Pour frayer, un saumon doit d’abord remonter la rivière. Dicton Mi’gmaq
Toute forme de mépris, si elle intervient en politique, prépare ou instaure le fascisme. Albert Camus
Sachant que le saumon a un odorat très développé, mille fois plus puissant que celui d’un chien, certains pensent qu’il retrouve sa route grâce à l’odeur des rivières.
En important ici l’idée d’agriculture à grande échelle, sa culture de la culture, l’Européen mettait en péril le mode de vie de ceux qui vivaient ici depuis des millénaires sans jamais avoir pensé à accumuler, sinon un peu de poisson et de viande séchés pour les pires jours de l’hiver.
Certains avaient compris qu’ils avaient plus à gagner par l’exclusion, tant pis si leur prospérité devait s’élever sur la misère du plus grand nombre.
Je suis né dans le froid. La glace et la neige sont dans mes veines. Il n’y a pas de ciel plus clair et d’air plus pur qu’au milieu de l’hiver. Il n’y a pas d’odeur plus parfumée que celle de la neige fraîchement tombée sur les branches des sapins. Il n’y a pas de silence plus parfait que celui d’une nuit étouffée sous les flocons d’un début de tempête. J’aime cette saison parce que les choses y sont claires. On sait exactement ce qui se passe dans le bois quand tout est blanc. La moindre forme de vie laisse une trace. Les branches sans feuilles permettent de voir clairement les corneilles en haut des cimes. Les rivières sont des routes pour s’enfoncer au plus profond de l’inconnu. On n’est pas emmêlé dans les broussailles, on file droit, en raquettes ou en ski-doo. C’est une sensation de fuite qui n’est possible que dans la neige. Ceux qui se plaignent du froid n’ont jamais passé une nuit à moins quinze devant un feu de camp et sous la lune qui éclaire comme en plein jour.
Au QuĂ©bec, on a tous du sang indien. Si ce n’est pas dans les veines, c’est sur les mains.Â
Ça fait deux cents ans qu’on veut nous faire perdre notre langue, qu’on nous traite comme une minorité à gérer.
On dirait que le colonialisme, c’est un peu comme le saumon, tu peux le jeter à la mer, il finit toujours par remonter là où il est né.
Ca fait dix ans que je travaille avec les Indiens. C’est toujours pareil. De la violence, des disparitions, des règlements de compte.
Taqawan, celui qui pour la première fois revient à la mer pour remonter la chute.
Taqawan Eric Plamandon















