Célébration des jeux de la Fête-Dieu en présence de la princesse Pauline qui se rendait aux eaux du Gréoux
Procès-verbal de la Fête-Dieu, en l’an 1807
Source : Archives Municipales d'Aix-en-Provence
Cote du document : fonds AA 55 ; pièce F° 377 v°
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Savoir faisons nous Jean Baptiste Boniface de Fortis, maire d’Aix, que le jeudi vingt huit mai mil huit cent sept à quatre heures après midi, en exécution de notre arrêté du vingt-quatre du courant ordonnant pour cette année, la célébration des cérémonies qui étoient jadis en usage, le jour de la fête-Dieu, nous nous sommes rendus dans la salle de l’administration à l’Hôtel de ville avec MM. Antoine Alexis et Gaston Marius Ovide d’Olivary, nos adjoints, et avons procédé de suite à la proclamation des officiers qui marcheront dimanche prochain à la procession.
Nous avons proclamé pour lieutenant de Prince le sieur Jacques Joseph Augustin Arnaud, étudiant à l’école de Droit de cette ville ;
Pour guidon de Prince, le sieur Suchet fils, négociant ;
Pour Roi de la Bazoche, le sieur Bourgogne fils ;
Pour guidon de Roi, le sieur Houchard fils ;
Et pour abbé de la ville, le sieur Assenat, tailleur.
Ces proclamations faites, nous nous sommes rendus avec messieurs nos adjoints, précédés du corps de musique des gros tambours et des trompettes de la ville, suivis du secrétaire en chef et du receveur municipal, et escortés par un déttachement de la garde départementale, chez chacun de messieurs les officiers ci-dessus nommés pour leur faire part de leur nomination, et ce en commençant par l’abbé qui nous a accompagnés chez le guidon du Roi ; tous deux nous ont accompagnés chez le Roi de la Bazoche et ainsi desuite chez le lieutenant de Prince, d’où nous sommes retournés à l’Hôtel de ville avec tous lesdits officiers auxquels nous avons confié le choix des batonniers, capitaines des gardes, porte enseignes, mignons, etc qui devront les accompagner à la procession.
Le samedi suivant, 30 mai, les jeux se sont répandus dès le matin dans la ville, pour amuser le public et à six heures du soir ils se sont réunis, par nos ordres, sur le cours [Mirabeau], au devant de l’hôtel de Forbin où se trouve logée S.A.I. la princesse Pauline sœur de S.M. l’Empereur, passant à Aix pour se rendre aux eaux de Greoux. Cette princesse a daigné paroitre au balcon et sourire aux divertissements que les jeux ont exécuté simultanément. Le public a saisi cette occasion avec empressement pour témoigner à S.A. la joye qu’il ressentait de sa présence, et l’air a retenti pendant long temps des cris de vive la princesse Pauline ! vive l’empereur Napoléon !
A huit heures du soir, les batonniers de l’abbadie et peu de momens aprèz ceux de la Baroche, sont partis de la place de la métropole et ont fait le tour de la procession en exécutant le pas d’arme, vulgairement nommé la passade. Ils ont observé le défilé devant l’hôtel de S.A. suivant ce qui sera dit ci-après quant au tour de la procession.
A neuf heures précises, le guet composé des divinités du paganisme est sorti de l’Hôtel de ville et a parcouru les principaux quartiers jusqu’à minuit. Son Altesse a paru satisfaite du pas d’armes et du guet dont la marche étoit éclairée par une infinité de flambeaux.
Le dimanche trente et un mai, les jeux ont continué dès le matin à amuser le public. Les tambours de la ville ont parcouru les rues et ont donné des aubades aux fonctionnaires publics.
A dix heures, l’abbé de la ville, le lieutenant du Roi et le Roi de la Bazoche, le guidon du Prince et le lieutenant du Prince se sont rendus à l’Hôtel de ville, précédés de leurs batonniers, capitaines des gardes, porte-enseignes, mignons etc et suivis d’un grand nombre de leurs amis portant des rubans aux couleurs distinctives de chaque grand-officier.
Ce nombreux cortège nous a précédés ainsi que monsieur le sous-préfet qui s’étoit réuni à nous, dans notre marche de l’Hôtel de ville à l’église métropolitaine St Sauveur.
Arrivés devant la porte du chœur, l’abbadie et le Bazoche se sont rendus dans la chapelle de corpus domini où on a célébré pour elles une messe basse.
