Charles De Gaule, Salon dorĂ©, 16 janvier 1963. Entretien avec Alain Peyrefiite. âPeyrefitte, je vous supplie de ne pas traiter les journalistes avec trop de considĂ©ration. Quand une difficultĂ© surgit, il faut absolument que cette faune prenne le parti de lâĂ©tranger, contre le parti de la nation dont ils se prĂ©tendent pourtant les porte-parole. Impossible dâimaginer une pareille bassesse â et en mĂȘme temps une pareille inconscience de la bassesse. Vos journalistes ont en commun avec la bourgeoisie française dâavoir perdu tout sentiment de fiertĂ© nationale. Pour pouvoir continuer Ă dĂźner en ville, la bourgeoisie accepterait nâimporte quel abaissement de la nation. DĂ©jĂ en 40, elle Ă©tait derriĂšre PĂ©tain, car il lui permettait de continuer Ă dĂźner en ville malgrĂ© le dĂ©sastre national. Quel Ă©merveillement ! PĂ©tain Ă©tait un grand homme. Pas besoin dâaustĂ©ritĂ© ni dâeffort ! PĂ©tain avait trouvĂ© lâarrangement. Tout allait se combiner Ă merveille avec les Allemands. Les bonnes affaires allaient reprendre. Bien entendu, cela reprĂ©sente 5% de la nation, mais 5% qui, jusquâĂ moi, ont dominĂ©. La RĂ©volution française nâa pas appelĂ© au pouvoir le peuple français, mais cette classe artificielle quâest la bourgeoisie. Cette classe qui sâest de plus en plus abĂątardie, jusquâĂ devenir traĂźtresse Ă son propre pays. Bien entendu, le populo ne partage pas du tout ce sentiment. Le populo a des rĂ©flexes sains. Le populo sent oĂč est lâintĂ©rĂȘt du pays. Il ne sây trompe pas souvent. En rĂ©alitĂ©, il yâa deux bourgeoisies. La bourgeoisie dâargent, celle qui lit Le Figaro, et la bourgeoisie intellectuelle, qui lit Le Monde. Les deux font la paire. Elles sâentendent pour se partager le pouvoir.â
[Charles de Gaulle, citĂ© par Alain Peyrefiite, CâĂ©tait De Gaulle, la France redevient la France, p 387-388]
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