Interne, je nâai pas envie de voir des fresques porno dans les salles de garde
Ah les fameuses salles de gardes dans les hÎpitaux et leurs fresques... Vaste débat qui se poursuit depuis plusieurs années maintenant et qui revient un peu d'actualité en ce moment avec les révélations de sexisme et de harcÚlement un peu partout, et y compris dans le milieu médical. 86% des internes féminines sont victimes de sexisme à l'hÎpital.
Je vais donc vous parler d'une BD que Vie de Carabin a publiĂ© rĂ©cemment sur son site web et son facebook oĂč elle a Ă©tĂ© censurĂ©e (Ă tort, parce que pour le coup ça relevait de l'expression d'une opinion mĂȘme si je suis en dĂ©saccord avec celle-ci). Vie de Carabin est quelqu'un dont j'apprĂ©cie beaucoup le travail dans 98% des cas...mais pas dans celui-ci. J'ai choisi cette BD parce qu'elle expose totalement l'opinion dominante dans le monde carabin et qu'il y a absolument tout les arguments que les internes utilisent habituellement pour se dĂ©fendre, ce qui est assez pratique pour moi vu que câest tout les arguments que je compte contester. D'ailleurs je me prĂ©pare dĂ©jĂ Ă en prendre plein la tronche en Ă©crivant cet article, mais au moins personne pourra m'accuser de vouloir persĂ©cuter le milieu mĂ©dical ou de ne pas le connaĂźtre, puisque j'entame ma neuviĂšme annĂ©e dans ce milieu...
T'es une nana interne, tu bosses 90h par semaine aux urgences, il est 16h30, t'as réussi à trouver un quart d'heure pour manger, tu bouffes des épinards dégueulasses à moitié réchauffés et cadeau ultime on te ramÚne à ton statut d'objet sexuel avec cette merveilleuse image de nana en levrette en train de se prendre du sperme plein la gueule.
Un lieu inclusif donc? Ou censĂ© l'ĂȘtre du moins? Un lieu  oĂč tout le monde y compris les femmes devrait pouvoir se sentir Ă l'aise et partager des bons moments avec ses collĂšgues? Et mĂȘme celles qui sont un peu plus timides, un peu plus pudiques ? Elles aussi, elles ont leur place dans le monde carabin ou pas ? Parce que je veux bien admettre que les fresques ne dĂ©rangent pas certaines nanas, celles-ci sont d'ailleurs prĂ©sentes sous les commentaires des dessins de VĂ©dĂ©cĂ© pour le crier haut et fort.  Mais qu'en est-il des autres ? Celles qui n'aiment pas ces fresques ? On leur impose quand mĂȘme dans un lieu censĂ© ĂȘtre pour elles au nom de la sacro-sainte libertĂ© d'expression utilisĂ©e Ă tort et Ă travers ? Moi je les ai jamais aimĂ©es. Alors oui je sais, je suis une fĂ©ministe qui tient un blog depuis un moment, donc je suis probablement totalement hystĂ©rique...mais dĂ©jĂ ma sensibilitĂ© compte autant que celle des autres et ensuite, je suis certaine qu'il y en a plein qui aimeraient aussi  voir ces fresques disparaĂźtre. N'ayez aucune illusion, si elles le disent pas, c'est qu'elles osent pas le dire. #Payetablouse
Voici un exemple concret qui m'a beaucoup marqué :  En Ă©tant l'externe de garde en gynĂ©co, j'ai dormi dans une chambre ou des bites Ă©taient dessinĂ©es sur chaque coin de mur, des petites, des grosses, des poilues le tout accompagnĂ©e par des « blagues » sur les femmes toutes plus respectueuses les unes que les autres. Trop chouette des zizis partout, n'est-ce-pas chers collĂšgues masculins ? Sauf que quand tu vois toute la misĂšre du monde aux urgences toute la journĂ©e (il s'agit d'un hopital accueuillant une population avec de nombreux problĂšmes sociaux), y compris des nanas qui ont subi des viols la derniĂšre chose que t'as envie de voir c'est des bites. Perso, j'ai eu du mal Ă m'endormir. Et encore, moi personne m'a jamais violĂ©. Je doute que ça soit le cas de toutes les externes. Est-ce que vous pensez qu'une nana qui a Ă©tĂ© violĂ©e a envie d'examiner des vagins toutes les journĂ©es, de parler Ă des femmes violĂ©es, puis d'ĂȘtre entourĂ©es de bites ? Ca doit lui rappeler des choses pas trĂšs sĂ©curisantes. Et quand nous on dĂ©bat pour savoir si une fresque est un gang-bang ou un viol, vous pensez que dans sa tĂȘte Ă elle ça lui Ă©voque quoi ?
