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Fada Vex - Dystopia (chronique)
Artiste : Fada Vex
Album : Dystopia
Date de sortie : 11 Aout 2023
Direction artistique : Dprod
Producteur exécutif : Fada Vex
Chronique rédigée par : Momo Genius.
LâĂ©poque oĂč jâĂ©grainais minutieusement les sorties du rap dz une par une a malheureusement rĂ©volu, dâailleurs ma derniĂšre chronique remonte Ă 2016 (cf. le FIM dâAzpak) ; cependant, il faut admettre quâil est quasi impossible de rester indiffĂ©rent - bien que lâon vive au fin fond dâune contrĂ©e - aux Ă©chos dâun nouvel album rĂ©alisĂ© par un pionnier comme Fada Vex, qui plus est, sâavĂšre ĂȘtre un double album, concluant sa longue carriĂšre de 27 ans (retenez bien ce nombre !). Alors, le caverneux que je suis est enfin sorti de sa taniĂšre le temps de dĂ©guster ce repas copieux qui sent le classique Ă mille lieux !
Vous cherchez lâavis dâun outsider ? Vous en serez bien servi.
Des doubles albums on en voit rarement dans le rap dz, non par manque de productivitĂ©, loin de lĂ , mais pour des soucis plus techniques quâartistiques, en raison notamment des supports physiques disponibles Ă lâĂ©poque qui ne permettaient pas de telles sorties (les K7), sâen rajoutait lâavarie des Ă©diteurs et leurs stratĂ©gies de distribution ; mĂȘme avec lâarrivĂ©e dâinternet, les albums Ă©taient toujours en format standard et tout le monde sây Ă©tait dĂ©jĂ accoutumĂ© et y trouvait son compte. Pas si longtemps que ça, Sofiane Hamma a ouvert le bal avec son Ghir Wladhoum/Houkouma Hardcore, et en ce jour si spĂ©cial quâest le 11 Aout 2023 marquant le 50eme anniversaire du Hip Hop, Fada Vex dĂ©livre Ă son tour ce qui semble ĂȘtre son dernier projet sous forme dâun double album. Vraiment son dernier ? La rĂšgle stipule quâil faut prendre ces annonces de retraite avec des pincettes car les retours sont fort probables, et les exemples sont lĂ©gion ! En tout cas, le fan Ă©goĂŻste en moi espĂšre que lâĆuvre Fada Vexienne ne sâĂ©puise guĂšre, et que le rap rime avec le melhoune Ă jamais.
Si lâexpĂ©rience Fada Vex-One Der a bien marchĂ© au point de nous offrir lâun des meilleurs albums dans le rap algĂ©rien (cf. Ramz El Mektoub, 2010), alors pour le suivant on prend les mĂȘmes, pardi, la mĂȘme formule et on recommence. En effet, Vex confie exclusivement les clĂ©s de la rĂ©alisation artistique au gĂ©nie de lâĂ©curie Black Soul Team : Monsieur Dprod, une sorte de carte blanche qui ferait rĂ©jouir tout producteur acharnĂ©.
Le projet est dâune longueur moyenne dâune heure vingt-six minutes, avec 25 tracks dont une intro et un interlude, il en rĂ©sulte un album long mais loin dâĂȘtre dense Ă un Djrouh Bla Dmou3 par exemple, tout le contraire, il est aĂ©rĂ© et bien mis en ordre, et surtout scindĂ© en deux parties distinctes : la premiĂšre moins accessible, et la deuxiĂšme plus grand public.
Le concept
La dystopie est un sujet prĂ©occupant qui a lâair dâobsĂ©der Fada Vex au point de crĂ©er le concept de lâalbum autour de lui. En effet, certains romans phares du genre reviennent Ă mainte reprise comme rĂ©fĂ©rences : le ââV for Vendettaââ dâAllan Moore et David Lloyd, ââ451 Fahrenheitââ de Ray Bradbury ou encore ââ1984ââ de George Orwell dont quatre titres y sont inspirĂ©s. Le monde dystopique imaginaire dâantan, est en cours de devenir bien rĂ©el de nos jours ; la surveillance de masse et les violations de libertĂ© en sont les exemples. Et vu les Ă©vĂšnements rĂ©cents - pandĂ©miques, conflictuels - qui ont accompagnĂ© la genĂšse de lâalbum, tout porte Ă croire que les idĂ©ologies totalitaires finiront par sâaffronter, car « qui dĂ©tient le passĂ© dĂ©tient le futur, et qui dĂ©tient le prĂ©sent dĂ©tient le passĂ©e ». (citation de ââ1984ââ, traduite par Vex dans le track 19).
