Poney blanc et blanc poney « Quatrième partie » Des chouettes et des sushis 2008-2013
Alors que le prochain opus de Deftones est prêt à être pondu, le malheur touche la bande ; Chi Cheng, le fidèle comparse et bassiste est victime d’un terrible accident, ralentissant toute l’hégémonie du quintuor. Cela n’empêchera pas néanmoins Deftones de sortir l’un des meilleurs albums de leur carrière, suivi d’une autre petite pépite, quelques années après.
I) Eros : un tir manqué
Alors que la tournée du Chaos se termine, que tout le monde lève le pied sur ses side-project, Deftones est prêt à retourner en studio dès 2007, en promettant un futur ovni qui s’intitulera Eros. Prévu initialement pour 2008, sa sortie se voit malheureusement être repoussée après un terrible accident de route dans lequel sera impliqué Chi Cheng.
Percuté par un automobiliste en état d’ivresse alors qu’il était sur le siège passager, ceinture non attachée, cet accident plonge Chi Cheng dans un coma artificiel le 4 novembre 2008, au vu de la gravité des dégâts corporels qu’il a pu subir. Les mois défilent et tout le monde semble être confiant en affirmant que son état est ‘’grave mais stable’’. A partir de ce moment, un énorme élan de générosité et de soutien moral et financier est lancée à travers la prise d’initiative de Gina Blackmore à travers l’ouverture du site ‘’OneLoveForChi.com’’, mais aussi à travers l’organisation de plusieurs concerts dédiés à Chi dont Jeffe Irwin, leader de Will Haven sera l’investigateur. On retrouvera notamment Tinfed, Death Valley High, Eightfourseven, Dj Crook ou bien encore Death Angel. La totalité des droits d’entrées sont directement reversée à la famille de Chi afin de les aider à payer les frais médicaux non remboursés par l’assurance de Chi Cheng ; elle est belle l’Amérique. Tandis que le reste du groupe reste dans un silence médiatique, fort compréhensible, il n’en demeure pas moins qu’il est hors de question d’arrêter l’aventure Deftones afin de perpétuer la force musicale de Chi Cheng qui refuserait la fin de la fin. Le poste de bassiste est donc confié à un certain Sergio Vega, ancien membre de Quicksand, ayant déjà remplacé Chi Cheng en 1999 pendant une courte période. Ainsi le 5 avril 2009, le groupe remonte sur scène avec leur nouveau bassiste à l’occasion du festival Bamboozle Left. Une tournée européenne est annoncée avec pourtant une seule date en France lors du festival le Cabaret Vert à Charleville-Mezière. (Le concert reste néanmoins mémorable, le festival aussi). Très rapidement à la fin de l’année 2009, il est décidé que Eros ne sortira pas au profit d’un autre nouvel album que le groupe est déjà sur le point de terminer.
II) Une vie pleine de diamants, une vie bien chouette (2009-2011)
Le 17 décembre 2009, Chino Moreno annonce officiellement la sotie du nouvel album, prévu pour le 27 avril 2010 (date non respectée par ailleurs). Il n’hésite pas à parler d’un des meilleurs albums jamais réalisés par le groupe, le décrivant comme un fervent mélange entre Around the Fur et White Pony… Il se nommera Diamond Eyes…
Ainsi la première pépite tombe du ciel, et c’est peu dire ; Rocket Skates, premier single, est offert en téléchargement gratuit du 23 février au 9 mars sur leur site. Ce même jour de mars, nous assistons enfin à la diffusion officielle du clip vidéo de Rocket Skates. On se retrouve tout de suite dans une ambiance mixant en effet Around the Fur et White Pony ; la puissance et l’originalité pure de Deftones. Il ne faut pas attendre trop longtemps avant la sortie officielle de l’album Diamond Eyes le 4 mai 2010 qui fait l’unanimité des fans et de la presse ; un chef d’œuvre tant au niveau de la qualité des anciens grands opus de Deftones qu’au niveau artistique de l’époque. L’album s’ouvre sur la mélo-dramatiquement métal qu’est Diamond Eyes. On est tout de suite plongé dans la sphère puissante