Tiens il connaissait pas ? Mais du coup comment il a fait toutes ces années sans l'appui indispensable qu'est cet humour beauf et ces dessins crado pour réussir à prendre de la distance par rapport à la nudité, son métier tout ça tout ça ? IL A FAIT SANS ET C'EST UN BON MEDECIN ?? Nan ??? La misogynie ne serait donc pas indispensable à l'exercice épanoui de notre métier ??
On devrait faire un essai contrĂŽlĂ© randomisĂ©. On forme des mĂ©decins avec ou sans humour misogyne et on regarde si celui-ci est vraiment si important que ça pour notre bien-ĂȘtre. Je serai curieuse du rĂ©sultat.
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Non seulement toute tradition n'est pas forcément intelligente, mais en plus toute tradition n'est pas à maintenir si elle est pourrie. Au bout d'un moment c'est chiant de devoir le répéter toute la journée pour le foie gras, les corridas, les fresques, mais bon passons je m'égare...
Quand Ă la dĂ©sacralisation de la nuditĂ©, arrĂȘtez avec ce prĂ©texte moisi. DĂ©jĂ , c'est du bullshit, c'est totalement faux. La premiĂšre fois que tu vois une bite ou une chatte, t'es gĂȘnĂ©. La deuxiĂšme, t'es gĂȘnĂ© aussi. La troisiĂšme tu commences Ă t'habituer. Au bout de 6 fois t'en as plus rien Ă foutre.
Donc arrĂȘtez de nous vendre ces salades. Et puis, surtout, je pense qu'au contraire que ce dont a besoin le monde mĂ©dical en ce moment c'est de la resacraliser un peu la nuditĂ© justement. La pudeur varie infiniment d'un individu Ă l'autre, on met tous la frontiĂšre de la pudeur Ă un niveau diffĂ©rent. C'est nous qui choisissons oĂč mettre cette barriĂšre, ça nous regarde et personne n'a le droit de contester ça. Il est Ă©vident que pour beaucoup d'Ă©tudiant-e-s en mĂ©decine le seuil de pudeur baisse au cours des Ă©tudes. C'est normal, c'est quasi inĂ©vitable et c'est totalement mon cas aussi. Maintenant, ça veut pas dire qu'elle n'existe plus, ça ne veut pas dire que c'est le cas pour tout le monde, et SURTOUT c'est sĂ»rement pas le cas pour les patient-e-s qui ne sont pas mĂ©decins, et qui ont pas la mĂȘme distance que nous. Et justement dans certaines rĂ©flexions, dans certains gestes, dans certaines configurations de service jâai pu observer Ă quel point les soignant-e-s en gĂ©nĂ©ral pouvaient avoir tendance Ă oublier que tout le monde nâavait pas la mĂȘme distance au corps quâiels. Certaines rĂ©flexions sont totalement dĂ©placĂ©es. Voir inadmissibles. #Paye ton utĂ©rus. J'ai justement tendance Ă penser que tout ce « folklore » carabin a tendance a complĂ©tement foutre le bordel dans l'esprit des internes et d'effacer le cadre et les limites nĂ©cessaires Ă bien faire leur boulot. Et lĂ vu que les limites sont floues, puisque le porno qui d'habitude est soumis Ă un accĂšs strict est d'un seul coup autorisĂ©... forcĂ©ment ça perturbe les limites de ce qu'il est permis de faire ou pas. Je pense que les mĂ©decins peuvent parfaitement se passer de ça ainsi que de toutes les âblaguesâ misogynes qui vont avec.  D'ailleurs les femmes mĂ©decins s'en sortent trĂšs bien, puisque je n'ai jamais vu la moindre remarque dĂ©placĂ©e de la part d'une mĂ©decin femme Ă l'Ă©gard d'un interne ou d'un externe masculin. Est-ce qu'elles sont moins Ă©panouies dans leur job pour autant ? NON. Ce qui me fait penser que le but de tout ça ce n'est pas de dĂ©sacraliser la nuditĂ©, mais de continuer encore et toujours Ă dominer la femme...
En parlant de domination masculine, Vie de Carabin vous  vend ensuite ces fresques comme des guillerettes partouzes oĂč tout le monde baise joyeusement. Sauf que sur ces fresques la femme est presque aussi valorisĂ©e que dans un porno, si ce n'est encore moins. Par exemple, si sur la fresque qu'il a dĂ©cidĂ© de montrer en exemple de maniĂšre assez biaisĂ©e tout le monde est Ă poil, sur un certain nombre d'entre elles les hommes sont habillĂ©s et entourĂ©s de femmes nues qui leur prodiguent tout un tas de « soins » et on peut gĂ©nĂ©raliser tout cela aux fameuses affiches de soirĂ©e mĂ©decine. Bien entendu, si la fellation, la levrette et la sodomie sont omniprĂ©sentes, le cunni et l'Andromaque c'est comme s'ils existaient pas (le porno, je vous dis, le porno..)