Les autres Dystopiens
Les deux albums prĂ©cĂ©dents (cf. El Facteur", 2004 et Ramz El Mektoub, 2010) ont Ă©tĂ© marquĂ©s par la prĂ©sence de certains vieux de la vieille comme Lâinfect, Xenos, Imohar, Naili ou encore le frĂšre de sang Banis, câest plus le cas dans Dystopia ! Le choix des feats sâest plutĂŽt tournĂ© vers les tĂ©nors actuels incluant le tiers des invitĂ©s dâhonneur de Moussiqti : Ilyes, Artisan et Red LâAlerte. Dâailleurs, de ce casting, peu survivent encore, entre ceux qui ont pris prĂ©maturĂ©ment leur retraite et ceux qui ont pris doucement la poudre dâescampette. On retient surtout la disparition des rookies tant prometteurs comme Abderrahmane et Didotchi. Revenant aux autres invitĂ©s, pas de grande surprise, dĂ©jĂ lâexpĂ©rience inattendue avec Fifo (cf. "PEC") a dĂ©montrĂ© que Vex Ă©tait prĂȘt Ă prendre des risques et Ă sâaventurer sur des terrains domptĂ©s par les nouvelles tĂȘtes dâaffiche. Ainsi, les Dassi (07), Nirmou (16), Largo (04), Adlene / Dee (31), Youpi (10), Sif Elklam et Soldat West (13) font partie du dĂ©cor, Sadek Democratoz et Houari Bouabdallah sont les seuls chanteurs, bien que leur prĂ©sence ait Ă©tĂ© lĂ©gĂšre. Ah si, un certain Cheb Malik sâessaie au chant, et câest loin dâĂȘtre raté !
La plume
Je me souviens vaguement dâune expression utilisĂ©e par un membre dâIAM (Akhenaton ou Kheops) pour dĂ©crire leur expĂ©rience enrichissante dans Revoir un Printemps en parlant dâune sorte ââdâintellectualisation de musiqueââ tant la recherche artistique Ă©tait si poussĂ©e et le processus de crĂ©ation si complexe.
Ceci dit, dans le monde Dystopique de Malik, le mot intellectualisation ressurgit mais dans un contexte beaucoup plus lyrical. En effet, le digne hĂ©ritier de Lakhdar Bekhlouf reste fidĂšle Ă son Ă©criture ralliant poĂ©sie de melhoune et poĂ©sie moderne ; le tout accouchant dâun style authentique et dâune signature lyricale bien propre Ă lui. En se penchant de plus prĂšs sur lâensemble des textes de Fada Vex post-Almou3ahada, lâauditeur pourrait sâapercevoir que cette noble dĂ©marche de donner second souffle aux mots vieillis, contribue Ă lui valoir par excellence le titre du âârappeur algĂ©rien au vocabulaire le plus variĂ©ââ, en y omettant bien sur les mots Ă©trangers, mĂȘme si les dĂ©traquĂ©s les plus sceptiques nây verront que du pĂ©dantisme et sur Ă©talage de savoir livresque, alors quâen rĂ©alité ; le rap algĂ©rien ne sâest jamais bien portĂ© littĂ©rairement quâen prĂ©sence de lyrics alambiquĂ©s de Fada Vex ; de ce fait, lâauditeur est constamment poussĂ© Ă sâimmerger dans le monde du melhoun en fouillant soi-mĂȘme dans les Ćuvres dâun Ahmed Amine Dellai ou dâautres analystes des trĂ©sors enfouis de la poĂ©sie lyrique datant du 16eme siĂšcle. AprĂšs tout, se cultiver en Ă©coutant de la musique, nâest-ce pas le graal pour un auditeur, quâil soit initiĂ© ou forcené ?
A titre dâexemple, la plume du Father atteint une nouvelle dimension sur le bijou "Dahqani", quatriĂšme volet dâune tĂ©tralogie entamĂ©e 11 ans auparavant par le freestyle de "Fatima". Lâauteur veut son vieux personnage imaginaire atteint dâectrodactylie, mĂ©taphoriquement, pour mettre en avant ses qualitĂ©s et fondements. "Dahqani" est une Ćuvre poĂ©tique bien atypique qui sâinscrit dans la lignĂ©e de "Rap Qsayed", "El Mahrez" ou encore "Fraten el Dijour", chacune dâelles mĂ©rite dâĂȘtre Ă©tudiĂ©e Ă lâĂ©cole, en toute humilitĂ©, au mĂȘme titre que La VolontĂ© de vivre et autres poĂšmes de la littĂ©rature arabe.
