Gardez vos mains dans le bateau
Prédication par Andrew Rossiter le 9 août 2026 au temple de Bergerac. (The sermon is in English at the end of the French sermon) Matthieu 14.22-33
En vacances en Corse, nous avons fait une excursion en bateau autour de Bonifacio. Dans le bateau un panneau disait, «Gardez vos mains dans le bateau». En passons tout prÚs des rochers cet avertissement était indispensable. Jésus aurait presque pu mettre un panneau similaire dans la barque des disciples: «Gardez vos mains et vos pieds dans le bateau!»
JĂ©sus oblige ses disciples Ă traverser le lac, pendant quâil reste seul sur la montagne pour prier. Au petit matin, en plaine tempĂȘte JĂ©sus avance vers eux Ă pied, sur la mer. Et bien sĂ»r ils pensent que câest un fantĂŽme. Quâils sont bĂȘtes! Nous savons tous que les fantĂŽmes, ça nâexiste pas. Donc si ce nâest pas un fantĂŽme, câest forcĂ©ment JĂ©sus. Et Pierre veut tester sa foi Ă la mesure de la foi de JĂ©sus.
Mais la foi, et surtout la foi qui produit des miracles, fait peur, et aussitĂŽt Pierre coule. JĂ©sus tend la main et encore une fois il est obligĂ© de sauver son ami. Ce nâest pas surprenant que JĂ©sus lui rĂ©primande et lui dit, «Homme de peu de foi, pourquoi as-tu doutĂ©?»
Nous comprenons facilement ce que les disciples ont ressenti. Il suffit de penser aux tempĂȘtes qui ont traversĂ© nos vies: la maladie, le deuil, le divorce, les conflits, les Ă©checs, la guerre, les crises. Ces nuits oĂč tout semble obscur, oĂč l'on ne distingue plus l'autre rive et oĂč la peur devient bien rĂ©elle. Nous pouvons tous raconter des histoires oĂč la vie a dĂ©raillĂ©, oĂč les repĂšres se sont effondrĂ©s, oĂč nos projets et nos espoirs ont Ă©tĂ© brisĂ©s ou anĂ©antis. Face aux tempĂȘtes de la vie, la question de la foi se pose. Avons-nous la foi? Avons-nous la bonne foi? Avons-nous suffisamment de foi?
Alors rĂ©sonne la question de JĂ©sus, «Homme ou femme de peu de foi, pourquoi as-tu doutĂ©?»Â
Mais attention aux réponses trop faciles et rapides:
Il suffit dâavoir la foi. Si tu avais un peu plus tu ne seras pas dans cette situation.
Avec une foi solide, Dieu répondras à tes demandes.
Avec une foi diffĂ©rente, ta vie serait plus simple, plus facile.Â
Si ta foi Ă©tait plus forte, tu ne douterais pas, tu ne lutterais pas, tu ne te poserais pas de questions.Â
Et je me pose la question: Quâest-ce que se serait passĂ© si Pierre avait eu plus de foi, suffisamment de foi, une foi diffĂ©rente? La rĂ©ponse habituelle est que la peur de Pierre aurait disparu, que le vent et les vagues n'auraient eu aucune importance. Il aurait continuĂ© Ă marcher sur lâeau.
Je veux vous dire ce matin que je nâadhĂšre pas Ă cette vision de la foi. Elle prĂ©tend que si notre foi est suffisante, nous surmonterons les Ă©preuves de la vie de façon spectaculaire. Nous transcenderons les lois de la nature, de la physique, de la biologie. Nous dĂ©fierons la gravitĂ©. Dans des cas extrĂȘmes, certains renoncent aux soins mĂ©dicaux par conviction religieuse.Â
Ce n'est pas Ă ce genre de foi que je suis appelĂ©. Pour moi tout cela nâest pas la foi. C'est davantage une question de magie ou de superstition.
Ce genre de foi ne nous permet pas de traverser les tempĂȘtes de la vie. Nous finirons par couler comme une pierre dans l'eau. C'est ce qui est arrivĂ© Ă Pierre. Ce n'est peut-ĂȘtre pas un hasard si son nom, en grec, signifie pierre ou rocher.
