Fuck cuteness
C'est techniquement Jay qui m'a fait Ă©couter âPlacerâ il y a quelques annĂ©es, mais pour moi c'est Ă©videmment Ămilie qui m'a fait dĂ©couvrir Skating Polly. Je reconstitue cette histoire pour des bonnes et des mauvaises raisons. Pas forcĂ©ment mauvaises mais un peu faciles. Ăvidemment ce sont deux filles et Kelly avait alors 13 ans et Ămilie 11. Je prĂ©fĂšre me dire aujourd'hui que j'ai surtout retenu que c'Ă©tait le premier truc qui remontait d'Ămilie elle-mĂȘme et que putain, c'Ă©tait super bien. J'Ă©tais content de me dire qu'Ămilie ne se contentait pas d'Ă©couter les disques de ses parents. Que si elle a toujours eu ses propres mots et ses propres images, elle a aussi ses propres oreilles et elles sont fines.
Et puis le temps file, et Ă dĂ©faut dâoublier, mes difficultĂ©s dâattention se chargent se ranger les choses dans des boites qui se glissent dans des tiroirs quâon fait coulisser au fond dans des armoires quâon ferme au fond de chambres verrouillĂ©es. Et câest Georges qui plus ou moins involontairement mâa fait Ă©couter âStop Diggingâ, et puis The Big Fit, en boucle.
Une lecture essentialiste de Skating Polly serait probablement la chose la plus conne Ă faire. On sâen branle quâelles soient des gamines (plus pour trĂšs longtemps hein, la plus jeune a 16 ans Ă prĂ©sent). Les Polly ont un sens de la mĂ©lodie et de lâempilement harmonique proprement ahurissant, elles gueulent comme des putois, ont des sons distordus gras qui ne font pas dans la dĂ©coupe mais dans la dĂ©chirure, des structures qui noient leur complexitĂ© dans une fluiditĂ© naturelle. The Big Fit est le disque le plus punk que jâai Ă©coutĂ© en 2016, mais surtout, surtout, jâai rarement Ă©tĂ© confrontĂ©, dans le genre, Ă une composition aussi dĂ©complexĂ©e. Et si certain comptent attribuer ça Ă une sorte de candeur adolescente, ils ont la mĂ©moire bien courte. Comme sâil y avait beaucoup de choses aussi difficiles dans une vie que dâavoir 15 ans. Moi je pense que les Polly ont confiance lâune dans lâautre, et ça câest la chose la plus prĂ©cieuse qui soit, en musique comme ailleurs.
Ămilie, dans le dernier numĂ©ro de lâAutre Musique tu constates que pas mal dâadultes autour de toi refusent de se considĂ©rer comme tel, jâen fait partie sans doute. Tu analyses ça comme un refus dâassumer certaines responsabilitĂ©s. Je peux pas te rĂ©pondre pour tous les autres mais je nâenvisage pas tout Ă fait les choses de cette maniĂšre. La responsabilitĂ© la plus lourde Ă assumer câest de rester en vie, on attend pas dâĂȘtre adulte pour la porter. Le petit milieu du rock et a fortiori du rock indĂ© est pĂ©tri dâabsurditĂ©s tu sais. On se dĂ©fend dâĂȘtre adultes et câest pourtant lĂ que tu vas trouver la plus grosse quantitĂ© de vieux cons. De gens qui vont te dire ce quâil est de bon goĂ»t dâĂ©couter, quâils Ă©taient lĂ avant toi, quâils ont Ă©coutĂ© ça ou ça avant toi, que tu ne peux rien comprendre si tâas pas Ă©coutĂ© ça ou ça avant tel truc, que franchement, ils vont plus voir machin en concert parce que ça a plus rien Ă voir avec ce que câĂ©tait en dix-neuf-cent-quatre-vingt-dix-quelque-chose. Tu vois, on Ă©tait tellement pas cools quand on Ă©tait ados quâon essaie de reconstruire un truc qui nâest jamais arrivĂ© maintenant. Oh oui on a vu 2 ou 3 groupes qui nâexistent plus sur scĂšne, câest vrai. Par hasard souvent, parce que la plupart du temps, on nâavait ni le droit ni les moyens dâaller aux concerts. On aurait aimĂ© quâil nous arrive certaine choses et elles ne sont pas arrivĂ©s, alors on essaie de bien les raconter. Et puis les Ă©vĂ©nements nous ont conduit Ă ouvrir des comptes en banque, souscrire Ă des mutuelles, remplir des feuilles dâimpĂŽts, choisir des mĂ©decins traitants, acheter un lave-linge. Personne ne fait ça avec enthousiasme mais la plupart dâentre nous sâacquittent de ces formalitĂ©s sans trop y faire attention. Certains se cachent derriĂšre pour justifier de ne plus rien faire ou pire, ne plus rien ressentir. Câest dâune grande hypocrisie. Ce sont eux les adultes. Laisse les prendre les Polly de haut en te citant Babes In Toyland et Sleater Kinney ou mĂȘme leur faire le plus grand affront qui soit : les trouver mignonnes.