La production
Comment se racheter auprĂšs des fans frustrĂ©s suite Ă lâincident de SkyzofâRed qui leur a privĂ© de ce qui aurait du ĂȘtre le premier et unique album tant attendu de Red LâAlerte ? Tout simplement, mettre les bouchĂ©es doubles et se rattraper avec un poids plus lourd encore du rap oranais, et surtout plus Ă©tabli sur le trĂŽne et affirmĂ© sur scĂšne depuis belle lurette. RĂ©sultat des courses, Dprod sâen sort Ă merveille, dâabord avec la mixtape appĂ©tissante El 3arboun, ensuite sur Dystopia oĂč il livre une production musicale des plus abouties de sa carriĂšre. Le travail de recherche et la diversitĂ© des univers ne peuvent quâĂȘtre saluĂ©s, tandis que la volontĂ© de donner aux sonoritĂ©s une couleur algĂ©rienne est largement respectĂ©e et, surtout, bien exploitĂ©e. A lâheure oĂč dâautres se contentent bonnement de mettre en boucle la flĂ»te de Aissa Djermouni, Dprod nâen fait quâune partie infime de sa crĂ©ation en y ajoutant un jeu dâinstruments Ă©clectiques, synonyme dâune maĂźtrise incroyable. Ce quâoffre Dprod est loin du sampling basique des classiques Chaabi par les anciens, ou mĂȘme, nouveaux AlgĂ©rois, longtemps dĂ©fenseurs de la thĂ©orie de lâauthenticitĂ©.
Lâune des rĂ©ussites majeures de la production de Dystopia, câest que Dprod a su mener Fada Vex loin de sa zone de confort, sans complexe ni aucune crainte, ainsi, on dĂ©couvre des nouvelles facettes du rappeur et des choix variĂ©s et inĂ©dits, mĂȘlant son style classique et des prises de risque accompagnĂ©es par des beats taillĂ©s sur mesure.
Vue de prés
V (feat. Dee)
Chronologiquement, lâalbum sâannonce avec la version originale de ââVââ sortie en DĂ©cembre 2019, en plein Hirak, avec comme invitĂ© le producteur Dprod dĂ©guisĂ© en MC le temps dâun couplet timide et simpliste dressant la barre un peu plus bas en comparaison aux prestations stratosphĂ©riques de Dassi, Youpi et les autres. La prĂ©sence microphonique de D.A.L.I.W, aujourdâhui Dee tout court, constitue lâun des rares temps faibles de lâalbum, heureusement quâil sauve brillamment les meubles avec des refrains entraĂźnants sur les deux ââVâsââ, ââTsunami 31ââ, ainsi que "Winston", nous rappelant que le second registre dans lequel il excelle est bel et bien le chant. "Nejma ou Hlel" en est le - lointain - parfait exemple.
Moment de fantaisie : Pour scier, et au thĂšme, et au cadre spatio-temporel du morceau, il aurait Ă©tĂ© plus judicieux de faire appel Ă un rappeur dont lâengagement est son terrain de prĂ©dilection ; on se serait pris une vĂ©ritable claque si Rabah Donquishoot Ă©tait lâinvitĂ©, tant les rumeurs de lâĂ©poque prĂ©sageaient un featuring entre les leaders de TOX et MBS aprĂšs la rĂ©conciliation. Ce feat qui nâa jamais vu le jour au grand dam des fans des deux Ă©coles. Serait-ce enfin sur Al-Muqawama ? Ou bien les Hirondelles sont-elles destinĂ©es Ă ne jamais survoler avec les ThĂ©oriciens ?
Vayna (feat. Illyes)
Les retrouvailles entre Fada Vex et Ill-Yes se font sur un champ hostile. Le beat guerrier sample une chanson du folklore russe "When We Were at War" Ă©crite par David Smoylov. Quant au texte, les deux rappeurs sâarment fĂ©rocement dâune allitĂ©ration interminable en guise de Chachka. Dans le clip, le chef des Cossacks â Fada Vex â intronise le nouveau venu â Illyes â et le valide au sein de sa tribu. Tout ça est symboliquement beau, mais quâen est-il de lâalchimie finale ? On a eu comme impression que les artistes Ă©taient tellement obnubilĂ©s par le visuel dâun cĂŽtĂ©, et la technicitĂ© du texte de lâautre, quâils avaient mal apportĂ© de la cohĂ©sion entre lâimage, lâĂ©criture et le son. MĂȘme le flow est basique, et lorsque le beat se minimise aux drums ça fait vraiment tache. Lâensemble des trois Ă©lĂ©ments unis laisse un sentiment dâaurait pu mieux faire, tant au niveau du flow quâĂ lâatmosphĂšre du clip. Mais bon, ça reste quand mĂȘme une bonne collaboration avec Ill-Yes, lâun des techniciens de rimes les plus douĂ©s que le rap algĂ©rien nâait jamais connu.
Orwell (feat. Dassi)
Parmi les rencontres inĂ©dites sur Dystopia, figure lâexcellent "Orwell" avec Dassi, anciennement Brut Son.
