NEON Magazine : Qui sont les nouveaux adultes ?
NEON, c’est le magazine miroir des jeunesses d’aujourd’hui. C’est une rédaction qui raconte, et donc écoute, les pensées, le vivre, le sentir, l’agir des « nouveaux adultes », en restant au plus près de leur complexité et de leur diversité. En effet, s’ils ont en partage certaines valeurs et que l’on peut esquisser de grandes tendances à l’aide de pourcentages et de majorités, tous les jeunes ne rentrent pas dans le grand méchant monde d’aujourd’hui avec le même optimisme et la même générosité. C’est un des enseignements de l’étude quantitative exclusive menée cet été à l’initiative de NEON par Think-Out et Opinion Way sur 809 « 18-30 ans », qui se propose de dépasser le regard extérieur caricatural qui construit les jeunes comme une espèce jouisseuse pour qui tout est facile, immédiat, et sans importance.
Présentée à un public restreint le 19 septembre, cette enquête nourrit également le dossier du NEON d’octobre.
Vous y apprendrez entre autres :
- Par quels adjectifs les nouveaux adultes se définissent eux-mêmes, et ce qui les préoccupe en un mot
- De quelle cause et de quelle personnalité politiques ils se sentent le plus proches
- Le type de sources qui les influencent
- Combien d’amis et d’histoires d’amour ils estiment avoir
- Avec quel œil ils envisagent leur avenir et celui de la France
- Ce qui se cache derrière les 5 familles dans lesquelles ils peuvent être classés : décomplexés, volontaristes altruistes, contestataires, tout pour ma gueule, déclassés renfermés
Comment les nouveaux adultes se définissent-ils eux-mêmes ?
On constate qu’ils ont intériorisé certains clichés négatifs : parmi les différents items proposés pour comparer leur propre génération à celle de leurs parents, ils tendent à se dire avant tout plus égoïstes, impatients et insouciants. Mais spontanément et individuellement, ils se définissent plutôt comme heureux, optimistes, épanouis, mais aussi fatigués, stressés, battants, bosseurs, persévérants… loin de la désinvolture qu’on leur prête. Le poids de la fatigue montre la pression du monde extérieur, et peut-être une forme de désillusion : là où les générations précédentes ont été galvanisées par la révolution des mœurs (années 60-70’s) ou l’ambition d’une réussite économique individuelle (années 80-90’s), les jeunes d’aujourd’hui mènent un combat de vie qui les épuise sans les enthousiasmer.
En quoi croient-ils ? Back to Basics
Leurs valeurs les révèlent plus responsables qu’on ne le croit : si l’on hiérarchise les 10 valeurs essentielles (déterminées par les travaux de Schwartz) qui les animent, on s’aperçoit que la bienveillance, l’universalisme et l’autonomie arrivent en tête, suivies de la réussite et de l’hédonisme. Leurs préoccupations majeures : l’amour, la famille, le travail, les vacances, les études, le sport… soit des enjeux élémentaires et quotidiens, loin des grands récits collectifs du progrès. Ce qui ne les empêche pas d’espérer un monde meilleur : seuls 8% considèrent qu’il ne sert à rien de s’engager, et les causes qui les touchent le plus sont dans l’ordre une société plus juste, une nature préservée, moins de pauvreté dans le monde et plus de sécurité pour tous.
On suppose que cet engagement ne passera pas par le vote et le politique : 49% des interrogés ne se sentent proche d’aucune des personnalités politiques du paysage français actuel. Pour ceux qui se retrouvent dans un discours, ce sera plutôt celui de Marine Le Pen (14%) ou Sarkozy (10%) que celui de Hollande (6%). Autre signe de distanciation face au système : on préfère nettement ne pas payer ses impôts que voler ses parents, conduire sans permis que tromper son meilleur ami… Les actions malveillantes que 67% se disent prêts à commettre sans remords indiquent un respect du cœur et du clan avant les lois et l’état. Cette importance du micro social vs. l’institutionnel se retrouve dans les sources qui influencent leurs idées : l’entourage (dans l’ordre, parents 56%, amis 47%, conjoint 43%) arrive très loin devant les médias (dans l’ordre : internet 20%, télévision 12% , presse 12%).