du nouveau son de guitare de Stephen Carpenter, passant pour l’occasion sur une guitare 8 cordes pour toujours plus de lourdeur. La basse de Sergio Vega apporte un bol d’air frais, avec un groove assuré et supporté par un Abe Cunningham en pleine forme. Les platines de DJ Frank dansent de plus en plus avec les cieux et Chino Moreno est dans une forme vocalement et physiquement olympique. Il ne faut pas attendre trop longtemps avant d’être totalement emporté par la puissance et la rage clairement Groove-métal de Royal et CMND/CTRL, confirmant tout simplement que ce sont eux les patrons et qu’on est très très loin de cette étiquette purulente de Néo-Métal. Car par ces deux morceaux, Deftones prouvent qu’ils savent sans cesse innover et surprendre. Mais ce n’était que le début, car voilà qu’arrive déjà l’orage véritable ; You’ve Seen the Butcher. Morceau sanguinolent d’une lourdeur jouissive et frôlant la perfection musicale. On n’échappera d’ailleurs pas à un clip tout bonnement sensuel et sanglant à l’image de Deftones que je vous invite à découvrir (https://www.youtube.com/watch?v=woAcXSMyCEw). S’en suit la première véritable balade deftonienne de l’opus avec Beauty School, morceau très sympathique qui trouve parfaitement sa place. On retiendra surtout l’innovation rythmique de Cunningham et Vega, démontrant ainsi que le nouveau bassiste fait déjà partie de la famille. Déjà en plein milieu d’album qu’on se prend une petite claque avec Prince, morceau très urbain, et surtout, très à l’image de Around the Fur ; on a juste l’impression d’avoir de nouveau 16 ans, et ça fait du bien. Mais ce n’est pas sans compter la merveilleuse Rocket Skates, qui est clairement une chanson SEXE comme on l’aime chez Deftones. Et quand je dis Sexe, c’est aussi un peu à la limite de la perversion sexuelle que chacun et chacune aime s’attribuer en dérobant son regard face à la beauté des corps. Puis, comme après une parfaite partie de jambes en l’air, épuisant non seulement le matelas, mais aussi les dos à coup de griffes et les cous marqués au fer rouge d’un baisé succulent, arrive la magnifique Sextape. A elle seule, elle saura faire regonfler tous les cœurs malheureux en vous replongeant dans de charmants souvenirs ; une vraie et belle balade respirant le soleil et la bonne humeur. Et alors qu’on se sent attirés par la joie d’entendre un chef d’œuvre musical que c’est déjà presque la fin avec la sublime chanson Risk. Disposant de tout un panel rythmique mettant en avant chacun des membres du groupe, Risk démontre qu’on peut faire du neuf avec du vieux sans se prendre les pieds; une bien belle réussite. C’est ainsi que l’album se termine sur un duo hétéroclite avec 976-Evil et This place is Death. Indissociable l’une de l’autre, ces deux chansons placent la barre très haute à travers une pulsion et une intention artistique venant d’une autre planète. En effet, Deftones ont réussis une disposition parfaite de leurs nouveaux morceaux en offrant un final grandiose où la seule chose qui sortira de votre bouche sera un simple mais sincère : whaaaou !!!! Après pour les petits chanceux possédant la version Deluxe de l’album (la Japan Cover), vous aurez le droit aux bouchées double avec deux très bonnes reprises que sont la superbe Do you Believe des Cardigans ainsi que la somptueuse Ghost du groupe Japan. Mais comme Deftones sont super sympa, ils offriront à leurs fans un très bon album covers (de reprise) en 2011 où il sera possible de retrouver ces deux morceaux ainsi que d’autres déjà disponibles sur le B-Sides And rarities et quelques petites surprises tout de même.
III) Géométrie variable (2012-2013)
Forts de leur nouvelle ascension, Deftones ne perd donc pas de temps et retourne très vite en studio, après une énorme tournée mondiale avec des monstres de la musique tels que Mastodon ou bien encore Alice in Chain, pour ne citer qu’eux.