Nâen dĂ©plaise Ă "Dahqani", le rappeur anglophone exilĂ© en Autriche dresse son troisiĂšme doigt bien haut pour nous peindre un portrait comique dâune drĂŽle dâĂ©poque oĂč les individus sont tĂ©lĂ©guidĂ©s tels des moutons depuis la naissance. Si le flow fluide est lâune des qualitĂ©s de Dassi, les refrains chantĂ©s en sont une autre, et il le fait bien sur Orwell, seul bĂ©mol, lâusage excessif du code switch, souvent non justifiĂ©. Quoique, il est triste de constater que le rappeur biskri  nâa toujours pas rĂ©alisĂ© un projet palpable depuis le temps oĂč jâai certifiĂ© son compte sur Genius en 2014. Cela fait 10 ans quâil est Ă©garĂ© artistiquement, entre la quĂȘte dâatteindre un nouveau public et les disstracks qui lui bouffent autant dâĂ©nergie et Ă©normĂ©ment de temps. La Psychose a eu raison de lui Ă ce quâil parait.
Lâimpression que Dassi vole la vedette Ă Fada Vex plane jusquâau moment dâĂ©couter le couplet de ce dernier qui remet les pendules Ă lâheure avec des propos Ă faire dresser les cheveux sur la tĂȘte.
Loom
En matiĂšre dâintrospection, Fada Vex a lâart de coucher sur papier ses analyses et Ă©tats dâĂąme comme personne dâautre ; "Ana 3yit", "Chouf Ljor7" ou "Gouli 3lech", pour ne citer que ceux-lĂ , sont des rĂ©fĂ©rences dans le genre. Vient sâajouter lâexcellent "Loom", sur une prod mi optimiste mi mĂ©lancolique, avec un lot de rĂ©flexions pandĂ©miques. A noter que câest le deuxiĂšme single de Dystopia, remplaçant le non retenu "Laghrib" ; sage dĂ©cision de lâĂ©carter dâailleurs.
Tourné en période de confinement, le clip auto réalisé est des plus simplistes, centré sur une action redondante, et devant une caméra figée sur un seul personnage au quotidien. Suffisant pour accompagner le mood du morceau.
Bizarrement, une réécoute post-dystopique du morceau permet dâoffrir une meilleure vision critique et de dĂ©celer les nuances variĂ©es du thĂšme principal quâest le reproche, câest comme une lecture synoptique dâun livre qui consiste Ă lire dâautres Ćuvres pour mieux saisir le sens du sujet en question.
Petit dĂ©tail linguistique : au-delĂ de la signification du verbe ââloomââ en anglais, lâorthographe du titre ââLoomââ au lieu de ââLoumââ nâest surement pas un hasard, comme si pour rimer loom et loop, car un reproche a souvent la caractĂ©ristique de se rĂ©pĂ©ter ââen loopââ ou en boucle.
Nizar (12 Janvier 2019- 17 Juin 2022)
Sur le trĂšs touchant ââNizarââ, le papa dĂ©semparĂ© pleure son ange envolĂ© trop tĂŽt, un 17 Juin 2022, lui qui pourtant cĂ©lĂ©brait jovialement Kenz et Ilyes dans ââHadak li 3andiââ en 2010. Ătrange fatalité !
Cette Ă©lĂ©gie funĂšbre voit Fada Vex ressortir en lui le cĂŽtĂ© Khansaa pour livrer un texte plus poignant encore que "Machi Ki Mdari", sur une boucle mĂ©lancolique accompagnĂ©e de vibrato et claquements des mains, rappelant un air de gospel. Inconsolable, lâartiste endeuillĂ© sâadonne mĂȘme au chant sur le refrain, tout seul.
Baba (feat. Sif Elklam & Soldat West)
Un morceau des moins emballants pour un bonus track, oĂč le maĂźtre des cĂ©ans, trĂšs gĂ©nĂ©reux, fait juste le minimum pour laisser Ă ses invitĂ©s â Soldat West & Sif Elklam - lâoccasion de confirmer leur place suite au concours gagnĂ© de "Laghrib". Lâont-ils saisie ? Peut-ĂȘtre, mais pas pleinement. Les couplets faits Ă lâarrache et les refrains saupoudrĂ© dâautotune ne collent pas avec le bijou de beat concoctĂ© par un intru du nom de Oua Lid, rien Ă voir avec notre Walid a.k.a. Dprod. Quoiquâon en dise, les invitĂ©s de "Baba" pourront se targuer un jour dâĂȘtre figurĂ©s sur la liste prestigieuse des invitĂ©s de Dystopia, le dernier projet du lĂ©gendaire Fada Vex.
Ksar (feat. Largo)
A dĂ©faut dâavoir Souad Massi en featuring, One Der sample ââDar Djediââ, lâun de ses classiques issus de son troisiĂšme opus Mesk Elil. A travers son titre, la Raouia dĂ©plore lâĂ©tat dĂ©labrĂ© de la maison de son grand pĂšre, qui jadis, apparaissait comme un chĂąteau.