Le lieutenant de Prince, son guidon, leurs batonniers et leur suite sont entrés avec nous dans le chœur où nous avons occupé nos places accoutumées, ainsi que messieurs de la cour d’appel, de la cour de justice criminelle, des tribunaux de première instance et de commerce, messieurs les juges de paix, etc ; à qui s’y étoient rendus séparément. Messieurs les directeur et professeurs de l’école de Droit étoient placés hors du chœur dans la chapelle dite de Ste Catherine, le lieutenant de prince et son guidon seront placés dans les hautes states, après notre second adjoint et avant le secrétaire en chef de la mairie. Leurs batonniers et leur suite ont occupé le milieu du chœur, sur des chaises. A l’issue de la grande messe qui a été célébrée par monseigneur l’archevêque, nous sommes retournés à l’Hôtel de ville, dans le même ordre que dessus.
A quatre heures après midi, l’abbadie a commencé à défiler dans l’église St Sauveur, est sortie par la grande porte et a commencé le tour de la procession ; elle a été suivie par la Bazoche ; venoient ensuite les le guidon du Prince et le lieutenant du Prince, lesquels parvenus devant l’hôtel de S.A.I. ont sollicité et obtenu l’honneur de lui être présentés et de lui offrir, suivant l’usage, des fleurs et des sucreries.
Cependant nous nous étions rendus à St Sauveur ainsi que les cours de justice, tribunaux et autres autorités constituantes pour assister aux vêpres, à l’issue desquelles la procession a commencé à défiler par la grande porte, dans l’ordre suivant :
La croix de la métropole qui ouvrait la marche ;
Les commissaires d’humanité de l’œuvre des prisons ;
Les administrateurs du mont de piété ;
Les administrateurs du bureau de bienfaisance, dit l’hospice la miséricorde ;
Les administrateurs des hospices civils réunis, précédés des familles des hopitaux, la charité et St Jacques ;
Le clergé de la paroisse St Jean Baptiste extra-muros ;
Celui de la paroisse St Jean Baptiste intra-muros ;
Celui de la paroisse de la Magdeleine ;
Celui de la paroisse St Jérôme, ou St Esprit ;
Celui de la paroisse St Sauveur, tous précédés de leur croix ;
Messieurs les directeur et professeurs de l’école de Droit ;
Les prieurs de la confrairie de corpus domini avec leurs panonceaux ;
Le clergé de la métropole en chappe ;
Le St Sacrement, porté sous un daix par monseigneur l’archevêque ;
Monsieur le conseiller d’État préfet du département, et toutes les autres autorités et fonctionnaires, dans l’ordre prescrit par le Décret impérial du 24 messidor an XII.
Il est à observer qu’en suite d’une ordonnance rendue à notre réquisition par monseigneur l’archevêque le 28 mai, il y a eu un changement dans le tour de la procession, suivant lequel lorsqu’elle est parvenue au bout de la rue de la pureté ou, ou de Notre Dame de Nazareth, au lieu de passer par les rues de St Esprit, place St Honoré et de la miséricorde, elle a pris la rue des augustins et l’allée latérale du cours jusqu’au coin de la rue orbitelle où elle a repris son tour accoutumé.
D’après la même ordonnance, on avait établi un reposoir au milieu du cours devant l’hôtel occupé par Son Altesse.
La présence de S.A. avoit attiré dans la ville un prodigieux concours d’étrangers, ce qui a singulièrement contribué à donner
beaucoup d’éclat et un grand caractère de gaieté à la fête. Le public a passé la nuit aux divers bals qu’ont donné les grands officiers qui avoient marché à la procession. On a remarqué surtout celui dont le lieutenant de Prince a fait tous les fraix, au rez de chaussée de l’hôtel de monsieur d’Éguilles. Le local étoit très élégamment disposé et ce qui en faisoit le principal ornement étoient les ingénieux emblemes dont étoient entourés les chiffres de S.A.I. et de sa majesté notre invincible monarque.
Le plus grand ordre a régné dans tout le cours de la fête dont le motif et les circonstances seront longtemps gravés dans le cœur et le souvenir des habitants d’Aix et de tout ce que dessus, nous avons dressé le présent procès-verbal à Aix, en l’Hôtel de ville, le premier juin mille huit cent sept.