Juillet 2020, entre 2 confinements, Neowize traversait notre systĂšme solaire, avant d'emporter avec elle les promesses d'une nouvelle sagesse.
Les derniers humains à lever les yeux vers elle vivaient au Néolithique, au moment de la sédentarisation, période clé pour notre civilisation.
Elle est repassée au début la plus grande crise écologique que notre espÚce devra affronter.
Et lorsqu'elle reviendra dans ce coin de l'espace, nul ne sait oĂč nous en serons, ni mĂȘme si nous serons toujours lĂ .
De telles Ă©chelles de temps relativisent notre prĂ©sence ici bas, au point de donner le vertige. Quelques passages, quelques tours de rouages cosmiques, suffisent Ă rĂ©sumer l'entiĂšre existence d'une espĂšce, et une vie, une seule petite vie, ne reprĂ©sente mĂȘme pas un battement de paupiĂšre en comparaison.
2 ans. 2 ans que le plus inattendu et le plus bel objet céleste que j'ai pu observer a traversé mon ciel. 2 ans que ces fichiers trainent sur mon disque dur, que j'ai retardé le moment de compiler ces images, car j'étais déçu de n'avoir pu faire mieux lors d'un tel évÚnement. Et une fois traité, ce sera fini, elle sera partie pour toujours et je n'aurai jamais mieux que ces quelques clichés.
Durant ces deux années, un temps encore plus microscopique, c'est toute ma vie à moi qui a basculé.
Je me relevais d'une maladie lourde, invalidante, je reprenais la marche, l'autonomie, la liberté d'explorer la nature.
Quelques mois plus tard j'apprenais que j'allais ĂȘtre papa.
Nous nous sommes mariés, pour nous, pour l'enfant à venir, pour officialiser notre famille.
J'ai accompagné la magnifique grossesse d'Audrey, sa fin tumultueuse et le bigbang de l'arrivée d'Aria.
J'ai appris Ă ĂȘtre un pĂšre, un mari.
Puis la maladie est venue me prendre l'autre jambe, au pire moment, alors que ma fille n'avait que quelques mois.
J'ai dĂ» me cramponner, m'adapter, pour rester un papa complet, mĂȘme en fauteuil.
Et aujourd'hui, enfin, ma santé laisse entrevoir un possible retour à la normale. L'envie d'errer sous les étoiles revient. Alors en attendant j'ai traité cette image, durant des heures, à m'enivrer de musique et du vertige de ces quelques pensées.