"Ksar" est donc une allĂ©gorie de lâAlgĂ©rie actuelle ; autrefois, lâempire qui sâĂ©tendait dâOran Ă Ain Beida nâest plus quâune infime puissance, et la dĂ©cadence est aussi humaine que matĂ©rielle.
Lâapport de Largo est prĂ©cieux tant au texte poignant quâau phrasĂ© bien distinct et Ă lâaccent diamĂ©tralement opposĂ© Ă celui de lâoranais qui rappelle la diversitĂ© phonĂ©tique et la richesse culturelle des habitants du Ksar.
Riguel : Regulate Sahbi !
Incontestablement, le banger de lâalbum, et lâune des meilleures productions de Dprod dessus. Un petit sample des AurĂ©s suffit pour crĂ©er la magie ! Pour les aficionados, le choix, intentionnel ou pas, du titre est un clin dâĆil Ă "Regulate", le classique de Warren G et Nate Dogg et lâhymne indĂ©modable de la West Coast Californienne, bien que "Riguel" soit un morceau purement Ă©gotrip.
Paria (feat. Youpi) & Tripallium (feat. Nirmou)
Dans la catégorie harcÚlement textuel et kickage démentiel, "Paria" et "Tripallium" sortent du lot. Les deux figures de proue du rap algérois-bouiri honorent leur présence comme il se doit.
Dâabord, la connexion Nir-Vex est juste nirvanesque, portĂ©e par un beat ciselĂ© aux couleurs de Mille et une nuit. Toutefois, "Tripalliuim" peut diviser, car paradoxalement, le style raffinĂ© de Fada Vex est aux antipodes de celui de Nirmou, dont lâĂ©criture est dominĂ©e par un usage abusĂ© dâune alternance codique - qualitĂ© pour les uns, carence pour les autres â qui ne date pas dâhier. A titre dâillustration, si la rafale de rimes en ââitĂ©ââ tout au long de son couplet, tĂ©moigne sur la forme de la facilitĂ©, le fond quant Ă lui, dĂ©note la technicitĂ© mais surtout lâagilitĂ© de Nirmou.
De lâautre cĂŽtĂ©, quand Youpi met en branle sa machine de rimes ça devient difficile de le suivre. Pas de soucis pour lâhĂŽte quadragĂ©naire qui tient le coup aisĂ©ment avec un flow toujours flexible Ă son Ăąge. La production est marquĂ©e par les claquements de Karkabou qui fait Ă lui seul office de trompette, tambour et autres instruments de guerre, tant lâĂ©nergie quâil dĂ©gage est impressionnante. On est loin de lâusage classique des qraqebs sur des sons Ă caractĂšre invocateur ; depuis 2015, Vex en a fait un instrument Ă hit et une piĂšce maĂźtresse dans la crĂ©ation de certains de ces sons les plus populaires ces dix derniĂšres annĂ©es.
Tsunami 31 & HWMÂ (feat. Red L'Alerte)
Lâunique rappeur pistonnĂ© sur Dystopia avec deux prĂ©sences nâest que Red LâAlerte, et ça se comprend !
Dâabord sur le morceau sombre ââHWMââ, acronyme de Mort ou Vivant. Les deux rappeurs abordent un Ă©tat proche du syndrome de Cotard, Reda de par ses punchelines profondes, et Vex de par une plume maussade, limite dĂ©pressive, comme si lâombre dâun certain 17 Juin planait sur son Ă©criture, rappelant un classique du genre : Casey et sa ââChanson du Mort-Vivantââ. Le troisiĂšme couplet est une co-projection sur le rap actuel, qui nâa pas lâair dâĂȘtre trop vif non plus. A noter lâexcellent choix de sampler cette citation tirĂ©e de Shutter Island ainsi que ce vers de Darwich qui viennent appuyer la pensĂ©e des auteurs.
Moment drĂŽle : On aurait cru quâAdel Sweezy sâĂ©tait incrustĂ© dans la place tant sa voix ressemble Ă celle de Reda autotunĂ©e, tout au dĂ©but.
PrĂ©cĂ©dĂ© par un vibrant hommage Ă Blaha, lâautre morceau ââTsunami 31ââ est un hymne Ă la ville dâOran oĂč les deux complices, bien Ă lâaise sur leur 31, mettent la lumiĂšre sur son patrimoine culturel si riche et variĂ©, du Rai de Hasni et Khaled au théùtre de Aloula et Sirat Boumediene, en passant par les Ćuvres immortelles de Bila Houdoud. Tsunami 31 est un vĂ©ritable hymne comme on en voit plus de nos jours.
Reda prouve encore une fois quâil jouit dâun talent de serial punchliner extraordinaire, or, il lui manque toujours lâalbum de lâaccomplissement Ă travers lequel il gravira son nom Ă jamais sur la scĂšne du Hip Hop oranais.
