Nephos sans difficulté avant de le mettre sur son épaule et de suivre Carnyx.
David et Rhaen avançaient dans les cavernes, sans rĂ©ellement savoir sâils sâĂ©loignaient ou sâapprochaient de la sortie. Ils Ă©taient totalement perdus. Rhaen sâaccrochait au bras de David pour se rassurer, refusant de le lĂącher lorsquâils marchaient.
David, quant Ă lui, gardait les yeux fixĂ©s sur les murs, cherchant des repĂšres, nâimporte quel signe qui leur signalerait un chemin sĂ»r. Il avait lâespoir de retrouver un couloir marquĂ© par les symboles de Nephos.
Comme ce dernier lâavait prĂ©dit, Rhaen nâavait pas tardĂ© Ă suggĂ©rer de marquer les murs Ă leur tour. Avec sa peinture pour le visage, celle avec laquelle il dessinait les petites feuilles sur ses joues et son front, Rhaen sâĂ©tait mis en tĂȘte de dessiner des flĂšches pour indiquer les couloirs quâils avaient pris et la direction dans laquelle ils avançaient.
La peinture était un peu trop transparente et il n'en avait pas beaucoup, mais ils n'avaient rien d'autre.
â Je nâaurais jamais pensĂ© Ă faire des flĂšches. â avait songĂ© David, qui devait bien avouer que Rhaen ne sâen sortait pas si mal.
Soudain, au bout dâun couloir Ă©troit, une Ă©trange lueur bleue apparut. Elle disparut aussitĂŽt, comme si elle Ă©tait en mouvement et sâĂ©tait cachĂ©e. Mais les deux jeunes hommes avaient eu le temps de la voir. David sâarrĂȘta, les yeux Ă©carquillĂ©s.
â CâĂ©tait quoi ? â murmura-t-il, se demandant si la source de cette lumiĂšre pouvait les entendre. â Tu lâas vue, hein ? â
Rhaen hocha lentement la tĂȘte. Il avait peur, mais son regard Ă©tait aussi celui quâil avait lorsquâun sujet lâintriguait.
â Au vu de la quantitĂ© de cristaux dans les grottes, ces lieux ont forcĂ©ment un lien avec Ăme. â rĂ©pondit-il doucement. â Et sa couleur-totem est le bleu, ça colle. â Tu penses que cet « Ăme » est ici ? â Quoi ? Non ! Impossible. â rĂ©agit aussitĂŽt Rhaen. â Mais un ou des esprits dâĂme, sans doute. â Câest dangereux ? Tu crois que ça peut nous attaquer ? â
Rhaen tremblait lĂ©gĂšrement, et il se serra un peu plus contre David, tenant son bras comme si sa vie en dĂ©pendait, ses yeux scrutant toujours lâendroit oĂč la lueur s'Ă©tait manifestĂ©e.
â Je ne sais pas. Je nâai pas encore Ă©tudiĂ© ces esprits avec Hedera, alors câest un sujet que je ne maĂźtrise pas. Je viens tout juste dâentamer lâĂ©tude des filles de Magie, tu sais ? â Euh, dâaccord ? â
La lueur rĂ©apparut Ă cet instant, et sembla sâenfoncer dans le couloir, comme si elle les invitait Ă la suivre. Ils hĂ©sitĂšrent. David murmura :
â Tu crois quâon doit la suivre ? â Câest⊠câest peut-ĂȘtre juste une illusion, mais⊠ça pourrait ĂȘtre un piĂšge. Ou une aide. Je crois me souvenir dâune lĂ©gende au sujet dâun esprit dâĂme qui aide les Ăąmes perdues. â De toute façon, on nâa pas trop le choix sur la direction Ă prendre. On est dans un couloir. Soit on continue, soit on fait demi-tour. â
Rhaen ne rĂ©pondit pas tout de suite, son regard scrutant la lumiĂšre mouvante Ă la recherche du moindre dĂ©tail qui pouvait lâaider Ă comprendre ce Ă quoi ils avaient Ă faire. Puis il poussa un lĂ©ger soupir, son visage tendu par lâincertitude.
â Tu as raison. On nâa pas vraiment le choix. â fit-il en levant la tĂȘte vers David. â De toute façon, on ne peut pas ĂȘtre plus perdus que perdus. â Câest pas faux. â rit nerveusement David. â Si ça devient trop Ă©trange, on rebrousse chemin, dâaccord ? â
Rhaen acquiesça sans un mot. Cette lumiĂšre bleue qui semblait ĂȘtre leur seul guide dans lâobscuritĂ© pouvait autant ĂȘtre synonyme dâespoir que de dĂ©sespoir.
Depuis combien de temps arpentaient-ils les cavernes ? Ni Rhaen ni David ne pouvaient rĂ©pondre Ă cette question. Ils suivaient la lueur bleue au loin, avançant dâun pas prudent en se demandant sâils avaient pris la bonne dĂ©cision.
Cette derniĂšre semblait bien dĂ©cidĂ©e Ă les guider, mais sans pour autant vouloir se montrer. Elle restait toujours suffisamment loin pour quâils ne puissent voir que sa lumiĂšre.
â Je me demande Ă quoi cet esprit ressemble. â murmura Rhaen, tentant de garder son calme en alimentant sa propre curiositĂ©.
Ă lâinstant oĂč il prononça ces mots, la lumiĂšre se dirigea vers un sentier Ă©troit entre deux grandes pierres. Elle sâĂ©loigna en accĂ©lĂ©rant subitement son allure. Les deux jeunes hommes Ă©changĂšrent un regard.