En perception globale, plutôt moins bien que leurs parents : 46% considère que leur vie est un peu ou beaucoup plus difficile que celle de leurs parents au même âge, 29% s’estime dans une situation équivalente. C’est là une inversion historique : l’idée que les enfants pouvaient espérer mieux que leurs parents a fait son temps. D’où vient cette dégradation?
Sentiments : All they need is love
Pas de l’affectif, qui est, comme on a déjà commencé à le comprendre, leur valeur refuge. L’attachement à l’entourage est très fort (89% se retrouvent dans l’affirmation « pour moi, c’est la famille et les amis avant tout »), l’amitié « vraie » est pour eux un bien rare (pour 74%, « les vrais amis se comptent sur les doigts d’une main », et seuls 17% ont l’impression d’avoir « beaucoup d’amis sur Facebook mais peu de vrais liens dans la vie »). Près de la moitié d’entre eux vivent une histoire d’amour en ce moment même, et ils ne sont que 3% à vouloir s’amuser plutôt que de chercher leur moitié. Au lit, on les trouve plus dans le sentiment que dans la performance, et ils décrivent leur sexualité avant tout comme simple, sans artifice, riche et épanouie. Le rapport à l’autre dans la sphère intime semble plutôt marqué par une quête de sécurité, de simplicité, de profonde affinité.
Travail: less gain, less pain
On retrouve la même quête autour du travail, mais elle est plus ardue. On a l’habitude d’entendre des managers de la vieille école dire qu’ils sont difficiles à motiver et à gérer. La cause n’en est pas un rejet paresseux de l’effort. En fait, c’est plutôt un réajustement réaliste : l’emploi est un domaine où leur situation est plutôt détériorée par rapport aux générations précédentes. Ils attendent moins, donc ils acceptent moins aussi.
Ce qui ne les empêche pas de voir du positif dans le travail, notamment à travers sa valeur sociale: vecteur d’interaction (« me met en contact avec les autres » 43%), d’intégration et de valorisation (« me rend important/utile »27%) et de développement de soi (« m’épanouit »21%), il n’est pas considéré comme quelque chose qui gâche la vie (5%). Mais ce qu’on voit apparaître, c’est une quête angoissante (« le travail, encore faut-il en trouver ? » pour 25%) et peu d’illusion sur la réussite économique (« le travail me rendra riche » pour seulement 10%).
Dans ce contexte, ils sont bien sûr prêts à faire des concessions pour un employeur, mais l’entourage reste sacré (la famille et le couple sont les 2 choses qu’ils sont le moins prêts à sacrifier, ex æquo avec leurs valeurs, et juste devant leur santé), et le pire reste pour eux de travailler dans une ambiance stressante, ou d’avoir un petit salaire.
Le matériel : the bare necessities
Corrélé à la question de l’emploi, celles des ressources et du confort quotidien. Un bilan en demi-teinte pour les jeunes d’aujourd’hui : 39% sont déçus ou inquiets par rapport à leur situation matérielle. Etre riche à leurs yeux ? C’est pour 42% gagner 4000€ par mois, et pour 46% plus de 6000€. Ils en sont loin, et ne courent pas après le luxe : sur une liste de 10 objets indispensables, c’est la voiture qui l’emporte (57%), suivi de l’ordinateur connecté (50%). Même si le numérique le dispute fortement au ménager, on note qu’il est un peu plus important d’avoir une machine à laver (33%) qu’un Smartphone (27%)!
On retrouve le même pragmatisme dans leur rapport aux marques : ils attendent d’elles avant tout de la qualité (43%), pour un prix accessible (34%). La valeur identitaire, l’innovation et le rêve passent après (32%, 28%, 23%).