En mars 2012, Stephen Carpenter confirme que le groupe travaille déjà sur un nouvel opus, produit par Raskulinecz qui était déjà aux commandes du précédant album. Très vite, Deftones offre à ses fans de nouveaux morceaux en concert ; Rosemary ou bien encore une certaine ‘’Roller Derby’’, renommée plus tard ‘’Poltergeist’’. Enfin le 12 novembre 2012 sort enfin Koi No Yokan. Que pouvons nous dire de ce nouvel opus ? Le premier constat à prendre en compte et qu’il est toujours difficile de surpasser un chef d’œuvre engagé précédemment. C’est ce qui malheureusement va affaiblir un peu Koi No Yokan dans la mesure où il est très similaire à Diamond Eyes. L’album commence par un Swerve City intéressant mais pas non plus impressionnant, morceau un peu court et surtout gâché par le pire clip du groupe. Enfin si vous aimez les chevaux et les belles femmes se perdant dans un désert, ça vous regarde. On prend le pas avec Romantic Dream qui rehausse déjà un peu plus le niveau, en offrant un morceau déjà plus original et très rythmé. Enfin, arrive le vrai premier super morceau de l’album ; Leathers. Cette petite perle est à couper le souffle (ce sera d’ailleurs le premier morceau offert par le groupe avant la sortie de l’album), à travers des riffs bien méchants, un chant typiquement Chino Moreno qui aime vous glacer le sang et une base rythmique très solide. On retiendra l’énorme pont qui, à mon sens, fait partie des plus classes du groupe et qu’on retrouve pour un double effet Kiss Cool en fin de gondole. Comme nous rentrons enfin dans le sujet, s’en suit la plus éloquente chanson de l’album, Poltergeist ; un véritable ovni, frais, pure et dur. Même chose, le pont fait mal, très mal. Et comme Deftones ne perdent pas leur bonnes habitude, il était temps de passer à la phase balade avec la très charmante Entombed, de la même trempe que Sextape, Entombed convaincs difficilement au premier abord par son manque d’originalité, mais finalement, on se laisse aller à un peu de douceur dans ce monde de brutes. Après la douceur et les chocolats, on passe à Graphic Nature, certes qui est un morceau au premier abord intéressant, mais qu’on oubliera très vite, tant par sa monotonie que par son manque d’originalité. Heureusement, on l’oublie encore plus vite, vu la belle petite claque sur les fesses qu’on se prend avec Tempest. Avec ce morceau, premier véritable single de l’album, Deftones prouvent encore une fois au monde du Rock qu’ils sont clairement au dessus du lot. Grâce à une mélodie assurée parfaitement par Chino Moreno et la lourdeur instrumentale de ses 4 potos, Tempest s’impose comme un titre phare de Deftones. Difficile après de faire mieux, mais quand même, Gauze assure bien la suite de l’album et on se laisse encore une fois prendre au jeu d’un refrain des plus mélodieux. En tout et pour tout, ce morceau aurait très bien trouvé sa place sur Diamond Eyes, peut être un peu trop d’ailleurs. Sans faire attendre plus longtemps, le morceau le plus réussis dans la carrière de Deftones fait résonner ses premières notes…. Rosemary. On démarre par une phase mélodique, presque post-rock pour se prendre tout à coup un mur de guitares, accompagnant un chant parfaitement maitrisé. Ce n’est que la phase 1 de ce formidable crescendo de notes, puisque le deuxième couplet ainsi que le deuxième refrain sonnent encore plus fort pour nous entrainer dans un sublime pont digne des plus grands groupes de rock. C’est la démonstration d’une parfaite maîtrise des diverses influences de Deftones ; du post-métal-rock en passant par la pop, la new wave ou bien encore le métal démontré par une apothéose digne des plus grands albums de Meshuggah. Tout ceci se termine sur une ambiance très White Pony avant de nous engager vers Goon Squad. Un peu comme on l’avait ressenti sur Diamond Eyes, Deftones entend offrir cet album comme si nous lisions un livre, à travers des enchainements de titres sans coupures. C’est un peu comme ça que se ressent Goon Squad ; indissociable de Rosemary, n’ayant aucun sens sans elle. Puis c’est la fin, une fin un peu morose dans laquelle se conclut What Happened to you ? . Morceau peu intéressant, un peu plat, monotone, inégal. C’est ce qu’on peut donc reprocher à ce dernier opus qu’est Koi No Yokan, un album clairement inégal avec de très bon titres, mais aussi des chansons un peu trop plates. Néanmoins, Koi No Yokan surpasse de très loin le décevant Saturday Night Wrist et surtout, il se place très bien dans la continuité de Deftones.
Que dire de plus à part qu’aujourd’hui, Deftones a le mérite d’exister et de se surpasser à chaque fois. A travers les drames qui verront leur limite atteinte le 13 avril 2013 avec la mort de Chi Cheng après un arrêt cardiaque soudain, mais aussi à travers une reconnaissance forte et un combat acharné, Deftones n’a pas finis de nous surprendre, en attendant le prochain album prévu pour la fin d’année 2015… Allez voyons large, peut-être pour 2016.
nAnzIk










