X : Pourriez-vous m’expliquer comment ça s’est passé ?
A : Bien entendu docteur, j’ai pris mes armes, et j’ai sonné chez ce voisin qui battait sa femme, et je l’ai tué. Ensuite j’ai été au bout de ma rue, il y avait ce mec qui frappait régulièrement son chien, je l’ai tué. J’ai pris ma voiture, j’ai roulé quelques kilomètres et j’ai tué 3 dealers responsables de milliers d’accros et de centaines de morts, pour finir, j’ai été chez ce gars qui avait violé une amie à moi, et je l’ai tué.
X : Regrettez-vous vos gestes ?
A : Docteur, pourquoi devrais-je regretter d’avoir rendu le monde meilleur ? Je suis heureux et libre désormais.
X : Libre ? Vous êtes en prison, enfermé entre 4 murs.
A : Docteur, ce que les gens ne comprennent pas c’est que la liberté, c’est dans la tête et dans le cœur. Vous êtes tous les jours entre 4 murs quand vous travaillez, vous êtes entre 4 murs quand vous rentrez le soir chez vous, et la seule chose que vous faites, peu importe votre activité, c’est d’occuper votre esprit. Quelle différence cela fait entre vous et moi ?
X : Vous avez quand même tué des personnes.
A : Docteur, quand vous achetez un produit, par exemple du Nutella, vous tuez des gens. La production de tous ces ingrédients, dans divers pays, les transports, la pollution, la déforestation, indirectement, ça touche des milliers de personnes, qui auront un cancer, du diabète ou des problèmes cardiovasculaires. Vous êtes responsables, et vous cautionnez, d’un tas de décès. Moi j’ai choisi, localement, à petite échelle, de supprimer de mauvaises personnes. Vous, mondialement, vous visez au hasard, tuant enfants, mères, pères, des gens bien, des gens mauvais, sans distinction. Tout ça pour pouvoir avoir votre pâte à tartiner préférée.  Alors dites-moi docteur, ne serait-ce pas vous qui devriez être en prison ?
X : Avez-vous pensé aux familles ?
A : Docteur, pensez-vous vraiment qu’il faille plaindre les familles de mauvaises personnes ? Avez-vous pensé aux familles des victimes qui pourront désormais dormir tranquille ? Et le plus beau, c’est que tout le monde se réjouira que je sois enfermé, mais ce que tout le monde ignore, c’est que tout le monde paiera pour m’offrir un endroit abrité de la pluie, du chauffage, de la nourriture, de quoi me changer, me doucher, dormir et même mes séances avec vous. Quelque part, c’est comme si chacun me remerciait. Un peu comme vous et vos honoraires, c’est la valeur de votre travail.
X : Cela ne vous empêche-t-il pas de dormir ?
A : Docteur, frapper sa femme, est-ce que ça a empêché mon voisin de dormir ? Battre son chien, est-ce que ça a empêché cet homme de dormir ? Vendre de la drogue, est-ce que ça a empêché ces dealers de dormir ? Violer une femme, est-ce que ça a empêché ce type de dormir ? Docteur, le bonheur est un état d’esprit propre à chacun, pollué par ce qu’on voit à la télévision, ce qu’on nous dit, ce qu’on voit en rue, mais au fond, personne ne se demande vraiment à un moment donné ce qui fait son bonheur et d’aller le chercher. Les gens sont trop enfermés en eux-mêmes, à ne voir que le mal autour d’eux, à subir le mal autour d’eux, à ne jamais se remettre en question, à faire le mal autour d’eux, de manière directe, ou indirecte. Au fond, les gens sont tristes, et c’est cette tristesse qui fait que quelques-uns parfois pètent un câble ou se suicident. On ne nous éduque pas à être heureux, c’est bien là le problème. Alors oui docteur, vous pouvez m’enfermer, mais sachez que je n’ai plus de loyer à payer, plus d’inquiétudes à avoir pour savoir si je vais avoir à manger, si j’ai assez pour payer le chauffage, je n’ai plus à aller travailler, toutes ces tracasseries en moins, je ne peux être qu’heureux, parce que ça fait depuis bien longtemps, que j’arrive à créer mon bonheur, avec juste ma vision des choses. Vous me rendez un service, vous payez pour ça, et vous contribuez à mon bonheur. Et, docteur, ne seriez-vous pas heureux de savoir que grâce à vos actions, vous rendez le monde meilleur ? Si ? Moi c’est pareil.