Quelle que soit notre foi: peu, beaucoup on non-existante, la maladie atteint notre corps, les accidents surviennent, des ĂȘtres chers meurent et la vie reste souvent douloureuse. Une foi plus grand ne nous dispense pas de devoir traverser les tempĂȘtes.
Peut-ĂȘtre que la rĂ©ponse habituelle est tout simplement fausse. Peut-ĂȘtre que la foi ne consiste pas Ă traverser les tempĂȘtes de la vie Ă pied sec, mais Ă rester dans la barque. Avec une foi diffĂ©rente, Pierre serait restĂ© dans la barque. Il aurait lu le panneaux dâavertissement avant dâembarquer.Â
«Homme de peu de foi, pourquoi as-tu douté?» devient alors une toute autre question. Pourquoi as-tu douté que ta place était de rester DANS le bateau?
C'est Pierre qui a voulu sortir. Il cherchait une preuve spectaculaire de la puissance de Jésus. Mais Jésus ne lui avait jamais demandé de quitter la barque.
Je ne dis pas cela pour juger ou critiquer Pierre. Au contraire, je me reconnais en lui. Qui nâa jamais rĂȘvĂ© de marcher sur l'eau pour Ă©chapper aux tempĂȘtes de la vie? Qui n'a jamais souhaitĂ© un miracle qui supprimerait toute souffrance? Je suis reconnaissant Ă Pierre, car son expĂ©rience devient pour nous une leçon dâune nouvelle foi.
Ce voyage, sans JĂ©sus, est un passage d'une foi Ă une autre:Â
d'une foi qui cherche Ă fuir les tempĂȘtes vers une foi qui permet de les traverserÂ
d'une foi qui réclame des preuves visibles vers une foi qui découvre la présence invisible du Christ
d'une foi dépendante des circonstances vers une foi qui demeure, quoi qu'il arrive.
JĂ©sus a laissĂ© ses amis partir seul, mais il ne les a jamais abandonnĂ©s. Leur foi, et la nĂŽtre, ne dĂ©pend plus de la simple prĂ©sence physique de JĂ©sus, elle nâest pas limitĂ©e par le visible, l'ouĂŻe, ou la comprĂ©hension, elle est indĂ©pendante des miracles qui dĂ©fient les lois de la nature. JĂ©sus nous fait passer d'une foi qui nous pousse Ă quitter la barque Ă une foi qui nous incite Ă y rester.Â
Cette transition de la foi se vit dans les moments les plus sombres de notre vie, au cĆur des tempĂȘtes. LĂ oĂč nous devons choisir de partir ou de rester. La foi n'est pas un moyen d'Ă©chapper aux vents et aux vagues de la vie. Elle est le chemin qui nous guide Ă travers les tempĂȘtes. Parfois, la fidĂ©litĂ© consiste simplement Ă rester dans la barque.
Une telle foi sait que le Christ vient toujours Ă notre rencontre. Il n'y a pas de tempĂȘte que nous traversions sans que le Christ soit avec nous. Une foi qui nous pousse Ă rester dans la barque ne renonce jamais, car il monte dans notre barque et nous dit encore aujourd'hui: «Courage! C'est moi. N'ayez pas peur.»
Le vĂ©ritable miracle n'est pas que Pierre ait marchĂ© quelques instants sur l'eau. Le miracle, c'est que le Christ est plus grand que toutes les tempĂȘtes. Avec lui dans la barque, nous pouvons traverser les Ă©preuves et atteindre un rivage nouveau, celui d'une vie renouvelĂ©e.
En anglais:
Keep Your Hands in the Boat Sermon by Andrew Rossiter on August 9, 2026, at the Bergerac Temple. Matthew 14:22-33
While on vacation in Corsica, we took a boat trip around Bonifacio. A sign on the boat read, "Keep your hands in the boat." Passing close to the rocks, this warning was essential. Jesus could almost have put a similar sign in the disciples' boat: "Keep your hands and feet in the boat!"
Jesus makes his disciples cross the lake while he remains alone on the mountain to pray. Early the next morning, in the midst of a storm, Jesus walks toward them on the sea. And of course, they think it's a ghost. How foolish! We all know that ghosts don't exist. So if it's not a ghost, it must be Jesus. And Peter wants to test his faith against the faith of Jesus.