â Câest peut-ĂȘtre la sortie. âmurmura Rhaen avec espoir, hochant la tĂȘte pour se convaincre lui-mĂȘme.
Mais David nâen Ă©tait pas aussi certain. Il sâarrĂȘta un instant, son instinct lui murmurant que quelque chose nâallait pas. Mais il dĂ©cida de lâignorer. Ils nâavaient pas dâautre choix que de continuer. Rhaen ralentit le pas, ses yeux errant sur les parois de plus en plus compressĂ©es.
â David⊠ce⊠câest trop Ă©troitâŠ. â mumura-t-il, la voix tremblante. â Je peux pas⊠â Ferme les yeux et laisse-moi te guider. â
Rhaen hocha doucement la tĂȘte et accepta sa main tendue. Ils avancĂšrent lentement, se sentant de plus en plus oppressĂ©s au fur et Ă mesure quâils pĂ©nĂ©traient plus profondĂ©ment dans ce passage Ă©troit.
LâĂ©paule de David lui faisait mal tandis que sa main serrait celle de Rhaen, qui marchait derriĂšre lui. Ce nâĂ©tait pas une position confortable, mais il nâavait pas le choix.
â Il faut continuer. On est au bout, le passage sâĂ©largit devant moi. â fit David, tentant de rassurer Rhaen.
Ă cet instant, il ne regardait pas oĂč il marchait. Et avant quâil ne puisse en dire davantage, David se sentit basculer. Il nây avait plus de sol devant lui, mais un immense trou.
Il tomba dans lâobscuritĂ©, emportant Rhaen avec lui. Ils dĂ©valĂšrent une pente, se heurtant contre des rochers, dans un abĂźme sombre oĂč leurs cris rĂ©sonnĂšrent.
David lùcha un instant son bùton, qui dégringola avec eux, mais le rattrapa aussitÎt. Il tenta alors de trouver une prise avec, tout en gardant la main de Rhaen dans la sienne. Le bout de bois se coinça dans une immense racine, stoppant brutalement leur chute.
David poussa un cri de douleur, ses bras lui donnant lâimpression quâils allaient se disloquer, mais il tint bon et maintint sa prise. Ses yeux se fixĂšrent sur la gigantesque racine qui venait de les sauver, avant de se baisser vers Rhaen.
â On va sâen sortir. Je ne te lĂącherais pas. â cria-t-il en tentant de tirer le jeune homme vers lui, ignorant la douleur qui rĂ©sonnait dans son corps. â Regarde, il y a un trou dans le mur. Essaye de lâatteindre ! Je vais te faire basculer pour tâen rapprocher. â Je⊠Je vais pas y arriver⊠câest trop⊠! â balbutia Rhaen.
Mais David insista, se forçant Ă ĂȘtre ferme malgrĂ© la terreur quâil ressentait :
â Tu dois sauter ! Fais-le maintenant ! â
Rhaen prit une grande inspiration, et avec toute la force quâil avait en lui, sauta. Il atterrit sous le passage et rĂ©ussit Ă sây hisser. Il se recroquevilla aussitĂŽt, le souffle court et les larmes aux yeux. La peur Ă©tait trop forte. Il Ă©tait toujours dans cette position, le visage enfoui dans ses genoux, quand David parvint enfin Ă le rejoindre.
â Ouah. On lâa Ă©chappĂ© belle. â fit ce dernier, en tentant de reprendre son souffle. â Rhaen ! Ăa va aller, on est en vie. â Jâai peur⊠â On va y arriver. Regarde y a un passage, je suis sĂ»r quâon peut rejoindre le reste des cavernes dâici. â fit David en tendant la main vers lui. â Aie ! â
Rhaen releva aussitĂŽt la tĂȘte. David se tenait le bras avec une expression douloureuse sur le visage.
â Tu es blessĂ© ?! â Câest bon. Ăa va passer, allons-y.
â Laisse-moi regarder. Jâai⊠jâai un petit baume dans mon escarcelle. Il apaise la douleur. â insista-t-il, la voix tremblante, tentant de reprendre ses esprits. â OĂč lâai-je mis ? Zut, oĂč est-il⊠lĂ ! â
Sentant que Rhaen nâabandonnerait pas, David enleva sa tunique et sâassit Ă cĂŽtĂ© de lui. Il regarda ses manches, triste de constater quâelles Ă©taient dĂ©chirĂ©es, irrĂ©mĂ©diablement abĂźmĂ©es par la chute.
Le pot de baume Ă©tait minuscule, mais pourtant il suffit Ă recouvrir les Ă©paules et les coudes de David, qui soupira aussitĂŽt dâaise, sentant aussitĂŽt la magie du mĂ©dicament faire effet.
â Jâarrive pas Ă croire que lâon soit tombĂ© dans un piĂšge aussi gros. â marmonna-t-il. â Je suis dĂ©solĂ©, Rhaen. Câest ma faute, on aurait pas dĂ» suivre cette chose, et surtout jâaurais dĂ» regarder oĂč je mettais les pieds. â Tu mâas sauvĂ© la vie. Jâose mĂȘme pas imaginer si⊠tu crois que les guerriers disparus sont tous tombĂ©s dans ce trou ? Peut-ĂȘtre que leurs corps sont en bas⊠et sâil y avait dâautres trous ? â Je veux pas y penser. â frissonna David.