Bghit (feat. Sadek Democratoz)
« Malik est le rappeur number one en Algérie⊠et de loin ».
(Youss, samplé dans "In-Tropia")
Que dire aprĂšs cette reconnaissance qui vient dâun prĂ©curseur comme Youss ; ex Darkman dâIntik ? Objectivement, si le nom du leader de TOX est souvent relatĂ© par des artistes de taille, que ce soit de lâancienne ou de la nouvelle gĂ©nĂ©ration, câest parce quâil a su parfaitement sâadapter durant 27 ans, tout en gardant lâessence du Hip Hop dâun cĂŽtĂ©, et de lâautre sans se courber aux exigences dâune industrie agonisante ou aux attentes dâun public exigeant, comme il le crie sur le retentissant "Bghit". La longĂ©vitĂ© du parcours dâun rappeur nâest Ă prendre en considĂ©ration sauf si elle est accompagnĂ©e de quatre critĂšres importants : lâĂ©volution artistique, la prĂ©sence continue, lâemprunte marquĂ©e et lâinfluence qualitative/quantitave. Beaucoup jouissent encore du statut de lâanciennetĂ© mais il nây a que Vex qui remplit mieux que quiconque ces cases, dâoĂč le constat de Youss.
"Bghit" est un morceau si important tant il permet de lever toute ambiguĂŻtĂ© quant Ă la vision du rappeur sur lâĂ©tat du rap actuel, des beefs jusquâĂ ses propres choix. On y retient notamment cette qualitĂ© humaine qui fait de lui un rappeur si apprĂ©cié : lâhumilitĂ©. Car comme tous les G.O.A.Ts, il est prĂ©occupĂ© davantage dâĂȘtre un meilleur homme que dâĂȘtre le meilleur artiste dans sa catĂ©gorie, laissant humblement le dĂ©bat Ă ceux qui savent mieux juger son art.
Seul bĂ©mol : le rĂŽle de Sadek mis au second plan, tout comme Ă©tait le cas avec Houari sur "Dahqani". Peut ĂȘtre une volontĂ© de les avoir comme accompagnateurs plus quâautre chose. HĂ© on te voit Dee, personne ne te fait de lâombre, hein.
El Goual
Dans lâintro de sa RĂ©vĂ©lation des Quarante (H3W, 2016), on pouvait dĂ©jĂ dĂ©celer lâesquisse dâEl Goual. 7 ans plus tard, le personnage prend enfin forme sur la pochette, comme sur le morceau Ă©ponyme, et sur tout lâalbum dâailleurs.
Jadis, El Facteur transmettait les messages, aujourdâhui il sâest muĂ© en Goual lui-mĂȘme diseur de messages. La transition marque la progression du rappeur, toujours dans le bon sens, tant sur lâĂ©criture, la vision vis-Ă -vis du mouvement et lâadaptation au fil des annĂ©es.
El Goual est indĂ©niablement la quintessence de Dystopia, le rĂ©sumĂ© exaltant qui incite Ă scruter le contenu avec excitation. La rĂ©ussite du morceau se doit notamment Ă cette osmose quasi-parfaite ressentie entre le visuel, la prod et la performance vocal/lyricale du Ruskov. De une, la mise en scĂšne dâEl Goual entourĂ© de son cercle malĂ©fique est juste sublime, en outre, lâusage de la symbolique, une technique rĂ©currente qui revient dans les deux autres clips majeurs ("Novlangue" et "Vayna"), accentue le message vĂ©hiculĂ© au-delĂ du texte lui-mĂȘme et redonne une esthĂ©tique pragmatique Ă lâimage. De deux, Dprod et Shcnod font preuve dâimagination abondante en employant une palette dâinstruments brillamment arrangĂ©s pour dicter cette montĂ©e en puissance remarquable du couplet au refrain jusquâĂ lâoutro. De trois, Vex sort le meilleur de lui-mĂȘme pour retracer le parcours sensationnel du dernier des Gouals tout en gardant sa pĂąte authentique et exploitant un registre de langue encore plus recherchĂ© que le soutenu : le registre du sublime.
Dahqani, ses deux Doigts, et son héritage
Les deux acomptes Ă©vadĂ©s de la mixtape El 3arboune refont surface sur Dystopia sous forme de prĂ©ludes marquant un retour aux fondamentaux, et ouvrant la voie au grandiose "Dahqani". Le jeu dans la numĂ©rologie de la tracklist nâest pas un simple dĂ©lire, car si 3 + 7 Ă©gale justement 10, dans le monde orwellien de "1984" les additions telles que 2 plus 2 Ă©gale 5 Ă dessein ; un concept du Big Brother auquel sâoppose clairement le rappeur et tient Ă le prĂ©ciser.
