Prédication par Andrew Rossiter à Monflanquin le 10 août 2025
Luc 12.32-48
Il y a quelques annĂ©es, une bonne amie mâa offert un petit cadeau. «Vas-y» elle a dit, «ouvre-le!» Jâai enlevĂ© le papier et puis jâai sorti une petite boite en carton et dans le carton jâai vu un⊠mĂȘme aujourdâhui je ne sais pas expliquer ce que câĂ©tait, ni Ă quoi il servait. Une boule en poterie, dâun joli bleu avec un petit trou en haut qui nâĂ©tait pas tout Ă fait au centre. Pour ne pas vexer mon amie, je lui ai dit «Merci beaucoup, câest trĂšs joli» et pendant plusieurs annĂ©es la boule Ă©tait sur une Ă©tagĂšre dans ma bibliothĂšque.
Vous avez sĂ»rement reçu ce type de cadeau? Un truc dont vous nâavez pas usage et en plus vous ne savez pas Ă quoi il peut servir.
JĂ©sus dit Ă ses disciples, «Il a plu Ă votre PĂšre de vous donner le Royaume». «Super, merci beaucoup mec. Câest trĂšs gentil de ta part». Mais câest quoi au juste ce royaume? Et quâest-ce quâil faut en faire? Il nous le donne, mais sans demander si nous en avons besoin, ou sans se soucier si nous savons ce quâil faut faire avec son royaume.
JĂ©sus parle-t-il de la royautĂ©, de la richesse, des palais et du pouvoir? Pour ĂȘtre honnĂȘte ce sont les images qui viennent Ă lâesprit quand nous parlons des royaumes de la terre, en histoire ou mĂȘme aujourdâhui - un peu comme la sĂ©rie « The crown ». Les bagnoles, la vie des palais, les bateaux de luxe, les paparazzis et ainsi de suite.
Peut-ĂȘtre il parle du ciel? Le royaume est alors une rĂ©compense dans la prochaine vie parce que nous lâavons mĂ©ritĂ©s par notre vie bonne et juste, ou Ă cause de notre foi, nos croyances fidĂšles Ă lâĂ©vangile ou parce que nous Ă©tions gĂ©nĂ©reux. Si câest le cas, alors cette vie sur terre nâest quâun paiement Ă©chelonnĂ© pour sĂ©curiser une place future au paradis. Comme disent certains anglais «Pie in the sky when you die» (une promesse en lâair).
Ou encore câest peut-ĂȘtre un royaume de sĂ©curitĂ© oĂč nous aurons des rĂ©sultats garantis ? AprĂšs tout, JĂ©sus parle de ce royaume en disant: «Nâayez pas peur.» Vivre sans apprĂ©hension pour le future et pour aujourdâhui, vivre sans se soucier des tracasseries de la vie. Vivre une vie sans risque majeur. Ăa sera pas mal de pouvoir vivre comme ça, mais ce nâest pas notre expĂ©rience de la vie.
Chaque dimanche, et peut-ĂȘtre Ă dâautres moments dans la semaine, nous prions «Que ton rĂšgne vienne». En somme, pour quelle raison prions-nous? Quâest-ce que vous avez en tĂȘte quand vous prier le Notre PĂšre? Une rĂ©citation habituelle ou un vrai dĂ©sir que le monde change?
Quand on parle dâun royaume, nous pensons en premier de quelque chose, un truc. Peut-ĂȘtre un truc Ă possĂ©der ou Ă gagner comme lâEuroMillion ou une rĂ©compense de Dieu ou une vie oĂč nous avons tout ce que dont nous avons besoin et oĂč nous pouvons enfin ĂȘtre heureux. Et si le royaume dont JĂ©sus nous parle nâĂ©tait pas du tout une possession ou quelque chose, mais plutĂŽt une façon de vivre. Une attitude de vie. Pour moi lâindice qui me fait penser cela se trouve dans le verset toute de suite aprĂšs, «Vendez ce que vous possĂ©dez⊠Fabriquez-vous des bourse inusables⊠constituez-vous un trĂ©sor oĂč les voleurs ne peuvent pas lâatteindre⊠et oĂč aucune mite peut le dĂ©truire».
Je suis certain que ce ne sont pas les conditions préalables pour entrer dans le royaume, mais tout simplement que le royaume est constitué comme ça.
Alors la question est ceci. Quelle est la meilleure façon dâempĂȘcher un sac Ă main de sâuser? Ne mettez rien dedans. Quelle est la meilleure façon dâĂ©loigner un voleur? De ne rien avoir qui vaille la peine dâĂȘtre volĂ©. Quel est le meilleur moyen dâempĂȘcher les mites de dĂ©truire? De ne rien avoir qui puisse ĂȘtre dĂ©truit.Â
Le royaume devient alors une vie sans possessions! Une vie dans laquelle nous vendons nos biens et donnons des aumĂŽnes, une vie dans laquelle nos sacs Ă main sont vides, une vie dans laquelle il nây a rien Ă voler ou Ă dĂ©truire.