Comment voient-ils l’avenir ? Right now, not here
Avec tout ça, est-ce qu’ils y croient encore ? Ils semblent relativement optimistes pour eux-mêmes (56% compte sur une amélioration de sa situation, contre 12% craignant une détérioration), mais très peu confiants pour la France : 51% pense qu’elle « va dans le mur » et 28% » qu’elle « tourne en rond »… D’où une propension à vouloir quitter le navire : 39% envisage de quitter leur pays à plus ou moins long terme ! Destination : le Canada/Québec d’abord, suivi de près par les Etats-Unis, puis la Suède, l’Angleterre et l’Australie… Le rêve anglo-saxon semble encore bien vivant.
Au-delà des majorités, peut-on dessiner des groupes d’individus différenciés ?
L’étude positionne 5 familles, sur 2 axes structurants : un axe optimisme/pessimisme et un axe soi/les autres.
Le groupe des « décomplexés » (15%) est le plus optimiste, à mi-chemin entre le souci de soi et des autres. Leurs valeurs clés: réussite, autonomie, affirmation personnelle. Ils ont un regard plus positif sur leur génération, qu’ils pensent entre autres moins égoïste, moins névrosée, plus responsable, plus sexy que celle de leurs parents. Assez confiants pour la France, à laquelle ils sont attachés, ils adhèrent au système, rejettent moins les politiques que les autres, tout en étant les plus enclins à se faire leur opinion par eux-mêmes, et à se montrer moins dépendants de leurs proches. Ce sont les plus adeptes des nouvelles technologies et des marques.
Les « volontaristes altruistes » sont le groupe majoritaire (31%). Légèrement plus féminin, ce groupe est lui aussi assez optimiste sur son pouvoir d’action. Mais leur valeur principale est l’universalisme, le souci des autres : on trouve chez eux une sensibilité forte aux injustices sociales et à la cause écologique, et un désir d’améliorer le monde. Pour eux, le travail est une valeur forte, une source de stimulation et de dépassement de soi, et Internet est un outil pour s’investir dans un rôle de citoyen du monde.
Les « contestataires » (21%) constituent un groupe également plutôt féminin, mais aussi légèrement plus âgé (>25ans). Ils partagent avec les volontaristes le désir d’un monde moins injuste, mieux protégé, meilleur pour tous. Mais ils n’ont pas autant confiance en eux et en la société : ils rejettent assez fortement le système, le pouvoir, l’argent, la réussite sociale, la consommation comme vecteur identitaire… Ils sont faiblement attachés à la France, ses traditions, son importance dans le monde.
Le travail est pour eux associé au stress. Ils accordent plus d’importance que les autres au rêve et à l’imagination.
« Tout pour ma gueule » (20%), c’est l’attitude du groupe avec le taux d’activité le plus élevé, un peu plus à l’aise financièrement, légèrement plus masculin. Ils se distinguent par une moindre sensibilité aux problèmes du monde, aux inégalités sociales, et sont plus dans l’affirmation pure et dure de soi.
Tournés vers eux-mêmes, ils ont assez peu d’amis, et sont convaincus qu’ « on ne peut compter que sur soi ». Ils sont attirés par le pouvoir, la réussite, l’autonomie. Ils voient, plus que les autres, le travail comme un moyen de devenir riches, et la CB est un des objets les plus importants pour eux. S’ils croient en leur propre droit au succès, ils sont assez pessimistes sur les évolutions de la France.
Les plus pessimistes et repliés sur soi sont les « déclassés renfermés ». C’est un groupe minoritaire (13%), au profil sociodémographique contrasté: diplômés de l’université, mais faibles revenus disponibles, le plus de personnes en recherche d’un premier emploi… Ils sont dans le rejet de l’hédonisme et de la stimulation, de l’ouverture et du changement (contre le mariage pour tous). En forte distance avec le système, ils dissocient réussite professionnelle / réussite dans la vie, ne rentrent pas dans le jeu de la consommation (pour eux, il n’y a pas de marques cool, et la presse est avant tout un support publicitaire). Ils sont en revanche très en lien avec leurs proches : appeler un ami est la première chose qu’ils feraient s’ils avaient 30 minutes à tuer.
Laura Pynson, Directrice d'études
- Présentation des principaux résultats : http://www.neonmag.fr/nous-sommes-les-nouveaux-adultes-1110920/
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