But faith, and especially the faith that produces miracles, is frightening, and Peter immediately sinks. Jesus reaches out his hand and once again is compelled to save his friend. It is not surprising that Jesus rebukes him and says, âYou of little faith, why did you doubt?â
We can easily understand what the disciples felt. We only need to think of the storms that have swept through our lives: illness, grief, divorce, conflicts, failures, war, crises. Those nights when everything seems dark, when we can no longer see the other side, and when fear becomes very real. We can all tell stories of how life has gone off the rails, how our bearings have crumbled, how our plans and hopes have been shattered or destroyed. Faced with life's storms, the question of faith arises. Do we have faith? Do we have good faith? Do we have enough faith?
Then Jesus' question resonates: "Man or woman of little faith, why did you doubt? »
But beware of overly simplistic and hasty answers:
"All you need is faith. If you had a little more, you wouldn't be in this situation." "With strong faith, God will answer your prayers." "With a different kind of faith, your life would be simpler, easier." "If your faith were stronger, you wouldn't doubt, you wouldn't struggle, you wouldn't question."
And I ask myself: What would have happened if Peter had had more faith, enough faith, a different kind of faith? The usual answer is that Peter's fear would have disappeared, that the wind and the waves would have been of no consequence. He would have continued walking on water.
I want to tell you this morning that I don't subscribe to this view of faith. It claims that if our faith is sufficient, we will overcome life's trials in a spectacular way. We will transcend the laws of nature, of physics, of biology. We will defy gravity. In extreme cases, some people forgo medical care out of religious conviction. That's not the kind of faith I'm called to. For me, all of that isn't faith. It's more a matter of magic or superstition.
That kind of faith doesn't allow us to weather life's storms. We'll end up sinking like a stone in water. That's what happened to Peter. Perhaps it's no coincidence that his name, in Greek, means stone or rock.
Regardless of our faithâlittle, much, or none at allâillness affects our bodies, accidents happen, loved ones die, and life often remains painful. Greater faith doesn't exempt us from having to weather the storms.
Perhaps the usual answer is simply wrong. Perhaps faith isn't about walking through life's storms dry-shod, but about staying in the boat. With a different kind of faith, Peter would have stayed in the boat. He would have read the warning signs before getting on board.
"You of little faith, why did you doubt?" then becomes a completely different question. Why did you doubt that your place was to stay IN the boat?
It was Peter who wanted to get out. He was looking for a spectacular proof of Jesus' power. But Jesus had never asked him to leave the boat.
I'm not saying this to judge or criticise Peter. On the contrary, I see myself in him. Who hasn't dreamed of walking on water to escape life's storms? Who hasn't wished for a miracle that would eliminate all suffering? I am grateful to Peter, because his experience becomes for us a lesson in renewed faith.
This journey, without Jesus, is a passage from one faith to another:
from a faith that seeks to flee the storms to a faith that allows us to weather them;
from a faith that demands visible proof to a faith that discovers the invisible presence of Christ;
from a faith dependent on circumstances to a faith that remains, whatever happens.
Jesus let his friends go alone, but he never abandoned them. Their faith, and ours, no longer depends on the mere physical presence of Jesus; it is not limited by the visible, the audible, or what is understandable; it is independent of miracles that defy the laws of nature. Jesus leads us from a faith that pushes us to leave the boat to a faith that urges us to stay.
This transition of faith is experienced in the darkest moments of our lives, in the heart of the storms. It is there that we must choose to leave or to stay. Faith is not a means of escaping the winds and waves of life. Itâs what guides us through the storms. Sometimes, faithfulness simply means staying in the boat.
Such faith knows that Christ always comes to us. There is no storm we weather without Christ being with us. A faith that compels us to stay in the boat never gives up, for he comes into our boat and says to us even today: âTake heart! It is I. Do not be afraid.â
The true miracle is not that Peter walked on water for a few moments. The miracle is that Christ is greater than all storms. With him in the boat, we can weather trials and reach a new shore, the shore of renewed life.






