Vous me connaissez assez bien pour savoir que je nâai jamais eu une lecture littĂ©rale dâun texte biblique. Je ne suggĂšre pas que nous devons tous ĂȘtre pauvres. Et je ne pense pas que JĂ©sus est en train de dire que nous ne devrions rien possĂ©der ni avoir. En soi, il nây a rien de vertueux dâĂȘtre pauvre, et le monde nâa pas besoin de plus de pauvres. Ce dont le monde a besoin, ce sont des gens qui ne sont pas possĂ©dĂ©s par leurs possessions, des gens qui vivent la vie du royaume.Â
Voici une histoire, câest dâun homme qui passe quelques jours dans un monastĂšre. LâabbĂ© lui donne un vieux livre de sa propre bibliothĂšque. CâĂ©tait un livre rare et prĂ©cieux non seulement en termes dâargent mais aussi par sa sagesse et sa perspicacitĂ©. Lâhomme Ă©tait Ă©tonnĂ© que lâabbĂ© lui donne si librement un tel livre. En revenant chez lui il a dit Ă son voisin, «LâabbĂ© mâa donnĂ© son livre personnel. Peux-tu croire quâil ait fait ça?» Il dĂ©crivait une vie non possessive. Il nâarrĂȘtait pas de parler de lâabbĂ© qui lui avait donnĂ© le livre jusquâĂ ce que son voisin lâinterrompe et demande: «Puis-je avoir ce livre?» «Non, tu ne peux pas lâavoir», dit-il. «Câest Ă moi. Il me lâa donnĂ©!»
Cette histoire nâest pas un jugement ni une recette de ce que nous devons faire, mais une façon de reconnaĂźtre que jâaurais eu certainement la mĂȘme rĂ©action que cet homme. A la place dâune vie qui compte ses possessions, JĂ©sus nous offre une autre perspective. Câest en quoi consiste son royaume, non pas un autre lieu, pour plus tard, seulement pour les parfaits chrĂ©tiens⊠le royaume nâest pas un «oĂč» ni un «quoi» mais un « comment ».
Quand ma vie est tournĂ©e sur ce que je possĂšde je trouve que câest difficile de voir ce que nous avons. Je suis plus passionnĂ© par mes droits que par mes responsabilitĂ©s, et plus soucieux dâĂȘtre juste que de faire ce qui est juste. Je mâinquiĂšte Ă cause du voleur qui vole et la mite qui dĂ©truit. Je crains non seulement de ne pas avoir assez mais que je ne suis pas assez. Je cherche toujours Ă obtenir plus: plus dâargent, plus de choses, plus de statut, plus de succĂšs, plus de contrĂŽle, et pourquoi pas, plus de Dieu.
Et au cĆur de tout ce que jâai, se trouve la peur. La peur est probablement le plus grand obstacle Ă une vie libĂ©rĂ©e de possessions. Vivre dans la peur, consciemment ou non, câest se concentrer sur ce que nous avons et de ne pas pouvoir obtenir ce que nous nâavons pas. Peut-ĂȘtre JĂ©sus essaie de nous dire de vivre sans avoir peur de tout perdre, parce que nos possessions ne nous possĂšderont plus.Â
Vivre sans peur de perdre, sans peur de devoir accumuler, sans peur dâĂȘtre moins que lâautre: nous ouvre Ă la possibilitĂ© de vivre une vie plus gĂ©nĂ©reuse, plus ouverte plus extravagante. Sans cette peur nous voyons plus clairement notre profonde interconnexion avec les autres. Une telle vie nous ouvre Ă vouloir approfondir nos conversations et notre intimitĂ©. Cela a le pouvoir de transformer nos relations avec les membres de nos familles, nos conjoints, nos amis. Nous pouvons apercevoir des possibilitĂ©s, jusquâĂ lĂ cachĂ©es de nos yeux, pour rĂ©soudre des conflits et des diffĂ©rences dâune maniĂšre plus imaginative. Peut-ĂȘtre nous aurions la possibilitĂ© de devenir plus crĂ©atifs et moins critiques. La vie devient plus pleine et nous sommes plus libres de vivre cette vie en abondance. En tout cas, câest comme ça que je veux vivre. Et je soupçonne que si le royaume dont parle JĂ©sus est comme ça, câest comme ça que nous voulons tous vivre.
«Câest le bon plaisir de votre PĂšre de vous donner le royaume».Â