De retour Ă "Dahqani", et comme pointĂ© un peu plus haut, la poĂ©sie de Fada Vex atteint un autre stade sur ce morceau, aprĂšs avoir gravi les diffĂ©rents Ă©chelons des registres de la langue, pour enfin embrasser le plus haut de tous, celui rĂ©servĂ© aux grands dramaturges et poĂštes : le registre du sublime ou du noble. Et il ne peut quâen ĂȘtre fier !
Maintenant, reste Ă savoir, quand est-ce que cette idĂ©e de crĂ©er la saga ââDahqaniââ a germĂ© dans la tĂȘte de Vex. Ătait-ce planifiĂ© depuis le dĂ©but de "Fatima" en 2011 ? Ou bien lâhistoire sâest-elle dĂ©veloppĂ©e au fil du temps ? Car trĂšs peu dâauditeurs auraient tissĂ© un lien entre les diffĂ©rentes parties jusquâau dĂ©voilement de la fin, notamment dĂ» au manque dâindices suffisants.
Dâun point de vue critique, la tĂ©tralogie de "Dahqani", appelant la "Fatima Bent Dahqani" ou ââFDBââ tout court, a rarement dâĂ©gal dans les Ćuvres majeures de storytellings de la scĂšne locale, et mĂȘme internationale. Elle sâinscrit plutĂŽt entre ââLuv(sik)ââ, lâhĂ©xalogie romantique de Nujabes, et ââJaneââ, lâheptalogie charnelle dâEPMD, ça nâest pas une histoire narrative Ă proprement parler oĂč les Ă©vĂšnements se succĂšdent comme dans une sĂ©rie classique, plutĂŽt câest de lâĂ©criture descriptive Ă travers laquelle lâauteur prĂ©sente ses deux personnages atypiques et peint lâenvironnement dans lequel ils sâillustrent. Le recours Ă lâĂ©gotrip sur "Fraten Dijour" fait croire que "FDB" peut ĂȘtre aperçue comme un croisement entre un rĂ©cit fictif et un rĂ©cit rĂ©el de la vie de Malik. Ce dernier, laisse libre cours Ă lâimagination du public afin de tirer ses propres conclusions.
Great
La rĂ©fĂ©rence implicite Ă la West Coast dans le titre de "Riguel" devient explicite sur lâinstru de "Great". En effet, rien de nouveau sous le soleil Calif-oranien, Vex et Dprod dĂ©tendent lâatmosphĂšre chacun Ă sa façon, nous Ă©loignant un tantinet de lâambiance cafardeuse qui rĂšgne sur lâensemble des tracks. Câest du Great tout court.
El Maya (feat. Artisan)
Bien quâinvitĂ©, le rappeur de Souk Ahras a fini par attirer son hĂŽte Ă son univers, en mĂȘme temps, le thĂšme explorĂ© a pour terre dâaccueil la capitale du Rai et le berceau de Fada Vex, dâoĂč la fusion ahurissante des deux styles. Finalement, câest la vibes qui va mettre le duo sur la mĂȘme longueur aprĂšs leurs feats prĂ©cĂ©dents post "Moussiqti", qui auraient laissĂ© les plus chauvins sur leur faim.
Tout de mĂȘme, lâimpact dâ"El Maya" sur une tranche dâun public hĂ©sitant risque dâĂȘtre influencĂ© par la tournure de carriĂšre observĂ©e chez lâArtisan depuis "MadâArt", sa street crĂ©dibilitĂ© vacillante et les choix artistiques les plus bizarres, notamment les accolades avec le tireur de canon enrayĂ©. Quoique, en faisant abstraction de ces taches, le rĂ©sultat dââEl Mayaââ est loin dâĂȘtre dĂ©cevant, au contraire, cette expĂ©rience inĂ©dite vient sâajouter fermement au catalogue diversifiĂ© dâElgoual. AprĂšs tout, pour un dernier coup dâĂ©clat, les prises de risques sont souvent tolĂ©rables, surtout si elles sont maĂźtrisĂ©es.
451 Fahrenheit & Novlangue (feat. Adlene)
Le rap engagĂ© Ă la Fada Vex est tout autre chose de ce que lâon a lâhabitude dâentendre chez la majoritĂ© de ceux qui prĂ©tendent faire du rap en prenant position. Les Ă©crits de Vex ont tendance Ă faire cogiter, analyser et investiguer plutĂŽt quâĂ se victimiser, provoquer ou sâattaquer bĂȘtement au systĂšme. Le comble câest quâil le fait en Ă©tant poĂ©tiquement incorrect !
Si les deux morceaux ââFahrenheit 451ââ et ââNovlangueââ traitent quasiment le mĂȘme sujet quâest la dichotomie libertĂ© dâexpression/censure, la forme quant Ă elle est diffĂ©rente : le premier est un condensĂ© de rĂ©flexions socio-politiques, quant au second, il oscille entre egotrip et dĂ©nonciation, et se distingue nettement par le style, mĂȘme si le fond est particuliĂšrement prĂ©servĂ© par la symbolique dans le clip. En effet, le diamant incarne entre autres la libre pensĂ©e que les autres veulent confisquer.
