LA PROFONDEUR DES MALHEUREUX
‘‘Plus rien qui ailles. Un vide éternel. J’ai le cœur en milles miettes, le cœur qui se pleure des rivières. Tout redevient tellement gris, tellement sombre. Je coule au fond de mon propre océan, et j’ai oublié comment faire pour nager jusqu’à la surface. Je sens l’eau m’étouffer, ma peau devenir de plus en plus froide. Je sens mon âme qui s’élève doucement, mais pour aller où ? Je ne sais même pas s’il existe paradis ou enfer, ou même encore quel chemin on doit prendre pour s’y rendre. Je me sens couler, la lumière de la surface me semble si loin, si petite, je suis engloutie dans les profondeurs de mes malheurs répétitifs. Je vois ma vie devant moi, et pourtant les bons moments me semblent si peu nombreux. C’est un film dans lequel je cours éternellement et n’arrive jamais à destination. Je cours, je trébuche, je souffre, je me ressaisi et je me relève, seulement pour recommencer encore. Mais à quoi bon ? J’en ai marre de faire le bien, si le bien n’est qu’arme à mon malheur. Mon âme est fatiguée, usée. On a surestimé sa force et maintenant elle se sent abusée. Je porte en moi la fatigue incurable d’une âme brisée. Chaque jour, je me sens ramper de plus en plus lentement, à deux doigts d’y laisser mon dernier souffle. Je ne peux plus me battre. Je ne peux plus me réveiller chaque jour sachant que tout mes bonheurs sont éphémères. J’en ai marre de devoir me battre pour avoir ma petite once d’amour. Je suis l’éternelle abandonnée, le plan B, le jouet dont on finit toujours par se lasser. Mais ne m’entendez-vous pas, ceux qui prétendent se soucier de moi ? Ne m’entendez-vous pas, vous hurler ma souffrance, vous crier mes blessures ? Ne savez-vous pas que je meurs là , sous vos tendres yeux! Je m’éteins plus vite que la braise, mais mes tisons sont bien peu intéressants pour des gens à qui j’ai tout donner. Je me meurs, mais comme lorsque vous regardez l’hiver, vous y voyez le potentiel d’un poème. C’est si beau, la profondeur des malheureux. Vous en êtes presque jaloux parfois. Mais ma profondeur à moi, elle est hideuse, elle me tue de l’intérieur. Elle ronge mes reins et s’amuse à grouiller dans mes entrailles. Elle me darde le cœur chaque fois qu’elle le peux, et je porte à ma cheville un boulet si lourd que je ne pourrai jamais le laisser derrière. Je coule là , dans mon propre océan, et je n’arrive même pas à tenter de nager. Je suis calme, là . La lumière s’éloigne, mais mon cœur ne débat pas. La lumière s’éloigne, et bientôt je fermerai les yeux, acceptant le triste destin des êtres infiniment malheureux.’’ ’-Coralie A. *Source Image: Tumblr