Quant aux fameux chefs dont VĂ©dĂ©cĂ© nous parle... certes ils sont souvent dans ces fresques, mais si c'est pour ĂȘtre entourĂ©s de trois externes Ă poil tels des chefs de harem, je suis pas sĂ»re que c'est pour eux que ça soit trĂšs dĂ©gradant... Bien sĂ»r, vous pourrez toujours trouver des exceptions Ă ce que je dis, mais elles sont loin d'ĂȘtre reprĂ©sentatives et majoritaires.
Je trouve la rĂ©fĂ©rence Ă Cabu au mieux inutile, au pire lamentable. Oui Cabu, a Ă©tĂ© sauvagement assassinĂ© pour ses dessins. Oui, c'est ignoble. Mais de 1, personne chercher Ă assassiner les internes pour ces fresques et de 2, la libertĂ© d'expression implique la libertĂ© de contre-expression. Je suis Charlie, ça signifie que personne n'a Ă mourir pour des dessins, ça ne signifie pas que les dessins de Charlie Hebdo, demeurent pour toujours et Ă jamais gĂ©niaux et dispensĂ©s de critique. En plus Charlie Hebdo, personne n'est obligĂ© d'acheter. Moi quand je suis sur mon lieu de travail, lieu que je ne peux pas Ă©viter, j'estime que c'est mon droit de ne pas ĂȘtre exposĂ©e Ă des images que je trouve dĂ©rangeantes. Donc nous faire passer pour des ennemies de la libertĂ© d'expression, en Ă©voquant Cabu c'est une attaque en dessous de la ceinture (oui je reste dans le thĂšme quand mĂȘme). Bien sĂ»r que c'est bien, la libertĂ© d'expression n'empĂȘche que tu ne fous pas des affiches d'un film de Tarantino dans une maternelle comme tu ne fous pas des affiches de sexe hard quand tâes pas chez toi et quand il y a des gens qui sont susceptibles dâavoir une vision de lâintimitĂ© diffĂ©rente de la tienne.
Alors par pitiĂ© arrĂȘtez avec votre libertĂ© d'expression qui n'a rien Ă faire ici, vu que la libertĂ© des un-e-s s'arrĂȘte lĂ ou commence celles des autres (et il me semble que se sentir bien au travail est une libertĂ© fondamentale), et arrĂȘtez d'essayer de nous dominer par exemple en nous imposant la vue de vos parties gĂ©nitales en permanence.
Et puis tant qu'Ă faire arrĂȘtez de cherche toutes les justifications du monde pour manquer de respect aux femmes. Les fresques, c'est du folklore carabin. Orelsan, c'est de l'art. Bigard c'est de l'humour. Au final, tout les prĂ©textes sont bons et ce sont toujours les femmes qui trinquent. Ca me sidĂšre toujours de voir Ă quel point les hommes luttent fougueusement pour avoir le droit de se moquer des femmes, comme si cet humour beauf misogyne, ringard, et sur-rĂ©chauffĂ© Ă©tait le symbole de leur merveilleuse « libertĂ© d'expression ». On a pas envie de porter atteinte Ă votre libertĂ© d'expression, on demande juste un peu de considĂ©ration. Merci de bien nous montrer que tout, absolument tout passe avant le respect qui nous est dĂ».
Vraiment vous ĂȘtes incapables de trouver autre chose ? HĂ©hĂ©, c'est une femme au volant....Allez c'est bon, ta gueule.
Ou de ne pas aimer ça justement....Ou dâaimer ça, mais quand le mec avec qui elle le fait est aussi Ă poil quâelle. Et quâil fait un minimum dâefforts pour la satisfaire aussi sans la prendre pour un trou.
Elle a aussi le droit d'adorer la levrette, la double pĂ©nĂ©tration et lâĂ©jac faciale. Sans pour autant avoir envie de voir ça quand elle bouffe son dĂ©jeuner dans un cadre professionnel.
Quelqu'un qui adore les partouzes ne sera aucunement perturbĂ© de manger dans des endroits oĂč il n'y a pas de partouze. Par contre quelqu'un qui n'aime vraiment pas ça, a le droit de ne pas le voir.
