Celui des autres, mais surtout celui de soi. Un jour, un regard se fait insistant. Mais ce n'est pas un regard inquisiteur, curieux ou méfiant. Il ne cherche pas en vous la source d'un problème, il ne vous désigne pas comme anormal .
C'est un regard de séduction.
Ce regard-là vous surprend. Au coin d'un matin, sans raison particulière, le désir revient par surprise, alors qu'il semblait avoir déserté notre vie.
On se dit que c'est un souvenir mais il s'entête, nous habite. Et cette morsure de l'envie, de l'incertitude, de l'insatisfaction, de l'impatience n'est plus celle de la douleur. La douleur est désarmée. Elle passe au second plan. L'énergie revient. On oublie qu'on a mal. On oublie qu'on ne peut pas courir et on court.
On oublie qu'on ne doit pas boire et on boit.
On oublie même, parfois, les médicaments. Et cela ne change rien. On n'en est pas plus malade . On espace les visites de contrôle à l'hôpital, elles ne savent que nous déprimer. Les résultats biologiques ne sont pas meilleurs,
l'amour n'est pas miraculeux.
Mais la passion exclusive de la maladie est éclipsée par la présence démesurée de l'Autre qui s'est invité dans votre vie et que vous ne voulez plus laisser partir.
Et avec l'Immense réapparaît l'espoir.
Peu importe qu'il soit illusoire. On se surprend à se projeter dans l'avenir, à imaginer d'autres possibles. Toutes ces bifurcations mentales que la maladie avait censurées.
📕Hors de moi, Claire Marin, 2018.