« Dans cette histoire, personne nâest lĂ pour plaire, juste se faire comprendre. Il sera question dâeffraction, paires de claques, mort naturelle, et si la dĂ©monstration lâexige, quelque chose pourrait brĂ»ler, on verra. Le sujet, câest Fabien, Fabien câest moi, et câest ma mĂšre qui en parle le mieux. Fabien nâest pas un cadeau, nâest pas le centre du monde, pourrait faire des efforts, nâira pas loin, pourrait se coiffer avec autre chose quâun rĂąteau, va sâen prendre une, va se retrouver en pension.
A part ça, jâai quatorze ans. Du moins, jâavais »
« Je nâai rien oubliĂ©. Juste les noms, les dates, les gens, mon rĂŽle et lâhistoire. Pas grand-chose. »
Fabien a 14 ans et ne pense plus du tout Ă se flinguer, câest une tocade qui lui est passĂ©e. Du coup il bĂ©nĂ©ficie de certains « privilĂšges », possĂšde une chambre individuelle dans un collĂšge privĂ© dâune ville du Nord-Est de la France, enfin, jusquâĂ lâarrivĂ©e dâEtienne, journaliste en herbe, lâoreille collĂ©e Ă sa radio comme une huĂźtre Ă son rocher. Fini de se balader Ă poil, de pisser dans le lavabo. Et Champion doit cĂ©der sa couche.. Champion, câest un chien, ou un loup, qui nâexiste pas, qui prend sacrĂ©ment dâespace entre Fabien et les autres. Mais quand il sâagit dâaller picoler avec les chevaliers de lâApocalypse, on ne le voit plus. Câest dommage, il aurait pu tenter de se faire, lui aussi, le buste dâun cerf empaillĂ©. Mais non.
Fabien, il est du genre Ă se nouer lâestomac le vendredi, genre pas pressĂ© de se retrouver entre un pĂšre qui vous regarde droit dans les yeux sans vous voir et une mĂšre occupĂ©e Ă se trouver une raison dâaller se recoucher, entre deux Ă©clats et quelques claques. Lâenfance, pour Fabien, câest lâodeur du fioul, câest se mettre la tĂȘte dans le sac pour vĂ©rifier si on pouvait vivre sans air aussi bien que sans amour. Câest con quâils aient supprimĂ© les heures de colle les week-end. Mais on va pas demander Ă M. Poliva de tout payer non plus. Il en fait bien assez pour la communautĂ©.
Fabien a 2000 ans, sait ce qui est beau et ne regrette rien. « je ne regrette jamais rien, parce que câest toujours pire avant, oĂč que je regarde ». Mais Pierre, lui, dit que Fabien aura 20 ans en lâan 2001. Et lâAmĂ©rique, il veut lâavoir et il lâaura. Il adore les cours dâanglais, et la prof surtout, avec son parfum CalĂšche, et ses tenues sophistiquĂ©es. Les autres la voient comme un clown, mais ils nây connaissent rien. Fabien il aimerait bien pouvoir Ă©crire que les gens sont cons, mais il sait pas sâil a le droit. Cela dit, il nâempĂȘche pas de le penser.
Fabien, ce quâil sait, il le doit Ă Amadeus, un vieux crevard puant qui habite Ă la bibliothĂšque le jour, et sĂ»rement la nuit aussi.
La psy elle demande Ă Fabien dâĂ©crire dans des cahiers la raison pour laquelle il est ici, dans cet asile. « centre de repos », pardon. « jâen connais plein, des mots, je fais que ça, en apprendre pour pouvoir mâexpliquer le jour venu, mais putain, personne nâa envie de comprendre. Sadiques ». Ă un moment Fabien se met Ă vomir, beaucoup, et perd du poids. Du coup son journal commence Ă ressembler Ă celui dâune gonzesse, sans compter quâil a « dĂ©sormais, autant de rapport avec une gonzesse que Francis le Belge avec un communiant. » Mais sĂ»rement moins que Pauline, la fille du directeur du collĂšge, avec HervĂ©, le surveillant quâa Ă©tĂ© renvoyĂ©.
Sa mĂšre dira « Fabien sâen sortira », mais se sortir de oĂč, pour aller oĂč. Non, parce que Fabien, au final, il veut bien quâon lui dise, oĂč il est, oĂč câest, chez lui. Pour lâinstant, sa vie câest plutĂŽt un labyrinthe, un dĂ©dale dans lequel il sâest perdu et crie, Ă©crit, pour retrouver son chemin, parce que câest pas sa mĂšre qui lâaidera, « Fabien sâen sortira », et puis elle a des chats Ă tuer, des siestes Ă faire, un vase Ă recoller. Et son pĂšre a de la route Ă faire. « Si jâĂ©tais encore un loup,  jâirais gueuler dans les bois « oĂč ? oĂč ? oĂč ? » Dommage que Mamie soit plus lĂ , on aurait pu donner un franc Ă son Saint-Antoine pour gagner du temps.
Et puis, si ça se trouve, Fabien, tout ce quâil Ă©crit, câest comme les histoires de Mamie (comme si elle y Ă©tait) remplies dâAmĂ©ricains vainqueurs, bourrĂ©s de paires de collants et de chewing-gums, dont le seul but en France Ă©tait de faire des cadeaux aux jeunes Françaises, Câest pas tout Ă fait vrai. Câest la vĂ©ritĂ© dĂ©guisĂ©e dont le costume commence Ă sâuser.
Il paraĂźt mĂȘme quâon peut vivre avec un secret, que ça met toute une vie Ă vous tuer, car on sâhabitue Ă tout. Mais câest vous le docteur, vous savez mieux que moi.. Hein, Champion, câest vrai ?
Note : Ă©quivalente Ă 36mÂČ d'explications