Novlangue est sans doute une rĂ©ussite de plus Ă Dystopia, mijotĂ©e en compagnie dâAdlene, cette valeur montante du rap oranais, qui a prĂȘtĂ© sans vergogne sa voix rauque et ses propos saignant en contraste avec le violoncelle de Bach ressuscitĂ© par Nasro El Bey.
Winston
A premiĂšre vue, il nây pas de liens directs entre le titre du morceau qui fait rĂ©fĂ©rence Ă lâhĂ©ro de "1984", et le contenu Ă©gotrip, mais en creusant un peu, on sâaperçoit grossiĂšrement de quelques similitudes : le cĂŽtĂ© rebelle de Winston partagĂ© par Fada Vex, le bloc-notes aux Ă©crits insoumis fait Ă©cho au cahier de lyrics; et le petit recoin cachĂ© loin du tĂ©lĂ©cran observateur nâest que le champ dâexpression (la musique) qui permet au rappeur de rĂ©vĂ©ler ses pensĂ©es, ou commettre son crime de penseur.
Passant au morceau en question, câest juste un pur rĂ©gal ! Autant par la qualitĂ© du flow tout terrain de Fada Vex qui se remanie Ă chaque fois, que par la nostalgie du sample de Goodie Mob mĂȘlĂ© Ă une ambiance Jazzmatazz propulsĂ©e par le jeu du saxophone exquis de BenSax qui aura finalement le droit Ă un couplet Ă lui seul pour exposer son talent dâinstrumentiste. Le refrain douillet de Dee vient complĂ©ter le dernier puzzle de ce chef dâĆuvre.
Hia (Julia)
La derniĂšre perle de lâalbum est bien sĂ»r Hia (Julia). En apparence, il sâagit dâune mise en exergue de lâhistoire dâamour Ă©poustouflante entre Winston Smith et lâautre protagoniste de ââ1984ââ, mais lĂ oĂč ça diffĂšre des "Julia" de Rick Wakeman, Eurythmics et dâautres artistes sous inspiration orwellienne, câest son alter ego Hia. Une lecture plausible suggĂšre que Vex nous refait le coup dâ"Erawja" et profite pour y glisser en douce une belle ode Ă la musique Hip Hop â le jour mĂȘme de son 50eme anniversaire â avec laquelle il sâest farouchement engagĂ© pendant 27 ans, ce nombre reprĂ©sente Ă©galement lâĂąge de Julia dans le roman prophĂ©tique, dĂ©tail ĂŽ si important ! La personnification du Hip Hop est appuyĂ©e notamment par lâair repris de Grandmaster Flash & The Furious 5 en fin de chaque couplet, ainsi que dans le titre lui-mĂȘme : Hia. Vous lâaurez compris, le choix du double intitulĂ© nâest pas fortuit, car Hia est la traduction en arabe de "H.E.R.", le suprĂȘme hommage dâun certain Common sense, il y a dĂ©jĂ 30 ans.
Enfin, Julia/Hip Hop ou tout simplement Hia ? Chacun y va de son interprĂ©tation, mais ce qui est sĂ»r, câest que ce morceau est lâapothĂ©ose de la connexion Fada Vex et Dprod, lĂ oĂč sensualitĂ© et musicalitĂ© sâassocient et acheminent lâauditeur vers un sentiment dâextase ineffable souvent Ă©prouvĂ© en Ă©coutant les classiques du Rai.
Comme dans les contes de fĂ©es mĂȘme les plus dystopiques, les meilleures histoires dâamour ne durent pas Ă©ternellement. Winston et Julia ont commis le crime de sâaimer et par consĂ©quent ont Ă©tĂ© sĂ©parĂ©s brutalement par le Big Brother. Aujourdâhui, au grand dĂ©sespoir de son public, Fada Vex tourne la page Ă lâun des chapitres les plus tumultueux qui lâaura vu se sacrifier et se donner Ă fond rien que pour lâamour de cette musique.
Il est vrai que malgrĂ© quelques petits bĂ©mols ne concernant pas directement lâartiste, Dystopia frĂŽle le sans faute et peut aisĂ©ment prĂ©tendre Ă une place sur le podium des classiques du rap dz aux cotĂ©s des Ă©ponymes de MBS et Intik.
Si par ce dernier projet le Father vient apporter sa pierre Ă lâĂ©difice du Double H algĂ©rien ? Non, plus que ça, il vient Ă©riger, en compagnie de son producteur fĂ©tiche, un Ă©tage entier Ă son honneur, tout en haut, baptisĂ© fiĂšrement « Rap et Melhoune : rimes Ă©ternelles, signé : Fada Vex ».
(Momo Genius, 25/09/2023)
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