La questions n'est pas de savoir si les femmes aiment le sexe (merci VĂ©dĂ©cĂ© pour l'instant pseudo-fĂ©ministe ça nous touche beaucoup...). La question n'est en fait mĂȘme pas de savoir si certaines aiment ces fresques ou pas. Je vois dĂ©jĂ venir les commentaires :
« Moi je suis une femme, et je suis pas d'accord...j'aime ces fresques.... »
Ben dĂ©jĂ tant mieux pour toi .Moi elles me mettent Ă lâaise. Et ensuite, vu que dans la sociĂ©tĂ© française, et dans le monde mĂ©dical en particulier, les femmes sont Ă peine conscientes du sexisme qu'elles subissent, malheureusement ça reste toujours un argument Ă prendre avec des pincettes.
Le problĂšme c'est toujours les autres, c'est jamais moi.
Vous savez, les mĂ©decins et les internes sont des gens absolument formidables qui en chient Ă mort. On se tape des annĂ©es d'Ă©tudes oĂč on bosse dix heures par jour , deux concours Ă©prouvants , la moitiĂ© d'entre nous finit en burn-out . On se tape des gardes de 24 h absolument inhumaines, on se lĂšve Ă quatre heures du mat non pas parce qu'on est obligĂ©s mais parce qu'on a aucune envie de laisser les patient-e-s dans la merde, on a tous et toutes sacrifiĂ© notre vie privĂ©e Ă un moment donnĂ© Ă plus ou moins grande Ă©chelle, on y a tous laissĂ© des plumes. Pourtant, on essaie de faire au mieux pour les gens qui ont besoin de nous. On essaie de faire front face Ă des coupes de budget de plus en plus dramatiques, face Ă des patient-e-s pas toujours comprĂ©hensif-ve-s aussi. Je sais tout ça. J'ai vĂ©cu tout ça et je n'Ă©cris pas cet article dans le but de trahir le corps mĂ©dical ou quoi que ce soit je suis une des vĂŽtres. C'est vrai qu'on en chie et c'est vrai que quand on nous fait des reproches injustifiĂ©s (dĂ©sertification mĂ©dicale...), quand des gens qui ont pas le milliĂšme de nos connaissances se permettent de remettre en cause toute la prĂ©vention quâon essaie de mettre en place (bisous aux anti-vaccins) qu'on nous impose des rĂ©formes de merde, des mesures administratives absurdes ou autres joyeusetĂ©s on fait front, parce qu'on est souvent critiquĂ©-e-s par des gens qui sont absolument pas en mesure de comprendre ce qu'on vit. Je ne porte dans mon cĆur ni les directeurs d'hĂŽpital, ni Marisol Touraine, ni les administrations de tout bord.
Maintenant, tout ça ce n'est pas une raison pour devenir totalement réfractaire à toute critique ou pour ne pas se remettre en question. Se remettre en question n'est pas une honte, au contraire c'est un signe de maturité. La profession ne s'en trouverait que grandie. Et malheureusement, force est de constater, que la médecine est en grande partie sexiste, sexiste avec les internes et sexiste avec les patient-e-s. Quelque part, elle est pas plus sexiste que les autres milieux non plus, le sexisme est partout. Il s'avÚre qu'en médecine il s'exprime à travers tout ce qui à trait au corps.
Oui, on s'en prend plein la gueule. Mais non on fait pas des blagues sexistes Ă tout bout de champ, non l'externe n'a pas Ă faire un toucher rectal Ă un patient endormi, et non des fresques porno n'ont rien Ă faire Ă l'internat ou dans des chambres de garde. Et ce, mĂȘme si la derniĂšre rĂ©forme de l'internat mĂ©rite autant de considĂ©ration que la premiĂšre merde du chat de ma voisine.
Et t'as probablement bien fait, parce que vu que le monsieur vivait dans un pays oĂč il existe une police religieuse, donc un pays bien plus costaud que le notre niveau rĂ©pression quoi qu'on en pense, ça aurait Ă©tĂ© un peu indĂ©cent...
Je suis pas en train de dire que les soirĂ©es mĂ©decines doivent devenir des soirĂ©es cantiques, avec vĂȘtements prudes, dodo Ă 22h, tisane, et pas le droit de dire des gros mots. On est pas chez Miss France (encore heureux, manquerait plus que ça) Par contre, ça serait peut-ĂȘtre bien de aussi prendre en compte les carabins et surtout les carabines, qui ne se sont jamais reconnus ou Ă©panouis dans tout ça, qui peuvent se faire des amis sans se foutre Ă poil ou mimer des gestes sexuels comme des ados attardĂ©s, et qui pour autant ont aussi envie d'ĂȘtre « uni.e.s » avec les autres sans ĂȘtre mal Ă l'aise.