Il y a urgence à répondre aux colères qui s’expriment
Je m’inquiète de la montĂ©e en tension du mouvement social en France et particulièrement dans notre dĂ©partement. Les faits de violence se multiplient et de l’autre cĂ´tĂ© la rĂ©pression, parfois nĂ©cessaire pour endiguer la violence, ne fait que renforcer le sentiment de n’être pas Ă©coutĂ©.Â
Par la mise en difficultĂ© ces derniers mois de la social-dĂ©mocratie, la dĂ©fiance du politique et la faiblesse des syndicats, les corps intermĂ©diaires traditionnels et les contre-pouvoirs de la 5ème rĂ©publique sont mis Ă mal.Â
Si la colère est si prĂ©sente, c’est que l’injustice l’est tout autant : le mĂ©pris du PrĂ©sident, doux avec les forts et dur avec les faibles, est la raison de ce mouvement social inĂ©dit.Â
Dans le Var particulièrement les injustices sont fortes : avec un taux de chĂ´mage Ă plus de 10%, un manque criant de logements sociaux, des loyers toujours plus Ă©levĂ©s et un rĂ©seau de transport rendant la voiture indispensable, il y a de multiples raisons Ă la colère.Â
Les lycĂ©ens qui se mobilisent, ont une colère lĂ©gitime : L’avenir qu’on leur propose est de voir leur orientation tirĂ©e au sort avec ParcourSup, une rĂ©forme du baccalaurĂ©at qui crĂ©e de l’incertitude. Plus gĂ©nĂ©ralement, c’est aussi une vie ou une qualitĂ© de vie qui pour la première fois risque d’être moins bonne que celle de leurs parents, c’est un avenir dans lequel faire des Ă©tudes n’est plus un rempart contre le chĂ´mage, mĂŞme si ne pas en faire est souvent un aller direct vers pĂ´le emploi.Â
Dans le Var particulièrement, leur colère est légitime, leurs inquiétudes aussi : ils évoluent dans un département particulièrement touché par le chômage et par les inégalités, leur proposant une offre de formation post bac assez pauvre, ne prenant pas en compte leurs besoins, en terme de loisirs, de mobilité, de culture.
Il est temps de dialoguer. Un moratoire sur les taxes ne suffit pas, il faut écouter la colère et réduire l’injustice sociale.
Dans le Var, pour rĂ©pondre Ă la colère des jeunes, le prĂ©fet doit organiser des rencontres, des temps et des espaces d’échanges et de dialogues, le plus rapidement possible.Â
Il y a 10 ans, j’étais un leader lycéen, à la tête du mouvement social des lycéens dans le Var. Je regarde aujourd’hui avec tristesse ce mouvement qui tombe trop vite dans la violence. La différence entre il y a 10 ans et aujourd’hui, c’est l’absence de structure permettant de faire entendre les revendications et d’encadrer les mobilisations : sans syndicats, il n’y a plus de liens entre la colère exprimée et le dialogue avec les représentants de l’Etat.